Karim Amellal: «La Méditerranée, c’est le lieu de tous les possibles»

Né à Paris, Karim Amellal grandit entre Alger et Paris, où il poursuit ses études secondaires et universitaires (Sciences Po), avant de se lancer dans l’enseignement. (Photo fournie).
Né à Paris, Karim Amellal grandit entre Alger et Paris, où il poursuit ses études secondaires et universitaires (Sciences Po), avant de se lancer dans l’enseignement. (Photo fournie).
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Publié le Lundi 07 février 2022

Karim Amellal: «La Méditerranée, c’est le lieu de tous les possibles»

  • Le Forum des mondes méditerranéens mobilise des acteurs de toute la Méditerranée, qu’ils viennent de la rive nord, de la rive sud ou de la rive orientale»
  • «La Méditerranée apparaît comme le laboratoire du monde et l’endroit où s’inventent les solutions de demain»

PARIS: Écrivain, entrepreneur, membre de la commission sur le travail de la mémoire entre la France et l’Algérie et sur les mémoires franco-algériennes, cheville ouvrière du Sommet des deux rives, qui s’est tenu en 2019 à Marseille, auteur de plusieurs essais, dont Discriminez-moi! Enquête sur nos inégalités, publié chez Flammarion, Karim Amellal est ambassadeur et délégué interministériel pour la Méditerranée depuis juillet 2020.

Né à Paris, il grandit entre Alger et la capitale française, où il poursuit ses études secondaires et universitaires (Sciences Po), avant de se lancer dans l’enseignement. Au mois de juillet 2020, Emmanuel Macron lui confie la mission de «fédérer autour de Mare Nostrum [mots latins qui désignent la Méditerranée, NDLR]». Une mission que cet ancien enseignant de Science Po Paris, «enfant des deux rives», tel qu’il se définit lui-même, dit prendre très à cœur. C’est là, nous confie-t-il, une «lourde responsabilité, vécue à la fois comme un investissement et un aboutissement, et non comme un accomplissement».

À quelques heures du lancement du Forum des mondes méditerranéens, à Marseille, cet ambassadeur aux multiples facettes partage avec Arab News en français sa vision de cet espace si important pour les deux rives de la Méditerranée. En particulier, il revient sur les objectifs d’un événement qui a notamment pour but de «faire rayonner l’identité méditerranéenne, identité collective, inclusive, et, concrètement, [de] donner une suite au Sommet des deux rives, qui a eu lieu en 2019 à Marseille».

Quel est l’objectif de ce forum?

C’est le suivant: après deux ans de pandémie, parvenir à organiser, évidemment dans des circonstances difficiles, un moment de rassemblement de la société civile de tous ceux qui, à côté des États, font, fabriquent et inventent la Méditerranée d’aujourd’hui et celle de demain. Le but est de mobiliser tous ces acteurs autour de cette question: quelles solutions pouvons-nous imaginer pour répondre aux défis communs qui sont les nôtres en Méditerranée? Certains sont très clairs, tels que l’environnement, le changement, les enjeux de formation, d’éducation, de solidarité, ou encore l’économie, l’emploi, l’entrepreneuriat… L’idée est de mobiliser des acteurs engagés dans ces thématiques qui nous rassemblent autour de solutions, d’initiatives, de projets qui ont pour vocation de construire la Méditerranée de demain.

Pourquoi avez-vous choisi Marseille?

Le président Macron dit toujours que Marseille est la «capitale méditerranéenne de la France». Nous avions déjà organisé le Sommet des deux rives, en 2019. C’est une ville représentative de la Méditerranée. Certes, elle rencontre des difficultés, mais elle possède un immense potentiel, une formidable capacité de rayonnement. À Marseille, les acteurs de la société civile, les entreprises, les acteurs des territoires, les universitaires, la jeunesse, les ONG fabriquent un avenir commun. La Méditerranée, c’est le lieu de tous les possibles, et Marseille est un peu à cette image: c’est cela aussi que nous souhaitons valoriser. Cet événement sera méditerranéen, bien sûr, mais aussi européen, parce qu’il s’inscrit dans le contexte de la présidence française de l’Union européenne; il sera également marseillais.

La coopération entre les pays des deux rives de la Méditerranée tend à se limiter aux seules questions sécuritaire et migratoire. Partagez-vous ce constat?

Je pense que la migration, l’émigration et surtout les questions de mobilité représentent des enjeux considérables en Méditerranée. Elles font partie des préoccupations premières des Méditerranéens, en particulier des jeunes, et c’est un sujet qui est considéré, au Nord comme au Sud, comme très important. Il faut donc l’aborder. Mais nous ne pouvons réduire la coopération en Méditerranée à ce seul sujet, ce serait une erreur.

Cela ne veut pas dire que nous ne devons pas l’aborder et qu’il ne faut pas tenter de trouver des solutions. Nous disposons de nombreuses solutions en matière de mobilité, notamment au sujet des jeunes. Cela veut dire aussi qu’on ne peut pas ne parler que de cela. C’est ce que nous souhaitons faire à Marseille, où nous allons évoquer des thématiques positives, qui rassemblent. Il faut identifier les sujets importants, communs, au sujet desquels il se passe des choses et pour lesquels nous pouvons développer des solutions ensemble.

Il y a par exemple l’environnement, la biodiversité, la formation, l’éducation et, à l’intérieur, il y a les enjeux de mobilité évidemment, notamment en ce qui concerne les jeunes. Le thème économique est également important et la question de la création d’emplois se pose: comment crée-t-on des opportunités? Là encore, il existe un enjeu de mobilité, car les opportunités se trouvent au Nord, mais également au Sud. Il y a aujourd’hui de nombreux sujets tels que l’économie bleue ou la transition énergétique, entre autres. Ce sont ces sujets fédérateurs sur lesquels nous avons voulu nous concentrer; la mobilité est un sujet transversal qui sera abordé dans le cadre de ces thématiques.

Le Sommet des deux rives, organisé en 2019 à Marseille, voulait donner corps aux liens multidimensionnels entre les sociétés des deux rives, créer une dynamique «positive» dans l’espace méditerranéen. À quelques heures du Forum des mondes méditerranéens, où en est-on?

Le Forum des mondes méditerranéens s’inscrit dans le prolongement du Sommet des deux rives de 2019. Ce dernier s’était tenu dans un format plus restreint, puisque c’était 5+5 (les cinq pays de la rive nord et les cinq pays de la rive sud). Le Forum des mondes méditerranéens mobilise des acteurs de toute la Méditerranée, qu’ils viennent de la rive nord, de la rive sud ou de la rive orientale: le périmètre est beaucoup plus large. Le Sommet des deux rives constituait une première pierre; c’était un point de départ extrêmement important parce qu’il a permis de lancer une dynamique.

Aujourd’hui, le Forum des mondes méditerranéens vient poursuivre cette dynamique et il suscite en particulier la mobilisation des acteurs de la société civile. Cet événement sera totalement centré sur la société civile; à Marseille, nous n’inviterons pas des États ou des représentants d’États, mais nous inviterons des personnalités, des acteurs engagés de la société civile de toute la Méditerranée. Il s’agit donc d’un véritable prolongement. Nous continuons aujourd’hui le travail entamé à Marseille en 2019 malgré les difficultés liées au contexte sanitaire.

Selon vous, l’espace méditerranéen peut-il avoir son mot à dire dans la gouvernance mondiale?

La Méditerranée, c’est un miroir du monde, et tous les problèmes y sont concentrés: le changement climatique, les nationalismes, les rivalités entre puissances, la question des libertés, les phénomènes religieux – et en particulier l’extrémisme, malheureusement. Mais la Méditerranée apparaît aussi comme le laboratoire du monde et l’endroit où s’inventent les solutions de demain, précisément grâce aux sociétés civiles, parce que la Méditerranée est un lieu – il n’est certes pas le seul – où la créativité, la vitalité de la jeunesse et des sociétés civiles sont extrêmement importantes.

C’est pour cette raison que nous tenons à organiser ce forum. Après deux ans de pandémie, de «congélation des esprits», en Méditerranée comme ailleurs, il est apparu au président de la république tout à fait essentiel, en dépit des difficultés. En effet, il est très difficile d’organiser un forum de la Méditerranée en ce moment compte tenu du contexte sanitaire, des contraintes de déplacement… Pourtant, il nous paraît essentiel de le mettre en place à ce moment-là, car la Méditerranée a son mot à dire, elle a voix au chapitre, et c’est important que nous entendions cette voix.


Des trésors mondiaux passent sous le marteau

« Vue de Zevekote, Knokke », Camille Pissarro. (Fourni)
« Vue de Zevekote, Knokke », Camille Pissarro. (Fourni)
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  • Points forts internationaux de la vente aux enchères « Origins II » de Sotheby’s, qui se tiendra le 31 janvier à Diriyah

Andy Warhol

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« Muhammad Ali »

Peut-être le nom le plus célèbre du pop art rencontre probablement le sportif le plus célèbre du XXᵉ siècle dans cet ensemble de quatre sérigraphies de 1978, réalisées à la demande de l’homme d’affaires américain Richard Weisman. « Rassembler cette série m’a semblé naturel, car deux des loisirs les plus populaires à l’époque étaient le sport et l’art, mais à ma connaissance ils n’avaient aucun lien direct », expliquait Weisman en 2007. « J’ai donc pensé que faire réaliser la série par Andy inspirerait les amateurs de sport à entrer dans les galeries, peut-être pour la première fois, et que les amateurs d’art découvriraient un grand champion. » Warhol s’est rendu au camp d’entraînement d’Ali pour prendre des Polaroids servant à sa recherche et a été « frappé par la concentration sereine sous-jacente à la puissance d’Ali — sa quiétude contemplative, sa discipline intérieure », selon le catalogue de vente.

Jean-Michel Basquiat

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« Untitles »

Basquiat « émergea de la scène underground new-yorkaise pour devenir l’un des artistes les plus influents de la fin du XXᵉ siècle », précise Sotheby’s. L’œuvre de 1985 présentée ici « témoigne de manière éclatante de sa capacité singulière à transformer le dessin en lieu de réflexion intellectuelle, de mémoire culturelle et d’expression viscérale de soi ». D’origine caribéenne et portoricaine, Basquiat « développa un langage visuel d’une immédiateté et d’une intelligence extraordinaires, où image et texte se heurtent avec une urgence brute », poursuit le catalogue.

Camille Pissarro

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« Vue de Zevekote, Knokke »

Le « Knokke » du titre désigne Knokke-sur-Mer, village balnéaire belge où l’impressionniste franco-danois séjourna à l’été 1894 et produisit 14 tableaux, dont celui-ci. Le village séduisait Pissarro par son « intérêt durable pour la vie provinciale ». Dans cette œuvre, « des coups de pinceau staccato, rappelant ses tableaux des années 1880, se mêlent à la palette de couleurs terreuse de ses œuvres ultérieures. Le paysage résultant, baigné d’une lumière solaire, célèbre les environnements ruraux pittoresques pour lesquels il est le plus connu. »

David Hockney

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« 5 May »

Ce dessin sur iPad provient de la série de 2011 de l’artiste anglais, « Arrival of Spring in Woldgate, East Yorkshire in 2011 », décrite par Sotheby’s comme « l’une des explorations les plus ambitieuses et vibrantes de Hockney sur le paysage, la perception et les possibilités technologiques ». Chaque image documente « de subtiles variations de couleur, de lumière et d’atmosphère » sur le même tronçon de Woldgate, « montrant le paysage comme une expérience dans le temps plutôt qu’un instant figé ». Le catalogue souligne que le printemps a longtemps inspiré les artistes européens, mais qu’« aucun artiste ne l’a observé avec une attention si fascinée et aimante, ni enregistré avec un tel détail comme un processus évolutif ».

Zarina

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« Morning »

Sotheby’s décrit l’artiste indienne Zarina Hashmi — connue sous son prénom — comme « l’une des figures les plus captivantes de l’art international d’après-guerre — une artiste dont les œuvres épurées et méditatives distillent le tumulte d’une vie itinérante en formes visuelles ». Née à Aligarh, en Inde britannique, « la tragédie de la Partition de 1947 a façonné une méditation à vie sur la notion de foyer, à la fois lieu physique et concept spirituel ». Cette œuvre fait partie d’une série de 36 gravures sur bois intitulée « Home is a Foreign Place ».

George Condo

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« Untitles »

Cette peinture à l’huile sur lin de 2016 illustre parfaitement ce que l’artiste américain appelle le « cubisme psychologique », que Sotheby’s définit comme « une reconfiguration radicale de la figure humaine fragmentant l’identité en états émotionnels et perceptifs simultanés ». L’œuvre « condense des décennies de réflexion sur les mécanismes du portrait, s’inspirant du passé artistique tout en affirmant un langage contemporain à la fois incisif et sombrement humoristique », note le catalogue, ajoutant que l’œuvre est « brûlante de tension psychologique et de virtuosité picturale ».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com
 


Art Cairo revient sous le thème « Arab. Art. Here »

La sixième édition du salon, qui s'est tenue au Grand Musée égyptien. (Fourni)
La sixième édition du salon, qui s'est tenue au Grand Musée égyptien. (Fourni)
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  • Art Cairo 2026 explore la langue arabe comme force culturelle vivante avec galeries de toute la région
  • Le Hiwar Programme propose des discussions sur le marché de l’art, la collaboration artistique et le rôle de l’art dans la mémoire culturelle

DUBAÏ : Art Cairo 2026 se tiendra sous le thème « Arab. Art. Here », inspiré par les mots du poète palestinien Mahmoud Darwish : « C’est ma langue, mon miracle, ma baguette magique. »

La foire d’art se déroulera du 23 au 26 janvier au très attendu Grand Egyptian Museum.

Selon les organisateurs, le thème explore la langue arabe comme une force culturelle vivante façonnant l’expression artistique à travers la région.

Les galeries participantes viennent de toute la région, avec une forte représentation de l’Égypte, du Levant et au-delà.

En provenance d’Égypte, on retrouve les galeries Zamalek Art Gallery, Mashrabia Gallery of Contemporary Art, Gallery Misr, Villa Azad, et Le Lab. by Mark Hachem, Maya Art Space, Arame Art Gallery et ZAAT. La KAF Art Gallery représentera la scène artistique libanaise, tandis que la Jordanie sera représentée par Wadi Finan Art Gallery et Orfali Art Gallery.

Les galeries du Golfe participant à Art Cairo incluent Salwa Zeidan Gallery d’Abu Dhabi, Fann A Porter de Dubaï et Folk Art Space de Bahreïn, tandis que l’Europe du Nord sera représentée par la Galerie SANAA des Pays-Bas et Quartum Galleri de Norvège.

Pour la septième édition de la foire, Art Cairo présentera une exposition solo au musée dédiée à l’artiste pionnière Inji Efflatoun, issue de la collection du Egyptian Museum of Modern Art. La peintre égyptienne, décédée en 1989, était également militante dans le mouvement féministe.

Le Hiwar Programme — signifiant « dialogue » en arabe — revient comme composante centrale d’Art Cairo 2026, proposant une série de tables rondes sur la pratique artistique, la responsabilité institutionnelle et l’évolution du marché de l’art régional.

Parmi les sujets abordés : la relation entre galeries, maisons de vente aux enchères, artistes et collectionneurs ; les responsabilités partagées dans la construction de l’héritage artistique ; la collaboration entre designers et galeries ; le rôle de l’art dans la création de communautés ; et des réflexions sur l’art égyptien moderne comme prisme de mémoire culturelle.

Les intervenants incluent des représentants de Christie’s, des artistes, des universitaires, des entrepreneurs et des leaders culturels d’Égypte et de la région.

Au-delà des halls du Grand Egyptian Museum, la foire propose un programme culturel et social incluant des visites guidées de monuments historiques. Parmi les temps forts : le Palais Aisha Fahmy, le Palais Amir Taz et le Musée Mahmoud Khalil. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Dolola: des livres musicaux pour sensibiliser les plus jeunes à la langue arabe

Dolola, une maison d’édition spécialisée dans les livres musicaux en langue arabe pour enfants. (Photo fournie)
Dolola, une maison d’édition spécialisée dans les livres musicaux en langue arabe pour enfants. (Photo fournie)
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  • Malgré toute la bonne volonté, parler arabe à la maison ne suffit pas toujours
  • L’enfant, scolarisé en France, évolue en symbiose totale avec son environnement social et éducatif francophone

PARIS: Garder le contact avec ses racines et sa langue arabe est une préoccupation majeure pour de nombreux jeunes parents dont les enfants sont nés et grandissent en France. Une tâche souvent plus ardue qu’elle n’en a l’air.

Malgré toute la bonne volonté, parler arabe à la maison ne suffit pas toujours. L’enfant, scolarisé en France, évolue en symbiose totale avec son environnement social et éducatif francophone.
Peu à peu, la langue d’origine se marginalise, reléguée à quelques mots, quelques expressions, parfois à de simples sonorités familières, amenant certains parents à baisser les bras face à cette réalité.

Ce renoncement n’a jamais été une option pour Maria Faddoul.

Jeune maman à l’énergie débordante, elle est aujourd’hui à la tête de Dolola, une maison d’édition spécialisée dans les livres musicaux en langue arabe pour enfants, fondée avec son amie et associée Lara Andari Yammine.

Leur ambition n’est ni scolaire ni académique : il ne s’agit pas de former de parfaits arabisants, mais de maintenir un lien vivant, affectif et joyeux avec la langue arabe dès le plus jeune âge.

« L’idée nous est venue quand nos enfants sont nés », raconte Maria Faddoul. Toutes deux souhaitaient transmettre à leurs enfants leurs racines libanaises et la langue arabe, mais se sont rapidement heurtées à une offre éditoriale peu convaincante.

« On trouvait des livres très rébarbatifs, parfois même rebutants pour les enfants. Rien de vraiment ludique ou attrayant.»

À l’inverse, leurs enfants adoraient les livres musicaux en français ou en anglais, ces ouvrages interactifs où l’on appuie sur une puce pour écouter une chanson ou un son.

« On s’est demandé pourquoi ce type de livres n’existait pas en arabe. C’est comme ça que tout a commencé. »

Le premier livre Dolola est consacré aux comptines libanaises, celles que Maria et Lara chantaient dans leur propre enfance.
C’est un choix naturel, presque évident, qui ancre immédiatement la maison d’édition dans une démarche de transmission sensible et affective.

Le succès du premier ouvrage encourage les fondatrices à poursuivre, avec ensuite un livre dédié aux instruments de musique orientaux, puis une série d’ouvrages destinés à initier les enfants à la langue arabe de manière ludique : alphabet, couleurs, nombres, vocabulaire du quotidien.

Une clientèle majoritairement issue de la diaspora

Aujourd’hui, Dolola compte huit livres et s’apprête à publier un neuvième, consacré aux nombres.
Pour accompagner ces livres, certaines chansons sont composées spécialement avec des musiciens au Liban, afin de garantir une qualité musicale et culturelle fidèle aux racines orientales.

« Il n’y a pas que le texte, insiste Faddoul, il y a toute une réflexion autour du thème, de la musique, de la langue utilisée et des illustrations. Tout est pensé pour que l’enfant ait envie d’y revenir. »

La question de la langue est centrale. Pour cela, Dolola fait le choix d’un arabe accessible, parfois dialectal, parfois en arabe classique simplifié, selon les ouvrages.

Ainsi, l’histoire de Boucle d’Or et les trois ours a été adaptée en libanais et en arabe classique.
« Tout le monde connaît Boucle d’Or. C’était important pour nous de partir d’une histoire familière, pour que la langue ne soit pas un obstacle », explique Faddoul.

Si l’âme de Dolola est libanaise et française, la fabrication, elle, est internationale.
La maison d’édition a été officiellement créée en France en 2020, et l’accueil réservé aux livres Dolola dépasse les attentes des fondatrices.

« Les parents adorent, mais surtout les enfants. Certains parents nous écrivent pour nous dire qu’ils n’en peuvent plus d’entendre les chansons en boucle », dit Faddoul avec un large sourire.

La clientèle est majoritairement issue de la diaspora libanaise, en France, en Europe et aux États-Unis, mais les livres se vendent aussi au Liban et à Dubaï.

En France, Dolola est présente à l’Institut du monde arabe, dans plusieurs librairies indépendantes et à la FNAC sur commande. L’essentiel des ventes se fait toutefois via le site internet de la maison d’édition, soutenu par une forte présence sur les réseaux sociaux.

Parmi les projets à venir, un livre consacré au Liban, encore à l’état de réflexion, ainsi qu’une possible collection dédiée aux pays arabes.

Mais Maria Faddoul formule aussi un regret : l’absence à Paris d’un lieu dédié aux jeunes enfants pour les mettre en contact avec la langue et la culture arabes, à travers la lecture, la musique ou les activités artisanales.

« Il y a énormément à faire », assure-t-elle.

Avec Dolola, elle a déjà commencé à tisser ce fil fragile mais essentiel qui relie les enfants de la diaspora à leur langue d’origine.