Ukraine-Russie: une flambée des prix inquiète le Maghreb avant le ramadan

Cette frénésie vient du fait qu'en temps de crise, le Tunisien achète plus pour stocker, selon le représentant des propriétaires de supermarchés Hédi Baccour. (AFP)
Cette frénésie vient du fait qu'en temps de crise, le Tunisien achète plus pour stocker, selon le représentant des propriétaires de supermarchés Hédi Baccour. (AFP)
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Publié le Dimanche 13 mars 2022

Ukraine-Russie: une flambée des prix inquiète le Maghreb avant le ramadan

  • En réalité, dans tout le Maghreb, les prix alimentaires grimpaient bien avant l'invasion russe en Ukraine
  • Le système, destiné à éviter des émeutes du pain comme dans les années 80, existe aussi en Algérie qui veut le supprimer mais ne l'a pas encore démantelé

TUNIS: Ruée sur la farine et la semoule: depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, fournisseurs de blé du Maghreb, les prix de ces produits connaissent dans la région une flambée accentuée par une frénésie d'achats avant le ramadan en avril.

Dans un supermarché de l'Ariana, au nord de Tunis, pas un sachet de farine ni de semoule sur les étagères, et seulement trois paquets de sucre derrière l'étiquette: "SVP pas plus de 1 kg", constate l'AFP.

Selon les responsables du magasin, "il n'y a pas de pénurie mais une ruée sur l'achat de semoule et farine". Houda Hjeij, femme au foyer de 52 ans, accuse l'Etat de n'avoir "pas su anticiper la guerre en Ukraine...Ca fait deux semaines que je n'ai ni riz ni farine dans ma cuisine".

Cette frénésie, avec une consommation journalière de semoule qui "a bondi de 700%", celle de sucre qui a triplé, vient du fait qu'en temps de crise, le Tunisien achète plus pour stocker, selon le représentant des propriétaires de supermarchés Hédi Baccour. 

Hédi Bouallegue, retraité de 66 ans, fait le tour de son quartier chaque jour et achète un litre d'huile ou un kilo de semoule dès qu'il en trouve, conservés chez lui, quitte "à payer le double du prix".

«Pas de pénurie»
Face à des entrepôts dévalisés, Slim Talbi, propriétaire d'une boulangerie privée, se retrouve obligé d'acheter au supermarché de la farine à gâteau à 18 dinars (5,5 euros) les 10 kgs, trois fois plus cher que chez ses grossistes habituels. "Tout cela alors que nous ne subissons pas encore les répercussions de la guerre", dit-il, "inquiet" de la dépendance tunisienne aux importations de blé tendre ukrainien.

Pour le moment, la Tunisie assure avoir des stocks pour trois mois, et les produits de base (café, sucre, pâtes, semoule) sont largement subventionnés, avec un prix de la baguette inamovible depuis 10 ans à 6 centimes d'euro.

Ce système, destiné à éviter des émeutes du pain comme dans les années 80, existe aussi en Algérie qui veut le supprimer mais ne l'a pas encore démantelé.

Deuxième consommateur africain de blé derrière l'Egypte (10 millions de tonnes par an), "elle n'importe pas de blé tendre de Russie ni d'Ukraine", selon l'office des céréales OAIC. "Il n'y aura pas de pénurie, des céréaliers continuent d'acheminer d'importantes cargaisons vers le port d'Alger", dit à l'AFP Mustapha, un responsable de la capitainerie du port.

Malgré cela, à Tizi Ouzou et Bejaïa, en Kabylie (est), les réserves de semoule ont été récemment dévalisées, provoquant une pénurie. "La guerre en Ukraine et tous les dépôts de semoule pris d'assaut!", déplore sur Facebook, Mouh Benameur, un habitant de Mechtras.
En réalité, dans tout le Maghreb, les prix alimentaires grimpaient bien avant l'invasion russe en Ukraine.

Cela s'explique "par la reprise inattendue dans le monde (après la récession provoquée par le Covid-19, ndlr) qui s'est traduite par une hausse du prix des céréales et des produits pétroliers sur le marché international", rappelle Fouzi Lekjaa, ministre délégué au Budget au Maroc.

«Commerçants peu scrupuleux»
"Les produits agricoles en général sont devenus très chers à cause de la hausse des prix du carburant, mais aussi de la sécheresse", la pire depuis 40 ans au Maroc, explique à l'AFP Mourad, 37 ans, un client d'un marché de Rabat.

Dépourvu d'hydrocarbures, le Maroc a été touché de plein fouet par la flambée des prix des carburants. Elle a entraîné une grève des transporteurs routiers ces dernières semaines et le gouvernement "étudie la possibilité de subventions pour protéger le pouvoir d'achat des citoyens et maintenir les prix à des niveaux raisonnables", selon son porte-parole, Mustapha Baitas. 

Pays pétrolier et gazier mais très dépendant de ses importations alimentaires (75% de son blé provient de Russie et d'Ukraine), la Libye a aussi vu les prix s'envoler, notamment pour la farine, le lait, l'huile, les conserves et le sucre. Le conflit ukrainien a exacerbé ces hausses avec désormais trois petits pains pour un dinar (0,22 euro) au lieu de quatre, un produit pourtant subventionné.

D'aucuns comme Saleh Mosbah, un père de famille, rencontré sur un marché de gros de Tripoli, dénonce "des commerçants peu scrupuleux qui profitent de toutes les crises".

"Le gouvernement rassure les gens et dit qu'il y a assez de blé et farine mais je ne pense pas que ce soit vrai", estime Soumaya, une jeune femme d'une trentaine d'années, repartie les bras encombrés de deux gros sacs de 5 kilos de farine. 


Emirats: deux morts et trois blessés à Abou Dhabi après l'interception d'un missile 

Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par la chute de débris d'un missile intercepté dans la périphérie de la capitale émiratie Abou Dhabi, ont annoncé jeudi les autorités locales au 27e jour de la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par la chute de débris d'un missile intercepté dans la périphérie de la capitale émiratie Abou Dhabi, ont annoncé jeudi les autorités locales au 27e jour de la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par la chute de débris d'un missile intercepté dans la périphérie de la capitale émiratie Abou Dhabi
  • "L'incident a entraîné la mort de deux personnes non identifiées, fait trois blessés et endommagé plusieurs voitures", ont indiqué les autorités d'Abou Dhabi sur X

ABOU DHABI: Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par la chute de débris d'un missile intercepté dans la périphérie de la capitale émiratie Abou Dhabi, ont annoncé jeudi les autorités locales au 27e jour de la guerre au Moyen-Orient.

"L'incident a entraîné la mort de deux personnes non identifiées, fait trois blessés et endommagé plusieurs voitures", ont indiqué les autorités d'Abou Dhabi sur X.

 

 


Expulsion de l'ambassadeur d'Iran: le Hezbollah boycotte une réunion du gouvernement 

Les ministres du Hezbollah pro-iranien et d'un mouvement allié ont boycotté une réunion jeudi du gouvernement libanais pour protester contre la décision d'expulser l'ambassadeur d'Iran, auquel des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien devant l'ambassade près de Beyrouth. (AFP)
Les ministres du Hezbollah pro-iranien et d'un mouvement allié ont boycotté une réunion jeudi du gouvernement libanais pour protester contre la décision d'expulser l'ambassadeur d'Iran, auquel des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien devant l'ambassade près de Beyrouth. (AFP)
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  • Un cinquième ministre chiite indépendant a pour sa part annoncé dans un communiqué avoir choisi d'y participer
  • Devant l'ambassade d'Iran, des dizaines de partisans du Hezbollah ont manifesté jeudi après-midi, brandissant des drapeaux iraniens et de la formation chiite, scandant "Mort à l'Amérique, Mort à Israël!"

BEYROUTH: Les ministres du Hezbollah pro-iranien et d'un mouvement allié ont boycotté une réunion jeudi du gouvernement libanais pour protester contre la décision d'expulser l'ambassadeur d'Iran, auquel des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien devant l'ambassade près de Beyrouth.

Le Hezbollah et son allié chiite, le mouvement Amal, ont fustigé la décision inédite des autorités sommant l'ambassadeur de partir d'ici dimanche, et lui ont demandé de demeurer dans le pays.

En signe de mécontentement, les deux ministres représentant le Hezbollah et les deux autres représentant Amal, dirigé par le président du Parlement Nabih Berri, ont décidé de ne pas se rendre à la réunion du gouvernement, a indiqué à l'AFP un responsable libanais sous couvert d'anonymat.

Un cinquième ministre chiite indépendant a pour sa part annoncé dans un communiqué avoir choisi d'y participer.

Devant l'ambassade d'Iran, des dizaines de partisans du Hezbollah ont manifesté jeudi après-midi, brandissant des drapeaux iraniens et de la formation chiite, scandant "Mort à l'Amérique, Mort à Israël!", selon une équipe de l'AFP.

"Nous sommes contre cette décision du gouvernement, qui ne passera pas", dit à l'AFP Elham al-Mokdad, une des protestataires, devant le bâtiment situé à la lisière de la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah bombardé par Israël.

Le ministre des Affaires étrangères Youssef Raggi a pris la décision d'expulser l'ambassadeur pour "ingérence" dans les affaires intérieures libanaises.

"Nous réclamons que l'ambassadeur américain soit expulsé, ainsi que le ministre des Affaires étrangères", affirme une autre manifestante, Farida Noureddine, 43 ans.

La décision d'expulser l'émissaire iranien intervient dans le cadre des pressions des autorités libanaises sur le Hezbollah et son parrain iranien.

Elles ont interdit les activités militaires du Hezbollah, seul groupe non-étatique armé, ainsi que la présence et l'action des Gardiens de la Révolution iraniens qui, selon le Premier ministre Nawaf Salam, dirigent les opérations du groupe contre Israël.

Le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, après une attaque du Hezbollah contre Israël en solidarité avec l'Iran. L'armée israélienne mène depuis une campagne de frappes aériennes qui a fait plus de 1.000 morts et un million de déplacés.


Le Conseil du Golfe veut participer à toutes les discussions sur la guerre avec l’Iran

Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi. (Archive/AFP)
Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi. (Archive/AFP)
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  • Le chef du CCG a appelé à un arrêt immédiat des attaques visant les infrastructures énergétiques dans le Golfe
  • Le Conseil du Golfe a indiqué que ses membres souhaitent être impliqués dans toute discussion sur la guerre avec l’Iran

DUBAÏ : Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi, a accusé jeudi l’Iran d’alimenter l’escalade régionale et a appelé à un arrêt immédiat des attaques visant les infrastructures énergétiques dans le Golfe, tout en exhortant à inclure les États du Golfe dans tout effort diplomatique visant à résoudre la crise.

Dans une série de déclarations, Jasem Mohamed Al-Budaiwi a affirmé que l’Iran était responsable de la récente escalade et a averti que ses actions constituaient une menace directe pour la stabilité régionale.

Il a indiqué que des attaques iraniennes avaient visé des raffineries de pétrole en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Koweït, qualifiant ces frappes de « systématiques » et dirigées contre des installations énergétiques critiques.

« Nous insistons sur la nécessité d’impliquer les pays du CCG dans toute discussion ou accord visant à résoudre cette crise, de manière à renforcer leur sécurité et leur stabilité », a déclaré Al-Budaiwi dans une allocution télévisée, ajoutant que si les États du Golfe ont le droit de se défendre, ils privilégient la voie diplomatique.

« La communauté internationale doit adresser un message unifié à l’Iran pour qu’il mette fin à ses attaques », a-t-il ajouté, appelant à une pression mondiale coordonnée pour éviter une nouvelle escalade.

Le secrétaire général a également rejeté toute tentative de redessiner la carte de la région après le conflit, mettant en garde contre toute modification des frontières géopolitiques une fois la crise terminée.

Al-Budaiwi a en outre accusé l’Iran d’exiger des paiements de la part des navires transitant par le détroit d’Ormuz, une voie maritime essentielle par laquelle transite une part importante du pétrole mondial.

Le chef du CCG est le premier haut responsable régional à formuler publiquement une telle accusation.

Al-Budaiwi, qui dirige le bloc composé de Bahreïn, du Koweït, d’Oman, du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, a fait ces déclarations lors d’une conférence de presse à Riyad. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com