Les femmes font progresser le secteur de la pêche

Muzna Saif Rashid Al Hatm, du Sultanat d’Oman, avait toujours rêvé de créer sa propre entreprise. ©Muzna Saif Rashid Al Hatmi
Muzna Saif Rashid Al Hatm, du Sultanat d’Oman, avait toujours rêvé de créer sa propre entreprise. ©Muzna Saif Rashid Al Hatmi
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Publié le Mardi 08 mars 2022

Les femmes font progresser le secteur de la pêche

  • À travers le monde, plus de 50 millions de femmes prennent part à la pêche et à l’aquaculture et leurs contributions aux revenus des ménages et aux communautés ne peuvent être ignorées
  • «En tant que femme, les possibilités sont infinies si l’on fait partie d’un secteur dynamique comme la pêche»

PARIS: Pendant des générations, ce secteur a été considéré à tort comme un monde d’hommes. Les femmes y ont toujours été présentes, mais la pêche et l’aquaculture connaissent aujourd’hui une forte augmentation du nombre de femmes qui lancent leur propre entreprise dans tous les domaines du secteur.
À travers le monde, plus de 50 millions de femmes prennent part à la pêche et à l’aquaculture et leurs contributions aux revenus des ménages et aux communautés ne peuvent être ignorées.
Muzna Saif Rashid Al Hatm, du Sultanat d’Oman, avait toujours rêvé de créer sa propre entreprise. Son diplôme en science des aliments et en nutrition humaine en poche, cette jeune chef d’entreprise de 29 ans a poursuivi sa formation au centre d’innovation industrielle géré par l’État, qui vient en aide aux jeunes entrepreneurs dans divers secteurs, avant d’établir sa propre entreprise de transformation du poisson.

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Muzna emploie désormais quatre femmes et vend ses produits (pâte de poisson, émietté de poisson, cubes de poisson et bouillon en poudre fait à partir de sardines, de crevettes et d’anchois) à Oman et à l’étranger. ©Muzna Saif Rashid Al Hatmi


«Je pense que tout le monde peut le faire, mais il faut se dire que l’on peut y arriver», dit Muzna.
Muzna emploie désormais quatre femmes et vend ses produits (pâte de poisson, émietté de poisson, cubes de poisson et bouillon en poudre fait à partir de sardines, de crevettes et d’anchois) à Oman et à l’étranger.
«Notre petite entreprise a ouvert il y a trois ans», raconte Muzna. «Nous nous efforçons d’améliorer la commercialisation et de gagner la confiance des clients à Oman. Nous cherchons également à vendre nos produits en ligne aux pays du Golfe, au Moyen-Orient et en Asie de l’Est.»
Muzna est l’une des bénéficiaires du projet de la FAO visant à renforcer les capacités des associations de femmes des zones côtières. Ce projet permet d’appuyer et de renforcer le rôle des femmes dans le secteur de la transformation de la pêche artisanale au niveau national. Muzna a acquis des compétences en matière d’administration et de planification stratégique qui l’ont aidée à élaborer un plan d’entreprise concret.
Le Sultanat est l’un des plus gros producteurs de poisson de la région du Golfe. La production de la pêche par capture a atteint un total de 580 000 tonnes en 2019 et la consommation intérieure de produits comestibles de la mer est bien supérieure à la moyenne mondiale. Malgré les perturbations causées par la pandémie de covid-19 et les effets du cyclone Shaheen survenu en octobre 2021, Muzna a confiance en l’avenir et pense que les femmes prenant part à la pêche et les femmes des zones côtières peuvent apporter une contribution encore plus grande si elles ont accès à la bonne formation et aux bonnes possibilités.

«Elles doivent avoir confiance en elles et en ce qu’elles ont acquis grâce à leurs connaissances ou à leurs capacités», ajoute-t-elle.

 
Production halieutique au Nigéria

Quand Agbato Olubunmi a lancé son entreprise de production et de transformation du poisson au Nigéria en 2015, les personnes de son entourage, femmes et hommes, se demandaient si elle serait à la hauteur. Agbato a persévéré et, aujourd’hui, son entreprise prospère dans un pays qui est considéré comme le plus gros producteur au monde de poisson-chat africain.

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Après avoir obtenu deux diplômes en gestion des pêches et de l’aquaculture, Agbato a réuni ses économies et les sommes empruntées auprès d’amis qui croyaient en son projet et a acheté une parcelle de terre. ©Agbato Olubunmi 

Après avoir obtenu deux diplômes en gestion des pêches et de l’aquaculture, Agbato a réuni ses économies et les sommes empruntées auprès d’amis qui croyaient en son projet et a acheté une parcelle de terre, ce qui d’après elle lui a permis d’être davantage respectée par la communauté.

«Avant que j’aie mes terres, les gens étaient réticents à l’idée de vendre à une femme», se rappelle-t-elle.

À ses débuts, elle avait seulement un bassin et un four. Aujourd’hui, elle emploie 13 personnes (11 femmes et 2 hommes) et possède huit bassins aquacoles.

«Tant que la population continue de croître, une multitude de possibilités s’offrent à de nombreuses personnes tout du long de la chaîne de valeur», dit Agbato.

Son entreprise produit et conditionne divers articles, dont du poisson-chat fumé, de l’assaisonnement pour poisson, de l’huile de poisson et de la poudre de poisson, destinés à un marché intérieur et à des marchés d’exportation (pays voisins d’Afrique, mais aussi États-Unis, Europe et Moyen-Orient) en pleine expansion.
La FAO travaille avec des producteurs et productrices comme Agbato dans le cadre de l’initiative mondiale FISH4ACP, qui vise à promouvoir le développement durable de la pêche et de l’aquaculture et à créer des emplois et des débouchés commerciaux, en particulier pour les femmes et les jeunes.
La production aquacole du Nigéria est passée de 22 000 tonnes en 1999 à plus de 300 000 tonnes en 2017. Étant donné que le secteur du poisson-chat représente un million d’emplois directs ou indirects dans le pays, Agbato estime qu’il peut se développer bien plus encore.

En plus de gérer son entreprise, elle forme d’autres femmes à lancer leur propre entreprise dans le secteur de la transformation du poisson et espère voir naître une communauté répondant à tous les besoins des femmes.

«J’aspire à la création d’une communauté de la transformation du poisson où toutes les femmes qui travaillent dans la pisciculture ou la transformation peuvent amener leurs produits et les vendre à un marché déjà établi», dit-elle.

Contrôle de la qualité au Guyana

De l’autre côté de l’océan Atlantique, Subrina Singh travaille en tant que responsable principale de la qualité pour l’une des plus grandes entreprises de traitement du poisson et de la crevette du Guyana.

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De l’autre côté de l’océan Atlantique, Subrina Singh travaille en tant que responsable principale de la qualité pour l’une des plus grandes entreprises de traitement du poisson et de la crevette du Guyana. ©Subrina Singh

Cette femme de 33 ans a été recrutée par son entreprise après avoir été diplômée de l’Université du Guyana. Elle a donc intégré l’entreprise il y a 13 ans et a depuis occupé différents postes avant d’être promue à son poste actuel de responsable.

Subrina aime interagir avec les autres employés et les former au système de gestion de la sécurité sanitaire qu’elle a aidé à mettre au point.

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«En tant que femme, les possibilités sont infinies si l’on fait partie d’un secteur dynamique comme la pêche» ©Subrina Singh

«Je suis chargée de contrôler que la qualité et la sécurité sanitaire des produits de l’entreprise sont conformes aux attentes des consommateurs ainsi qu’à l’ensemble des lois, des exigences et des règlements», explique Subrina.

Subrina fait savoir qu’il est courant que les entreprises emploient des femmes pour gérer le contrôle de la qualité, même si elle reconnaît que les hommes restent surtout employés sur les navires de pêche.

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Subrina explique que le changement climatique a entraîné une diminution des prises, en particulier de crevettes seabob. ©Subrina Singh

La collaboration établie dans le cadre de l’initiative FISH4ACP est importante pour assurer la durabilité à long terme du secteur halieutique car, comme le rappelle Subrina, les pêcheurs et les transformateurs des produits de la pêche du Guyana sont confrontés aux effets du changement climatique. Subrina explique que le changement climatique a entraîné une diminution des prises, en particulier de crevettes seabob, et a contribué à l’augmentation des sargasses dans les eaux au large des côtes.
«En tant que femme, les possibilités sont infinies si l’on fait partie d’un secteur dynamique comme la pêche», indique-t-elle.

Depuis des siècles, les femmes jouent un rôle essentiel dans la pêche et l’aquaculture, mais aujourd’hui, elles accomplissent des progrès considérables et tirent parti des possibilités qui s’offrent à elles pour créer leur entreprise ou briguer des postes de direction. La FAO les aide en faisant mieux connaître leur rôle ainsi que leur contribution à ce secteur d’une importance mondiale.


Trump mécontent de l'Iran malgré une percée selon le médiateur omanais

Le président Donald Trump quitte la salle de réception diplomatique pour monter à bord de Marine One depuis la pelouse sud de la Maison-Blanche, vendredi 27 février 2026, à Washington. (AP)
Le président Donald Trump quitte la salle de réception diplomatique pour monter à bord de Marine One depuis la pelouse sud de la Maison-Blanche, vendredi 27 février 2026, à Washington. (AP)
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  • Donald Trump se dit mécontent des négociations avec l’Iran et n’exclut pas des frappes, tout en affirmant n’avoir pris aucune décision finale, malgré un important déploiement militaire américain au Moyen-Orient
  • Le médiateur omanais Badr Albusaidi annonce une percée : l’Iran accepterait de ne pas stocker d’uranium enrichi, tandis que Washington exige toujours l’arrêt total de l’enrichissement

WASHINGTON: Donald Trump tient le monde en haleine: il a affiché vendredi son mécontentement envers l'Iran, mais dit n'avoir pas pris de "décision finale" sur d'éventuelles frappes, alors que le médiateur omanais s'est targué d'une percée dans les négociations pour éviter la guerre.

Le président américain a déclaré à des journalistes "ne pas être très content de la manière des Iraniens de négocier", au lendemain d'une troisième session de pourparlers à Genève sous médiation omanaise.

Mais "nous n'avons pas pris (de) décision finale" sur de possibles frappes, a-t-il déclaré, sur fond de déploiement militaire américain massif au Moyen-Orient, le plus important depuis des décennies, et de craintes d'un embrasement régional en cas d'attaque américaine.

Le chef de la diplomatie omanaise a cependant assuré vendredi qu'une percée avait eu lieu, affirmant que l'Iran avait accepté de ne pas stocker d'uranium enrichi.

"C'est quelque chose de complètement nouveau, qui rend vraiment l'argument de l'enrichissement moins pertinent, parce que désormais nous parlons de l'absence de stockage", a expliqué Badr Albusaidi sur la chaîne américaine CBS.

Plus tôt dans la journée, Donald Trump avait exigé que l'Iran n'effectue "aucun enrichissement" d'uranium. "Vous n'avez pas besoin d'enrichir quand vous avez autant de pétrole", a-t-il déclaré à la presse lors d'un déplacement au Texas (sud).

- Porte-avions déployés -

Dans ce contexte de tensions, les Etats-Unis ont recommandé vendredi au personnel non essentiel de leur ambassade à Jérusalem de quitter Israël - leur allié, et ennemi juré de l'Iran - en raison "de risques pour leur sécurité".

Le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, se rendra lundi en Israël - que l'Iran avait frappé en juin en riposte à une attaque israélienne sur son territoire -, a annoncé le département d'Etat.

Les Etats-Unis ont dépêché dans la région deux porte-avions dont le Gerald Ford, le plus grand au monde, attendu au large d'Israël après avoir quitté jeudi la Crète.

Washington a également inscrit vendredi l'Iran sur sa liste noire de pays pratiquant "des détentions injustifiées", et appelé les ressortissants américains s'y trouvant à "partir immédiatement".

Dans le centre de Téhéran, tout en disant préférer éviter la guerre et souhaiter la levée des sanctions internationales qui asphyxient l'économie iranienne, Hamid Beiranvand, un employé de 42 ans, affirme qu'"il ne faut faire aucune concession" aux Américains.

Accusant Téhéran - qui dément - de vouloir se doter de la bombe atomique, les Etats-Unis insistent pour une interdiction totale d'enrichissement d'uranium, tandis que l'Iran défend son droit au nucléaire civil.

Washington veut aussi limiter le programme balistique iranien, une question que Téhéran refuse d'aborder.

Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a appelé vendredi les Etats-Unis à éviter "toute exigence excessive", tempérant l'optimisme qu'il avait affiché la veille à l'issue des pourparlers.

- Risque d'aggravation "rapide" -

Le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Volker Türk, s'est dit "extrêmement inquiet du risque d'escalade militaire régionale".

Le Royaume-Uni et le Canada ont dit retirer une partie de leur personnel diplomatique de Tel-Aviv, le centre économique d'Israël où la plupart des pays ont leur ambassade, par mesure de précaution.

Pékin et Ottawa ont tous deux appelé leurs ressortissants à évacuer l'Iran, tandis que Londres a retiré le personnel de son ambassade à Téhéran.

Le ministre iranien Abbas Araghchi s'était prévalu jeudi de "très bons progrès" dans les discussions avec les Etats-Unis.

Une prochaine session doit se tenir "très bientôt", après des discussions "entre équipes techniques" lundi à Vienne en Autriche, assistées "d'experts" de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), avait-il ajouté.

"La paix est à portée de main", a même assuré vendredi sur X l'Omanais Badr Busaidi, disant s'être entretenu à Washington avec le vice-président JD Vance.

Donald Trump avait lancé le 19 février un ultimatum de "10 à 15 jours" pour décider si un accord était possible ou s'il allait recourir à la force.

Les deux pays avaient repris des pourparlers l'année dernière, interrompus par la guerre israélo-iranienne de 12 jours en juin à laquelle Washington s'était brièvement joint.

Les nouvelles tensions sont apparues après la répression dans le sang, en janvier, d'un vaste mouvement de contestation d'Iraniens, auxquels Donald Trump avait promis de venir "en aide".


Au Japon, le sort du macaque Punch attire les foules et relance le débat sur les zoos

Cette photo, prise le 19 février 2026, montre Punch, un macaque mâle de sept mois abandonné par sa mère, assis avec une peluche d’orang-outan au zoo d’Ichikawa, préfecture de Chiba. (AFP)
Cette photo, prise le 19 février 2026, montre Punch, un macaque mâle de sept mois abandonné par sa mère, assis avec une peluche d’orang-outan au zoo d’Ichikawa, préfecture de Chiba. (AFP)
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  • Punch, un bébé macaque au Japon, est devenu une star des réseaux sociaux après avoir été vu cherchant du réconfort auprès d’une peluche orang-outan, attirant des milliers de visiteurs au zoo d’Ichikawa
  • L’histoire met en lumière la captivité animale, suscitant des réactions en ligne, dont un message de l’Ambassade de Cuba en France établissant un parallèle avec d’autres crises humanitaires

TOKYO: Le bébé macaque Punch, devenu une vedette des réseaux sociaux au Japon, relance le débat sur la captivité animale dans les zoos, tandis que son histoire a également suscité des réactions au-delà du cadre animalier.

Au Zoo d'Ichikawa, près de Tokyo, Punch, un bébé macaque abandonné par sa mère, est devenu une célébrité après la diffusion d’images le montrant harcelé par d’autres singes et cherchant du réconfort auprès d’une peluche orang-outan. Rejeté à sa naissance en juillet, il a d’abord été élevé par des soigneurs humains avant d’entamer récemment son apprentissage pour rejoindre ses congénères.

Les images du petit primate enlacé à son jouet ont suscité une vague d’émotion en ligne, donnant naissance au hashtag #HangInTherePunch et attirant des milliers de visiteurs. Durant un long week-end férié, plus de 5.000 personnes se sont rendues lundi au zoo pour tenter d’apercevoir l’animal, selon l’établissement, qui a indiqué avoir mis en place une zone d’accès restreinte autour d’une partie de l’enclos afin de limiter le stress.

Pour l’association PETA (Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux), le cas de Punch illustre « la cruauté des zoos ».

« Les zoos ne sont pas des sanctuaires : ce sont des lieux où les animaux sont confinés, privés d’autonomie et de leur environnement familier et social qu’ils auraient eu à l’état sauvage », a déclaré l'association PETA.

L’émotion suscitée par le bébé macaque a également eu des retombées commerciales. Le géant suédois IKEA, fabricant de la peluche orang-outan à laquelle s’accroche Punch, a constaté un intérêt « sans précédent » pour le produit. Le groupe Ingka, qui contrôle la majorité des magasins IKEA, a indiqué que les ventes étaient « nettement » supérieures à la normale et que la peluche était en rupture de stock sur certains marchés, notamment au Japon et aux États-Unis.

Réactions sur les réseaux sociaux

L’histoire de Punch a également suscité des commentaires au-delà du cadre animalier. Le 24 février, l’Ambassade de Cuba en France a publié un message sur X, établissant un parallèle avec la situation à Gaza et dénonçant « l’empathie sélective ».

Ce message s’inscrit dans une série de réactions en ligne comparant l’émotion suscitée par le sort du jeune macaque à celle provoquée par d’autres crises humanitaires, notamment à Gaza, illustrant la portée internationale qu’a prise l’histoire de Punch sur les réseaux sociaux.


A Genève, de nouveaux pourparlers entre Iran et Etats-Unis

 L'Iran et les Etats-Unis se retrouvent jeudi pour une troisième session de pourparlers indirects en Suisse, avec pour objectif de sortir du flou actuel "ni guerre ni paix", selon les mots du président iranien. (AFP)
L'Iran et les Etats-Unis se retrouvent jeudi pour une troisième session de pourparlers indirects en Suisse, avec pour objectif de sortir du flou actuel "ni guerre ni paix", selon les mots du président iranien. (AFP)
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  • Depuis janvier, chaque partie se dit ouverte au dialogue mais aussi prête à l'action militaire, laissant le champ ouvert à tous les scénarios
  • Le président américain Donald Trump, qui a envoyé dans le Golfe un dispositif militaire massif, répète qu'il préfère une résolution du différend par la diplomatie, mais a accusé mardi Téhéran d'avoir de "sinistres ambitions nucléaires"

GENEVE: L'Iran et les Etats-Unis se retrouvent jeudi pour une troisième session de pourparlers indirects en Suisse, avec pour objectif de sortir du flou actuel "ni guerre ni paix", selon les mots du président iranien.

Mais quelques heures avant l'ouverture de ces discussions à Genève, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a fait part d'"un gros problème", accusant Téhéran de refuser de parler de son programme de missiles balistiques - un dossier que souhaite aborder Washington comme la question du nucléaire.

Depuis janvier, chaque partie se dit ouverte au dialogue mais aussi prête à l'action militaire, laissant le champ ouvert à tous les scénarios.

Le président américain Donald Trump, qui a envoyé dans le Golfe un dispositif militaire massif, répète qu'il préfère une résolution du différend par la diplomatie, mais a accusé mardi Téhéran d'avoir de "sinistres ambitions nucléaires".

L'Iran a "développé des missiles qui peuvent menacer l'Europe et nos bases" militaires et cherche à en concevoir des plus puissants encore, capables "d'atteindre bientôt les Etats-Unis", a-t-il assuré.

"Gros mensonges", a répondu le ministère iranien des Affaires étrangères, alors que l'Iran affirme avoir limité la portée de ses missiles à 2.000 km.

Il dispose d'un large arsenal d'engins conçus localement, notamment des Shahab-3, qui peuvent atteindre Israël, son ennemi juré, et quelques pays d'Europe orientale.

"Opportunité historique" 

Le sujet est au cœur de la discorde entre les deux pays ennemis: Washington veut inclure le programme de missiles balistiques dans les discussions, mais aussi la question du soutien de Téhéran à des groupes armés hostiles à Israël, ce que l'Iran refuse.

La République islamique souhaite en effet limiter les négociations au volet nucléaire et exige la levée des sanctions qui étranglent son économie.

"Le président souhaite des solutions diplomatiques. Il les préfère, il les préfère largement. Je ne qualifierais donc pas la journée de demain (jeudi) autrement que comme une série de discussions, qui, je l'espère, seront productives, mais au final, vous savez, nous devrons discuter d'autres sujets que le seul programme nucléaire", a déclaré Marco Rubio lors d'une conférence de presse à Saint-Kitts-et-Nevis.

Malgré ces divergences, l'Iran assure qu'un accord est "à portée de main", selon le chef de la diplomatie Abbas Araghchi, qui mène la délégation aux négociations, invoquant une "opportunité historique".

Le président Massoud Pezeshkian a pour sa part évoqué une "perspective favorable", disant espérer sortir de "cette situation +ni guerre ni paix"+.

Mais "le succès de ces négociations dépend du sérieux de l'autre partie et de sa capacité à éviter les comportements et les positions contradictoires", a souligné M. Araghchi dans un communiqué tôt jeudi.

Les Etats-Unis sont représentés par l'émissaire Steve Witkoff et le gendre du président américain, Jared Kushner, qui en parallèle doivent mener des pourparlers avec l'Ukraine, également à genève jeudi.

L'Iran et les Etats-Unis ont repris le dialogue début février à Oman, pays médiateur, puis se sont retrouvées une première fois en Suisse le 17.

"Appréhension" régionale 

Un précédent cycle de négociations avait été stoppé net au printemps 2025 par la guerre déclenchée par Israël contre l'Iran.

Washington avait à cette occasion frappé des sites nucléaires en Iran et Donald Trump avait assuré avoir "anéanti" son programme nucléaire, même si l'étendue exacte des dégâts n'est pas connue.

Les Occidentaux et Israël craignent que l'Iran ne cherche à se doter de la bombe atomique, tandis que Téhéran met en avant son droit au nucléaire civil, en vertu du Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire.

Les nouvelles tensions entre Washington et Téhéran sont apparues après la répression dans le sang en janvier d'un vaste mouvement de contestation en Iran.

Donald Trump avait alors promis de venir "en aide" au peuple iranien.

"On a vu en janvier un grand effort d'un certain nombre d'Etats au Moyen-Orient pour convaincre les Etats-Unis" de ne pas frapper l'Iran, relève Emile Hokayem, de l'Institut international d'études stratégiques (IISS), établi à Londres.

"Mais il y a beaucoup d'appréhension à l'heure actuelle car on s'attend à ce que ce soit (une guerre) plus importante" qu'en juin 2025 avec "des Iraniens qui se battront davantage", poursuit-il.

Tayebeh, femme au foyer de Téhéran âgée de 60 ans a dit s'inquiéter des conséquences d'une offensive américaine, mais aussi vouloir sortir de l'incertitude.

"Trump a déclaré que la guerre serait très mauvaise pour l'Iran (...) La population souffrirait énormément", a-t-elle dit à l'AFP sous couvert d'anonymat. "Les gens souffrent déjà aujourd'hui, mais au moins, avec la guerre, notre sort serait clair."