Dans l'est déchiré de la RDC, un nouveau front ouvert par d'anciens rebelles

Un casque bleu tient son arme lors d'une patrouille autour de la nouvelle base installée à Rugari, à 50 km de la ville de Goma, alors que la population surveille les militaires dans l'est de la République démocratique du Congo, le 28 janvier 2022.(AFP)
Un casque bleu tient son arme lors d'une patrouille autour de la nouvelle base installée à Rugari, à 50 km de la ville de Goma, alors que la population surveille les militaires dans l'est de la République démocratique du Congo, le 28 janvier 2022.(AFP)
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Publié le Samedi 29 janvier 2022

Dans l'est déchiré de la RDC, un nouveau front ouvert par d'anciens rebelles

  • Des sources locales établissaient mercredi à plus d'une vingtaine le nombre de militaires, dont un colonel, tués dans la nuit de lundi à mardi dans l'attaque d'une position de l'armée à Nyesisi, sur le territoire de Rutshuru
  • Selon des représentants de la société civile, les rebelles ont eux aussi perdu des hommes

RUGARI, CONGO : Au pied du volcan éteint Mikeno, dans l'est de la République démocratique du Congo, des villages entiers sont déserts. Leurs habitants ont fui cette semaine des affrontements violents entre l’armée et les ex-rebelles du "M23", qui auraient fait une trentaine de morts parmi les militaires.

"Nous avons inhumé hier (jeudi) 30 corps de soldats" au camp militaire de Rumangabo, près du parc national des Virunga, explique à l'AFP Jean Bosco Kazibat, membre de la Croix-rouge locale. "Deux autres, des officiers, ont été ramenés à Goma", chef-lieu de la province du Nord-Kivu, à une cinquantaine de km au sud, ajoute-t-il.

Des sources locales établissaient mercredi à plus d'une vingtaine le nombre de militaires, dont un colonel, tués dans la nuit de lundi à mardi dans l'attaque d'une position de l'armée à Nyesisi, sur le territoire de Rutshuru, attribuée au "mouvement du 23 mars". 

Les forces armées de RDC (FARDC) n'ont pas communiqué sur ce bilan mais évoqué sur les réseaux sociaux leur riposte "à l'arme lourde" ayant visé les collines temporairement occupées par les rebelles.

Selon des représentants de la société civile, les rebelles ont eux aussi perdu des hommes mais, disent-ils, il est impossible de savoir combien parce qu'ils les ont inhumés avant de se retirer.

Le M23, également appelé "Armée révolutionnaire du Congo", est issu d'une ancienne rébellion tutsi congolaise du Nord-Kivu jadis soutenue par le Rwanda et l'Ouganda, pays frontaliers de cette province en proie depuis plus de 25 ans aux violences de nombreux groupes armés.Défait en 2013 par l'armée congolaise, le M23 refait parler de lui depuis début novembre, quand il a été accusé d'avoir attaqué plusieurs positions .

« On ne sait pas où on va vivre »

L'attaque de lundi soir "a eu lieu vers minuit, j’ai fui avec ma femme et mes sept enfants, laissant tout dans la maison. Les maisons de mes voisins ont été détruites par des bombes, on ne sait pas où on va vivre...", témoigne Jean de Dieu Ndibaganira, 52 ans, habitant du village de Ngugo, réfugié avec les siens dans la localité voisine de Rugari.

Une centaine de familles sont installées là, dans une école primaire et à la paroisse. La vie s'organise tant bien que mal. De jeunes enfants jouent au foot, des mamans cuisinent par terre dans des petites casseroles.

"Nous comptons aujourd’hui plus de 8.000 ménages qui ont fui les affrontements", explique Eric Mashagiro Ngaruye, chef du groupement (entité administrative) de Rugari, en demandant l'assistance d'organisations humanitaires.

D'autres familles, dépourvues de tout, se sont dirigées vers Kibumba, dans le territoire de Nyiragongo. Les combats ont duré deux jours, le calme est revenu mais les villageois craignent de nouvelles attaques et ne sont pas prêts à rentrer chez eux.

Les villages de Bukima, Nyesisi, Ruhanga, Mukefu, Ngungo, Gekere, Butaka et d’autres sont vides. A Nyesisi comme à Ngungo, les portes des maisons ont été cassées, tout a été pillé à l'intérieur. Seuls des objets sans valeur sont visibles dans les cours.

Accords passés 

"J’ai fui seulement avec ce pagne et cette blouse quand le M23 a attaqué la nuit", montre Odette Baraka, mère de 10 enfants. Elle accuse des "militaires rwandais" de cette attaque et dit craindre d'être tuée par "les rebelles tutsi".

"Dire que (ces rebelles) sont associés au Rwanda est un non sens !", a protesté dans une interview au magazine Jeune Afrique publiée vendredi le président rwandais Paul Kagame.

Certains villageois disent que les hommes du M23 leur ont affirmé ne pas vouloir occuper le pays, mais être intégrés dans l'armée congolaise, conformément à des accords conclus par le passé mais, disent-ils, non respectés.

Dans le camp militaire de Nyesisi, dont l'accès n'a pas été autorisé à l'équipe de l'AFP, des renforts ont été envoyés après l'attaque du début de semaine. La mission de l'ONU en RDC (Monusco) a installé de son côté des bases temporaires dans le groupement de Rugari, dont une dans l'école abritant des déplacés.

Moïse Nizingi, 25 ans, se montre pessimiste quant à la capacité de la force onusienne de ramener le calme. "Nous demandons au gouvernement d’envoyer des forces", implore-t-il.

Le Nord-Kivu et la province voisine de l'Ituri sont depuis mai dernier sous état de siège, une mesure qui donne pleins pouvoirs à l'armée et la police mais n'est pas parvenue jusqu'à présent à mettre fin aux violences.

 


Washington abat un drone iranien mais les discussions restent programmées

L’armée américaine a abattu le 3 février 2026 un drone iranien qui s’était approché de manière « agressive » du porte-avions Abraham Lincoln, ci-dessus, dans la mer d’Arabie. (Photo d’archives US Navy/AFP)
L’armée américaine a abattu le 3 février 2026 un drone iranien qui s’était approché de manière « agressive » du porte-avions Abraham Lincoln, ci-dessus, dans la mer d’Arabie. (Photo d’archives US Navy/AFP)
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  • Un avion américain a abattu un drone iranien près d’un porte-avions dans la mer d’Arabie, tandis que des incidents impliquant des navires ont ravivé les tensions entre Washington et Téhéran
  • Malgré ces incidents, les discussions entre les États-Unis et l’Iran restent prévues, avec des efforts diplomatiques intensifs menés par des pays médiateurs de la région

WASHINGTON: Un avion furtif américain a abattu mardi un drone iranien qui s'était approché d'un porte-avions américain dans la mer d'Arabie, mais les discussions prévues en fin de semaine entre les deux pays sont maintenues selon la Maison Blanche.

Depuis janvier et le vaste mouvement de contestation réprimé dans le sang par le pouvoir iranien, Washington et Téhéran alternent menaces et ouvertures au dialogue, alors que des pays médiateurs s'efforcent de réduire les tensions.

Dans ce contexte fébrile, deux incidents se sont produits mardi dans les eaux du Moyen-Orient.

Un avion de combat du porte-avions Abraham Lincoln a abattu le drone "en état de légitime défense et pour protéger le porte-avions et le personnel à bord", a expliqué le porte-parole du commandement américain pour la région (Centcom), le capitaine Tim Hawkins.

Ce navire a récemment été déployé dans le Golfe par le président Donald Trump, décidé à accentuer la pression sur l'ennemi iranien au moment où celui-ci étouffait les manifestations et à qui il veut arracher un accord sur le nucléaire.

Le Centcom a également confirmé que deux bateaux armés iraniens et un drone s'étaient approchés "à grande vitesse" d'un pétrolier sous pavillon américain, le Stena Imperative, et "menaçaient de l'aborder et le saisir".

Un destroyer américain a porté assistance au pétrolier, avec le soutien de l'armée de l'air, et l'a escorté hors de danger, selon la même source.

L'agence de presse iranienne Fars avait auparavant indiqué qu'un navire, entré "illégalement" dans le détroit d'Ormuz et "dans les eaux territoriales iraniennes", avait été "averti" et avait "immédiatement quitté la zone.

Téhéran a récemment menacé de bloquer le détroit, passage clé pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié, en cas d'attaque américaine.

- Efforts "très intenses" -

Malgré ces incidents, les pourparlers "restent programmés pour l'instant", a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt, alors que ces derniers jours, les deux pays ont semblé vouloir donner une chance à la diplomatie.

Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a annoncé mardi avoir mandaté son ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi pour des négociations directes avec les Etats-Unis, rejetant néanmoins toutes "demandes déraisonnables".

Une source arabe proche du dossier a indiqué à l'AFP que ces discussions auraient "probablement" lieu vendredi, en Turquie.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a toutefois souligné que si des pourparlers étaient bien prévus "dans les prochains jours", la date et le lieu précis faisaient toujours l'objet de "consultations".

"Tant la Turquie que Oman et d'autres pays de la région se sont montrés disposés à accueillir les pourparlers", a relevé le ministère, relayé par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Si le dialogue aboutit, "super". Mais dans le cas contraire, "de mauvaises choses se produiraient probablement", a prévenu le président Trump.

Abbas Araghchi a multiplié mardi les consultations avec ses homologues de la région. Il s'est entretenu successivement avec ses homologues du Qatar, de la Turquie, d'Oman et du Koweït.

Les efforts diplomatiques se "poursuivent de manière très intense", a affirmé le Qatar.

Quant à l'émissaire américain Steve Witkoff, il a rencontré à Jérusalem le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui l'a mis en garde, l'Iran ayant selon lui "prouvé de manière répétée que l'on ne pouvait pas faire confiance à ses promesses".

- Nucléaire -

Les tensions entre Washington et Téhéran se sont accentuées après le mouvement de contestation iranien, déclenché par des manifestations contre le coût de la vie.

L'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), établie aux Etats-Unis, a recensé plus de 50.000 personnes arrêtées et a pu confirmer 6.872 morts, en grande majorité des manifestants.

Mais le nombre de morts pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17.000 décès en cours d'examen.

Mardi, Paris a estimé que les discussions irano-américaines devraient viser à mettre fin à la "répression" de Téhéran, "avant de "traiter des questions du nucléaire, des missiles, du soutien aux organisations terroristes".

Les pays occidentaux accusent l'Iran de chercher à se doter de l'arme nucléaire, ce que Téhéran dément.

Des négociations avec les Etats-Unis s'étaient tenues au printemps 2025, avant la guerre de 12 jours déclenchée en juin par Israël, mais avaient notamment achoppé sur la question de l'enrichissement d'uranium.

Abbas Araghchi a indiqué dimanche sur CNN qu'un accord était "possible" mais dit attendre une levée des sanctions contre son pays, qui a exclu de discuter de ses capacités de défense et balistiques.


Iran : l'UE désigne les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste

Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
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  • Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont classé les Gardiens de la Révolution iraniens comme organisation terroriste suite à la répression sanglante des manifestations en Iran
  • L’UE a également sanctionné 21 responsables iraniens, avec interdiction d’entrée sur le territoire et gel de leurs avoirs

BRUXELLES: Les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'Union européenne sont tombés d'accord jeudi pour désigner les Gardiens de la révolution comme une "organisation terroriste", après la répression sanglante des manifestations en Iran, a annoncé la cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas.

"+Terroriste+, c'est bien ainsi que l'on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang", a aussitôt réagi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte", a assuré de son côté Mme Kallas, en marge d'une réunion ministérielle à Bruxelles.

Ces derniers ont donné leur feu vert à l'inscription des Gardiens iraniens dans la liste de l'UE recensant les organisations terroristes. Les Européens rejoignent ainsi d'autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie.

La France avait annoncé dès mercredi être prête à soutenir cette décision, en réponse à la répression "la plus violente" de l'histoire récente iranienne.

Les Européens ont aussi décidé jeudi de sanctionner plusieurs responsables iraniens, dont le ministre de l'Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la révolution. La liste de ces responsables iraniens a été publiée jeudi au Journal officiel de l'UE.

Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés par ces sanctions, qui prévoient une interdiction d'entrer dans l'UE et le gel de leurs avoirs sur le territoire des Vingt-Sept.


Trump dit qu'il "semble" que le Hamas va se désarmer

Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme que le Hamas « semble » prêt à se désarmer, une étape clé de son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza
  • La deuxième phase de la trêve prévoit le désarmement du Hamas, un retrait progressif israélien et le déploiement d’une force internationale

WASHINGTON : Donald Trump a dit jeudi qu'il "semblait" que le mouvement palestinien Hamas allait "se désarmer", ce qui est l'une des étapes cruciales prévues dans son plan de règlement du conflit à Gaza.

"Beaucoup de gens disent qu'ils ne se désarmeront jamais. Il semble qu'ils vont se désarmer", a déclaré le président américain pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Il a également relevé que le Hamas "nous a aidé avec les corps, leur rapatriement et sa famille est très reconnaissante", faisant référence au rapatriement des restes du dernier otage israélien du 7-Octobre, Ran Gvili, à qui Israël a rendu hommage mercredi lors de funérailles nationales.

Pour sa part, l'émissaire spécial Steve Witkoff s'est félicité que "nous ayons chassé les terroristes de là-bas et ils vont se démilitariser".

"Ils le feront parce qu'ils n'ont pas le choix. Ils vont abandonner. Ils vont abandonner les AK-47", a-t-il ajouté.

La veille, le Hamas s'était dit prêt à un "transfert complet de la gouvernance" de la bande de Gaza aussi vite que possible.

Aux termes du plan du président américain pour mettre fin à la guerre de Gaza, un Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) doit administrer provisoirement le territoire palestinien sous la houlette du "Conseil de paix" présidé par M. Trump lui-même.

La deuxième phase de la trêve entrée en vigueur le 10 octobre dernier prévoit entre autres le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l'armée israélienne, qui contrôle encore plus de la moitié du territoire, et le déploiement d'une force internationale de stabilisation.