Burkina: situation confuse concernant le sort du président Kaboré

Des militaires annoncent la dissolution du gouvernement à la télévision. (Photo, AFP)
Des militaires annoncent la dissolution du gouvernement à la télévision. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 25 janvier 2022

Burkina: situation confuse concernant le sort du président Kaboré

Des militaires annoncent la dissolution du gouvernement à la télévision. (Photo, AFP)
  • Les Etats-Unis ont appelé lundi l'armée du Burkina Faso à la «libération immédiate» du président Roch Marc Kaboré et à «respecter la Constitution» et «les dirigeants civils» du pays
  • L'Union européenne a appelé lundi à la libération «immédiate» du président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré

OUAGADOUGOU: La situation était confuse lundi concernant le sort du président du Burkina Faso Roch Marc Christian Kaboré, dont des sources sécuritaires ont annoncé qu'il était détenu par des soldats qui se sont mutinés face à la dégradation dans leur pays en proie au violences jihadistes. 

Les Etats d'Afrique de l'Ouest ont indiqué suivre « avec une grande préoccupation » l'évolution de la situation au Burkina Faso, « caractérisée » depuis dimanche « par une tentative de coup d'Etat ». 

« Le président Kaboré, le chef du Parlement (Alassane Bala Sakandé) et des ministres sont effectivement aux mains des soldats », à la caserne Sangoulé Lamizana de Ouagadougou, a déclaré une source sécuritaire, information confirmée par une autre source au sein des services de sécurité. 

Mais une source gouvernementale a ensuite affirmé que le président avait été « exfiltré » de sa résidence dimanche soir par des gendarmes de sa garde « avant l’arrivée d’éléments armés qui ont tiré sur les véhicules de son convoi ». 

Un journaliste de l'AFP a vu dans la matinée près de la résidence du chef de l'Etat trois véhicules criblés de balles. Des traces de sang étaient visibles sur l'un d'eux. 

Selon cette source « la situation est confuse », une confusion alimentée par l'absence à la mi-journée lundi de toute déclaration de la part des soldats mutins ou de proches du chef de l'Etat. 

Sur le compte Twitter de M. Kaboré, un message posté en début d'après-midi, dont il était impossible de savoir s'il avait été écrit par lui directement, ni dans quelles circonstances, invite « ceux qui ont pris les armes à les déposer dans l'intérêt supérieur de la Nation ». « C'est par le dialogue et l'écoute que nous devons régler nos contradictions », ajoute-t-il. 

Au pouvoir depuis 2015, le président Kaboré, réélu en 2020 sur la promesse de faire de la lutte antidjihadiste sa priorité, était de plus en plus contesté par une population excédée par les violences jihadistes et son impuissance à y faire face. 

Le chef de l'ONU «condamne fermement» le «coup d'Etat» au Burkina Faso

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a « condamné fermement » lundi dans un communiqué le « coup d'Etat » militaire commis au Burkina Faso, appelant leurs auteurs « à déposer les armes » et à protéger « l'intégrité physique » du président Roch Marc Kaboré. 

Dans ce texte lu par son porte-parole, le chef de l'ONU indique qu'il « s'inquiète notamment du sort et de la sécurité du président (...) suite au coup d'État perpétré le 23 janvier par des sections des forces armées ». 

Le secrétaire général de l'ONU, qui dénonce régulièrement « l'épidémie de coups d'Etat » qui touche le monde aujourd'hui, « suit les développements au Burkina Faso »avec une profonde inquiétude », a ajouté le porte-parole, Stéphane Dujarric. 

Il « appelle tous les acteurs à faire preuve de retenue et à choisir le dialogue » pour résoudre la crise au Burkina Faso, a-t-il indiqué. 

Soldats à la TV nationale 

Un journaliste de l'AFP a constaté qu'une dizaine de soldats encagoulés et armés s'étaient postés lundi matin devant le siège de la Radio télévision du Burkina (RTB) qui a diffusé à son journal de la mi-journée un reportage sur les habitants de Ouagadougou vaquant normalement à leurs occupations. 

La France a appelé lundi ses ressortissants à la prudence et à éviter tout déplacement au Burkina. 

Des soldats se sont mutinés dimanche dans plusieurs casernes pour réclamer le départ des chefs de l'armée et des « moyens adaptés » à la lutte contre les jihadistes qui frappent ce pays depuis 2015. 

Des tirs avaient été entendus en fin de journée près de la résidence du chef de l'Etat et un hélicoptère avait survolé la zone tous feux éteints, selon des résidents. 

Ces mutineries sont survenues alors que le Sahel est de plus en plus déstabilisé par les jihadistes qui frappent aussi le Niger et le Mali voisin, pays qui a été le théâtre de deux coups d’Etat en quelques mois. 

Au-delà, en Afrique de l’Ouest, la fragilité des Etats s’est aussi manifestée avec un putsch en Guinée. 

Plusieurs manifestations de colère ont eu lieu depuis plusieurs mois dans les villes du Burkina pour dénoncer l'incapacité du pouvoir à contrer les attaques jihadistes que se multiplient, souvent interdites et dispersées par les policiers anti-émeutes. 

Tout au long de la journée de dimanche, des manifestants ont apporté leur soutien aux mutins, avant d'être dispersés par la police. 

De nouvelles manifestations de soutien ont eu lieu lundi. 

Washington demande la « libération immédiate » du président Kaboré

Les Etats-Unis ont appelé lundi l'armée du Burkina Faso à la « libération immédiate » du président Roch Marc Kaboré et à « respecter la Constitution » et « les dirigeants civils » du pays. 

« Nous exhortons toutes les parties, dans cette situation mouvante, à maintenir le calme et à rechercher le dialogue pour résoudre leurs griefs », a dit un porte-parole de la diplomatie américaine. 

« Le gouvernement des Etats-Unis est au courant des informations selon lesquelles des membres de l'armée du Burkina Faso ont arrêté et détiennent le président Roch Marc Kaboré », a-t-il déclaré. 

« Nous appelons à la libération immédiate du président Kaboré et d'autres responsables gouvernementaux, et appelons les membres des forces de sécurité à respecter la Constitution du Burkina Faso et ses dirigeants civils », a-t-il insisté, soulignant que la diplomatie américaine était en contact avec les « partenaires internationaux » mais aussi des responsables du gouvernement burkinabè. 

« Moyens adaptés »  

Le gouvernement avait reconnu des tirs dans plusieurs casernes, démentant « une prise de pouvoir par l'armée ». 

« Nous voulons des moyens adaptés à la lutte » anti-jihadiste « et des effectifs conséquents », ainsi que le « remplacement » des plus hauts gradés de l'armée nationale, a affirmé dans un enregistrement sonore parvenu un militaire de la caserne Sangoulé Lamizana, sous couvert de l'anonymat. 

Des discussions infructueuses ont eu lieu entre les représentants des mutins et le ministre de la Défense, le général Barthélémy Simporé. 

Le camp Sangoulé Lamizana de Ouagadougou où pourrait se trouver le président Kaboré est aussi celui où est incarcéré le général Gilbert Diendéré, proche de l'ancien président Blaise Compaoré renversé en 2014. 

Le général Diendéré a été condamné à 20 ans de prison pour une tentative de putsch en 2015 contre le président Kaboré et est actuellement jugé pour son rôle présumé dans l'assassinat, en 1987, du président d'alors Thomas Sankara, icône panafricaine. 

Le procès des assassins présumés de Sankara, qui devait entrer lundi dans la phase des réquisitoires et plaidoiries devant le tribunal militaire de Ouagadougou, a été reporté à une date indéterminée, selon une source judiciaire. 

Dans le sillage du Mali et du Niger, le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique qui ont fait en près de sept ans plus de 2 000 morts et contraint 1,5 million de personnes à fuir leurs foyers. 

L'UE appelle à la libération « immédiate » du président Kaboré

L'Union européenne a appelé lundi à la libération « immédiate » du président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, dont des sources sécuritaires ont annoncé qu'il était détenu par des soldats qui se sont mutinés. 

« Dans ce moment d'incertitude, l'Union européenne reste attentive à l'évolution de la situation, en appelant tous les acteurs au calme et à la retenue. Elle appelle également à ce que la liberté du Président Kaboré et des membres des institutions de l'Etat soit immédiatement rétablie », a déclaré le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, dans un communiqué. 

« Les dernières nouvelles sont très préoccupantes », a estimé M. Borrell lors d'une conférence de presse. « Nous savons maintenant que le président Kaboré est sous le contrôle de l'armée », a-t-il dit. 

Dans son communiqué, l'UE « rappelle son attachement au respect des institutions républicaines et de l'ordre constitutionnel ». Elle « appelle également les forces de sécurité et de défense à demeurer fidèles à leurs missions premières de protection de la population et de défense du territoire, en faisant valoir leurs revendications de manière non violente ».  


Le détroit d'Ormuz «complètement ouvert» vendredi, annonce Trump après l'accord avec l'Iran

Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Des médias iraniens ont annoncé dans la soirée que trois pétroliers et deux cargos transportant des marchandises avaient traversé la zone jusque-là soumise au blocus naval américain
  • "Des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit", s'est réjoui lundi le président américain sur son réseau Truth Social. "Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots!"

TEHERAN: Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

"Des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit", s'est réjoui lundi le président américain sur son réseau Truth Social. "Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots!"

Des médias iraniens ont annoncé dans la soirée que trois pétroliers et deux cargos transportant des marchandises avaient traversé la zone jusque-là soumise au blocus naval américain.

Selon un haut responsable américain, le cadre d'accord a déjà été signé de manière électronique par Donald Trump, son vice-président JD Vance, et le président du Parlement iranien et principal négociateur de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le texte n'a pas été rendu public, laissant planer des doutes sur des points de divergence entre les deux parties après de laborieuses négociations.

Ce document "apportera la paix dans la région", a promis lundi Donald Trump. Il a laissé entendre que le texte pourrait être publié vendredi, après sa signature à Genève, qui marquera l'ouverture d'une période de soixante jours pour conclure un accord final.

"Nous avons un passif d'engagements non tenus, non appliqués, abandonnés, tout cela est présent dans notre esprit", dans le processus de négociation et de mise en place de l'accord, a déclaré, plus circonspect, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d'Etat.

"En même temps, nous faisons tout ce qui est possible pour créer à travers ce processus des opportunités économiques pour notre pays", a-t-il ajouté.

Fin "définitive" de la guerre 

Les premières informations sur le contenu de l'accord sont principalement venues d'Iran. Selon sa diplomatie, il prévoit "la fin immédiate et définitive de la guerre et des opérations militaires sur les différents fronts, y compris au Liban".

Dans le très stratégique détroit d'Ormuz, l'Iran devrait facturer des frais liés aux services aux navires, plutôt qu'instaurer un péage dont les Etats-Unis ne voulaient pas, selon la même source.

"Nous nous attendons à ce que le détroit soit rouvert sans péage à long terme", a dit le vice-président américain JD Vance à CNBC lundi.

La diplomatie iranienne a aussi assuré que "la partie américaine s'était engagée" à débloquer des fonds iraniens gelés à l'étranger et à verser des réparations pour les dégâts provoqués par la guerre.

"Ils ne recevront jamais le moindre dollar du contribuable américain. Jamais", a toutefois insisté JD Vance sur Fox News.

Aucun avoir sous sanction américaine n'a été débloqué pour l'instant, selon un haut responsable américain.

Les Etats-Unis doivent également garantir qu'Israël mette fin à la guerre au Liban, a affirmé le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï.

Les affrontements entre Israël et le Hezbollah pro-iranien au Liban semblaient avoir cessé, mais une frappe israélienne a tué une personne dans le sud lundi à la mi-journée. Puis le Hezbollah a annoncé y avoir "repoussé", au moyen de roquettes et de drones, une force israélienne qui tentait d'avancer.

L'armée israélienne restera au Liban "aussi longtemps que nécessaire", comme en Syrie et à Gaza, a déclaré lundi soir le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Alors que l'accord irano-américain est largement perçu comme un échec pour Israël par la société et une grande partie de la classe politique, le Premier ministre israélien a affirmé que la guerre avait sauvé son pays de la menace d'une "destruction nucléaire".

Et annoncé qu'il comptait se présenter aux élections législatives d'ici la fin de l'année, malgré les critiques et son procès pour corruption. Âgé de 76 ans, il a gouverné le pays plus longtemps qu'aucun autre Premier ministre: plus de 18 années cumulées depuis 1996.

Négociations sur l'uranium iranien 

L'annonce d'un accord pour mettre fin à la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes et qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, a fait chuter les prix du pétrole de près de 5% lundi. Ils se stabilisent mardi.

Les habitants de la région semblaient eux mitigés. "Le peuple iranien n'a rien gagné avec cet accord", réagit Arya, 38 ans, professeur d'anglais à Téhéran. "Les gens ne vont pas revenir à leur vie d'avant."

Au Liban, certains déplacés envisageaient timidement un retour vers le sud dans des zones non occupées par Israël. "Même s'il ne reste que des ruines, nous y planterons une tente et nous y resterons", assure Hana al-Jamma.

Les 60 jours de négociations qui doivent s'ouvrir porteront sur quatre sujets, selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères: la levée des sanctions contre l'Iran, le nucléaire, la "reconstruction" et "le développement économique" du pays, ainsi que "la mise en place d'un mécanisme de suivi" des engagements pris.

L'Iran cherchera "à ce que l'accord final soit soutenu par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies", a précisé sa diplomatie.

Dans des déclarations au New York Times, Donald Trump a indiqué qu'un volet des négociations concernerait l'acceptation par l'Iran d'un moratoire de vingt ans sur l'enrichissement d'uranium, laissant entendre qu'il pourrait transiger sur quinze ans.

En vertu du protocole d'accord, des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) seront par ailleurs autorisés à se rendre en Iran pour aider Téhéran à "détruire son stock d'uranium hautement enrichi", a annoncé JD Vance sur NBC News.

 


Frankly Speaking: Quelle sera la prochaine étape des relations entre l'Arabie saoudite et l'Inde?

L’ambassadeur sortant de l’Inde en Arabie saoudite, Suhel Ajaz Khan, a souligné la résilience d’un partenariat qui, selon lui, continue de se développer malgré les turbulences régionales. (Photo AN)
L’ambassadeur sortant de l’Inde en Arabie saoudite, Suhel Ajaz Khan, a souligné la résilience d’un partenariat qui, selon lui, continue de se développer malgré les turbulences régionales. (Photo AN)
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  • L'ambassadeur indien sortant affirme que les conflits régionaux ont renforcé la coordination en matière de sécurité, de routes maritimes et d'approvisionnement énergétique
  • Suhel Ajaz Khan souligne le développement des échanges commerciaux, des investissements et des liens entre les peuples alors que le partenariat entre l'Arabie saoudite et l'Inde entre dans une nouvelle phase

RIYAD : Alors que la guerre américano-israélienne contre l’Iran se répercute à travers le Moyen-Orient et le monde, peu de pays ont autant d’enjeux que l’Inde. Fortement dépendante des approvisionnements énergétiques régionaux, de plus en plus investie dans les routes commerciales maritimes et comptant des millions de citoyens vivant dans les États du Golfe, New Delhi a observé le conflit avec inquiétude.

Cependant, la crise a également mis en évidence l’importance du renforcement des relations entre l’Inde et l’Arabie saoudite — un partenariat qui a considérablement évolué au cours de la dernière décennie, passant d’une relation centrée principalement sur le pétrole à une relation stratégique globale englobant la sécurité, l’investissement, la culture et la diplomatie.

Invité de l’émission d’actualité « Frankly Speaking » sur Arab News, l’ambassadeur sortant de l’Inde en Arabie saoudite, Suhel Ajaz Khan, a expliqué comment le conflit a intensifié le dialogue entre New Delhi et Riyad.
Dans le même temps, cela a mis en évidence la résilience d’un partenariat qui continue de se développer malgré les turbulences régionales. Pour l’Inde, a-t-il déclaré à Katie Jensen, animatrice de « Frankly Speaking », les développements dans le Golfe restent impossibles à ignorer.

« Le conflit dans la région est certainement une source de grande préoccupation pour nous », a déclaré M. Khan. « Cette région fait partie de notre voisinage élargi. »

Avec près de 10 millions d’Indiens vivant à travers le Moyen-Orient, dont quelque 2,7 millions rien qu’en Arabie saoudite, l’ambassadeur a déclaré que la sécurité de la région était directement liée aux intérêts nationaux de l’Inde.

« C’est l’un de nos plus grands partenaires commerciaux. C’est l’un de nos plus grands partenaires pour l’énergie et les engrais. Il est donc évident que tout ce qui se passe dans cette région revêt une grande importance pour nous. »

M. Khan a indiqué que la communication entre les dirigeants indiens et saoudiens s’était intensifiée tout au long de la crise. Le Premier ministre Narendra Modi et le prince héritier Mohammed ben Salmane se sont entretenus à deux reprises pendant le conflit, tandis que les ministres et les hauts responsables restent en contact fréquent.

« Nos dirigeants se sont consultés et ont entretenu des échanges très intenses », a-t-il déclaré.

L’Inde a condamné à plusieurs reprises les attaques iraniennes contre l’Arabie saoudite et les pays du Conseil de coopération du Golfe, tout en réitérant son appel de longue date au dialogue et à la désescalade. « Notre position sur le conflit lui-même est très claire », a déclaré M. Khan.

Il a ajouté que New Delhi restait profondément préoccupée par la sécurité des voies maritimes et la fluidité du commerce à travers l’une des voies navigables les plus stratégiques au monde.

« Nous pensons également que le détroit d’Ormuz doit rester ouvert », a-t-il déclaré. « La navigation, la navigation libre et sans entrave, ainsi que les routes commerciales libres sont très importantes pour nos pays, pour l’ensemble de la région et pour le monde entier. »

Cette préoccupation est devenue de plus en plus pressante face aux attaques contre des navires marchands opérant dans les eaux du Golfe. Le conflit a déjà coûté la vie à des marins indiens servant à bord de navires commerciaux près d’Oman, suscitant des protestations de la part de New Delhi et soulevant de nouvelles questions sur la sécurité maritime.
L’Inde a convoqué vendredi le chef de mission adjoint américain Jason Meeks pour la deuxième fois en deux jours, à la suite des frappes américaines contre trois navires marchands dont l’équipage était majoritairement indien. M. Meeks avait déjà été convoqué au ministère des Affaires étrangères mercredi, à la suite d’une frappe américaine contre le MT Settebello, battant pavillon des Palaos, au large des côtes d’Oman, au cours de laquelle trois marins indiens ont été tués.

Cette frappe faisait suite à celle du 8 juin contre le MT Marivex, un autre pétrolier battant pavillon des Palaos. Les autorités omanaises ont évacué par avion 24 marins indiens du navire touché. Jeudi, un pétrolier battant pavillon de Guinée-Bissau a été touché lors d’une frappe américaine. New Delhi a déclaré que son équipage, qui comprenait 20 marins indiens, avait été secouru.

M. Khan a qualifié ces attaques de profondément préoccupantes et a réitéré l’appel de l’Inde à la retenue. « Il est très regrettable que les attaques contre les infrastructures civiles, y compris les compagnies maritimes, se poursuivent », a-t-il déclaré.

Qualifiant les récents développements de « regrettables », il a souligné que la diplomatie restait la seule voie viable pour aller de l’avant : « Nous avons constamment appelé au dialogue et à la diplomatie. Nous pensons que c’est la seule façon de résoudre ces problèmes. »

Il a ajouté : « Nous appelons toutes les parties concernées à respecter le cessez-le-feu, à ne pas attaquer les infrastructures civiles, y compris les lignes maritimes, et à conclure au plus vite les négociations diplomatiques en cours. »

La menace maritime a été l’un des nombreux sujets abordés lors des récents échanges de haut niveau entre l’Inde et l’Arabie saoudite.

M. Khan a révélé que le conseiller indien à la sécurité nationale, Ajit Doval, avait mené de vastes consultations à Riyad lors d’une visite en avril, s’appuyant sur les contacts réguliers entre les deux pays en matière de sécurité. « Notre conseiller à la sécurité nationale est en contact permanent avec son homologue saoudien », a-t-il déclaré.

Au cours de sa visite, M. Doval a rencontré de hauts responsables saoudiens, notamment le ministre d’État Musaad Al-Aiban, le ministre de l’Énergie, le prince Abdulaziz bin Salman, et le ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan.

« Ils ont passé en revue l’ensemble des relations bilatérales ainsi que l’évolution de la dynamique dans la région, la sécurité de la région et les implications du conflit », a déclaré M. Khan. Les discussions ont également porté sur des questions vitales pour l’économie indienne, notamment l’approvisionnement en énergie et en engrais.

Ces discussions ont pris une importance croissante, l’incertitude entourant le détroit d’Ormuz ayant suscité des inquiétudes quant aux marchés énergétiques mondiaux. L’Inde importe une part importante de son pétrole brut auprès des producteurs du Golfe, ce qui fait des perturbations d’approvisionnement une préoccupation stratégique majeure.

Selon M. Khan, la mise en service par l’Arabie saoudite d’installations d’exportation sur la côte de la mer Rouge a contribué à atténuer l’impact de l’instabilité régionale. « L’Arabie saoudite a pu nous fournir du pétrole brut via le port de Yanbu », a-t-il déclaré.

L’ambassadeur s’est récemment rendu lui-même à Yanbu, où il a pu constater que les exportations de pétrole brut et les expéditions d’engrais sont désormais acheminées via des installations moins exposées aux perturbations dans le Golfe.

L’Arabie saoudite reste l’un des partenaires énergétiques les plus importants de l’Inde, fournissant environ 15 % des besoins en pétrole brut du pays. « L’Arabie saoudite a toujours été un fournisseur très fiable et constant pour nos besoins en pétrole brut », a déclaré M. Khan.

Il a noté que l’utilisation de Yanbu a contribué à réduire la dépendance vis-à-vis des routes liées à Ormuz. « Après la mise en service du port de Yanbu, cela a atténué l’impact sur les approvisionnements transitant par Ormuz », a-t-il ajouté.

Tout en reconnaissant la persistance de perturbations ailleurs dans la région, M. Khan a déclaré que l’Inde et l’Arabie saoudite partageaient un intérêt commun à maintenir ouvertes les routes commerciales maritimes.

« Notre position est très similaire à celle de l’Arabie saoudite, très similaire à celle des autres pays du Golfe », a-t-il déclaré. « Le détroit d’Ormuz et les routes commerciales doivent rester ouverts, ils ne doivent en aucun cas être entravés. »

Le conflit a également mis à l’épreuve la capacité du Golfe à soutenir les communautés d’expatriés prises dans l’instabilité régionale. À cet égard, M. Khan a particulièrement salué le rôle joué par l’Arabie saoudite pour aider les citoyens indiens à rentrer chez eux pendant la crise. « Ce fut un immense soulagement que l’espace aérien saoudien soit resté ouvert tout au long du conflit », a-t-il déclaré.

Selon l’ambassadeur, les autorités saoudiennes ont délivré près de 15 000 visas de transit à des ressortissants indiens bloqués dans les pays voisins. « L’Arabie saoudite a aidé nos compatriotes, non seulement ceux qui se trouvaient en Arabie saoudite mais aussi ceux de toute la région, à rentrer au pays si tel était leur souhait », a-t-il déclaré.

La décision du Royaume de maintenir les aéroports en activité et de faciliter le trafic aérien régional s’est avérée cruciale pour les milliers de personnes cherchant à quitter les zones touchées par le conflit. « Nous remercions sincèrement l’Arabie saoudite et saluons ses efforts pour maintenir la connectivité aérienne et fournir des facilités de transit à notre peuple », a ajouté M. Khan.

Cette coopération en temps de guerre reflète une transformation plus large des relations saoudo-indiennes qui, selon M. Khan, s’est considérablement accélérée au cours de la dernière décennie. « Nos relations se sont véritablement épanouies au cours des 10 à 12 dernières années », a-t-il déclaré.

Au cœur de cette évolution se trouve la relation personnelle entre le Premier ministre Modi et le prince héritier Mohammed ben Salmane. Selon M. Khan, ces deux dirigeants ont donné l’élan politique nécessaire pour renforcer les liens bilatéraux.

« Je pense que cela a été vraiment important et que les deux dirigeants entretiennent d’excellentes relations, fondées sur la confiance et le respect mutuels », a déclaré l’ambassadeur, qualifiant leur engagement direct de « véritable moteur de nos relations au cours de la dernière décennie ».

M. Khan a pu observer de près le leadership du prince héritier lors de plusieurs réunions et a déclaré qu’un aspect ressortait systématiquement. « Ce que je constate, c’est qu’il a une grande vision pour son pays et qu’il a un grand respect pour l’Inde », a-t-il déclaré.

Ce respect s’étend à la communauté indienne elle-même. M. Khan a rappelé les propos tenus par le prince héritier lors d’une visite en Inde en 2023. « Il a déclaré que la communauté indienne faisait partie intégrante de la société saoudienne. »

L’ambassadeur estime que de tels sentiments ont contribué à renforcer les liens entre les deux pays tout en renforçant le sentiment d’appartenance des Indiens vivant dans le Royaume. « Ce genre d’affection, de respect et d’attention envers la communauté indienne fait également une grande différence. »


Sur le plan institutionnel, l’un des développements les plus significatifs a été la création et l’expansion du Conseil de partenariat stratégique. Créé en 2019, ce conseil est devenu le principal cadre guidant la coopération entre les deux pays. « C’est une manière très systématique de renforcer notre engagement », a déclaré M. Khan.

Ce qui a commencé avec des comités politiques et économiques s’est depuis élargi pour inclure la défense, la culture et le tourisme. « C’est un dispositif très complet dont nous disposons et qui guide notre engagement. »

L’intensité de cet engagement s’est considérablement accrue. Au cours des trois années de son mandat, a indiqué M. Khan, il y a eu environ 30 visites au niveau ministériel dans chaque sens.

La coopération économique s’est développée parallèlement aux liens politiques. Les échanges bilatéraux dépassent désormais les 42 milliards de dollars, tandis que les exportations indiennes vers l’Arabie saoudite ont connu une croissance rapide. « Nos échanges commerciaux progressent dans les deux sens », a déclaré M. Khan.

Le nombre d’entreprises indiennes opérant en Arabie saoudite a également bondi : « En 2019, on comptait environ 490 entreprises. Aujourd’hui, plus de 5 000 entreprises sont enregistrées ici. »

Pourtant, M. Khan estime que les plus grandes opportunités restent à venir, notamment en matière d’investissement : « Je pense que c’est un domaine où nous pouvons certainement faire davantage. »

Parmi les initiatives les plus importantes actuellement à l’étude figurent des projets de création de deux raffineries de pétrole en joint-venture en Inde, impliquant le géant saoudien de l’énergie Aramco et des partenaires indiens.

Au-delà des industries traditionnelles, les deux pays se tournent de plus en plus vers la technologie et l’intelligence artificielle. « Il existe d’énormes opportunités dans les nouveaux secteurs, l’IA et tous les nouveaux secteurs informatiques », a déclaré M. Khan.

Des entreprises indiennes participent déjà à d’importants projets numériques saoudiens et collaborent à des initiatives émergentes en matière d’IA : « Nos entreprises travaillent, par exemple, avec des sociétés comme HUMAIN et ALLAM, qui sont les moteurs de la révolution de l’IA en Arabie saoudite. »

L’ambassadeur a également mis en avant l’écosystème croissant des start-ups en Inde, qui compte désormais plus de 100 entreprises « licornes ».

Malgré l’accent mis sur le commerce et la technologie, les personnes restent au cœur de cette relation. La communauté indienne en Arabie saoudite s’est développée de manière constante pendant le mandat de M. Khan, reflétant à la fois les opportunités économiques et un sentiment d’intégration sociale.

« Nos communautés se sentent à l’aise ici, elles se sentent respectées ici, elles sont bien intégrées dans la société saoudienne », a-t-il déclaré.

Il a décrit les expatriés indiens comme « le pont vivant entre nos deux pays », contribuant à renforcer la compréhension culturelle à travers la cuisine, le cinéma, les affaires et les interactions quotidiennes.

Alors que son mandat en Arabie saoudite touche à sa fin, M. Khan a également évoqué une expérience plus personnelle : avoir accompli le hadj cette année tout en exerçant ses fonctions d’ambassadeur.

Pour quelqu’un qui a passé des décennies à s’occuper de l’administration du hadj, ce pèlerinage revêtait une importance à la fois professionnelle et spirituelle.

« Le hadj est toujours une expérience spirituelle très, très profonde », a-t-il déclaré.

En même temps, cela lui a donné l’occasion de soutenir les pèlerins indiens et de constater les améliorations apportées par l’Arabie saoudite pour gérer l’un des plus grands rassemblements annuels au monde.

« C’est donc assurément une source de grande satisfaction spirituelle, mais cela me procure également la satisfaction de servir notre communauté », a-t-il déclaré.

Cette expérience, a-t-il ajouté, a couronné un mandat marqué par la chaleur humaine, la coopération et l’optimisme quant à l’avenir. « Je vois un grand potentiel entre l’Inde et l’Arabie saoudite », a déclaré M. Khan.

Résumant cette relation en trois mots, il a ajouté : « Paix, progrès et prospérité. » Pour les deux pays, dans un contexte régional turbulent, ces aspirations pourraient s’avérer plus importantes que jamais.


Le cadre d'accord a été signé électroniquement par Trump, Vance et le négociateur iranien Ghalibaf 

Donald Trump a assuré lundi, peu après son arrivée à Evian (France) pour le sommet du G7, que le détroit d'Ormuz, artère essentielle pour le commerce mondial de brut, serait "complètement ouvert" vendredi. (AFP)
Donald Trump a assuré lundi, peu après son arrivée à Evian (France) pour le sommet du G7, que le détroit d'Ormuz, artère essentielle pour le commerce mondial de brut, serait "complètement ouvert" vendredi. (AFP)
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  • Le cadre d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran a été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf
  • Donald Trump a assuré lundi, peu après son arrivée à Evian (France) pour le sommet du G7, que le détroit d'Ormuz, artère essentielle pour le commerce mondial de brut, serait "complètement ouvert" vendredi

WASHINGTON: Le cadre d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran a été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf, a annoncé lundi un haut responsable américain.

"Le président voulait le signer personnellement, car il voulait montrer son (...) abnégation à trouver une issue favorable", a déclaré ce haut responsable à la presse, sous couvert d'anonymat.