La Russie intensifie son offensive sur Kiev, Kharkiv bombardée, Marioupol menacée

La place à l'extérieur de l'hôtel de ville local endommagé de Kharkiv, le 1er mars 2022, détruit à la suite des bombardements des troupes russes. (Photo, AFP)
La place à l'extérieur de l'hôtel de ville local endommagé de Kharkiv, le 1er mars 2022, détruit à la suite des bombardements des troupes russes. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 01 mars 2022

La Russie intensifie son offensive sur Kiev, Kharkiv bombardée, Marioupol menacée

  • L'armée ukrainienne fait face mardi à une nouvelle offensive des forces russes sur Kiev, Kharkiv et plusieurs villes du pays
  • L'Europe et les Etats-Unis en tête ont multiplié les annonces ces derniers jours afin de dissuader Moscou de poursuivre ses assauts sur l'Ukraine

KIEV : L'armée ukrainienne fait face mardi à une nouvelle offensive des forces russes sur Kiev, Kharkiv et plusieurs villes du pays, au lendemain de premiers pourparlers infructueux sur fond de sanctions occidentales croissantes contre la Russie.

Au sixième jour de l'invasion russe de l'Ukraine, la place centrale de Kharkiv, deuxième ville du pays avec 1,4 million d'habitants, proche de la frontière russe, a été bombardée et la préfecture régionale touchée, a indiqué le gouverneur régional Oleg Sinegubov, dans une vidéo sur Telegram montrant l'explosion.

Des combats ont également eu lieu lundi à Okhtyrka, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Kharkiv, qui auraient tué "environ 70 combattants ukrainiens" mais aussi de nombreux Russes, selon les autorités locales. Interrogée, l'armée ukrainienne n'a pas confirmé ce bilan. 

Les forces russes "se sont regroupées, accumulant véhicules blindées, missiles et artillerie pour encercler et capturer Kiev, Kharkiv, Odessa, Kherson et Marioupol", a affirmé la présidence ukrainienne dans un communiqué.

L'électricité était coupée mardi matin dans le grand port de Marioupol (sud-est) après une offensive russe, a indiqué le gouverneur de la région de Donetsk dont elle fait partie. Le chef des séparatistes prorusses de la région de Donetsk, Denis Pouchiline a dit que l’objectif était d'encercler dans la journée cette ville stratégique de la mer d'Azov.

Sa prise par l'armée russe doit permettre la jonction des forces russes qui avancent le long de la côte de la mer d'Azov depuis la Crimée annexée par Moscou, des troupes dans le territoire séparatiste prorusse de Donetsk et la frontière avec la Russie.

Des photos satellites diffusées dans la nuit par la société américaine d'imagerie satellitaire Maxar montrent en outre un convoi russe s'étirant sur des dizaines de kilomètres et se dirigeant vers la capitale ukrainienne depuis le nord-ouest.

La partie avancée du convoi était près de l'aéroport Antonov, à environ 25 km de Kiev, cible stratégique et au coeur de violents affrontements depuis le début de l'invasion russe jeudi.

Les défenseurs de Kiev, en partie désertée après la fuite d'habitants par milliers, ont érigé des barricades de fortune et reprogrammé des panneaux électroniques sur les grandes avenues pour prévenir les Russes qu'ils seraient accueillis "par des balles".

L'état-major ukrainien a aussi cité un assaut selon lui repoussé près de Chernihiv, au nord-est de Kiev, autre direction depuis laquelle les Russes approcheraient vers la capitale.

L'armée russe a aussi érigé des barrages routiers à tous les points d'entrée de la ville côtière de Kherson (Sud, 290 000 habitants), plus à l'ouest, selon son maire, Igor Kolikhaïev.

Ce dernier a appelé les habitants à rester "calmes et prudents" et à ne pas "provoquer" l'adversaire. "Ce n'est pas une bataille, c'est une guerre. Et la guerre se gagne par des actes raisonnables et avec sang-froid", a-t-il écrit sur sa page Facebook.

Marioupol ans électricité

Marioupol, dans le sud-est de l'Ukraine, était sans électricité mardi après une offensive russe, a déclaré Pavlo Kirilenko, gouverneur de la région de Donetsk, les forces ayant envahi l'Ukraine voulant encercler cette ville stratégique.

"Marioupol et Volnovakha sont à nous! Les deux villes subissent la pression de l'ennemi mais elles tiennent. A Marioupol, la ligne d'électricité a été coupée, la ville est sans électricité", a-t-il indiqué sur sa page Facebook.

Selon lui, Volnovakha, cité plus au nord qui compte environ 20 000 habitants, est largement "détruite".

Marioupol, ville portuaire et stratégique d'un demi-million d'habitants, "sera entièrement encerclée" dès mardi, a averti Edouard Bassourine, commandant des forces séparatistes du territoire prorusse de Donetsk à la chaîne d'Etat Rossiya-24.

Il a assuré que ses troupes vont permettre aux civils d'évacuer Marioupol via "deux couloirs humanitaires", précisant que quitter la ville sera permis jusqu'à mercredi.

La prise de Marioupol et Volnovakha par les forces prorusses permettrait de faciliter la jonction des territoires sous contrôle des troupes russes --qui avancent le long de la côte de la mer d'Azov depuis la Crimée annexée par Moscou-- avec les forces du territoire séparatiste prorusse de Donetsk et la frontière avec la Russie.

Dernière grande cité du sud-est de l'Ukraine à être restée sous le contrôle de Kiev, Marioupol a été brièvement occupée par les séparatistes prorusses au début du conflit en 2014, avant d'être reprise par les troupes régulières ukrainiennes.

«Détruire économiquement» la Russie

Face à la menace, le président Volodymyr Zelensky a appelé mardi matin la communauté internationale à envisager "une fermeture totale à la Russie de "tous les ports" et "aéroports du monde", et appelé à "détruire économiquement" la Russie.

Les Occidentaux semblent prêts à adopter cet objectif. Ils ont annoncé lundi soir, après un nouvel échange entre le président américain Joe Biden et ses alliés français, américain, britannique, canadien, allemand, italien, japonais, polonais et roumain, qu'ils entendaient durcir plus encore les sanctions d'une ampleur déjà historique adoptées contre la Russie depuis le début de l'offensive.

Des sanctions auxquelles se sont ralliées des centres bancaires très prisés des grandes fortunes russes, comme la Suisse, pourtant attachée à sa neutralité, ou Monaco.

"Nous allons provoquer l'effondrement de l'économie russe", a affirmé mardi le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire, dont le pays assume jusqu'en juin la présidence de l'Union européenne.

Le géant du transport maritime Maersk va lui arrêter de desservir les ports russes.

Paris: «Provoquer l'effondrement de l'économie russe»

"Nous allons provoquer l'effondrement de l'économie russe" à travers les sanctions économiques occidentales imposées en réponse à l'invasion russe en Ukraine, a affirmé mardi le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire.

Fermeture des espaces aériens, gel d'avoirs de personnalités ou d'entreprises, remise en question de liens financiers ou commerciaux... L'Europe et les Etats-Unis en tête ont multiplié les annonces ces derniers jours afin de dissuader Moscou de poursuivre ses assauts sur l'Ukraine.

"Le rapport de force économique et financier est totalement en faveur de l'Union européenne qui est en train de découvrir sa puissance économique", a souligné M. Le Maire sur la radio France Info.

Une des dernières mesures en date, le blocage des avoirs en devises de la Banque centrale russe détenues à l'étranger, a provoqué un plongeon du rouble lundi, et de nombreux Russes se sont précipités dans leur banque pour retirer du liquide.

En urgence, la Russie a interdit à ses résidents de transférer des devises à l'étranger et obligé les exportateurs russes à convertir une grande partie de leurs revenus en roubles.

La totalité des avoirs russes que les alliés vont geler représente "presque 1 000 milliards de dollars" a précisé M. Le Maire.

"Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie", a-t-il ajouté, affirmant que les Occidentaux sont prêts si nécessaire à "un nouveau renforcement des sanctions".

"L'urgence est de relever le coût de la guerre pour le président (Vladimir) Poutine", avait indiqué lundi la présidence française, en estimant que les sanctions déjà prises "font plus mal que le président Poutine ne l’avait anticipé".

Bruno Le Maire a reconnu que le peuple russe allait subir les effets des sanctions "en raison de son dirigeant".

Interrogé sur les activités des géants français TotalEnergies et Engie en Russie, il a souligné qu'il y avait désormais un "problème de principe à travailler avec toute personnalité politique ou économique proche du pouvoir russe".

Concernant TotalEnergies, M. Le Maire a assuré que "des décisions" seraient prises "dans les jours qui viennent" avec le groupe, alors que d'autres majors pétrolières, comme les britanniques Shell et BP, ont annoncé se retirer de leurs projets en Russie et vendre les parts de sociétés russes qu'elles détenaient.

Le président du groupe français Patrick Pouyanné "a une conscience aiguë de la gravité de la situation", a-t-il noté.

Concernant Engie, partenaire du gazoduc NordStream 2 dont la mise en service a été suspendue par l'Allemagne, il a estimé que le sujet "est un peu différent", car le groupe français a converti sa participation dans le projet en un "prêt".

Depuis le déclenchement du conflit en Ukraine, la pression monte sur les grands groupes pétroliers et gaziers occidentaux présents en Russie, alors que le pays tire la majorité de ses revenus de l'exploitation de ses ressources énergétiques.

La communauté internationale multiplie les mesures de représailles envers la Russie, essayant d'étrangler ses moyens de financement et bloquant les avoirs de Vladimir Poutine et de tous ses proches. La Russie a aussi déjà été  exclue d'une multitude d'évènements sportifs et culturels.

Alors que les Etats-Unis et plusieurs pays occidentaux ont invité leurs ressortissants à quitter la Russie, les Etats-Unis ont aussi annoncé l'expulsion pour "espionnage" de 12 diplomates de la mission russe à l'ONU à New York. Une "démarche hostile" selon Moscou. 

Mais malgré une pression occidentale de plus en plus forte, et des manifestations contre la guerre dans de nombreux pays, Vladimir Poutine maintient ses exigences.

YouTube bloque RT et Sputnik en Europe

Les chaînes YouTube des médias russes RT et Sputnik ont été bloquées dans toute l'Europe par la plateforme de vidéos "compte tenu de la guerre en cours en Ukraine", a annoncé YouTube mardi dans un courriel transmis à l'AFP.

"Nous bloquons les chaînes YouTube de RT et Sputnik dans toute l'Europe, avec effet immédiat. Nos systèmes nécessitent un peu de temps avant d'être complètement opérationnels. Nos équipes continuent de surveiller la situation 24 heures sur 24 pour agir le plus rapidement possible", a indiqué YouTube, filiale du géant américain de l'internet Google.

Lundi, Facebook (groupe Meta) avait déjà décidé de bloquer, dans les pays de l'Union européenne, les contenus publiés par la chaîne RT (ex-Russia Today) et le site Sputnik, tous deux considérés comme des émanations du pouvoir russe.

"Nous avons reçu des demandes de plusieurs gouvernements et de l'Union européenne de prendre des mesures supplémentaires concernant des médias contrôlés par l'Etat russe", avait écrit Nick Clegg, vice-président de Meta, sur son compte Twitter. Il avait justifié la suspension par "la nature exceptionnelle de la situation".

Toutes ces annonces font suite à celle de l'interdiction des deux médias, dimanche par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Selon elle, ces médias sont coupables de colporter des "mensonges pour justifier la guerre de (Vladimir) Poutine".

Cette annonce porte à la fois sur la présence de RT et Sputnik sur internet et sur leur diffusion télévisée.

Lors d'un échange lundi avec Emmanuel Macron, il a posé comme conditions la reconnaissance de la Crimée en tant que territoire russe, et la démilitarisation et "dénazification" de l'Ukraine, au moment où se tenaient de premiers pourparlers russo-ukrainiens.

Les délégations russe et ukrainienne se sont séparées quelques heures après pour des "consultations dans leurs capitales" respectives, sans faire de déclarations sinon qu'elles pourraient se retrouver bientôt.

M. Zelensky a souligné mardi que "la synchronisation des tirs avec le processus de négociations était évidente".

Le conflit a jeté sur les routes des flots d'Ukrainiens, dont plus de 500 000 ont fui vers les pays voisins, a déclaré lundi le Haut-Commissaire de l'ONU pour les réfugiés. L'UE s'attend à plus de sept millions de personnes déplacées.

Le bilan humain reste incertain. L'ONU a parlé lundi de 102 civils tués et de 304 blessés mais les chiffres réels sont "considérablement" plus élevés.

L'Ukraine a fait état lundi de 352 civils tués et 2 040 blessés depuis jeudi et affirmé que des milliers de soldats russes avaient péri.

Les forces russes n'ont jusqu'ici fourni aucun bilan de ce qu'ils qualifient d'opération militaire spéciale", mais ont reconnu des pertes en nombre non précisé. 

 

Maersk va arrêter de desservir les ports russes

Le géant danois du transport maritime Maersk a annoncé mardi la suspension des nouvelles commandes depuis et à destination des ports russes, hors denrées alimentaires, médicales et humanitaires, du fait des sanctions internationales prises après l'invasion russe de l'Ukraine.

Le groupe, qui se dispute la première place mondiale du transport de conteneurs avec l'italien MSC, va toutefois honorer les commandes passées jusqu'ici, tout en respectant les sanctions visant Moscou, indique-t-il dans un communiqué.

"La stabilité et la sécurité de nos opérations étant déjà directement et indirectement affectées par les sanctions, les nouvelles réservations de Maersk dans le secteur maritime et terrestre à destination et en provenance de la Russie seront temporairement suspendues, à l'exception des denrées alimentaires, médicales et humanitaires", écrit le groupe.

La suspension s'applique à tous les ports russes et concerne également le transport routier, précise Maersk.

"Notre priorité est de gérer au mieux et de livrer toutes les commandes placées jusqu'à cette annonce, dans le respect des sanctions imposées", souligne le groupe danois.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé mardi à interdire la Russie de "tous les ports" et "aéroports du monde".

Maersk avait déjà arrêté tout transport en Ukraine à cause de la situation sécuritaire.

Londres sanctionne Sberbank première banque russe

Le gouvernement britannique a placé mardi la plus grande banque russe, le géant public Sberbank, sur la liste des entités soumises à des sanctions du Royaume-Uni, en réponse à l'invasion de l'Ukraine par l'armée de Vladimir Poutine.

Après avoir visé plusieurs institutions financières la semaine dernière puis lundi la banque centrale et le ministère des Finances russes, le Royaume-Uni avait annoncé lundi de nouvelles mesures visant les banques russes ainsi que la fermeture de ses ports aux navires russes.

Ces nouvelles annonces visent à "affamer la machine de guerre (du président russe) Poutine et mettre aussi la pression sur de nombreux oligarques qui ont besoin d'accéder au système (financier) international", a assuré mardi le vice-Premier ministre britannique, Dominic Raab, à la BBC.

Même si les sanctions ne sont "absolument pas" destinées à cibler le peuple russe, "cela montre aussi au peuple russe dans son ensemble (...) le coût financier de s'enliser dans cette guerre injustifiée et injustifiable", a ajouté le ministre.

Londres avait indiqué lundi son intention de geler "dans les jours à venir" les avoirs sur son territoire de toutes les banques russes, dans le cadre d'une nouvelle législation qui permettra d'empêcher des banques de commercer en livres sterling et de bloquer l'accès aux marchés financiers, longtemps prisés des milieux d'affaires russes, à trois millions d'entreprises russes.


Trump dit qu'il ne lèvera le blocus qu'en cas d'«accord» avec l'Iran 

Donald Trump a affirmé lundi sur son réseau Truth Social qu'il ne lèverait le blocus américain sur les ports iraniens qu'en cas d'"accord" avec l'Iran. (Reuters)
Donald Trump a affirmé lundi sur son réseau Truth Social qu'il ne lèverait le blocus américain sur les ports iraniens qu'en cas d'"accord" avec l'Iran. (Reuters)
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  • Donald Trump a affirmé lundi sur son réseau Truth Social qu'il ne lèverait le blocus américain sur les ports iraniens qu'en cas d'"accord" avec l'Iran
  • "Ils perdent 500 millions de dollars par jour, un chiffre intenable pour eux, même à court terme"

WASHINGTON: Donald Trump a affirmé lundi sur son réseau Truth Social qu'il ne lèverait le blocus américain sur les ports iraniens qu'en cas d'"accord" avec l'Iran.

"LE BLOCUS, que nous ne lèverons pas tant qu'il n'y aura pas de +DEAL+, est en train de complètement détruire l'Iran. Ils perdent 500 millions de dollars par jour, un chiffre intenable pour eux, même à court terme", a écrit le président des Etats-Unis, dans un message qui critique violemment la couverture du conflit par les médias américains.

 

 


Iran: la délégation américaine sur le départ pour les pourparlers à Islamabad

Une délégation américaine décollera "bientôt" pour le Pakistan en vue de discussions avec l'Iran, Téhéran laissant de son côté planer le doute sur sa participation, sur fond de tensions accrues dans le détroit d'Ormuz, enjeu majeur du conflit. (AFP)
Une délégation américaine décollera "bientôt" pour le Pakistan en vue de discussions avec l'Iran, Téhéran laissant de son côté planer le doute sur sa participation, sur fond de tensions accrues dans le détroit d'Ormuz, enjeu majeur du conflit. (AFP)
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  • Une source proche du dossier a confirmé à l'AFP ce départ imminent, alors qu'approche la fin du cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril entre les deux pays ennemis
  • L'ultimatum expire "mercredi soir, heure de Washington", a déclaré Donald Trump à l'agence Bloomberg, jugeant "très improbable" l'extension de la trêve. Elle devait s'achever en théorie dans la nuit de mardi à mercredi, heure de Téhéran

TEHERAN: Une délégation américaine décollera "bientôt" pour le Pakistan en vue de discussions avec l'Iran, Téhéran laissant de son côté planer le doute sur sa participation, sur fond de tensions accrues dans le détroit d'Ormuz, enjeu majeur du conflit.

Une source proche du dossier a confirmé à l'AFP ce départ imminent, alors qu'approche la fin du cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril entre les deux pays ennemis, après plus d'un mois d'une guerre qui a embrasé le Moyen-Orient et ébranlé l'économie mondiale.

L'ultimatum expire "mercredi soir, heure de Washington", a déclaré Donald Trump à l'agence Bloomberg, jugeant "très improbable" l'extension de la trêve. Elle devait s'achever en théorie dans la nuit de mardi à mercredi, heure de Téhéran.

Si les revendications américaines ne sont pas satisfaites d'ici là, "beaucoup de bombes exploseront", a ajouté le président américain, cette fois à la chaîne PBS, après avoir menacé plus tôt en avril d'anéantir "une civilisation entière".

L'Iran n'a pas "à ce stade" de "projet pour le prochain cycle de négociations et aucune décision n'a été arrêtée à ce sujet", a fait savoir pour sa part le chef de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, mettant en doute "le sérieux" des Etats-Unis dans le processus diplomatique.

Il a ajouté que la saisie d'un cargo iranien par les Etats-Unis dans le golfe d'Oman, leur blocus naval des ports iraniens et les retards dans la mise en œuvre du cessez-le-feu au Liban constituaient autant de "violations manifestes du cessez-le-feu".

 "Pas de lumière" 

A Téhéran, où les principaux aéroports ont rouvert lundi pour la première fois depuis plusieur semaines, la vie a largement repris son cours, entre cafés bondés, sportifs et promeneurs en nombre dans les parcs.

Mais le fatalisme et l'épuisement semblent l'emporter chez les gens interrogés par une équipe de l'AFP basée à Paris. "Quoi qu'il arrive, les perdants sont le peuple iranien", soupire une biologiste de 30 ans qui ne donne pas son nom pour des raisons de sécurité.

Saghar, une femme de 39 ans, dresse quant à elle un tableau "terrible" dans le pays, qui recense plusieurs milliers de morts dans les frappes israélo-américaines.

"Il n'y a pas de lumière au bout du tunnel. La situation économique est horrible. Ils (le pouvoir, NDLR) arrêtent des gens pour rien. Les exécutions se multiplient. Que des mauvaises nouvelles", énumère cette femme qui dit n'avoir même plus "l'énergie de parler".

Ormuz, enjeu majeur 

Lundi, les cours du pétrole étaient en forte hausse après le regain des tensions dans le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.

Le détroit "doit rester ouvert", a insisté le président chinois Xi Jinping lors d'une conversation téléphonique avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. M. Xi, cité par un média d'Etat, a également appelé à "un cessez-le-feu immédiat et global".

Selon plusieurs médias iraniens, une levée du blocus naval américain constituerait une condition préalable aux discussions avec Washington.

Une question rendue plus compliquée encore par l'annonce, dimanche, de la saisie par la marine américaine du cargo Touska, battant pavillon iranien, à laquelle Téhéran a promis de "riposter bientôt".

Face au maintien du blocus américain, l'Iran avait annoncé samedi reprendre "le strict contrôle" du détroit, revenant sur sa décision de le rouvrir.

"On ne va probablement pas vers un accord. Chacun fait un blocus à des endroits différents, les Iraniens dans le coude du détroit, les Etats-Unis dans le Golfe d'Oman à la sortie", résume pour l'AFP le chercheur Pierre Razoux.

Islamabad sous haute sécurité 

Dans l'attente de possibles pourparlers, la sécurité a été visiblement renforcée dimanche à Islamabad avec la multiplication de routes fermées, barbelés et barricades, ont constaté des journalistes de l'AFP.

La délégation américaine doit être menée par le vice-président JD Vance, déjà présent le 11 avril pour de premières discussions à un niveau inédit depuis l'avènement de la République islamique en 1979, celles-ci s'étant conclues par un échec.

En annonçant dimanche cette nouvelle session au Pakistan, le président Trump a affirmé offrir à l'Iran un "deal raisonnable" et qu'en cas de refus, "les Etats-Unis détruiraient toutes les centrales électriques et tous les ponts en Iran".

Outre les questions relatives au détroit d'Ormuz, les divergences restent fortes, notamment sur le volet nucléaire, au coeur du différend. Selon Donald Trump, l'Iran a accepté de remettre son uranium hautement enrichi, un enjeu crucial, ce qu'a de nouveau démenti Téhéran lundi.

L'Iran, qui nie vouloir se doter de la bombe atomique, défend son droit au nucléaire civil.

Au Liban, l'autre front de la guerre, la situation demeure très instable malgré un cessez-le-feu de 10 jours entré en vigueur vendredi entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, que les deux parties se sont accusées de violer.

 


L'Iran ne compte pas discuter à nouveau avec les Etats-Unis

Téhéran ne compte pas participer à de nouvelles négociations avec Washington, a rapporté la télévision d'Etat iranienne, même si une délégation américaine doit arriver lundi au Pakistan afin de relancer les pourparlers de paix à deux jours de l'expiration du cessez-le-feu. (AFP)
Téhéran ne compte pas participer à de nouvelles négociations avec Washington, a rapporté la télévision d'Etat iranienne, même si une délégation américaine doit arriver lundi au Pakistan afin de relancer les pourparlers de paix à deux jours de l'expiration du cessez-le-feu. (AFP)
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  • La télévision d'Etat iranienne (Irib), a affirmé que Téhéran n'avait "actuellement pas de plans de participer à la prochaine session de discussions Iran-Etats-Unis"
  • Plusieurs médias iraniens avancent en outre qu'une levée du blocus naval américain serait une condition préalable à ces pourparlers

TEHERAN: Téhéran ne compte pas participer à de nouvelles négociations avec Washington, a rapporté la télévision d'Etat iranienne, même si une délégation américaine doit arriver lundi au Pakistan afin de relancer les pourparlers de paix à deux jours de l'expiration du cessez-le-feu.

La télévision d'Etat iranienne (Irib), a affirmé que Téhéran n'avait "actuellement pas de plans de participer à la prochaine session de discussions Iran-Etats-Unis", tandis que l'agence officielle Irna a affirmé qu'il n'existe "aucune perspective claire de négociations fructueuses".

Plusieurs médias iraniens avancent en outre qu'une levée du blocus naval américain serait une condition préalable à ces pourparlers.

Une question rendue encore plus compliquée avec l'annonce dimanche de la saisie par la marine américaine d'un cargo iranien dans le golfe d'Oman.

"Mal lui en a pris" 

Le cargo Touska, battant pavillon iranien, "a tenté de franchir notre blocus maritime, et mal lui en a pris", a écrit Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.

Téhéran, par la voix du porte-parole de l'état-major, a promis de son côté de "riposter bientôt" contre cet "acte de piraterie armée".

Malgré l'incertitude d'une participation iranienne, Donald Trump avait annoncé dimanche envoyer au Pakistan le vice-président JD Vance, qui avait déjà mené la délégation à Islamabad le 11 avril pour des discussions à un niveau inédit, celles-ci s'étant conclues par un échec.

Annonçant l'arrivée de la délégation pour lundi soir, le président américain a affirmé sur sa plateforme Truth Social offrir à l'Iran un "deal raisonnable" et qu'en cas de refus, "les Etats-Unis détruiraient toutes les centrales électriques et tous les ponts en Iran".

Face au regain de tensions, les prix du pétrole se sont à nouveau envolés lundi en début d'échanges asiatiques, le baril de WTI bondissant notamment de plus de 8%.

Barricades 

Dans l'attente d'une confirmation ou non de la tenue des pourparlers, la sécurité a été visiblement renforcée dimanche à Islamabad avec la multiplication de routes fermées, barbelés et barricades, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Au-delà des négociations, Washington et Téhéran continuent de s'affronter autour du détroit d'Ormuz, et de dénoncer réciproquement des violations du cessez-le-feu.

Avant l'annonce de la saisie du cargo, Donald Trump avait dénoncé des attaques attribuées à l'Iran contre plusieurs navires commerciaux qui tentaient de franchir le détroit.

Un navire de la CMA CGM a ainsi fait l'objet samedi de "tirs de semonce", a indiqué dimanche à l'AFP le groupe français de transport maritime.

L'Iran avait annoncé samedi reprendre "le strict contrôle" du détroit, revenant sur sa décision de la veille de le rouvrir en raison du blocus américain.

Dimanche, les passages du détroit étaient réduits à zéro, selon le site Marine Traffic.

"Suspicion" 

Téhéran pensait, en ouvrant le détroit vendredi, que "les Etats-Unis répondraient en levant le blocus", relève Vali Nasr, professeur en relations internationales à l'université américaine Johns Hopkins.

Mais son maintien "n'a fait que nourrir la suspicion de l'Iran" sur le fait que les discussions d'Islamabad "ne sont qu'une ruse diplomatique avant une autre attaque militaire", ajoute-t-il sur X.

D'autant que les positions restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire, au coeur du différend. Selon Donald Trump, l'Iran a accepté de remettre son uranium hautement enrichi, un enjeu crucial, ce qu'a démenti Téhéran.

"Trump dit que l'Iran ne doit pas faire usage de ses droits nucléaires (...) Qu'est-ce qui lui prend de vouloir priver l'Iran de ses droits?", a lancé dimanche le président Massoud Pezeshkian, cité par l'agence Isna.

Téhéran, qui nie vouloir se doter de la bombe atomique, défend son droit au nucléaire civil.

"Toute sa force" 

Au Liban, l'autre front de la guerre, la situation demeure très instable malgré un cessez-le-feu de 10 jours entré en vigueur vendredi entre Israël et le Hezbollah, que les deux parties se sont accusées de violer.

L'armée israélienne a reçu pour instruction d'utiliser "toute sa force" si les troupes faisaient l'objet d'une "quelconque menace", selon le ministre de la Défense, Israël Katz.

Il a affirmé à plusieurs reprises qu'Israël démolirait des maisons le long de la frontière en vue d'établir une "zone de sécurité" et de fait, les destructions se poursuivent dans des localités frontalières, selon l'Agence nationale d'information libanaise (ANI).

"Nous ne savons pas ce qu'il va advenir, je ne sais pas si je dois réparer mon magasin ou si les bombardements vont reprendre", témoigne Ali Assi, dans sa boutique de vêtements à Nabatieh (sud).