Ukraine: les civils pris au piège à Marioupol, l'étau se resserre autour de Kiev

Capture d'écran tirée d'une vidéo publiée par le ministère russe de la Défense, montrant un char de l'armée ukrainienne détruit dans la localité de Gnutovo, près de Mariupol, Ukraine. (AFP).
Capture d'écran tirée d'une vidéo publiée par le ministère russe de la Défense, montrant un char de l'armée ukrainienne détruit dans la localité de Gnutovo, près de Mariupol, Ukraine. (AFP).
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Publié le Lundi 07 mars 2022

Ukraine: les civils pris au piège à Marioupol, l'étau se resserre autour de Kiev

  • Un troisième round de pourparlers entre l'Ukraine et la Russie est prévu pour lundi, selon un membre de la délégation ukrainienne, David Arakhamia, qui n'a pas donné plus de détails
  • Les deux sessions précédentes, à la frontière ukraino-bélarusse puis à la frontière polono-bélarusse, n'ont pas abouti à un arrêt des combats

KIEV : La population était prise au piège dimanche dans le port assiégé de Marioupol, dans le sud de l'Ukraine, où une deuxième tentative d'évacuation humanitaire a échoué, pendant que l'armée russe resserrait son étau sur la capitale Kiev.

Un troisième round de pourparlers entre l'Ukraine et la Russie est prévu pour lundi, selon un membre de la délégation ukrainienne, David Arakhamia, qui n'a pas donné plus de détails.

Les deux sessions précédentes, à la frontière ukraino-bélarusse puis à la frontière polono-bélarusse, n'ont pas abouti à un arrêt des combats, mais les parties avaient convenu de mettre en place des "couloirs humanitaires".

Mais pour la deuxième journée consécutive dimanche, la population de Marioupol, sur la mer d'Azov, qui vit un "blocus humanitaire", selon son maire Vadim Boïtchenko, a dû renoncer à l'évacuation.

"Au milieu de scènes dévastatrices de souffrances humaines, une deuxième tentative aujourd'hui de commencer à évacuer quelque 200 000 personnes de la ville a été interrompue", a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Celle-ci devait permettre une évacuation jusqu'à Zaporojie, à environ trois heures de route. Mais "nous n'avons pas pu emprunter le couloir humanitaire en raison des bombardements russes", a dit la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk.

Le président russe Vladimir Poutine a mis l'échec des évacuations sur le compte des "nationalistes ukrainiens" qui, selon lui, ont empêché celle programmée samedi de Marioupol et de Volnovakha, une ville proche.

Une rare famille qui a pu rejoindre samedi Dnipro (centre) a raconté, sous couvert d'anonymat, être restée à l’abri dans une cave "sept jours sans chauffage, électricité, internet", manquant d'eau et de nourriture. Sur la route, a-t-elle témoigné, "il y avait des cadavres partout, des Russes et des Ukrainiens".

La chute de Marioupol serait un tournant dans l'invasion russe, lancée le 24 février. Elle permettrait la jonction entre les troupes russes en provenance de la Crimée annexée, qui ont déjà pris les ports clés de Berdiansk et de Kherson, et celles du Donbass. Ces forces consolidées pourraient ensuite remonter vers le centre et le nord de l'Ukraine.

Sur la mer Noire, c'est désormais Odessa qui préoccupe le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui accuse la Russie de "se préparer à bombarder" ce port de près d'un million d'habitants proche de la frontière moldave.

Activisme américain

Cet exode  suscitait une forte mobilisation, notamment dans les Etats voisins comme la Pologne, où le secrétaire d'État américain Antony Blinken s'est rendu samedi à la frontière avec l'Ukraine, s'y entretenant avec son homologue ukrainien Dmytro Kouleba.

"Le message du peuple ukrainien héroïque est simple: les Russes, rentrez chez vous (...) Poutine, laisse l'Ukraine tranquille. Tu ne gagneras pas la guerre", a lancé M. Kouleba.  

Il a demandé des avions et des systèmes de défense aérienne, qualifiant de "signe de faiblesse" le refus par l'Otan de mettre en place une zone d'exclusion aérienne au-dessus de son pays.

Après un crochet en Lettonie, Etat balte frontalier de la Russie, le chef d'état-major américain, le général Mark Milley, a souligné que si une telle zone était créée, "il faudrait alors qu'on y aille et qu'on combatte activement" les Russes, ce que l'Alliance atlantique ne veut pas faire.

Le président russe Vladimir Poutine a menacé de "conséquences colossales et catastrophiques non seulement pour l'Europe, mais pour le monde entier", si une telle zone était créée. La Russie considérerait comme cobelligérant tout pays tentant de l'imposer.

De plus en plus isolé sur la scène internationale, le maître du Kremlin a le même jour reçu à Moscou le chef du gouvernement israélien Naftali Bennett, premier dirigeant étranger en visite en Russie en lien avec l'invasion russe de l'Ukraine. 

Entamant une véritable médiation, M. Bennett a ensuite parlé au président ukrainien Volodymyr Zelensky, avant des entretiens à Berlin avec le chancelier allemand Olaf Scholz.

Dans le même temps, à Washington, des élus du Congrès promettaient de débloquer 10 milliards de dollars d'aide pour l'Ukraine, au cours d'un échange virtuel avec le président Zelensky.

"Nous encourageons à des négociations directes entre la Russie et l'Ukraine", a de son côté dit le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi dans une conversation téléphonique avec Antony Blinken.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a d'ailleurs plaidé dans la presse espagnole pour que la Chine joue un rôle de médiateur.

Cette guerre et les sanctions imposées à la Russie "auront aussi un impact substantiel sur l'économie mondiale et les marchés financiers, avec des effets collatéraux pour d'autres pays", a averti le Fonds monétaire international, disant craindre des conséquences "dévastatrices".

Kiev en ligne de mire

Dans le même temps, les soldats russes se rapprochent de Kiev.

D'intenses combats ont eu lieu dans la périphérie de la capitale, selon l'administration régionale ukrainienne, notamment autour de la route menant vers Jytomyr (150 km à l'ouest de Kiev), ainsi qu'à Tcherniguiv (150 km au nord de la capitale), pilonnée depuis plusieurs jours par l'aviation russe.

Dans les faubourgs ouest de Kiev, à Irpine, "du matin au soir, tous les bâtiments voisins ont été touchés, un tank est entré. C'était effrayant, nous avons eu peur. Avant cela, nous ne pensions pas que nous allions partir", a témoigné Tetiana Vozniuchenko, 52 ans.

A 200 km au sud-ouest de la capitale, l'aéroport de Vinnytsia a été "complètement détruit" par des frappes russes, selon M. Zelensky. En matinée, Moscou avait annoncé avoir détruit l'aérodrome militaire de Starokonstantinov, à 130 km au nord-est.

Quant à Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine située à 50 km de la frontière russe (est), elle restait la cible d'intenses bombardements qui ont touché une tour de télévision, selon le gouverneur régional Oleg Synegoubov.

Après le bombardement le 4 mars de la centrale nucléaire de Zaporojie (sud), la plus grande d'Ukraine et d'Europe, qui a fait craindre une catastrophe et fait monter d'un cran l'inquiétude des pays occidentaux, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a été informée par Kiev que la direction de la centrale était désormais sous les ordres des forces russes.

D'après les autorités ukrainiennes, seules les communications par téléphone mobile y sont encore possibles, mais de mauvaise qualité, et le chef de l'AIEA Rafael Grossi s'est dit "profondément préoccupé" par "la détérioration de la situation concernant les communications vitales entre l'autorité de régulation et la centrale".

L’armée russe, de son côté, a accusé les services de sécurité ukrainiens (SBU) et des nationalistes ukrainiens de chercher à provoquer une fuite radioactive à Kharkiv pour ensuite en accuser Moscou.

Pilonnages près de Kiev 

Le siège de Marioupol, qui avait résisté en 2014 aux assauts des unités prorusses, intervient au moment où les soldats russes se rapprochent de Kiev, rencontrant une tenace résistance et bombardant parfois des immeubles d'habitation, notamment à Tcherniguiv, à 150 km au nord de la capitale, où des dizaines de civils ont été tués ces derniers jours.

Une équipe de l'AFP qui s'est rendue sur place samedi a constaté des scènes de dévastation dans cette ville de 300 000 habitants qui se vidait de sa population, faisant craindre un destin similaire pour Kiev une fois les batteries de missiles et l'artillerie russes aux portes de la capitale.

"Il y avait des corps partout sur le sol. Ils faisaient la queue pour la pharmacie là, ici, et ils sont tous morts", a témoigné Sergeï, un survivant.

De son côté, le président Zelensky assurait que les forces ukrainiennes avaient déclenché une contre-attaque autour de Kharkiv (nord-est), la deuxième agglomération du pays, théâtre de bombardements parmi les plus intenses depuis le début de l'invasion.

L'armée russe pilonnait quant à elle toujours les alentours de Kiev, au nord-ouest et à l'est notamment. Là où, la veille encore, un supermarché et une station-service se dressaient au grand carrefour entre les villes ouvrières de Bucha et d'Irpin, proches de la capitale, il ne restait samedi que des ruines et des habitants en fuite.

Dans un hôpital du nord de Kiev, des soldats ukrainiens blessés ont raconté à l'AFP leur lutte inégale sous un déluge de feu. "On était en reconnaissance" et "on est tombés sur une colonne ennemie", a expliqué Motyka, un soldat de 29 ans touché par un éclat sur le flanc droit, qui a dû battre en retraite avec ses camarades : "On les a combattus et on a tué leurs soldats à pied, mais ils nous ont arrosés avec des tirs de mortier". 

L'exode s'intensifie

Au 11e jour de l'invasion russe de l'Ukraine, le Haut Commissaire de l'ONU aux réfugiés Filippo Grandi a estimé qu'il s'agissait de "la crise des réfugiés la plus rapide en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale".

"Plus de 1,5 million de réfugiés venant d'Ukraine ont traversé (la frontière) vers les pays voisins en 10 jours", a indiqué M. Grandi, qui s'attend à ce que le flot augmente encore au fil des jours à venir. Plus d'un million sont arrivés en Pologne, selon les garde-frontières.

A Irpine, des civils fuyaient en franchissant difficilement les décombres d'un pont détruit par l'armée ukrainienne.

Dans les gares des villes menacées par l'armée russe, la cohue régnait. "Nous envoyons nos femmes et nos enfants à Lviv, peut-être plus loin, et nous restons ici (...) C'est une situation horrible", a confié à Dnipro Andrey Kyrytchenko, un maçon de 40 ans.

Vladimir Poutine a nié dimanche "que son armée prenne des civils pour cible", lors d'un entretien avec son homologue français Emmanuel Macron.

Mais l'Organisation mondiale de la santé (OMS) "a authentifié plusieurs attaques contre des soins de santé en Ukraine, faisant plusieurs morts et des blessés", a affirmé son chef Tedros Adhanom Ghebreyesus.

"Environ huit" civils ont été tués lors d'une évacuation d'Irpine dimanche, a indiqué le maire de la ville, Oleksandr Markouchine, sur Telegram.

Moscou avait évoqué mercredi la mort de 498 soldats russes et 2 870 morts côté ukrainien. Kiev fait état dimanche de plus de 11 000 soldats russes tués, sans révéler ses propres pertes militaires. Des chiffres impossibles à vérifier de manière indépendante.

Pour sa part, l'ONU a confirmé la mort de 351 civils et plus de 700 blessés, un bilan qui est "sans doute bien plus élevé car les vérifications sont en cours".

Efforts diplomatiques

Les consultations diplomatiques se sont poursuivies tout le week-end sans succès.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a réclamé dimanche un "cessez-le-feu général urgent" à son homologue russe. La veille, le Premier ministre israélien Naftali Bennett avait proposé sa médiation.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a plaidé pour qu'un rôle de médiateur soit joué par Pékin, qui de son côté a appelé à des négociations directes entre la Russie et l'Ukraine.

Dans son échange avec Vladimir Poutine, M. Macron a trouvé le président russe "très déterminé à atteindre ses objectifs", dont "ce qu'il appelle la +dénazification+ et la neutralisation de l'Ukraine", ainsi que la reconnaissance de l'indépendance de la Crimée et du Donbass, a indiqué la présidence française.

Le Kremlin a aussi multiplié les messages aux Occidentaux.

M. Poutine a prévenu samedi que la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine - demandée par Kiev mais refusée par l'Otan - serait considérée "comme une participation au conflit armé".

Et le ministère de la Défense russe a mis en garde dimanche les pays voisins de l'Ukraine contre l'accueil d'avions de combat de Kiev qui seraient ensuite utilisés contre les forces de Moscou, ce qui pourrait être considéré "comme une implication de ces pays dans un conflit armé".

De leur côté les pays du G7 planchent sur de nouvelles sanctions contre la Russie, qui devront surtout "toucher les oligarques" qui ont "profité de Poutine", a dit dimanche le ministre allemand des Finances, Christian Lindne, dont le pays exerce actuellement la présidence du groupe des sept pays les plus industrialisés.

"Nous sommes prêts à payer un prix économique très très élevé" mais "si demain, en Allemagne ou en Europe, les lumières s'éteignent, ça ne va pas arrêter les chars", a déclaré Mme Baerbock à la chaine ZDF.

Effets des sanctions en Russie

En Russie, les effets des sanctions commencent à atteindre de plein fouet la classe moyenne.

Les entreprises étrangères continuent massivement de quitter le pays. Dernière en date: American Express a annoncé dimanche la suspension de ses opérations en Russie, emboîtant le pas aux géants américains des cartes bancaires Visa et Mastercard. Le système de paiement PayPal y a lui aussi suspendu ses services.

Le rouble s'est effondré après l'instauration des sanctions internationales contre Moscou et certaines des plus grandes banques russes ont été coupées du système interbancaire international Swift.

Les autorités russes craignent désormais l'apparition d'un marché noir alimentaire. Des chaînes de supermarché ont imposé des restrictions sur les quantités vendues à chaque individu.

Mais les voix d'opposition et les médias indépendants continuent d'être réduits au silence.

Au moins 4 600 personnes manifestant contre l'intervention militaire en Ukraine ont été arrêtées dimanche dans une cinquantaine de villes de Russie, selon l'ONG OVD-Info.

La BBC a indiqué que sa chaîne télévisée d'information internationale, BBC World News, avait cessé d'émettre dans ce pays après le tour de vis radical des autorités russes contre les médias. Le réseau social TikTok a aussi annoncé suspendre la possibilité de poster de nouvelles vidéos sur sa plateforme en Russie.

Face à un million de réfugiés ukrainiens, les Polonais répondent présents

L'afflux en quelques jours de plus d'un million de personnes ayant fui l'invasion russe de Ukraine a poussé Nicolas Kusiak - comme des milliers d'autres Polonais - à se mobiliser pour leur offrir solidarité et soutien.

Bénévoles, autorités, organisations humanitaires ou professionnelles et entreprises, ainsi que l'importante communauté ukrainienne déjà présente en Pologne proposent à ces réfugiés l'essentiel : repas, transport, et un lieu où se reposer et dormir, y compris dans leurs maisons.

Et surtout de la chaleur humaine aux enfants et aux femmes, traumatisés, souvent en pleurs, qui ont dû laisser en Ukraine leurs pères et leurs maris, mobilisables pour défendre leur pays.

"On avait ici des médecins d'Israël et de France. Je les approvisionne, je suis leur traducteur, car je comprends un peu l'ukrainien", explique Kusiak, 27 ans, installé depuis quatre jours tout près du poste-frontière de Medyka.

Polonais né en France, manager travaillant dans l'événementiel et parlant quatre langues, il avait l'intention de servir de traducteur pour éviter des malentendus avec les étrangers, après avoir vu sur internet des vidéos xénophobes mettant en garde contre l'entrée d'Arabes ou d'Africains.

Mais il a aussi apporté des tentes, des générateurs, des appareils de chauffage et de la nourriture, puis a cherché à organiser la coordination entre la police, les médecins, les pompiers qui assurent les transports et les bénévoles qui distribuent la soupe chaude.

"Tout le monde veut faire tout, mais on ne fait pas confiance à une personne privée", regrette-t-il. Mais "cela commence à s'organiser" et il doit "travailler légalement" pour la Croix-Rouge à partir de lundi.

«Des bombes partout»

La mobilisation en faveur des réfugiés est générale. On le voit par exemple à la gare centrale de Cracovie (sud) où transitent des centaines d'entre eux.

"Notre point d’accueil est vraiment rempli et nous avons beaucoup de monde tout le temps", explique à l’AFP une bénévole quadragénaire, Anna Lach. "Nous avons un local en sous-sol qui est plein en permanence et c’est pourquoi d'autres gens attendent ici de savoir s'ils peuvent rester pour la nuit".

"Mais, ajoute une autre volontaire, Maja Mazur,nous avons d’autres lieux en ville où ils peuvent s'arrêter. Ils peuvent y rester un jour ou deux avant d'aller ailleurs. Nous leur offrons quelque chose à boire, quelque chose de chaud, quelque chose à manger et un endroit où ils peuvent dormir."

Certains réfugiés veulent tout de suite continuer leur voyage vers l’ouest de l’Europe, poussés par leurs souvenirs traumatisants et souffrant de la séparation d'avec leurs proches.

"Je suis venue de Kharkiv (dans le nord-est de l'Ukraine, ndlr) avec ma famille, avec mes deux fils et mes parents", dit Anna Gimpelson, une architecte. "Mon mari est resté à Lviv (dans l'ouest, ndlr) parce qu'il est encore bon pour l'armée, donc il ne peut pas quitter le pays. Notre ville vit des moments vraiment terribles. Nous avons des bombes partout et la maison de nos voisins n'existe plus".

"Nous avons été sur la route pendant trois jours et maintenant nous allons chez un ami à Düsseldorf (en Allemagne, ndlr). Peut-être que nous allons passer un peu de temps là-bas et réfléchir à ce qu'il faudra faire ensuite", dit-elle.

Le gouvernement polonais s'attend à ce que l'afflux de réfugiés continue.

"Préparer les infrastructures pour être prêt à accueillir une nouvelle vague de réfugiés, dont on ne sait pas quelle sera l'ampleur, tel est notre principal défi aujourd'hui", a dit dimanche le ministre sans portefeuille Michal Dworczyk, le chef du cabinet du Premier ministre.

L'ONU avait annoncé que le nombre total des personnes ayant quitté l'Ukraine pour chercher refuge dans les pays voisins avait dépassé 1,5 million. Autrement dit, deux sur trois ont choisi de se rendre en Pologne.

De son côté, la branche polonaise d'Amnesty International a appelé sur Facebook à ne pas oublier les réfugies syriens ou yéménites bloqués à la frontière avec le Bélarus et mis en garde contre "l'énorme injustice" consistant en un traitement inégal des étrangers en fonction de leur nationalité.


L'Iran se dit prêt à aider les navires japonais a traverser le détroit d'Ormuz (agence japonaise)

L’Iran est prêt à laisser passer des navires liés au Japon dans le détroit d’Ormuz, une artère vitale pour l’approvisionnement mondial en pétrole, a rapporté Kyodo News. Ci-dessus, un cargo près du détroit d’Ormuz le 11 mars 2026. (Reuters)
L’Iran est prêt à laisser passer des navires liés au Japon dans le détroit d’Ormuz, une artère vitale pour l’approvisionnement mondial en pétrole, a rapporté Kyodo News. Ci-dessus, un cargo près du détroit d’Ormuz le 11 mars 2026. (Reuters)
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  • L’Iran affirme être prêt à garantir la sécurité des navires japonais dans le détroit d’Ormuz, malgré les tensions régionales et les perturbations du trafic maritime
  • Le Japon, fortement dépendant du pétrole transitant par ce détroit stratégique, active ses réserves face aux risques pesant sur l’approvisionnement mondial

TOKYO: L’Iran est disposé à aider les navires japonais à emprunter le détroit d'Ormuz, a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi à l’agence Kyodo News dans une interview publiée samedi.

Le Japon dépend des importations de pétrole brut en provenance du Moyen-Orient, dont la majeure partie transite par le détroit d’Ormuz, une voie commerciale cruciale pour l’approvisionnement mondial en carburant.

En pratique, l'Iran a bloqué l'accès au détroit en réponse aux frappes menées par Israël et les Etats-Unis, laissant les pays tributaires de cette voie maritime se démener pour trouver des de remplacement et puiser dans leurs réserves.

"Nous n’avons pas fermé le détroit. Il est ouvert", a contesté M. Araghchi, lors d'une interview téléphonique avec l'agence japonaise Kyodo News vendredi.

Selon lui, les pays qui attaquent l'Iran font face à des restrictions, mais d'autres se voient offert une assistance.

L'Iran est préparé à assurer des traversées en toute sécurité pour le Japon, a-t-il ajouté.

La quatrième économie mondiale est le cinquième plus grand importateur de pétrole, dont 95% vient du Moyen-Orient et 70% passe par le détroit d'Ormuz.

Lundi, Tokyo a annoncé commencer à puiser dans ses réserves stratégiques de pétrole, qui sont parmi les plus importantes au monde, équivalant à 254 jours de consommation intérieure.

Les membres de l’Agence internationale de l’énergie ont convenu, le 11 mars, d’utiliser leurs stocks de pétrole pour atténuer la flambée des prix provoquée par la guerre au Moyen-Orient, ce qui représente de loin la plus vaste opération de ce type jamais menée.


L'Iran cible une base hébergeant des forces américaines en plein océan Indien (média)

Cette image satellite de Planet Labs PBC montre quatre bombardiers furtifs B-2 stationnés à Camp Thunder Cove, sur l’atoll de Diego Garcia, le samedi 29 mars 2025. (AP)
Cette image satellite de Planet Labs PBC montre quatre bombardiers furtifs B-2 stationnés à Camp Thunder Cove, sur l’atoll de Diego Garcia, le samedi 29 mars 2025. (AP)
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  • L’Iran a tiré deux missiles balistiques visant la base américano-britannique de Diego Garcia dans l’océan Indien, mais aucun n’a atteint sa cible selon des responsables américains
  • Les missiles auraient été neutralisés (défaillance et interception), tandis que la base reste un site militaire stratégique majeur pour les États-Unis et le Royaume-Uni

WASHINGTON: L'Iran a tiré deux missiles balistiques vers la base américano-britannique de Diego Garcia, située en plein milieu de l'océan Indien, a rapporté vendredi le Wall Street Journal.

Aucun des deux missiles tirés vers cette base à quelque 4.000 kilomètres du territoire iranien n'a touché sa cible, selon le journal, qui cite plusieurs responsables américains.

L'un des missiles a connu une défaillance en vol et un navire de guerre américain a tiré un missile pour intercepter le second, selon deux des responsables.

Sollicité par l'AFP, le Pentagone s'est refusé à tout commentaire.

Située sur une île isolée de l'archipel des Chagos, un territoire britannique, Diego Garcia est l'une des deux bases que le Royaume-Uni a permis aux Etats-Unis d'utiliser pour des "opérations défensives spécifiques contre l'Iran".

Il s'agit d'une base stratégique pour les Etats-Unis, qui y stationnent notamment des sous-marins nucléaires, bombardiers et destroyers.

Le Royaume-Uni a signé en 2025 un accord pour rétrocéder l'archipel des Chagos à l'île Maurice tout en conservent un bail de 99 ans sur Diego Garcia afin de maintenir la base.


Les États-Unis renforcent leur présence au Moyen-Orient tandis que Trump envisage de réduire les opérations militaires

Le président Donald Trump se prépare à monter à bord d’Air Force One le 18 mars 2026, sur la base aérienne de Dover, dans le Delaware, après avoir assisté au rapatriement des dépouilles de six membres d’équipage de l’US Air Force morts dans le crash d’un avion ravitailleur dans l’ouest de l’Irak, alors qu’ils soutenaient des opérations contre l’Iran. (AP)
Le président Donald Trump se prépare à monter à bord d’Air Force One le 18 mars 2026, sur la base aérienne de Dover, dans le Delaware, après avoir assisté au rapatriement des dépouilles de six membres d’équipage de l’US Air Force morts dans le crash d’un avion ravitailleur dans l’ouest de l’Irak, alors qu’ils soutenaient des opérations contre l’Iran. (AP)
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  • Donald Trump évoque une possible réduction progressive des opérations militaires contre l’Iran, tout en excluant un cessez-le-feu immédiat et en assouplissant certaines sanctions pétrolières pour limiter l’impact économique
  • Le conflit s’intensifie au Moyen-Orient avec des frappes et ripostes entre l’Iran, Israël et leurs alliés, perturbant les marchés mondiaux et faisant craindre une crise économique liée à l’énergie

WASHINGTON: Donald Trump a pour la première fois dit vendredi envisager de "réduire graduellement" les opérations militaires contre l'Iran, juste après avoir exclu un cessez-le-feu, et assoupli les sanctions contre le pétrole iranien.

Alors que la guerre, qui dure depuis trois semaines, pèse sur l'activité mondiale, les Etats-Unis ont indiqué avoir autorisé la vente et la livraison de pétrole iranien se trouvant sur des navires avant le 20 mars, et ce jusqu'au 19 avril.

Cette détente doit permettre d'endiguer la flambée des prix de l'énergie due à la guerre au Moyen-Orient.

"Nous sommes sur le point d'atteindre nos objectifs alors que nous envisageons de réduire graduellement nos importants efforts militaires au Moyen-Orient contre le régime terroriste iranien", a écrit vendredi soir le président américain sur son réseau Truth Social en plein Norouz, le Nouvel an persan.

Mais cette affirmation coïncide avec l'annonce de plusieurs médias américains d'un prochain déploiement de forces militaires supplémentaires dans la région.

Et quelques heures auparavant, le président américain avait écarté tout cessez-le-feu à ce stade.

"Vous savez, vous ne faites pas de cessez-le-feu quand vous anéantissez littéralement l'adversaire", a-t-il dit à la presse à son départ de la Maison Blanche pour la Floride.

Sur X, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a souligné peu après que le président et le Pentagone avaient "prédit qu'il faudrait entre 4 à 6 semaines pour achever la mission".

Le président américain a aussi réitéré le fait que le détroit d'Ormuz, passage maritime stratégique pour le pétrole et le gaz, devrait être "surveillé et contrôlé, si nécessaire, par les autres pays qui l'empruntent - ce qui n'est pas le cas des Etats-Unis !".

- "Vaincu" -

Le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, s'est exprimé vendredi dans un message écrit. Probablement blessé au début de la guerre, il n'est toujours pas apparu en public depuis sa nomination.

"L'ennemi a été vaincu", a écrit l'ayatollah Khamenei. Les Iraniens lui ont "asséné un coup vertigineux, au point qu'il se met maintenant à prononcer des paroles contradictoires et absurdes".

Le successeur et fils d'Ali Khamenei - dont l'assassinat par les forces israéliennes le 28 février a marqué le début des hostilités menées avec les forces américaines contre l'Iran - est dans le viseur d'Israël.

L'armée israélienne a affirmé vendredi avoir tué lors d'une frappe à Téhéran le chef des renseignements de la force paramilitaire des Bassidj. Quelques heures seulement après l'annonce, confirmée par les Gardiens de la Révolution, de la mort de leur porte-parole, "tombé en martyr".

Des détonations ont aussi retenti dans la capitale iranienne en fin de journée, provenant de l'est et du nord de la ville, selon un journaliste de l'AFP.

Aux attaques israéliennes ont répondu celles de Téhéran sur Jérusalem et contre des installations dans le Golfe, où une raffinerie a été touchée par une attaque de drones au Koweït.

L'armée israélienne a averti tôt samedi matin qu'une nouvelle vague de missiles avait été tirée depuis l'Iran en direction de son territoire, et ajouté que les défenses aériennes s'étaient déclenchées pour abattre les projectiles.

Au Liban, l'armée israélienne a dit frapper samedi matin des cibles du Hezbollah pro-iranien à Beyrouth.

- "Lâches" -

Donald Trump, qui a multiplié ces derniers temps les déclarations contradictoires sur la durée potentielle du conflit, a assuré vendredi que l'objectif des Etats-Unis et d'Israël était la "victoire".

"Nous les frappons terriblement fort. Je ne crois pas qu'il soit possible d'être frappé plus fort", a-t-il dit à propos de l'Iran.

Jeudi, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait assuré que l'Iran était "en train d'être décimé". Téhéran n'a selon lui plus "la capacité d'enrichir de l'uranium" ni "de produire des missiles balistiques", deux des objectifs fixés avant le début des frappes israélo-américaines, fin février.

Mais le blocage de facto par l'Iran de la navigation dans le détroit d'Ormuz vient compliquer l'équation pour Washington.

Donald Trump s'en est pris avec virulence aux pays de l'Otan, qu'il a qualifiés de "lâches" car selon lui ils "ne veulent pas aider à ouvrir le détroit d'Ormuz".

Le Royaume-Uni a cependant dit autoriser les Etats-Unis à utiliser des bases britanniques pour frapper des sites iraniens visant le détroit dans le cadre de ses "opérations défensives" contre l'Iran, selon Downing Street.

L'armée américaine peut "neutraliser" l'île de Kharg, site pétrolier névralgique pour l'Iran, "n'importe quand si le président Trump en donne l'ordre", a par ailleurs assuré Anna Kelly, une porte-parole de la Maison Blanche, dans une déclaration transmise à l'AFP.

L'attaque sur la raffinerie koweïtienne Mina Al-Ahmadi a entraîné la fermeture de plusieurs unités du site, selon l'agence officielle koweïtienne.

Les Emirats arabes unis ont fait état d'attaques de missiles et de drones, tandis que Bahreïn maîtrisait l'incendie d'un entrepôt.

L'Arabie saoudite a annoncé samedi matin avoir intercepté et détruit plus de vingt drones dans l'est du pays.

La Turquie pour sa part a condamné vendredi les frappes israéliennes sur un quartier général et des camps militaires dans le sud de la Syrie, dénonçant une "dangereuse escalade".

- Choc profond -

Les attaques visant les raffineries et sites de production d'hydrocarbures du Moyen-Orient font trembler l'économie mondiale.

"Les dommages durables entraînent un choc économique profond", a relevé Robert Pape, expert militaire à l'Université de Chicago. "C'est ainsi qu'une guerre régionale peut devenir une crise économique mondiale historique".

Les Bourses mondiales ont ainsi terminé en net recul vendredi, pour clôturer une semaine d'incertitudes liées au conflit au Moyen-Orient et aux conséquences économiques de la flambée des prix de l'énergie.