Turkménistan: une élection pour entériner la succession père-fils

Une femme met son bulletin dans un bureau de vote lors de l'élection présidentielle à Achgabat le 12 mars 2022 (Photo, AFP).
Une femme met son bulletin dans un bureau de vote lors de l'élection présidentielle à Achgabat le 12 mars 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 13 mars 2022

Turkménistan: une élection pour entériner la succession père-fils

  • Neuf candidats sont en lice, mais il ne fait aucun doute que le scrutin sera remporté par Serdar Berdymoukhamedov
  • Le fils du président a connu une ascension rapide. Il a notamment été nommé membre du puissant Conseil de sécurité

ACHKHABAD: Les Turkmènes se sont rendus aux urnes samedi pour une élection présidentielle jouée d'avance, qui permettra au fils de l'actuel dirigeant de prendre les rênes de ce pays, l'un des plus reclus et autoritaires au monde.

La succession entre Gourbangouly Berdymoukhamedov et son fils Serdar, qui a connu une ascension météorique, marquera le premier changement d'envergure en plus de 15 ans au Turkménistan.

Officiellement, neuf candidats sont en lice, mais il ne fait aucun doute que le scrutin sera remporté par Serdar Berdymoukhamedov, 40 ans, qui a promis de poursuivre la politique de son fantasque père.

Gourbangouly Berdymoukhamedov, président sortant, chef du gouvernement et à la tête du Sénat, a été la principale figure du pays depuis la mort de son prédécesseur en 2006. Connu pour ses mises en scènes à vélo, à cheval ou à la salle de sport, il jouit dans ce pays d'Asie centrale d'un culte de la personnalité.

M. Berdymoukhamedov, surtout connu à l'étranger pour ses apparitions improbables à la télévision, telle que celle où il compose du rap patriotique avec son petit-fils, a brusquement annoncé le mois dernier son retrait au profit de la "jeune génération".

La télévision d'Etat de cette ex-république soviétique riche en hydrocarbures a assuré que le scrutin de samedi montrait "l'irréversibilité du processus de démocratisation de la société turkmène moderne".

 «Le plus expérimenté»

Les bureaux de vote, qui ont fermé à 14H00 GMT, étaient pleins dans la capitale Achkhabad, où de jeunes Turkmènes en costume cravate ou longues robes rouges faisaient la queue en plaisantant.

Les autorités ont revendiqué plus de 97% de participation. Des résultats préliminaires seront annoncés lors d'une conférence de presse dimanche, a indiqué une source gouvernementale à l'AFP.

Une cérémonie d'investiture est aussi prévue pour samedi prochain, selon les médias d'Etats.

"Une élection présidentielle historique est en cours", a déclaré Gourbangouly Berdymoukhamedov après avoir voté, cité par l'agence russe TASS, qualifiant le scrutin d'"ouvert, équitable, démocratique".

Goulia Agaïeva, 20 ans, a déclaré à l'AFP avoir été encouragée à voter par ses enseignants: "ils disent que c'est notre devoir civique, que notre avenir dépend de notre choix". Elle a voté pour Berdymoukhamedov fils.

L'élection se tient dans un contexte international chargé, l'ancienne puissance régionale, la Russie, ayant lancé ses troupes à l'assaut de l'Ukraine fin février, provoquant une onde de choc mondiale.

Les médias turkmènes, contrôlés par le gouvernement, ont quasiment passé sous silence le pire conflit en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, se contentant de mentionner une "situation compliquée".

Serdar Berdymoukhamedov a connu une ascension rapide. Il a notamment été vice-ministre des Affaires étrangères et gouverneur régional, avant de devenir l'an dernier vice-président du cabinet ministériel et membre du puissant Conseil de sécurité.

Il reste néanmoins peu connu, sa biographie officielle mentionnant seulement qu'il est "le plus expérimenté" des candidats, bien qu'il soit le plus jeune.

"Les gens qui ont travaillé avec lui le connaissent mieux que nous, les gens simples. Et il aura toujours son père près de lui", se rassure Selbi Nepessova, une fonctionnaire de 39 ans.

Espoirs d'ouverture

Gourbangouly Berdymoukhamedov a confirmé qu'il resterait en politique en tant que président du Sénat, soit la deuxième figure de l'Etat. 

Et selon Rouslan Myatiev, rédacteur en chef du journal indépendant Turkmen.News basé en Europe, des amendements constitutionnels pourraient donner de plus grands pouvoir au corps législatif "si jamais quelque chose se passe mal avec Serdar".

Serdar Berdymoukhamedov a qualifié sa candidature à la présidentielle de "grande responsabilité", y compris pour les générations plus jeunes qui ont grandi après l'indépendance de l'URSS, tout en promettant de marcher dans les pas de son père.

L'économie du Turkménistan dépend presque totalement de la vente de gaz naturel, notamment à la Chine, et a beaucoup souffert du ralentissement de l'activité mondiale au début de la pandémie de coronavirus.

Parmi les habitants d'Achkhabad interrogés par l'AFP, on espère avant tout des réformes pour ouvrir le pays et développer l'économie, comme par exemple la fin de l'interdiction de l'achat de devises étrangères.

"Cela a rendu la vie difficile pour les entreprises qui achètent des produits et de l'équipement à l'étranger", souligne Gouvantch Iliassov, homme d'affaires de 36 ans.


Iran : l'UE désigne les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste

Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
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  • Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont classé les Gardiens de la Révolution iraniens comme organisation terroriste suite à la répression sanglante des manifestations en Iran
  • L’UE a également sanctionné 21 responsables iraniens, avec interdiction d’entrée sur le territoire et gel de leurs avoirs

BRUXELLES: Les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'Union européenne sont tombés d'accord jeudi pour désigner les Gardiens de la révolution comme une "organisation terroriste", après la répression sanglante des manifestations en Iran, a annoncé la cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas.

"+Terroriste+, c'est bien ainsi que l'on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang", a aussitôt réagi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte", a assuré de son côté Mme Kallas, en marge d'une réunion ministérielle à Bruxelles.

Ces derniers ont donné leur feu vert à l'inscription des Gardiens iraniens dans la liste de l'UE recensant les organisations terroristes. Les Européens rejoignent ainsi d'autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie.

La France avait annoncé dès mercredi être prête à soutenir cette décision, en réponse à la répression "la plus violente" de l'histoire récente iranienne.

Les Européens ont aussi décidé jeudi de sanctionner plusieurs responsables iraniens, dont le ministre de l'Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la révolution. La liste de ces responsables iraniens a été publiée jeudi au Journal officiel de l'UE.

Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés par ces sanctions, qui prévoient une interdiction d'entrer dans l'UE et le gel de leurs avoirs sur le territoire des Vingt-Sept.


Trump dit qu'il "semble" que le Hamas va se désarmer

Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme que le Hamas « semble » prêt à se désarmer, une étape clé de son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza
  • La deuxième phase de la trêve prévoit le désarmement du Hamas, un retrait progressif israélien et le déploiement d’une force internationale

WASHINGTON : Donald Trump a dit jeudi qu'il "semblait" que le mouvement palestinien Hamas allait "se désarmer", ce qui est l'une des étapes cruciales prévues dans son plan de règlement du conflit à Gaza.

"Beaucoup de gens disent qu'ils ne se désarmeront jamais. Il semble qu'ils vont se désarmer", a déclaré le président américain pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Il a également relevé que le Hamas "nous a aidé avec les corps, leur rapatriement et sa famille est très reconnaissante", faisant référence au rapatriement des restes du dernier otage israélien du 7-Octobre, Ran Gvili, à qui Israël a rendu hommage mercredi lors de funérailles nationales.

Pour sa part, l'émissaire spécial Steve Witkoff s'est félicité que "nous ayons chassé les terroristes de là-bas et ils vont se démilitariser".

"Ils le feront parce qu'ils n'ont pas le choix. Ils vont abandonner. Ils vont abandonner les AK-47", a-t-il ajouté.

La veille, le Hamas s'était dit prêt à un "transfert complet de la gouvernance" de la bande de Gaza aussi vite que possible.

Aux termes du plan du président américain pour mettre fin à la guerre de Gaza, un Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) doit administrer provisoirement le territoire palestinien sous la houlette du "Conseil de paix" présidé par M. Trump lui-même.

La deuxième phase de la trêve entrée en vigueur le 10 octobre dernier prévoit entre autres le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l'armée israélienne, qui contrôle encore plus de la moitié du territoire, et le déploiement d'une force internationale de stabilisation.


Ethiopie: combats entre armée fédérale et forces tigréennes, vols supendus vers le Tigré

Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
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  • De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar
  • Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés

ADDIS ABEBA: Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie.

De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar. Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés.

Ces tensions font planer le risque d'une reprise d'un conflit après la sanglante guerre qui a opposé entre novembre 2020 et novembre 2022 l'armée éthiopienne aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Au moins 600.000 personnes étaient mortes, selon l'Union africaine, des estimations que plusieurs experts pensent sous-estimées.

Ces derniers jours, des combats se sont tenus à Tsemlet (ouest du Tigré), une zone revendiquée par des forces de la région voisine de l'Amhara, ont déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, des sources diplomatique et sécuritaire en poste en Ethiopie.

"Raisons opérationnelles" 

A Tsemlet, face aux forces tigréennes, "ce sont les ENDF (armée éthiopienne, NDLR) avec des milices amharas", a déclaré la source diplomatique, sous couvert d'anonymat. Des affrontements se sont tenus "ces derniers jours", mais "aujourd'hui on ne sait pas encore" s'il se poursuivent, a-t-elle ajouté, sans plus de détails.

Les combats ont été confirmés par une source locale au Tigré, qui a également requis l'anonymat.

"La situation semble dégénérer", a corroboré la source sécuritaire, se montrant "dubitative sur la capacité des TDF (l'armée tigréenne, NDLR), à récupérer par la force Tselemt".

Le porte-parole de l'armée fédérale et des membres du TPLF n'ont pour l'heure pas donné suite aux sollicitations de l'AFP.

Les liaisons aériennes vers le Tigré d'Ethiopian Airlines, compagnie publique et seule à desservir cette région, ont été suspendues, ont également affirmé les sources diplomatique et sécuritaire.

Les vols, tout comme les services de télécommunications et bancaires, avaient été complètement suspendus durant la guerre, avant de reprendre à la suite de l'accord de paix conclu à Pretoria fin 2022. Leur suspension est une première depuis l'accord de paix.

Selon deux responsables d'Ethiopian Airlines, qui ont requis l'anonymat, les vols ont été interrompus pour "raisons opérationnelles", sans donner plus de détails.

L'un d'eux a toutefois déclaré "suspecter" que l'arrêt pour l'instant temporaire du trafic soit lié "aux tensions politiques" entre les autorités fédérales et l'administration au Tigré.

"Escalade militaire" 

Selon un journaliste à Mekele, joint au téléphone par l'AFP et qui a lui aussi requis l'anonymat, une "anxiété croissante" se ressent dans cette ville, capitale du Tigré.

Depuis plusieurs mois, la situation est tendue dans le nord de l'Ethiopie. Des forces amhara et érythréennes sont toujours présentes dans la région, en violation de l'accord de paix de Pretoria - auquel elles n'ont pas participé - qui prévoyait leur retrait.

Début 2025, le chef de l'administration intérimaire au Tigré, institution mise en place par Addis Abeba, avait été contraint de fuir Mekele, la capitale régionale, en raison de divisions croissantes au sein du TPLF.

Ce parti qui a dominé l'Ethiopie pendant presque trois décennies avant de se retrouver marginalisé après l'arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre Abiy Ahmed et d'être aujourd'hui radié, est accusé par les autorités fédérales de s'être rapproché de l'Erythrée voisine.

Les relations entre les deux voisins de la Corne de l'Afrique, qui s'étaient réchauffées durant la guerre du Tigré, lorsque les troupes érythréennes avaient appuyé les forces fédérales éthiopiennes, sont de nouveau acrimonieuses, nourries de discours belliqueux, faisant planer le risque d'un nouveau conflit.

Pour Kjetil Tronvoll, professeur à Oslo New University College et spécialiste de la zone, cette confrontation entre forces fédérales et tigréennes "n'est pas surprenante". "Le risque d'une escalade militaire est grave, et il est possible que des forces non éthiopiennes viennent appuyer les forces tigréennes", a-t-il confié à l'AFP.