Santé connectée: la technologie désengorge les hôpitaux

Intérieur d'un casque montré lors d’une démonstration de l'iSyncWave de Medisync pour la surveillance numérique de la santé du cerveau avec la cartographie cérébrale par IA et la thérapie LED lors d'un événement médiatique pour le CES 2022 au Mandalay Bay Convention Center en janvier 3, 2022 à Las Vegas, Nevada. (Ethan Miller/Getty Images/AFP
Intérieur d'un casque montré lors d’une démonstration de l'iSyncWave de Medisync pour la surveillance numérique de la santé du cerveau avec la cartographie cérébrale par IA et la thérapie LED lors d'un événement médiatique pour le CES 2022 au Mandalay Bay Convention Center en janvier 3, 2022 à Las Vegas, Nevada. (Ethan Miller/Getty Images/AFP
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Publié le Mardi 01 février 2022

Santé connectée: la technologie désengorge les hôpitaux

  • «Plutôt que de garder les patients longtemps hospitalisés, on peut les suivre à domicile», souligne le pneumologue Jean-Claude Cornu
  • Depuis une dizaine d'années, l'émergence des nouvelles technologies a permis le développement de centaines de start-ups de santé à travers le monde

PARIS : Tous les jours, à l'hôpital de Verdun, le docteur Cornu vérifie les données envoyées via les bracelets connectés de ses patients Covid, rentrés chez eux: ici, comme pour de nombreuses applications, la santé numérique est déjà une réalité.

Ce bracelet -développé par la start-up Biosency- indique diverses données de santé à l'équipe soignante, dont le taux de saturation en oxygène, une information essentielle chez les patients du Covid qui sont encore placés sous oxygénothérapie.

«Plutôt que de garder les patients longtemps hospitalisés, on peut les suivre à domicile», souligne le pneumologue Jean-Claude Cornu, qui participait déjà à un essai avec cette start-up dans le domaine de la BPCO, une maladie respiratoire chronique. «Ce système présente un intérêt essentiel quand on a un service bondé».

Jusqu'à la pandémie, la santé connectée n'était qu'un concept relativement vague pour le grand public. Mais le Covid a changé la donne, et consulter un médecin situé parfois à l'autre bout de la France est devenu une pratique plus courante.

Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Covidom, application en ligne, a permis de suivre à domicile des dizaines de milliers de patients porteurs du Covid-19. Sans oublier la plateforme gouvernementale Sidep, qui permet d'obtenir les résultats des tests de dépistage Covid en ligne, rappelle William Rolland, spécialiste e-santé pour le Snitem, le syndical professionnel du secteur du dispositif médical.

«Le Sidep a été réalisé en six mois. La crise a été un accélérateur», dit-il, estimant que la France a rattrapé son retard en matière de santé numérique.

Depuis une dizaine d'années, l'émergence des nouvelles technologies a permis le développement de centaines de start-ups de santé à travers le monde. Que ce soit pour du télésuivi, de la téléconsultation, sans oublier l'immense champ de l'intelligence artificielle, qui aide déjà au développement des médicaments du futur. Au point que le gouvernement en a fait une priorité, annonçant en octobre 650 millions d'euros d'investissements dans une stratégie d'accélération du numérique.

Par ailleurs, Mon espace santé, sorte de carnet de santé numérique, verra officiellement le jour jeudi.

- Marché gigantesque -

Le marché est énorme. Selon une étude du cabinet Frost & Sullivan, il pourrait atteindre 235 milliards de dollars en 2023. Pour la France, une étude du cabinet McKinsey a estimé que le potentiel de création de valeur pourrait atteindre 22 milliards d'euros par an.

De quoi attiser les appétits des mastodontes: Apple s'est lancé il y a des années, notamment via son Apple watch. Amazon n'est pas en reste, avec une filiale de téléconsultation, tandis qu'Alphabet, maison mère de Google, développe Verily, une filiale des sciences de la vie.

En France, cette évolution est désormais inscrite dans la loi: depuis le 1er janvier, la télésurveillance est remboursée par la Sécurité sociale.

«Il y a des acheteurs industriels, les hôpitaux ont besoin de ce type de solutions, et les agences réglementaires sont prêtes à poser des référentiels rapidement pour qu'il n'y ait pas de perte de temps. On sent que la France se met dans ce mouvement», observe Chahra Louafi, directrice d'investissement spécialisée dans la santé pour Bpifrance.

Mais encore faut-il avoir des soignants pour analyser les données. «On a eu de la chance d'avoir une infirmière chargée de ce poste, avec le soutien de l'Agence régionale de santé», reconnaît le docteur Cornu, depuis l'hôpital de Verdun.

Surtout, la question de la confidentialité est essentielle. Comment être sûr que ses données restent sécurisées ? Il existe en France et en Europe plusieurs dispositions légales, explique Laurence Huin, avocate en santé numérique au cabinet Houdart & associés. Que ce soit via le règlement européen sur la protection des données RGPD, la loi Informatique et Libertés de 1978, ou le code de la santé publique.

«Les règles sont là, mais se pose l'enjeu de la lisibilité par tous des mentions d'information», souligne-t-elle toutefois.

Sans oublier que si l'hébergement des données de santé est étroitement encadré, une société hébergeuse certifiée peut néanmoins être soumise à des lois extraterritoriales, ajoute Me Huin.

En France, le «Health data hub», le gigantesque entrepôt de données de santé constitué à des fins de recherche médicale, a été très critiqué sur ce point, car l'hébergeur n'est autre que Microsoft. Le gouvernement s'est engagé à ce que la plateforme revienne chez un fournisseur cloud européen.

Pompe à insuline, pacemaker connecté... Les patients ont besoin d'informations

La santé numérique offre l'accès à des soins mieux adaptés, mais elle demande une adaptation des pratiques, juge Philippe Emery, président d'Abbott France, dans un entretien. 

Comment fonctionne concrètement la télésurveillance pour les patients?

Chez Abbott, nous sommes présents dans la télésurveillance des personnes diabétiques, mais aussi dans les prothèses implantables cardiaques, les défibrillateurs et les pacemakers. Ce sont deux usages différents. Pour le diabète, le patient a un capteur posé sur la face postérieure du bras, qui mesure en continu le taux de glucose. Si le patient accepte de répliquer ses données dans notre cloud, elles sont alors chargées automatiquement puis transmises au médecin, qui les reçoit en temps réel. Ce n'est pas un système de gestion des urgences, mais cela permet d'adapter la relation entre le patient et le médecin en fonction des résultats du patient. Si les résultats sont mauvais, le patient verra davantage le médecin que s'ils sont bons. L'utilisateur du capteur peut aussi partager ses données avec un proche. Ainsi, les parents peuvent voir les résultats en temps réel sur leur téléphone quand leur enfant est à l'école. Pour les prothèses cardiaques, c'est un système de transmission Bluetooth sur tous les dispositifs. Dans ce cas, en cas d'alerte au niveau cardiaque, le système se déclenche et le médecin est prévenu.

D'ici quelques mois, nous serons présents aussi dans la neuromodulation pour le traitement des douleurs chroniques et de la maladie de Parkinson, avec des dispositifs d'électrodes implantables, qui pourront être paramétrés à distance.

Cela pose la question de la sécurité de ces données?

Quand on parle de e-santé, de télémédecine, on pense au piratage des données, aux hackeurs. Nous avons chez Abbott une équipe spécialisée qui configure les systèmes et qui s'assure que les normes les plus rigoureuses sont en place, avec des signaux cryptés pour le Bluetooth par exemple.

La télémédecine demande une adaptation assez poussée: l'adaptation de la pratique des médecins et l'information des patients. On parle de fracture numérique dans la population française et cette fracture existe aussi au niveau des professionnels de santé. Cela demande un temps d'adaptation et de l'information éclairée. En médecine, se pose toujours la question du bénéfice-risque. Ici, il n'y a pas vraiment de risque, mais il faut accepter que ses données partent dans un cloud et que le médecin dispose de ces données à l'autre bout de la France.

Comment se positionne la France en terme de santé numérique?

En France, on était très bien préparés, notamment sur les questions de sécurité des données. Le règlement européen RGPD reprend ainsi ce qui était déjà mis en place par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). La France a déjà une culture avancée d'un droit qui protège les données des personnes.

Quant à la prise en charge du télésuivi, il y a eu un cadre d'expérimentation, appelé Etapes (expérimentations de télémédecine pour l'amélioration des parcours en santé, ndlr), qui s'est achevé en 2021. Désormais, c'est entré dans le droit commun et les autorités définissent actuellement les cadres techniques et les tarifs pour la prise en charge.

La France est très en avance par rapport à cela, et même par rapport aux Etats-Unis, grâce à son système de santé universel.

Les mille et un visages de la santé numérique

La santé numérique a déjà commencé à changer la donne pour les patients. Mais de quoi parle-t-on? Petit passage en revue de diverses applications parmi l'immense champ ouvert par les nouvelles technologies.

- La téléconsultation:

C'est la révélation de la pandémie. Si jusqu'ici, peu de patients privilégiaient les rendez-vous avec leur généraliste par vidéo, le Covid a rebattu les cartes, et la téléconsultation a explosé. L'Assurance maladie a ainsi remboursé 12 millions de téléconsultations l'an dernier et 19 millions en 2020, contre moins de 300.000 en 2018-19. Parmi les acteurs, Doctolib notamment, mais aussi Livi, qui vient d'ailleurs de lancer cinq nouvelles spécialités. Des pharmacies qui offrent une mini-cabine de consultation - équipée en appareils de mesures - aux consultations en ophtalmologie à distance, les dispositifs peuvent s'avérer utiles dans les déserts médicaux.

- La formation médicale:

Apprendre à faire un diagnostic, à reproduire un geste chirurgical, voire à donner naissance: le numérique apporte de nouvelles possibilités de formation en 3D aux étudiants en médecine, ou aux professionnels qui veulent acquérir de nouvelles connaissances. En France, des entreprises de logiciels proposent ainsi des plateformes digitales qui reproduisent des cas cliniques. La mise en situation se fait parfois avec un casque de réalité virtuelle: une solution déjà utilisée par des facultés de médecine et écoles d'infirmiers ou de sages-femmes.

- La chirurgie augmentée:

Des interventions chirurgicales réalisées à l'aide du numérique: c'est possible depuis quelques années, la première opération de ce type ayant eu lieu en 2017 pour la France. Les lunettes connectées permettent au chirurgien de préparer son opération en amont. Elles permettent aussi de visualiser par hologramme des données médicales sur le patient durant l'opération. Ou encore d'apporter en temps réel l'aide d'un autre spécialiste, qui peut être situé à l'autre bout du monde. Sans oublier les robots, actionnés à distance par le chirurgien.

- L'aide au diagnostic:

Il y a déjà la possibilité pour les médecins de se réunir virtuellement autour d'un patient pour établir un diagnostic et décider du traitement.

En outre, les outils même du diagnostic sont en pleine transformation grâce aux algorithmes. L'intelligence artificielle est mise à bon usage: nourris de milliers de cas, des systèmes d'intelligence (deep learning) vont par exemple apprendre à détecter des lésions cancéreuses ou d'autres maladies.

Aux Etats-Unis, la FDA a ainsi approuvé IDx-DR Technologies, un algorithme de diagnostic de la rétinopathie diabétique, qui analyse les photos du fond d'oeil sans intervention d'un médecin.

- Le télésuivi:

Montre, bracelet ou capteur connectés... Que ce soit pour accompagner des patients souffrant de cancers, de maladie mentale, d'endométriose, les start-ups ne cessent de se créer et parviennent à lever des fonds, tandis que les groupes installés se mettent eux aussi à inclure des solutions numériques.

Désormais, certains pacemakers sont même connectés. Le patient se voit alors doté d'un boîtier, comme un téléphone, et ses données sont envoyées au cardiologue. Dans le cas du diabète, cela a donné le jour à un "pancréas artificiel", un dispositif en circuit fermé qui combine trois dispositifs. D'abord, un dispositif de mesure continue du glucose, qui peut être posé comme un patch sur la peau. Ensuite, une pompe à insuline externe, elle aussi apposée sur la peau. Enfin, un terminal hébergeant les algorithmes qui adaptent le débit de la pompe à insuline: un changement d'ère pour les patients.

 


Russie: un immeuble endommagé à Moscou dans une frappe de drone ukrainienne

Un immeuble résidentiel a été endommagé à Moscou dans la nuit de dimanche à lundi dans une rare frappe de drone ukrainienne, a indiqué le maire de la capitale russe Sergueï Sobianine. (AFP)
Un immeuble résidentiel a été endommagé à Moscou dans la nuit de dimanche à lundi dans une rare frappe de drone ukrainienne, a indiqué le maire de la capitale russe Sergueï Sobianine. (AFP)
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  • "Le drone a visé un immeuble" dans la rue Mosfilmovskaïa, dans l'ouest de Moscou, a écrit sur Telegram Sergueï Sobianine le maire de la capitale russe
  • Pour sa part, la chaîne de télévision russe Vesti a diffusé des images sur lesquelles on voit un appartement endommagé, avec des murs effondrés et des portes brisées

MOSCOU: Un immeuble résidentiel a été endommagé à Moscou dans la nuit de dimanche à lundi dans une rare frappe de drone ukrainienne, a indiqué le maire de la capitale russe Sergueï Sobianine.

Cette attaque intervient à quelques jours des célébrations le 9 mai de la victoire soviétique sur l'Allemagne nazie, à l'occasion desquelles la Russie ne déploiera pas cette année de matériel militaire pour le traditionnel défilé sur la place Rouge - pour des raisons de sécurité, selon le Kremlin.

"Le drone a visé un immeuble" dans la rue Mosfilmovskaïa, dans l'ouest de Moscou, a écrit sur Telegram Sergueï Sobianine. "Personne n'a été blessé", a-t-il précisé.

Pour sa part, la chaîne de télévision russe Vesti a diffusé des images sur lesquelles on voit un appartement endommagé, avec des murs effondrés et des portes brisées.

Selon M. Sobianine, deux autres drones visant Moscou ont été abattus dans la nuit par les systèmes de défense aérienne et un autre appareil sans pilote a été neutralisé lundi matin.

Depuis le début de son offensive en Ukraine en février 2022, conflit le plus sanglant en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, la Russie bombarde régulièrement l'ensemble du territoire ukrainien et notamment ses infrastructures essentielles.

En représailles, Kiev frappe des cibles en Russie, assurant viser des sites militaires mais aussi des infrastructures d'hydrocarbures afin de réduire la possibilité pour Moscou de financer son effort de guerre.

Si la région moscovite fait régulièrement l'objet d'attaques de drones ukrainiennes, Moscou elle-même est plus rarement visée.

L'Ukraine, qui tente de repousser l'offensive contre son territoire, avait cherché à perturber le défilé du 9 mai l'an dernier avec des attaques de drones visant Moscou les jours précédents.

Le Kremlin a annoncé que l'armée russe ne déploierait pas de matériel militaire lors du défilé sur la place Rouge samedi prochain en raison de la "menace terroriste" posée par Kiev.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a estimé lundi que la Russie ne pouvait "se permettre" actuellement de faire défiler des équipements militaires à Moscou et avait "peur" que des drones ukrainiens ne perturbent les commémorations. "Cela montre qu'ils ne sont pas forts", a-t-il affirmé lors d'un sommet en Arménie.


Trump lance une opération pour débloquer le détroit d'Ormuz, mise en garde de l'Iran

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  • A partir de lundi matin heure locale, la marine américaine escortera au travers du détroit d'Ormuz des navires de pays "qui n'ont rien à voir avec le conflit au Moyen-Orient", a annoncé M. Trump
  • Il a toutefois averti que si cette opération, baptisée Project Freedom ("Projet Liberté"), devait être entravée par l'Iran, cela "devrait malheureusement être traité par la force", en saluant des discussions "très positives" avec Téhéran

TEHERAN: Donald Trump a annoncé une opération à partir de lundi pour débloquer des navires bloqués depuis deux mois dans le Golfe, mais le commandement militaire iranien a prévenu qu'il attaquerait dans ce cas l'armée américaine.

Le président américain, qui a déclenché les hostilités contre l'Iran le 28 février avec Israël, a évoqué dimanche soir "un geste humanitaire" et de "bonne volonté" en faveur des marins bloqués par la fermeture du détroit d'Ormuz.

A partir de lundi matin heure locale, la marine américaine escortera au travers du détroit d'Ormuz des navires de pays "qui n'ont rien à voir avec le conflit au Moyen-Orient", a annoncé M. Trump.

Il a toutefois averti que si cette opération, baptisée Project Freedom ("Projet Liberté"), devait être entravée par l'Iran, cela "devrait malheureusement être traité par la force", en saluant dans le même temps des discussions "très positives" avec Téhéran par l'intermédiaire du Pakistan.

L'Iran a rétorqué lundi en menaçant l'armée américaine.

"Nous mettons en garde toute force armée étrangère, en particulier l'agressive armée américaine: s'ils ont l'intention de s'approcher du détroit d'Ormuz ou d'y pénétrer, ils seront ciblés et attaqués", a affirmé le général Ali Abdollahi, chef du commandement des forces armées.

"Toute intervention américaine dans le nouveau régime maritime du détroit d'Ormuz sera considérée comme une violation du cessez-le-feu" entré en vigueur le 8 avril, avait auparavant averti président de la commission du Parlement iranien sur la sécurité nationale, Ebrahim Azizi.

Dans un communiqué, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a précisé que l'opération annoncée par Donald Trump impliquerait des destroyers lance-missiles, plus d'une centaine d'aéronefs et 15.000 soldats.

"Pénuries" 

Depuis le début des hostilités, l'Iran bloque le détroit d'Ormuz, par lequel transite d'ordinaire un cinquième de la consommation mondiale de pétrole. Washington a répliqué début avril en bloquant à son tour les ports iraniens.

Le président français Emmanuel Macron a appelé lundi à une réouverture du détroit d'Ormuz "concertée" entre "l'Iran et les Etats-Unis". Il s'est montré sceptique quant à la nouvelle opération lancée par Donald Trump, jugeant son cadre "pas clair".

"La fermeture effective du détroit d'Ormuz a des répercussions énormes sur l'Indo-Pacifique", a souligné pour sa part la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, la région étant très dépendante du Moyen-Orient pour son énergie.

Le blocage du détroit a fait flamber les cours du pétrole au plus haut depuis 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Les prix se sont stabilisés lundi sur les marchés asiatiques, avec un baril de Brent, la référence mondiale, grappillant 0,39% à 108,59 dollars, bien loin des 126 dollars dépassés jeudi.

Le nombre de navires commerciaux présents dans le Golfe s'élevait à 913 le 29 avril, dont 270 pétroliers et une cinquantaine de navires gaziers, a indiqué jeudi l'entreprise spécialisée dans le suivi maritime AXSMarine. Quelque 20.000 marins seraient concernés, selon un haut responsable de l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

"Beaucoup de ces navires subissent des pénuries de nourriture et de tout ce qui est nécessaire pour permettre aux équipages de rester à bord de façon saine", a souligné Donald Trump.

"Au cimetière" 

Depuis le début de la guerre, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, Téhéran a instauré de facto des droits de passage pour franchir le détroit.

La situation est bloquée depuis le cessez-le-feu du 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l'Iran et de représailles de Téhéran dans la région.

Entre le détroit d'Ormuz et le volet nucléaire, les points de discorde restent importants et les efforts pour relancer les négociations ont échoué, malgré une première rencontre directe au Pakistan le 11 avril.

Pour redonner une chance aux discussions, Téhéran a soumis une nouvelle proposition à Washington, qui y a répondu, a indiqué dimanche la diplomatie iranienne.

Selon l'agence Tasnim, Téhéran réclame dans ce plan une liste de mesures: le retrait des forces américaines des zones proches de l'Iran, la levée du blocus des ports iraniens et du gel des avoirs du pays, le financement de réparations, la levée des sanctions, un "mécanisme" concernant le détroit d'Ormuz et "la fin de la guerre sur tous les fronts y compris au Liban".

Le dossier nucléaire ne figure apparemment pas dans le plan, or il s'agit d'une question centrale pour les Etats-Unis et Israël, qui accusent l'Iran de vouloir se doter de la bombe atomique - ce que la République islamique dément.


Un responsable iranien juge "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis

Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
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  • La reprise du conflit entre l’Iran et les États-Unis est jugée « probable » après l’échec des négociations et le rejet par Donald Trump d’une nouvelle proposition iranienne
  • Malgré un cessez-le-feu, les tensions restent élevées (blocus, présence militaire, crise économique), et le conflit continue sous d’autres formes dans la région

TEHERAN: Un responsable militaire iranien a jugé samedi "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis, après le rejet par Donald Trump d'une nouvelle offre de Téhéran pour relancer les négociations de paix.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l'Iran et de représailles de Téhéran dans la région.

Une première session de pourparlers directs à Islamabad le 11 avril s'est révélée infructueuse, et jusqu'ici sans lendemain tant les divergences restent fortes entre les deux camps, du détroit d'Ormuz au volet nucléaire.

L'Iran a transmis cette semaine un nouveau texte via le Pakistan, médiateur des discussions, sans qu'aucun détail ne filtre sur le contenu.

Donald Trump a cependant dit vendredi n'être "pas satisfait" de cette dernière mouture, répétant qu'à son sens les dirigeants iraniens étaient "désunis" et incapables de s'entendre sur une stratégie de sortie du conflit.

Le président américain, qui avait déjà menacé d'anéantir la "civilisation" iranienne, a ajouté qu'il préférerait ne pas avoir à "pulvériser une fois pour toutes" l'Iran mais qu'une reprise de la guerre restait "une option".

Il a été briefé jeudi par l'armée sur de possibles nouvelles actions militaires.

"Une reprise du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis est probable, et les faits ont démontré que les Etats-Unis ne respectaient aucune promesse ou accord", a réagi samedi Mohammad Jafar Asadi, inspecteur adjoint du commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par l'agence de presse Fars.

"Les forces armées sont parfaitement préparées à toute nouvelle tentative d'aventurisme ou à toute action imprudente de la part des Américains", a-t-il ajouté.

- "Terminées" -

Donald Trump avait théoriquement jusqu'à vendredi pour demander l'autorisation du Congrès américain pour poursuivre la guerre. Il a préféré envoyer une lettre à des responsables parlementaires pour leur notifier que les hostilités contre l'Iran étaient "terminées", même si plusieurs élus démocrates ont souligné que la présence continue de forces américaines dans la région indiquait le contraire.

L'USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde, a quitté le Moyen-Orient, mais 20 bâtiments de la marine américaine, dont deux autres porte-avions, restent déployés.

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale, avec notamment des cours du pétrole montés cette semaine à des niveaux inédits depuis 2022.

Car si les bombardements ont cessé, le conflit perdure sous d'autres formes: Washington impose un blocus aux ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Alors que Donald Trump s'indigne du refus des Européens de le soutenir militairement face à l'Iran, le Pentagone a annoncé le retrait de quelque 5.000 militaires d'Allemagne d'ici un an, une réduction conséquente de ses effectifs sur le continent.

Le président a été particulièrement agacé par des propos du chancelier allemand Friedrich Merz affirmant que les Américains n'avaient "aucune stratégie" en Iran et que Téhéran "humiliait" la première puissance mondiale.

-  Nouvelles exécutions -

Pendant ce temps, l'Iran reste inflexible. "Nous n'accepterons certainement pas qu'on nous impose" une politique, a lancé vendredi le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï.

Negar Mortazavi, du groupe de réflexion Center for International Policy, souligne "la cohésion" du pouvoir iranien, uni dans une "bataille existentielle".

Si à la faveur de la trêve, les Iraniens ont pu renouer avec une certaine normalité, leur quotidien est plombé par l'inflation qui explose tout comme le chômage, dans un pays déjà affaibli par des décennies de sanctions internationales.

Le guide suprême, Mojtaba Khamenei, a d'ailleurs exhorté dans un message écrit, les entreprises qui ont subi des dégâts à "éviter autant que possible les licenciements", au nom de la "guerre économique et culturelle" que mène l'Iran.

Amir, 40 ans, raconte débuter sa journée en "regardant les infos, et les nouvelles d'exécutions" par le pouvoir iranien. La justice a encore annoncé samedi la pendaison de deux hommes accusés d'espionnage au profit d'Israël.

"J'ai l'impression d'être coincé au purgatoire", dit-il à l'AFP. "Les Etats-Unis et Israël finiront par nous attaquer encore" pendant que "le monde ferme les yeux".

Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah malgré le cessez-le-feu, de nouvelles frappes sur le sud du pays ont fait 13 morts, dont un enfant, selon les autorités libanaises.