Ukraine: les civils pris au piège à Marioupol, l'étau se resserre autour de Kiev

Capture d'écran tirée d'une vidéo publiée par le ministère russe de la Défense, montrant un char de l'armée ukrainienne détruit dans la localité de Gnutovo, près de Mariupol, Ukraine. (AFP).
Capture d'écran tirée d'une vidéo publiée par le ministère russe de la Défense, montrant un char de l'armée ukrainienne détruit dans la localité de Gnutovo, près de Mariupol, Ukraine. (AFP).
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Publié le Lundi 07 mars 2022

Ukraine: les civils pris au piège à Marioupol, l'étau se resserre autour de Kiev

  • Un troisième round de pourparlers entre l'Ukraine et la Russie est prévu pour lundi, selon un membre de la délégation ukrainienne, David Arakhamia, qui n'a pas donné plus de détails
  • Les deux sessions précédentes, à la frontière ukraino-bélarusse puis à la frontière polono-bélarusse, n'ont pas abouti à un arrêt des combats

KIEV : La population était prise au piège dimanche dans le port assiégé de Marioupol, dans le sud de l'Ukraine, où une deuxième tentative d'évacuation humanitaire a échoué, pendant que l'armée russe resserrait son étau sur la capitale Kiev.

Un troisième round de pourparlers entre l'Ukraine et la Russie est prévu pour lundi, selon un membre de la délégation ukrainienne, David Arakhamia, qui n'a pas donné plus de détails.

Les deux sessions précédentes, à la frontière ukraino-bélarusse puis à la frontière polono-bélarusse, n'ont pas abouti à un arrêt des combats, mais les parties avaient convenu de mettre en place des "couloirs humanitaires".

Mais pour la deuxième journée consécutive dimanche, la population de Marioupol, sur la mer d'Azov, qui vit un "blocus humanitaire", selon son maire Vadim Boïtchenko, a dû renoncer à l'évacuation.

"Au milieu de scènes dévastatrices de souffrances humaines, une deuxième tentative aujourd'hui de commencer à évacuer quelque 200 000 personnes de la ville a été interrompue", a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Celle-ci devait permettre une évacuation jusqu'à Zaporojie, à environ trois heures de route. Mais "nous n'avons pas pu emprunter le couloir humanitaire en raison des bombardements russes", a dit la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk.

Le président russe Vladimir Poutine a mis l'échec des évacuations sur le compte des "nationalistes ukrainiens" qui, selon lui, ont empêché celle programmée samedi de Marioupol et de Volnovakha, une ville proche.

Une rare famille qui a pu rejoindre samedi Dnipro (centre) a raconté, sous couvert d'anonymat, être restée à l’abri dans une cave "sept jours sans chauffage, électricité, internet", manquant d'eau et de nourriture. Sur la route, a-t-elle témoigné, "il y avait des cadavres partout, des Russes et des Ukrainiens".

La chute de Marioupol serait un tournant dans l'invasion russe, lancée le 24 février. Elle permettrait la jonction entre les troupes russes en provenance de la Crimée annexée, qui ont déjà pris les ports clés de Berdiansk et de Kherson, et celles du Donbass. Ces forces consolidées pourraient ensuite remonter vers le centre et le nord de l'Ukraine.

Sur la mer Noire, c'est désormais Odessa qui préoccupe le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui accuse la Russie de "se préparer à bombarder" ce port de près d'un million d'habitants proche de la frontière moldave.

Activisme américain

Cet exode  suscitait une forte mobilisation, notamment dans les Etats voisins comme la Pologne, où le secrétaire d'État américain Antony Blinken s'est rendu samedi à la frontière avec l'Ukraine, s'y entretenant avec son homologue ukrainien Dmytro Kouleba.

"Le message du peuple ukrainien héroïque est simple: les Russes, rentrez chez vous (...) Poutine, laisse l'Ukraine tranquille. Tu ne gagneras pas la guerre", a lancé M. Kouleba.  

Il a demandé des avions et des systèmes de défense aérienne, qualifiant de "signe de faiblesse" le refus par l'Otan de mettre en place une zone d'exclusion aérienne au-dessus de son pays.

Après un crochet en Lettonie, Etat balte frontalier de la Russie, le chef d'état-major américain, le général Mark Milley, a souligné que si une telle zone était créée, "il faudrait alors qu'on y aille et qu'on combatte activement" les Russes, ce que l'Alliance atlantique ne veut pas faire.

Le président russe Vladimir Poutine a menacé de "conséquences colossales et catastrophiques non seulement pour l'Europe, mais pour le monde entier", si une telle zone était créée. La Russie considérerait comme cobelligérant tout pays tentant de l'imposer.

De plus en plus isolé sur la scène internationale, le maître du Kremlin a le même jour reçu à Moscou le chef du gouvernement israélien Naftali Bennett, premier dirigeant étranger en visite en Russie en lien avec l'invasion russe de l'Ukraine. 

Entamant une véritable médiation, M. Bennett a ensuite parlé au président ukrainien Volodymyr Zelensky, avant des entretiens à Berlin avec le chancelier allemand Olaf Scholz.

Dans le même temps, à Washington, des élus du Congrès promettaient de débloquer 10 milliards de dollars d'aide pour l'Ukraine, au cours d'un échange virtuel avec le président Zelensky.

"Nous encourageons à des négociations directes entre la Russie et l'Ukraine", a de son côté dit le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi dans une conversation téléphonique avec Antony Blinken.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a d'ailleurs plaidé dans la presse espagnole pour que la Chine joue un rôle de médiateur.

Cette guerre et les sanctions imposées à la Russie "auront aussi un impact substantiel sur l'économie mondiale et les marchés financiers, avec des effets collatéraux pour d'autres pays", a averti le Fonds monétaire international, disant craindre des conséquences "dévastatrices".

Kiev en ligne de mire

Dans le même temps, les soldats russes se rapprochent de Kiev.

D'intenses combats ont eu lieu dans la périphérie de la capitale, selon l'administration régionale ukrainienne, notamment autour de la route menant vers Jytomyr (150 km à l'ouest de Kiev), ainsi qu'à Tcherniguiv (150 km au nord de la capitale), pilonnée depuis plusieurs jours par l'aviation russe.

Dans les faubourgs ouest de Kiev, à Irpine, "du matin au soir, tous les bâtiments voisins ont été touchés, un tank est entré. C'était effrayant, nous avons eu peur. Avant cela, nous ne pensions pas que nous allions partir", a témoigné Tetiana Vozniuchenko, 52 ans.

A 200 km au sud-ouest de la capitale, l'aéroport de Vinnytsia a été "complètement détruit" par des frappes russes, selon M. Zelensky. En matinée, Moscou avait annoncé avoir détruit l'aérodrome militaire de Starokonstantinov, à 130 km au nord-est.

Quant à Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine située à 50 km de la frontière russe (est), elle restait la cible d'intenses bombardements qui ont touché une tour de télévision, selon le gouverneur régional Oleg Synegoubov.

Après le bombardement le 4 mars de la centrale nucléaire de Zaporojie (sud), la plus grande d'Ukraine et d'Europe, qui a fait craindre une catastrophe et fait monter d'un cran l'inquiétude des pays occidentaux, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a été informée par Kiev que la direction de la centrale était désormais sous les ordres des forces russes.

D'après les autorités ukrainiennes, seules les communications par téléphone mobile y sont encore possibles, mais de mauvaise qualité, et le chef de l'AIEA Rafael Grossi s'est dit "profondément préoccupé" par "la détérioration de la situation concernant les communications vitales entre l'autorité de régulation et la centrale".

L’armée russe, de son côté, a accusé les services de sécurité ukrainiens (SBU) et des nationalistes ukrainiens de chercher à provoquer une fuite radioactive à Kharkiv pour ensuite en accuser Moscou.

Pilonnages près de Kiev 

Le siège de Marioupol, qui avait résisté en 2014 aux assauts des unités prorusses, intervient au moment où les soldats russes se rapprochent de Kiev, rencontrant une tenace résistance et bombardant parfois des immeubles d'habitation, notamment à Tcherniguiv, à 150 km au nord de la capitale, où des dizaines de civils ont été tués ces derniers jours.

Une équipe de l'AFP qui s'est rendue sur place samedi a constaté des scènes de dévastation dans cette ville de 300 000 habitants qui se vidait de sa population, faisant craindre un destin similaire pour Kiev une fois les batteries de missiles et l'artillerie russes aux portes de la capitale.

"Il y avait des corps partout sur le sol. Ils faisaient la queue pour la pharmacie là, ici, et ils sont tous morts", a témoigné Sergeï, un survivant.

De son côté, le président Zelensky assurait que les forces ukrainiennes avaient déclenché une contre-attaque autour de Kharkiv (nord-est), la deuxième agglomération du pays, théâtre de bombardements parmi les plus intenses depuis le début de l'invasion.

L'armée russe pilonnait quant à elle toujours les alentours de Kiev, au nord-ouest et à l'est notamment. Là où, la veille encore, un supermarché et une station-service se dressaient au grand carrefour entre les villes ouvrières de Bucha et d'Irpin, proches de la capitale, il ne restait samedi que des ruines et des habitants en fuite.

Dans un hôpital du nord de Kiev, des soldats ukrainiens blessés ont raconté à l'AFP leur lutte inégale sous un déluge de feu. "On était en reconnaissance" et "on est tombés sur une colonne ennemie", a expliqué Motyka, un soldat de 29 ans touché par un éclat sur le flanc droit, qui a dû battre en retraite avec ses camarades : "On les a combattus et on a tué leurs soldats à pied, mais ils nous ont arrosés avec des tirs de mortier". 

L'exode s'intensifie

Au 11e jour de l'invasion russe de l'Ukraine, le Haut Commissaire de l'ONU aux réfugiés Filippo Grandi a estimé qu'il s'agissait de "la crise des réfugiés la plus rapide en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale".

"Plus de 1,5 million de réfugiés venant d'Ukraine ont traversé (la frontière) vers les pays voisins en 10 jours", a indiqué M. Grandi, qui s'attend à ce que le flot augmente encore au fil des jours à venir. Plus d'un million sont arrivés en Pologne, selon les garde-frontières.

A Irpine, des civils fuyaient en franchissant difficilement les décombres d'un pont détruit par l'armée ukrainienne.

Dans les gares des villes menacées par l'armée russe, la cohue régnait. "Nous envoyons nos femmes et nos enfants à Lviv, peut-être plus loin, et nous restons ici (...) C'est une situation horrible", a confié à Dnipro Andrey Kyrytchenko, un maçon de 40 ans.

Vladimir Poutine a nié dimanche "que son armée prenne des civils pour cible", lors d'un entretien avec son homologue français Emmanuel Macron.

Mais l'Organisation mondiale de la santé (OMS) "a authentifié plusieurs attaques contre des soins de santé en Ukraine, faisant plusieurs morts et des blessés", a affirmé son chef Tedros Adhanom Ghebreyesus.

"Environ huit" civils ont été tués lors d'une évacuation d'Irpine dimanche, a indiqué le maire de la ville, Oleksandr Markouchine, sur Telegram.

Moscou avait évoqué mercredi la mort de 498 soldats russes et 2 870 morts côté ukrainien. Kiev fait état dimanche de plus de 11 000 soldats russes tués, sans révéler ses propres pertes militaires. Des chiffres impossibles à vérifier de manière indépendante.

Pour sa part, l'ONU a confirmé la mort de 351 civils et plus de 700 blessés, un bilan qui est "sans doute bien plus élevé car les vérifications sont en cours".

Efforts diplomatiques

Les consultations diplomatiques se sont poursuivies tout le week-end sans succès.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a réclamé dimanche un "cessez-le-feu général urgent" à son homologue russe. La veille, le Premier ministre israélien Naftali Bennett avait proposé sa médiation.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a plaidé pour qu'un rôle de médiateur soit joué par Pékin, qui de son côté a appelé à des négociations directes entre la Russie et l'Ukraine.

Dans son échange avec Vladimir Poutine, M. Macron a trouvé le président russe "très déterminé à atteindre ses objectifs", dont "ce qu'il appelle la +dénazification+ et la neutralisation de l'Ukraine", ainsi que la reconnaissance de l'indépendance de la Crimée et du Donbass, a indiqué la présidence française.

Le Kremlin a aussi multiplié les messages aux Occidentaux.

M. Poutine a prévenu samedi que la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine - demandée par Kiev mais refusée par l'Otan - serait considérée "comme une participation au conflit armé".

Et le ministère de la Défense russe a mis en garde dimanche les pays voisins de l'Ukraine contre l'accueil d'avions de combat de Kiev qui seraient ensuite utilisés contre les forces de Moscou, ce qui pourrait être considéré "comme une implication de ces pays dans un conflit armé".

De leur côté les pays du G7 planchent sur de nouvelles sanctions contre la Russie, qui devront surtout "toucher les oligarques" qui ont "profité de Poutine", a dit dimanche le ministre allemand des Finances, Christian Lindne, dont le pays exerce actuellement la présidence du groupe des sept pays les plus industrialisés.

"Nous sommes prêts à payer un prix économique très très élevé" mais "si demain, en Allemagne ou en Europe, les lumières s'éteignent, ça ne va pas arrêter les chars", a déclaré Mme Baerbock à la chaine ZDF.

Effets des sanctions en Russie

En Russie, les effets des sanctions commencent à atteindre de plein fouet la classe moyenne.

Les entreprises étrangères continuent massivement de quitter le pays. Dernière en date: American Express a annoncé dimanche la suspension de ses opérations en Russie, emboîtant le pas aux géants américains des cartes bancaires Visa et Mastercard. Le système de paiement PayPal y a lui aussi suspendu ses services.

Le rouble s'est effondré après l'instauration des sanctions internationales contre Moscou et certaines des plus grandes banques russes ont été coupées du système interbancaire international Swift.

Les autorités russes craignent désormais l'apparition d'un marché noir alimentaire. Des chaînes de supermarché ont imposé des restrictions sur les quantités vendues à chaque individu.

Mais les voix d'opposition et les médias indépendants continuent d'être réduits au silence.

Au moins 4 600 personnes manifestant contre l'intervention militaire en Ukraine ont été arrêtées dimanche dans une cinquantaine de villes de Russie, selon l'ONG OVD-Info.

La BBC a indiqué que sa chaîne télévisée d'information internationale, BBC World News, avait cessé d'émettre dans ce pays après le tour de vis radical des autorités russes contre les médias. Le réseau social TikTok a aussi annoncé suspendre la possibilité de poster de nouvelles vidéos sur sa plateforme en Russie.

Face à un million de réfugiés ukrainiens, les Polonais répondent présents

L'afflux en quelques jours de plus d'un million de personnes ayant fui l'invasion russe de Ukraine a poussé Nicolas Kusiak - comme des milliers d'autres Polonais - à se mobiliser pour leur offrir solidarité et soutien.

Bénévoles, autorités, organisations humanitaires ou professionnelles et entreprises, ainsi que l'importante communauté ukrainienne déjà présente en Pologne proposent à ces réfugiés l'essentiel : repas, transport, et un lieu où se reposer et dormir, y compris dans leurs maisons.

Et surtout de la chaleur humaine aux enfants et aux femmes, traumatisés, souvent en pleurs, qui ont dû laisser en Ukraine leurs pères et leurs maris, mobilisables pour défendre leur pays.

"On avait ici des médecins d'Israël et de France. Je les approvisionne, je suis leur traducteur, car je comprends un peu l'ukrainien", explique Kusiak, 27 ans, installé depuis quatre jours tout près du poste-frontière de Medyka.

Polonais né en France, manager travaillant dans l'événementiel et parlant quatre langues, il avait l'intention de servir de traducteur pour éviter des malentendus avec les étrangers, après avoir vu sur internet des vidéos xénophobes mettant en garde contre l'entrée d'Arabes ou d'Africains.

Mais il a aussi apporté des tentes, des générateurs, des appareils de chauffage et de la nourriture, puis a cherché à organiser la coordination entre la police, les médecins, les pompiers qui assurent les transports et les bénévoles qui distribuent la soupe chaude.

"Tout le monde veut faire tout, mais on ne fait pas confiance à une personne privée", regrette-t-il. Mais "cela commence à s'organiser" et il doit "travailler légalement" pour la Croix-Rouge à partir de lundi.

«Des bombes partout»

La mobilisation en faveur des réfugiés est générale. On le voit par exemple à la gare centrale de Cracovie (sud) où transitent des centaines d'entre eux.

"Notre point d’accueil est vraiment rempli et nous avons beaucoup de monde tout le temps", explique à l’AFP une bénévole quadragénaire, Anna Lach. "Nous avons un local en sous-sol qui est plein en permanence et c’est pourquoi d'autres gens attendent ici de savoir s'ils peuvent rester pour la nuit".

"Mais, ajoute une autre volontaire, Maja Mazur,nous avons d’autres lieux en ville où ils peuvent s'arrêter. Ils peuvent y rester un jour ou deux avant d'aller ailleurs. Nous leur offrons quelque chose à boire, quelque chose de chaud, quelque chose à manger et un endroit où ils peuvent dormir."

Certains réfugiés veulent tout de suite continuer leur voyage vers l’ouest de l’Europe, poussés par leurs souvenirs traumatisants et souffrant de la séparation d'avec leurs proches.

"Je suis venue de Kharkiv (dans le nord-est de l'Ukraine, ndlr) avec ma famille, avec mes deux fils et mes parents", dit Anna Gimpelson, une architecte. "Mon mari est resté à Lviv (dans l'ouest, ndlr) parce qu'il est encore bon pour l'armée, donc il ne peut pas quitter le pays. Notre ville vit des moments vraiment terribles. Nous avons des bombes partout et la maison de nos voisins n'existe plus".

"Nous avons été sur la route pendant trois jours et maintenant nous allons chez un ami à Düsseldorf (en Allemagne, ndlr). Peut-être que nous allons passer un peu de temps là-bas et réfléchir à ce qu'il faudra faire ensuite", dit-elle.

Le gouvernement polonais s'attend à ce que l'afflux de réfugiés continue.

"Préparer les infrastructures pour être prêt à accueillir une nouvelle vague de réfugiés, dont on ne sait pas quelle sera l'ampleur, tel est notre principal défi aujourd'hui", a dit dimanche le ministre sans portefeuille Michal Dworczyk, le chef du cabinet du Premier ministre.

L'ONU avait annoncé que le nombre total des personnes ayant quitté l'Ukraine pour chercher refuge dans les pays voisins avait dépassé 1,5 million. Autrement dit, deux sur trois ont choisi de se rendre en Pologne.

De son côté, la branche polonaise d'Amnesty International a appelé sur Facebook à ne pas oublier les réfugies syriens ou yéménites bloqués à la frontière avec le Bélarus et mis en garde contre "l'énorme injustice" consistant en un traitement inégal des étrangers en fonction de leur nationalité.


Berlin, Paris et Londres prêts à des «actions défensives» pour «détruire» les capacités militaires de l'Iran

Les dirigeants européens se disent "consternés" par ces attaques "à l'aveugle et disproportionnées" qui touchent des pays du Moyen-Orient non impliqués dans l'opération militaire initiale. (AFP)
Les dirigeants européens se disent "consternés" par ces attaques "à l'aveugle et disproportionnées" qui touchent des pays du Moyen-Orient non impliqués dans l'opération militaire initiale. (AFP)
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  • Téhéran a répliqué à l'offensive américaine et israélienne débutée samedi avec des frappes tous azimuts contre plusieurs pays voisins, notamment ceux abritant des bases américaines, et Israël, où neuf personnes ont été tuées dimanche selon les secours
  • Les dirigeants européens se disent "consternés" par ces attaques "à l'aveugle et disproportionnées" qui touchent des pays du Moyen-Orient non impliqués dans l'opération militaire initiale

BERLIN: Les dirigeants allemands, français et britanniques se sont dit prêts dimanche à des "actions défensives nécessaires et proportionnées" face aux ripostes iraniennes afin de "détruire à la source" les capacités militaires de Téhéran.

"Nous prendrons des mesures pour défendre nos intérêts et ceux de nos alliés dans la région", potentiellement en empêchant la République islamique de tirer des missiles et des drones, a mis en garde le groupe E3, qui rassemble les trois puissances, dans une déclaration commune.

Téhéran a répliqué à l'offensive américaine et israélienne débutée samedi avec des frappes tous azimuts contre plusieurs pays voisins, notamment ceux abritant des bases américaines, et Israël, où neuf personnes ont été tuées dimanche selon les secours.

Les dirigeants européens se disent "consternés" par ces attaques "à l'aveugle et disproportionnées" qui touchent des pays du Moyen-Orient non impliqués dans l'opération militaire initiale.

Les frappes "ont ciblé nos alliés proches et menacent notre personnel militaire et nos civils dans toute la région", ajoute le communiqué.

Berlin, Paris et Londres discuteront de ces mesures défensives avec les États-Unis et leurs alliés dans la région.

Dimanche, Washington a aussi fait état des premiers soldats américains tués dans le cadre de l'opération qui a mené à la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.

L'Iran ne se fixe "aucune limite" dans son droit à se défendre, a déclaré dimanche le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, dans un entretien avec la chaîne de télévision américaine ABC. "Ce que font les États-Unis est un acte d'agression. Ce que nous faisons, c'est nous défendre. C'est très différent", a-t-il insisté.

 


Trump dit qu'il «va parler» aux dirigeants iraniens 

Donald Trump, qui multiplie dimanche les coups de fil avec les journalistes depuis sa résidence de Floride, a déclaré au magazine The Atlantic qu'il "allait parler" aux dirigeants iraniens, mais sans dire quand ni quels seraient ses interlocuteurs. (AFP)
Donald Trump, qui multiplie dimanche les coups de fil avec les journalistes depuis sa résidence de Floride, a déclaré au magazine The Atlantic qu'il "allait parler" aux dirigeants iraniens, mais sans dire quand ni quels seraient ses interlocuteurs. (AFP)
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  • "Ils veulent parler, et j'ai accepté de parler, donc je vais leur parler", a dit Trump
  • "La plupart de ces gens sont morts. Certains de ceux avec qui nous étions en négociations sont morts", a ajouté le président américain, en jugeant que les dirigeants iraniens "avaient voulu la jouer trop finement"

PALM BEACH: Donald Trump, qui multiplie dimanche les coups de fil avec les journalistes depuis sa résidence de Floride, a déclaré au magazine The Atlantic qu'il "allait parler" aux dirigeants iraniens, mais sans dire quand ni quels seraient ses interlocuteurs.

"Ils veulent parler, et j'ai accepté de parler, donc je vais leur parler", a-t-il dit, selon les propos rapportés par le mensuel américain.

"La plupart de ces gens sont morts. Certains de ceux avec qui nous étions en négociations sont morts", a ajouté le président américain, en jugeant que les dirigeants iraniens "avaient voulu la jouer trop finement".

48 dirigeants iraniens tués

Donald Trump a déclaré dimanche que 48 dirigeants iraniens avaient été tués et 9 navires iraniens coulés dans l'offensive déclenchée samedi, tout en se disant prêt au dialogue avec Téhéran.

"Cela avance rapidement. Personne n'arrive à croire à notre réussite, 48 dirigeants ont été éliminés d'un coup", a dit le président américain, selon une journaliste de Fox News qui lui a parlé au téléphone et qui a retranscrit ses propos sur son compte X.

"Je viens juste d'être informé que nous avons détruit et coulé 9 navires iraniens, pour certains relativement grands et importants. Nous traquons le reste", a-t-il écrit par ailleurs sur son réseau Truth Social. "Dans une attaque différente, nous avons en grande partie détruit leur quartier général maritime."

Le président américain, qui supervise les opérations depuis sa résidence de Mar-a-Lago en Floride, n'a pas jusqu'ici commenté la mort de trois militaires américains, premières pertes des Etats-Unis depuis le déclenchement du conflit.

Donald Trump, qui n'est pas apparu en public depuis le début de la guerre, annoncée dans un message vidéo enregistré, a multiplié les conversations téléphoniques avec des journalistes.

Des dirigeants iraniens "veulent parler, et j'ai accepté de parler, donc je vais leur parler", a-t-il ainsi dit à un journaliste de The Atlantic.

"La plupart de ces gens sont morts. Certains de ceux avec qui nous étions en négociations sont morts", a ajouté le président américain, en jugeant que les dirigeants iraniens "avaient voulu la jouer trop finement".

Dans un entretien avec un journaliste de la chaîne d'informations financières CNBC, il a assuré que l’opération militaire contre l'Iran "progressait très bien" et "plus vite que prévu".

Des bombardiers furtifs B-2 ont participé aux bombardements, a dit dimanche le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, le Centcom. Ce sont les mêmes appareils qui avaient frappé en juin dernier des installations d'enrichissement d'uranium en Iran.


Trump mécontent de l'Iran malgré une percée selon le médiateur omanais

Le président Donald Trump quitte la salle de réception diplomatique pour monter à bord de Marine One depuis la pelouse sud de la Maison-Blanche, vendredi 27 février 2026, à Washington. (AP)
Le président Donald Trump quitte la salle de réception diplomatique pour monter à bord de Marine One depuis la pelouse sud de la Maison-Blanche, vendredi 27 février 2026, à Washington. (AP)
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  • Donald Trump se dit mécontent des négociations avec l’Iran et n’exclut pas des frappes, tout en affirmant n’avoir pris aucune décision finale, malgré un important déploiement militaire américain au Moyen-Orient
  • Le médiateur omanais Badr Albusaidi annonce une percée : l’Iran accepterait de ne pas stocker d’uranium enrichi, tandis que Washington exige toujours l’arrêt total de l’enrichissement

WASHINGTON: Donald Trump tient le monde en haleine: il a affiché vendredi son mécontentement envers l'Iran, mais dit n'avoir pas pris de "décision finale" sur d'éventuelles frappes, alors que le médiateur omanais s'est targué d'une percée dans les négociations pour éviter la guerre.

Le président américain a déclaré à des journalistes "ne pas être très content de la manière des Iraniens de négocier", au lendemain d'une troisième session de pourparlers à Genève sous médiation omanaise.

Mais "nous n'avons pas pris (de) décision finale" sur de possibles frappes, a-t-il déclaré, sur fond de déploiement militaire américain massif au Moyen-Orient, le plus important depuis des décennies, et de craintes d'un embrasement régional en cas d'attaque américaine.

Le chef de la diplomatie omanaise a cependant assuré vendredi qu'une percée avait eu lieu, affirmant que l'Iran avait accepté de ne pas stocker d'uranium enrichi.

"C'est quelque chose de complètement nouveau, qui rend vraiment l'argument de l'enrichissement moins pertinent, parce que désormais nous parlons de l'absence de stockage", a expliqué Badr Albusaidi sur la chaîne américaine CBS.

Plus tôt dans la journée, Donald Trump avait exigé que l'Iran n'effectue "aucun enrichissement" d'uranium. "Vous n'avez pas besoin d'enrichir quand vous avez autant de pétrole", a-t-il déclaré à la presse lors d'un déplacement au Texas (sud).

- Porte-avions déployés -

Dans ce contexte de tensions, les Etats-Unis ont recommandé vendredi au personnel non essentiel de leur ambassade à Jérusalem de quitter Israël - leur allié, et ennemi juré de l'Iran - en raison "de risques pour leur sécurité".

Le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, se rendra lundi en Israël - que l'Iran avait frappé en juin en riposte à une attaque israélienne sur son territoire -, a annoncé le département d'Etat.

Les Etats-Unis ont dépêché dans la région deux porte-avions dont le Gerald Ford, le plus grand au monde, attendu au large d'Israël après avoir quitté jeudi la Crète.

Washington a également inscrit vendredi l'Iran sur sa liste noire de pays pratiquant "des détentions injustifiées", et appelé les ressortissants américains s'y trouvant à "partir immédiatement".

Dans le centre de Téhéran, tout en disant préférer éviter la guerre et souhaiter la levée des sanctions internationales qui asphyxient l'économie iranienne, Hamid Beiranvand, un employé de 42 ans, affirme qu'"il ne faut faire aucune concession" aux Américains.

Accusant Téhéran - qui dément - de vouloir se doter de la bombe atomique, les Etats-Unis insistent pour une interdiction totale d'enrichissement d'uranium, tandis que l'Iran défend son droit au nucléaire civil.

Washington veut aussi limiter le programme balistique iranien, une question que Téhéran refuse d'aborder.

Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a appelé vendredi les Etats-Unis à éviter "toute exigence excessive", tempérant l'optimisme qu'il avait affiché la veille à l'issue des pourparlers.

- Risque d'aggravation "rapide" -

Le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Volker Türk, s'est dit "extrêmement inquiet du risque d'escalade militaire régionale".

Le Royaume-Uni et le Canada ont dit retirer une partie de leur personnel diplomatique de Tel-Aviv, le centre économique d'Israël où la plupart des pays ont leur ambassade, par mesure de précaution.

Pékin et Ottawa ont tous deux appelé leurs ressortissants à évacuer l'Iran, tandis que Londres a retiré le personnel de son ambassade à Téhéran.

Le ministre iranien Abbas Araghchi s'était prévalu jeudi de "très bons progrès" dans les discussions avec les Etats-Unis.

Une prochaine session doit se tenir "très bientôt", après des discussions "entre équipes techniques" lundi à Vienne en Autriche, assistées "d'experts" de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), avait-il ajouté.

"La paix est à portée de main", a même assuré vendredi sur X l'Omanais Badr Busaidi, disant s'être entretenu à Washington avec le vice-président JD Vance.

Donald Trump avait lancé le 19 février un ultimatum de "10 à 15 jours" pour décider si un accord était possible ou s'il allait recourir à la force.

Les deux pays avaient repris des pourparlers l'année dernière, interrompus par la guerre israélo-iranienne de 12 jours en juin à laquelle Washington s'était brièvement joint.

Les nouvelles tensions sont apparues après la répression dans le sang, en janvier, d'un vaste mouvement de contestation d'Iraniens, auxquels Donald Trump avait promis de venir "en aide".