A Donetsk, des jeunes à la vie sclérosée par la guerre

Une femme passe devant la statue de Lénine à Donetsk le 18 janvier 2022, capitale de l'État autoproclamé de la République populaire de Donetsk (RPD) dans l'est de l'Ukraine. Alexandre NEMENOV / AFP
Une femme passe devant la statue de Lénine à Donetsk le 18 janvier 2022, capitale de l'État autoproclamé de la République populaire de Donetsk (RPD) dans l'est de l'Ukraine. Alexandre NEMENOV / AFP
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Publié le Lundi 24 janvier 2022

A Donetsk, des jeunes à la vie sclérosée par la guerre

  • Dans ce territoire à l'indépendance autoproclamée soutenue de facto par Moscou, presque tout le monde connaît des personnes victimes des combats
  • Pour les jeunes hommes de Donetsk, le risque de devoir aller au front est réel

DONETSK: Ils avaient une dizaine d’années quand la guerre a commencé en 2014. Habitant la partie séparatiste de l'Ukraine, les jeunes vivent l'épouvante mais aussi l'ennui et l'anxiété d'un avenir sans perspective dans cette région isolée.
Leurs camarades du même âge, qu'ils soient en Russie ou en territoire sous contrôle ukrainien, vont en boîte de nuit et se projettent plus sereinement. Rien de tel à Donetsk, bastion des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine, à quelques kilomètres du front avec les troupes de Kiev.
"Cela fait longtemps que je veux vivre en paix, j'en ai marre, j'en ai tellement marre de la guerre, marre de voir des chars sur les routes", lâche Rouslan Tchebotaïev, 17 ans, étudiant en économie croisé à l'ombre de la statue de Lénine trônant au coeur de la capitale de la République populaire autoproclamée de Donetsk (DNR).
"Mes images d'enfance, ce sont des chars et des gens armés", raconte ce jeune homme éloquent aux cheveux roux parsemés de flocons de neige.
Dans ce territoire à l'indépendance autoproclamée soutenue de facto par Moscou, presque tout le monde connaît des personnes victimes des combats. "C'est difficile d'en parler", dit Danil Tchebotok, 20 ans, avec un rire nerveux.
La guerre a déjà fait plus de 13.000 morts, le processus de paix est paralysé et un nouveau conflit gronde, la Russie ayant massé des dizaines de milliers de troupes aux abords de l'Ukraine, en vue, selon les Occidentaux, d'une possible invasion.
Près de Donetsk, les escarmouches et les tirs d'artillerie résonnent au quotidien, fauchant, de temps à autre, de nouvelles vies.
"C'est une situation insensée, on ne sait même pas pourquoi la guerre se poursuit", s'énerve Maxime Blizniouk, 20 ans, mèche blonde et bijou en forme de crucifix à l'oreille.

- Huit ans de couvre-feu

Pour les jeunes hommes de Donetsk, le risque de devoir aller au front est réel. L'année dernière, les autorités ont instauré un service militaire de six mois minimum.
"Je m'y prépare mentalement", affirme Rouslan Tchebotaïev, qui espère toutefois obtenir une exemption grâce à ses études.
A Donetsk, l'état de guerre implique aussi depuis près de huit ans un couvre-feu. S'il a récemment été levé pour les weekends, il reste en vigueur les autres jours, de 23H00 à 5H00. Donetsk se transforme alors en grande ville déserte.
"Je suis jeune, je veux sortir la nuit mais je ne peux pas", se désole Rouslan Tchebotaïev. "Il n'y a pas de liberté."
Les jeunes interrogés par l'AFP racontent aussi la difficulté de vivre dans un territoire qui n'est reconnu par aucun pays, y compris la Russie.
"On doit réunir un tas de documents pour voyager et ce n'est pas sûr qu'on te laisse passer ou qu'on te laisse partir, c'est stressant", indique Nastia Karpouchina, 20 ans, étudiante en médecine.
La région séparatiste est aussi aux mains d'une poignée d'entreprises. Un seul opérateur mobile y fonctionne correctement et une seule banque y impose ses règles. Sans compte bancaire chez elle, tous les paiements doivent se faire en liquide.
"Ce n'est vraiment pas pratique", s'agace Nastia Karpouchina, casquette sur la tête et piercing au nez. "Même en Russie tu peux choisir ta banque".
Alors que le passage vers le territoire sous contrôle de l'Ukraine est désormais très limité, la Russie apparaît comme l'unique chance de quitter cette cloche. D'autant que Moscou a distribué des centaines de milliers de passeports russes.
Nastia Karpouchina explique qu'au final, sa génération n'a guère le choix: la Russie est "un point de passage pour gagner de l'expérience, des qualifications, car nos diplômes ne sont pas reconnus en Europe".
"Je veux partir d'ici", abonde Danil Tchebotok, qui va bientôt demander un passeport russe et rêve de travailler comme médecin en Asie.
Il regrette toutefois que l'Ukraine lui soit fermée. "Et je ne vois pas non plus la Russie comme un endroit où progresser".

 


Le Canada en deuil après une rare tuerie qui a fait neuf morts

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  • L'attaque s'est déroulée à Tumbler Ridge, petite ville isolée de 2.300 habitants au pied des Montagnes Rocheuses, dans la province de Colombie-Britannique, à plusieurs heures de route de tout centre urbain
  • D'après la première "alerte" envoyée mardi par la police aux habitants, le suspect a été décrit "comme étant une femme brune portant une robe". Mais les autorités n'ont pas confirmé

MONTREAL: Le Canada est "en deuil", a déclaré mercredi le Premier ministre Mark Carney au lendemain d'une tuerie qui a fait neuf morts et une trentaine de blessés dans une petite ville isolée de l'ouest du pays, où une personne a ouvert le feu dans un collège-lycée.

"Nous surmonterons cette épreuve. Nous en tirerons des leçons", a également promis le Premier ministre, appelant les Canadiens au "rassemblement" dans un pays sous le choc, peu habitué aux tueries de ce type contrairement au voisin américain.

Les drapeaux des édifices gouvernementaux seront mis en berne pendant une semaine.

L'attaque s'est déroulée à Tumbler Ridge, petite ville isolée de 2.300 habitants au pied des Montagnes Rocheuses, dans la province de Colombie-Britannique, à plusieurs heures de route de tout centre urbain.

D'après la première "alerte" envoyée mardi par la police aux habitants, le suspect a été décrit "comme étant une femme brune portant une robe". Mais les autorités n'ont pas confirmé.

Le suspect, dont le genre fait l'objet de spéculations, serait mort après "une blessure qu'il se serait infligée", selon la police.

Ken Floyd, un responsable de la police canadienne, est resté prudent mais a indiqué que le tireur était bien la personne mentionnée dans l'alerte.

Vingt-sept personnes ont également été blessées, dont deux grièvement, a indiqué la Gendarmerie royale du Canada dans un communiqué.

"Horreur" 

Nina Krieger, ministre de le Sécurité publique de la province, a évoqué "l'une des pires tueries de masse de l'histoire" du Canada.

"Nous allons nous rassembler et faire en sorte d'être à l'écoute de ceux qui veulent parler" après cette "grande tragédie", a déclaré Darryl Krakowka, le maire de Tumbler Ridge, auprès de la chaîne publique CBC.

Mark Carney n'a pas prévu d'aller sur place mais le ministre canadien de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, et le Premier ministre de la province David Eby se rendent mercredi au chevet de la ville.

La famille royale britannique s'est dite "profondément choquée et attristée" par ce drame, dans un communiqué du roi Charles III, également chef d'Etat du Canada.

"L'horreur a frappé (...). Pensées aux familles des victimes, aux blessés et à toute la communauté éducative. La France se tient aux côtés des Canadiens", a affirmé le président français Emmanuel Macron sur X.

C'est la seconde tuerie en Colombie-Britannique en moins d'un an. En avril 2025, un homme avait tué 11 personnes à Vancouver, en fonçant avec son camion sur une foule qui célébrait un festival culturel philippin.

Ce type d'attaque est exceptionnel dans les écoles canadiennes. Elle frappe une ville connue pour son tourisme de plein air, avec la proximité des montagnes et un parc géologique.

"Mon plus jeune enfant vient tout juste de sortir du lycée (...). Ma fille aînée travaille à 300 mètres de l'école. Il s'en est fallu de peu", a raconté mardi soir à l'AFP Trent Ernst, journaliste local et ancien enseignant suppléant au lycée de Tumbler Ridge.

"Des fusillades dans des écoles au Canada, c'était une toutes les quelques années (...). Mais quand ça se produit dans votre ville, les choses déraillent complètement", a-t-il ajouté.

"Scène épouvantable" 

Darian Quist, élève dans l'établissement, a expliqué à CBC qu'il se trouvait en cours de mécanique quand on leur a annoncé le confinement de l'école.

"Nous avons pris des tables et barricadé les portes pendant plus de deux heures" jusqu'à l'arrivée de la police, a-t-il raconté.

La première alerte en début d'après-midi concernait un tireur dans l'école. Arrivées sur place, les forces de l'ordre ont d'abord découvert six corps, sans compter le suspect.

Une septième personne blessée par balle est décédée durant son transport à l'hôpital.

Par la suite, la police "a identifié un second lieu (...) lié à l'assaut, où deux autres victimes ont été retrouvées mortes dans une résidence", selon un communiqué.

Ken Floyd a décrit une "scène épouvantable" à l'arrivée des forces de l'ordre.

Si les tueries sont moins fréquentes au Canada qu'aux États-Unis, les statistiques sur la dernière décennie témoignent d'une augmentation constante des crimes commis avec des armes à feu.

En 2020, le Canada avait interdit 1.500 modèles d'armes d'assaut en réaction à la tuerie la plus meurtrière de son histoire, qui avait fait 22 morts dans la province de Nouvelle-Écosse (est).


Israël avance «vers une annexion de facto» de la Cisjordanie, dénonce Berlin

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  • L'aval donné par le cabinet de sécurité israélien à des mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie constitue "une étape supplémentaire vers une annexion de facto"
  • "Israël demeure puissance occupante en Cisjordanie, et en tant que puissance occupante, il est contraire au droit international d'y construire des colonies"

BERLIN: L'aval donné par le cabinet de sécurité israélien à des mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie constitue "une étape supplémentaire vers une annexion de facto", a dénoncé mercredi le ministère allemand des Affaires étrangères.

"Israël demeure puissance occupante en Cisjordanie, et en tant que puissance occupante, il est contraire au droit international d'y construire des colonies", a déclaré lors d'un point presse régulier un porte-parole du ministère, alors que les nouvelles mesures rendent plus faciles les achats de terres pour les colons israéliens.


L'UE doit éliminer les entraves qui l'empêchent d'être un "géant mondial", dit von der Leyen

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, assiste à un débat sur les mesures urgentes nécessaires pour renforcer la compétitivité de l’UE, approfondir le marché unique et réduire le coût de la vie, au Parlement européen à Strasbourg, dans l’est de la France, le 11 février 2026. (AFP)
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, assiste à un débat sur les mesures urgentes nécessaires pour renforcer la compétitivité de l’UE, approfondir le marché unique et réduire le coût de la vie, au Parlement européen à Strasbourg, dans l’est de la France, le 11 février 2026. (AFP)
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  • Ursula von der Leyen appelle l’UE à éliminer les obstacles internes au marché unique, notamment la fragmentation du secteur financier, afin de renforcer la compétitivité, faciliter l’accès aux capitaux et faire de l’Europe un « vrai géant mondial »
  • Elle défend la simplification réglementaire, la poursuite des accords de libre-échange et propose un nouveau statut paneuropéen pour les entreprises (« EU Inc »), tout en ouvrant la voie à des coopérations renforcées et en relançant le débat sur une « pré

STRASBOURG: L'Europe doit "éliminer les entraves" internes à sa compétitivité, si elle veut devenir "un vrai géant mondial", a plaidé mercredi la présidente de la Commission Ursula von der Leyen devant le Parlement européen, à la veille d'un sommet de l'UE.

Citant l'exemple de la fragmentation "sous stéroïdes" du secteur financier européen, la dirigeante a appelé à parachever au plus vite l'intégration du marché unique, en éliminant "un par un" les obstacles qui nuisent à l'activité économique au sein de l'UE.

"Nos entreprises ont besoin de capitaux dès maintenant. Nous devons le faire cette année", a-t-elle lancé aux eurodéputés réunis à Strasbourg, appelant également à poursuivre la conclusion d'accords de libre-échange et la "simplification" réglementaire pour libérer le potentiel de croissance de l'économie.

Les dirigeants des 27 se réunissent jeudi au château d'Alden Biesen en Belgique pour un sommet consacré à la compétitivité de l'économie européenne.

Plusieurs d'entre eux, dont Ursula von der Leyen, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz participeront en outre à un sommet mercredi à Anvers avec des responsables de l'industrie européenne.

Parmi les sujets qui seront au menu de de ces réunions figure l'instauration d'une "préférence européenne", une mesure de soutien au "Made in Europe" qui consiste à obliger les entreprises bénéficiant de fonds publics à se fournir majoritairement en composants fabriqués en Europe.

La présidente de la Commission, qui avait défendu lundi cette mesure chère à la France, mais critiquée par d'autres pays, a assuré qu'il n'était pas question d'imposer une solution "toute faite" à l'ensemble de l'UE.

La responsable a par ailleurs ouvert la porte à des "coopérations renforcées" en matière de compétitivité, c'est-à-dire des réformes qui seraient menées dans certains pays volontaires, plutôt qu'à l'échelle des 27, comme le permettent les traités européens dans certains domaines.

Enfin, elle a confirmé que la Commission présenterait en mars un projet de création d'un nouveau statut juridique paneuropéen pour les entreprises, baptisé "EU Inc".

Ce statut, également appelé le "28e régime", leur permettrait d'exercer leurs activités dans l'ensemble de l'UE sans formalités supplémentaires ni surcoûts administratifs.