« Le souverain de Dubaï » nous a appris à redresser la tête

Cheikh Rachid ben Saïd Al-Maktoum lors de l'inauguration du musée de Dubaï en mai 1971. (Photo fournie)
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Publié le Vendredi 09 octobre 2020

« Le souverain de Dubaï » nous a appris à redresser la tête

  • Cheikh Rachid nous a appris que notre meilleure arme est de garder une attitude positive, car c'est la puissance qui peut briser n'importe quel plafond de verre
  • Il savait ce qu'il avait à faire et, peu importe la difficulté des décisions qu'il devait prendre, il allait de l'avant, ignorant les opposants - et son instinct se révélait toujours correct

Cela fait 30 ans que le « souverain de Dubaï », Cheikh Rachid ben Saïd al-Maktoum, nous a fait ses adieux. Son décès le 7 octobre 1990 m'a durement frappé. C’était la deuxième fois de ma vie que je pleurais ; la première fois, c’est quand j'ai perdu mon père bien-aimé.

J'ai eu le privilège de bien connaître le Cheikh Rachid et de faire partie de son entourage. Le premier jour de notre rencontre, il est devenu mon mentor et mon inspiration. Sa capacité de travail acharné était phénoménale. Il n'avait pas le temps pour les fainéants ou pour les lève-tard - pour lui, au-delà de 5 heures du matin, il était déjà « tard ». Je n’ai presque jamais rencontré quelqu'un possédant un sens aussi fort de l’autodiscipline : un trait que je me suis efforcé d'imiter tout au long de ma vie. C'était un père de famille qui vivait sa vie selon les lois de Dieu.

En vérité, sans ses encouragements et l'exemple qu'il a donné, et que j'ai fidèlement suivi, je ne serais pas l'homme que je suis aujourd'hui. Je dois aussi le remercier de m'avoir donné l'opportunité de construire mon tout premier hôtel, le Metropolitan, sur ce qui était alors connu comme Abu Dhabi Road.

Cheikh Rachid était sage, généreux et patient, toutes les qualités qu'un vrai leader devrait posséder. Il adorait Dubaï à l'époque où il n'y avait qu'une seule route, un hôpital, quelques écoles de base et rien d'autre. C'était un homme simple qui se sentait aussi à l'aise dans le désert que dans ses palais.

Surtout, il aimait son peuple et se promenait souvent dans la ville après les prières du Fajr, saluant tout le monde sur son chemin. Les citoyens et les résidents étrangers étaient également accueillis à son majlis, tenu quatre fois par jour, où ils étaient libres de s'exprimer. C'était un homme du peuple dans tous les sens du terme et sa mission était de servir ses intérêts.

À son accession au pouvoir après la mort de son père, Cheikh Saïd, en 1958, Cheikh Rachid était déterminé à mettre en œuvre sa vision depuis longtemps. Son rêve était de voir Dubaï devenir une plaque commerciale importante, mais ses plans se sont vus contrariés par la présence de limon dans les eaux de la crique de Dubaï, qui empêchait les navires d’accoster.

De grandes réalisations pour placer Dubaï sur la carte du monde

Refusant de renoncer, il s'est tourné vers la société britannique Sir William Halcrow and Partners pour qu’elle lui fournisse une étude sur la manière dont on pourrait creuser l’entrée très ensablée de la crique de Dubaï. Cela pouvait être fait, mais le coût du dragage de la crique était énorme. Le Cheikh Rachid a donc obtenu des prêts remboursés par des droits de douane et des taxes sur les riches marchands. Ce fut le premier grand triomphe du Cheikh en tant que dirigeant - celui qui a ouvert la voie à une série d’autres qui n’ont jamais manqué de surprendre et d’étonner.

J'ai toujours été impressionné par sa confiance en lui-même et sa croyance en son propre jugement, même lorsque tous ceux qui l'entouraient étaient opposés aux nouvelles idées. Il savait ce qu'il avait à faire et, peu importe la difficulté des décisions qu'il devait prendre, il allait de l'avant, ignorant les opposants - et son instinct se révélait toujours correct.

Certains ont secoué la tête d'incrédulité lorsqu'il a décidé de construire Port Rachid, un port en eau profonde, qui a été inauguré en 1972. Ils l’ont également désapprouvé quand, en 1979, il a inauguré un méga bassin de carénage et le premier gratte-ciel des Émirats arabes unis, le Dubaï World Trade Centre, haut de 38 étages. Il a prouvé que ses détracteurs avaient tort. Sa philosophie de « faire la construction pour que les gens viennent ». Ils l'ont fait massivement.

Le fait d’avoir le courage de réaliser ce qui semble impossible est l'un des héritages que Cheikh Rachid a légué à ses fils. Sous le règne de son fils, Cheikh Mohammed ben Rachid al-Maktoum, Dubaï est devenu le premier émirat du Golfe à créer une industrie touristique florissante, alimentée par un aéroport agrandi et par la naissance de la compagnie aérienne Emirates, propre à Dubaï, sans même parler de campagnes publicitaires lancées à grande échelle et de contrats internationaux de sponsoring sportif.

L'une des plus grandes réalisations de Cheikh Rachid, en partenariat avec le dirigeant de l'époque d'Abou Dhabi, le défunt Cheikh Zayed ben Sultan Al-Nahyan - un autre géant parmi les hommes - a été la formation de l’entité des Émirats arabes unis, dont le drapeau a été déployé pour la première fois le 2 décembre 1971. Cela n’a pas été une mince affaire que de persuader les dirigeants autonomes de cinq autres émirats de se faire suffisamment confiance pour rejoindre une nouvelle fédération. Les négociations prenaient du temps et par moments, cela ressemblait à une cause perdue d’avance. Mais, grâce à leur approche équilibrée et à leur persévérance contre toute attente, les Émirats arabes unis sont nés et avec eux, Dubaï a commencé à exister sur la carte mondiale.

Cheikh Rashid, décédé il y a 30 ans, a dirigé Dubaï en maniant habilement la modernisation et des traditions séculaires

Khalaf Ahmad Al-Habtoor

Il est très regrettable que Cheikh Rachid n'ait jamais pu voir sa vision se réaliser dans toute sa splendeur. Grâce à cet être humain exceptionnel, les fondations de Dubaï sont solides comme du béton. Il représentait l'esprit d'entreprise, le travail acharné, l'innovation et le respect de l'autre sans discrimination fondée sur la race, la religion ou la classe sociale. Il a dirigé Dubaï en maniant habilement la modernisation et des traditions séculaires. Il nous a aussi appris à redresser la tête et à nous sentir fiers de notre culture émiratie.

Nous lui devons tellement, mais lui n'a jamais cherché notre reconnaissance ; tout ce qu'il voulait, c'était notre bonheur. Pas une semaine ne se passe sans que je ne pense à lui, me souvenant des bons moments, mais aussi de ceux douloureux que Dubaï a parfois traversés. Cheikh Rachid nous a appris que notre meilleure arme est de garder une attitude positive, car c'est la puissance qui peut briser n'importe quel plafond de verre.

Khalaf Ahmad Al-Habtoor est un homme d'affaires et une personnalité publique éminente des EAU. Il est réputé pour ses opinions sur les affaires politiques internationales, ses activités philanthropiques et ses efforts pour promouvoir la paix. Il a longtemps agi en tant qu'ambassadeur officieux de son pays à l'étranger. Twitter: @KhalafAlHabtoor

NDLR : L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com