Ioannis Kasoulides: Chypre est «solidaire des autres membres de l'UE» sur le conflit ukrainien

Ioannis Kasoulides, s'est entretenu mardi avec la rédactrice en chef adjointe d'Arab News, Noor Nugali, à Riyad (Photo, AN).
Ioannis Kasoulides, s'est entretenu mardi avec la rédactrice en chef adjointe d'Arab News, Noor Nugali, à Riyad (Photo, AN).
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Publié le Mercredi 02 mars 2022

Ioannis Kasoulides: Chypre est «solidaire des autres membres de l'UE» sur le conflit ukrainien

  • Les principes, les valeurs et l'unité de l'UE prévalent sur les relations avec la Russie, déclare le ministre chypriote des Affaires étrangères
  • Nicosie soutient la candidature saoudienne à l'Expo 2030 et les relations bilatérales se dirigent vers une direction plus organisée et plus ciblée

RIYAD: Le ministre chypriote des Affaires étrangères a affirmé dans une interview exclusive accordée à Arab News, que la position de son gouvernement est alignée sur celle des autres États membres de l’UE, qui soutiennent l’intégrité territoriale de l’Ukraine et de tous les pays du monde.
En tant que nation souffrant de l’occupation d’une partie de son propre territoire, on ne pouvait que s’attendre à ce que Chypre adopte une telle position, a déclaré Ioannis Kasoulides mardi, en faisant référence au mini-État séparatiste de Chypre du Nord, qui n’est reconnu que par la Turquie.


«Chypre partage la même position que les autres membres de l’UE. Imaginez que Chypre, qui a un problème avec l’occupation d’une partie de son pays, ait une position différente de celle du soutien à l’intégrité territoriale des pays», a-t-il souligné.
Faisant allusion à un accord historique portant sur une série de questions mondiales, signé en 1975 par trente-cinq pays dans la capitale finlandaise, Helsinki, Kasoulides a ajouté être favorable «aux accords d’Helsinki, qui impliquent l’inviolabilité des frontières et le non règlement des différends par des moyens militaires.»
À l’instar de nombreux autres pays, Chypre a été prise au dépourvu par le conflit ukrainien, car elle entretient des relations étroites avec la Russie et l’Ukraine.

Le pays méditerranéen compte une population de 1,22 millions d’habitants. Sa principale industrie est le tourisme, qui représente environ 18% de son économie. La Russie et l’Ukraine sont les principaux contributeurs de ces revenus.
Plus de 780 000 touristes russes ont visité Chypre en 2019 avant le début de la pandémie de Covid-19, sur un total d’environ 3,9 millions. La même année, plus de 95 000 touristes ukrainiens sont entrés dans le pays.
«Nous entretenons de bonnes relations avec la Russie, dans le secteur financier, et de nombreux touristes (russes) visitent Chypre», a indiqué Kasoulides.
«Nous aurions aimé préserver ces bonnes relations, mais lorsqu’il s'agit de principes, de valeurs et de l’unité de l’UE, j’ai bien peur que ce soit ce qui prévale.»
L’interview avec le ministre des Affaires étrangères, Ioannis Kasoulides, a été réalisée après sa rencontre avec le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, et le ministre d’État aux Affaires étrangères, Adel al-Joubeir.


Mardi, le prince héritier a reçu le président de Chypre, Nicos Anastasiades, au palais d’Al-Yamamah à Riyad.
Après une cérémonie de bienvenue, le prince héritier et le président Anastasiades ont discuté des relations et de la coopération entre les deux pays, et ont passé en revue les efforts visant à renforcer la coordination dans divers domaines, ainsi que les questions régionales et internationales d’intérêt commun.
La visite historique d’Anastasiades témoigne de la solidité des liens bilatéraux entre l’Arabie saoudite et Chypre depuis l’établissement de leur relations diplomatiques. Ils ont intensifié la nature stratégique de leur partenariat et renforcé leurs liens politiques, commerciaux et socio-économiques.

Kasoulides a notamment évoqué la situation en Ukraine, les attaques contre le Royaume par les Houthis et les relations de Chypre avec la Turquie. (Photo, AN).


Le mois dernier, une délégation saoudienne dirigée par le ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, s’est rendue à Nicosie, la capitale de Chypre, en tant que premiers invités de Kasoulides après sa prise de fonctions.
«Tout d’abord, permettez-moi de dire que nous sommes venus ici pour marquer le début d’une nouvelle étape dans nos relations», a déclaré Kasoulides. «Nous entretenons de bonnes relations depuis cinq ans maintenant. Nous passons aujourd’hui à des relations beaucoup plus rapides, plus organisées et plus ciblées.»
«Nous avons annoncé publiquement notre soutien à la candidature de l’Arabie saoudite à l’Expo 2030», a-t-il mentionné, ajoutant que les efforts conjoints à cette fin s’inscriront désormais dans le cadre du partenariat stratégique, conformément à la Vision 2030.
Se référant au Conseil de coopération du Golfe dans son ensemble, Kasoulides a affirmé que Chypre entretient «d’excellentes relations avec tous les pays du CCG et nous sommes reconnaissants du fait qu’en regardant un petit pays comme le nôtre, ils voient un ami qui peut apporter sa contribution, de toutes les manières possibles.»
Chypre fait partie des nombreux pays qui ont exprimé leur inquiétude face aux récentes attaques visant à perturber la stabilité et la sécurité de la région du Golfe. Elle a exprimé sa forte solidarité avec le gouvernement et le peuple saoudien et a catégoriquement condamné les frappes de drones de la milice houthie soutenue par l'Iran contre des établissements civils.

 

«Nous avons condamné sans réserve les attaques terroristes des Houthis», a-t-il affirmé. «Nous avons soulevé la question au sein de l'UE, dans le but de voir un jour l'UE déclarer la milice houthie comme organisation terroriste.
«Certains États membres hésitent à le faire, affirmant que pour fournir une aide humanitaire aux Yéménites, ils ne peuvent pas en même temps déclarer les Houthis comme terroristes car ils ne pourront pas avoir de relations avec eux. Je ne suis pas d'accord avec cette affirmation. Espérons que cela se fera dans un futur proche.»
Lors de leur rencontre à Nicosie, Kasoulides avait informé le prince Faysal ben Farhane des derniers développements sur la question chypriote. Il avait décrit les mesures de confiance que le gouvernement Anastasiades avait l'intention de proposer afin d'ouvrir la voie à la «reprise de négociations sérieuses pour la réunification de Chypre selon le cadre convenu».
Le différend chypriote trouve son origine dans l'invasion turque du pays en 1974, en réponse à un coup d'État visant à l'union avec la Grèce. Environ 180 000 Chypriotes grecs ont fui le tiers nord de Chypre, tandis que des dizaines de milliers de Chypriotes turcs se sont installés dans le nord, dont seule la Turquie reconnaît la déclaration d'indépendance.
Kasoulides a de nouveau abordé la question lors de l'interview de mardi. «Nous avons toujours été constants dans notre politique de résolution du différend par la négociation et sous l'égide des Nations unies, sur la base des résolutions de l'ONU pour la création d'une fédération bicommunautaire et bizonale», a-t-il clarifié.
«Je crains que ce soit ce que la Turquie ne veut pas maintenant. Nous n'avons rien d'autre à faire que de persister à travers la légalité internationale, les résolutions de l'ONU, dans le cadre des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, pour y parvenir.»


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Pourparlers Iran-Etats-Unis : «des bases très solides» en vue d'un accord final, selon JD Vance

Les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis tenus dimanche en Suisse pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont permis d'établir des "bases très solides" en vue d'un accord final, a affirmé lundi le vice-président américain JD Vance. (AFP)
Les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis tenus dimanche en Suisse pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont permis d'établir des "bases très solides" en vue d'un accord final, a affirmé lundi le vice-président américain JD Vance. (AFP)
  • "Nous avons réalisé de nombreux progrès satisfaisants. Nous avons fait exactement ce que nous voulions faire", a assuré JD Vance, qui va rentrer aux Etats-Unis
  • Côté iranien, l'équipe conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, a quitté le Burgenstock, à l'issue de "18 heures d'intenses discussions", selon l'agence de presse Irna

BURGENSTOCK: Les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis tenus dimanche en Suisse pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont permis d'établir des "bases très solides" en vue d'un accord final, a affirmé lundi le vice-président américain JD Vance.

"Nous avons posé des bases très solides pour aboutir à un accord final réussi. L'accord final, c'est la maison. Nous en avons posé les fondations. Nous n'avons pas encore construit la maison, mais nous avons posé des bases solides pour atteindre une issue favorable pour le peuple américain", a-t-il déclaré aux journalistes.

Après la signature d'un protocole d'accord la semaine dernière et un démarrage dans le chaos, ces négociations, lancées dimanche dans le complexe hôtelier du Burgenstock, dans les Alpes suisses, doivent aboutir, sous un délai de 60 jours renouvelables, à un document final.

"Nous avons réalisé de nombreux progrès satisfaisants. Nous avons fait exactement ce que nous voulions faire", a assuré JD Vance, qui va rentrer aux Etats-Unis.

Côté iranien, l'équipe conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, a quitté le Burgenstock, à l'issue de "18 heures d'intenses discussions", selon l'agence de presse Irna.

Des négociations vont toutefois se poursuivre au niveau technique.

"Nos équipes, en collaboration avec les Iraniens, les Qataris et les Pakistanais, ont réalisé d'importants progrès hier. Elles continueront à travailler au niveau technique avec les équipes présentes ici au Burgenstock", a indiqué JD Vance.

"Ces négociations techniques se poursuivront ensuite au cours des semaines et des jours à venir. Nous voulions mettre en place une structure pour garantir une supervision politique adéquate", a-t-il ajouté.


Iran et Etats-Unis s'accordent sur une feuille de route pour un accord définitif sous 60 jours

Les délégations se sont "mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques" qui se poursuivront cette semaine en Suisse, ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint. (AFP)
Les délégations se sont "mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques" qui se poursuivront cette semaine en Suisse, ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint. (AFP)
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  • Les Etats-Unis et l'Iran se sont entendus sur une "feuille de route" pour conclure dans les 60 jours un accord définitif pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient
  • "La médiation pakistanaise et qatarie a permis des progrès majeurs afin de mettre un terme à la guerre au Liban"

BURGENSTOCK: Les Etats-Unis et l'Iran se sont entendus sur une "feuille de route" pour conclure dans les 60 jours un accord définitif pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, lors de leur première séance de négociations en Suisse, ont annoncé lundi les médiateurs pakistanais et qatari.

Les délégations se sont "mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques" qui se poursuivront cette semaine en Suisse, ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint.


Les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis vont démarrer en Suisse

Le vice-président américain JD Vance est arrivé en Suisse dimanche, atterrissant à la base aérienne d’Emmen à 5 h 59 (03 h 59 GMT), selon son porte-parole. (AFP)
Le vice-président américain JD Vance est arrivé en Suisse dimanche, atterrissant à la base aérienne d’Emmen à 5 h 59 (03 h 59 GMT), selon son porte-parole. (AFP)
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  • Les négociations américano-iraniennes s’ouvrent en Suisse dans un contexte tendu, marqué par la poursuite des violences au Liban et des divergences sur l’application du protocole d’accord, notamment sur le nucléaire et un cessez-le-feu
  • L’escalade régionale s’intensifie avec la fermeture annoncée du détroit d’Ormuz par l’Iran, tandis que les États-Unis appellent à la retenue et poursuivent les discussions diplomatiques

BURGENSTOCK: Les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran pour trouver une paix durable au Moyen-Orient doivent débuter dimanche matin dans un hôtel de luxe des Alpes suisses, quatre jours après la signature d'un protocole d'accord, déjà malmené, pour mettre fin aux hostilités.

Ces pourparlers, centrés sur le programme nucléaire iranien, sont prévus pour une durée renouvelable de 60 jours. Avant même qu'ils ne commencent, les écueils se sont accumulés, avec la poursuite des combats au Liban malgré une clause de l'accord-cadre prévoyant la fin des hostilités sur tous les fronts, et l'annonce par Téhéran d'une nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz en représailles.

Sur le front libanais, des frappes israéliennes ont fait au moins 30 morts samedi dans l'est et le sud du Liban, avant une accalmie constatée par un correspondant de l'AFP en fin de journée, lorsque l'armée israélienne a reçu l'ordre de cesser les affrontements avec le Hezbollah pro-iranien.

Les pourparlers débuteront dans le courant de la matinée, a annoncé la diplomatie suisse, précisant que la délégation américaine, dirigée par le vice-président américain JD Vance, et la délégation iranienne, menée par le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, étaient arrivées à l'hôtel de luxe de Bürgenstock, surplombant le lac de Lucerne, site des discussions. Les pays médiateurs, le Pakistan et le Qatar, sont également sur place.

Arrivée samedi soir, la délégation iranienne compte aussi, selon la télévision d'Etat iranienne, le chef de la diplomatie Abbas Araghchi et le gouverneur de la Banque centrale Abdolnaser Hemmati.

Les discussions devraient durer "quelques jours", a affirmé JD Vance à la presse samedi soir, ajoutant qu'il ne pourrait rester en Suisse "qu'un jour ou deux".

"J'espère qu'on va faire des progrès sur la question nucléaire et sur la question du cessez-le-feu au Liban. Ce sont les deux points principaux sur lesquels je pense que nous allons nous concentrer", a-t-il déclaré.

L'émissaire Steve Witkoff et le gendre du président Donald Trump, Jared Kushner, se trouvent également en Suisse, selon JD Vance.

Les pourparlers sont censés mener à un accord final pour mettre un terme au conflit au Moyen-Orient, déclenché par des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février. Les hostilités ont causé des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

- Protocole "en danger" -

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a toutefois prévenu samedi les Etats-Unis que le protocole d'accord serait "en danger" si ses clauses n'étaient pas appliquées rapidement, en référence à la situation au Liban.

Le conseiller militaire du guide suprême iranien, Mohsen Rezaei, a lui appelé à la prudence face à tout "optimisme", affirmant sur X que "l'ennemi a montré qu'il ne tenait pas ses promesses".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient par des tirs de roquettes sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, tué au début de la guerre.

Depuis, les opérations israéliennes au Liban ont fait 4.057 morts, selon le dernier bilan, samedi, du ministère libanais de la Santé.

L'armée israélienne a annoncé pour sa part qu'un de ses soldats avait été tué samedi dans le sud du Liban, portant à 36 le nombre de ses pertes depuis le début du conflit. Elle a précisé samedi que ses troupes ne mèneraient "pas de frappes proactives", mais qu'elles opéreraient "de manière défensive" au sein de la bande territoriale du sud du Liban occupée par Israël.

Avant son départ pour la Suisse, le vice-président américain a assuré que la situation "s'améliore" au Liban.

"Le gros problème, c'est que vous allez avoir quelqu'un qui va commencer à tirer et ensuite quelqu'un va répondre, et donc vous avez en quelque sorte ce problème de l'oeuf et de la poule où il faut réussir à arrêter les tirs suffisamment longtemps pour que le cessez-le-feu tienne, c'est ce qu'on essaie de faire", a-t-il dit.

- Ormuz fermé -

Après les nouveaux affrontements au Liban, le commandement central de l'armée iranienne a annoncé que "le détroit d'Ormuz serait fermé au trafic maritime", une "première mesure en réponse à la violation des engagements par l'ennemi". Il a menacé "d'autres mesures" si nécessaire "pour contraindre l'ennemi à respecter ses obligations".

La réouverture du détroit a constitué l'un des points clés du protocole d'accord américano-iranien. L'Iran avait verrouillé au début de la guerre cette voie maritime stratégique par laquelle transitaient auparavant quelque 20% des hydrocarbures mondiaux, provoquant une flambée des cours du pétrole.

Après l'annonce par l'Iran de sa nouvelle fermeture, le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a indiqué que ses forces demeuraient "vigilantes". Selon lui, 55 navires marchands ont franchi le détroit de manière sûre samedi.

Téhéran a également évoqué la possible mise en place de "frais" de service maritime pour les navires voulant y transiter. Le président américain Donald Trump a lui aussi menacé d'appliquer un péage dans le détroit en cas d'échec des discussions avec l'Iran.