Gaz espagnol via la France, tête de pont alternative pour l'approvisionnement en gaz de l'UE?

L'Espagne dispose, en effet, de six terminaux gaziers permettant de regazéifier et de stocker le gaz naturel liquéfié (GNL) transporté par voie maritime. (Photo, AFP)
L'Espagne dispose, en effet, de six terminaux gaziers permettant de regazéifier et de stocker le gaz naturel liquéfié (GNL) transporté par voie maritime. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 16 mars 2022

Gaz espagnol via la France, tête de pont alternative pour l'approvisionnement en gaz de l'UE?

  • «L'Espagne peut et doit jouer un rôle important dans l'approvisionnement» énergétique de l'Europe, a martelé samedi la présidente de la Commission européenne
  • «Le pays possède une capacité d'approvisionnement à la fois importante et diversifiée» et «dépend très peu du gaz russe», souligne Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris

MADRID : Reliée par gazoduc à l'Algérie et dotée de vastes terminaux méthaniers, l'Espagne pourrait servir d'alternative pour réduire la dépendance de l'Europe au gaz russe, mais cette option impliquerait de lourds travaux afin d'améliorer les connexions avec le reste de l'UE.

"L'Espagne peut et doit jouer un rôle important dans l'approvisionnement" énergétique de l'Europe, a martelé samedi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d'une rencontre à Madrid avec le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez.

L'Espagne dispose, en effet, de six terminaux gaziers permettant de regazéifier et de stocker le gaz naturel liquéfié (GNL) transporté par voie maritime. Ce réseau est le plus important d'Europe.

Le pays dispose, en outre, d'un approvisionnement direct en gaz sous pression, grâce à un gazoduc sous-marin de 750 kilomètres de long reliant l'Algérie aux côtes andalouses (sud du pays): le Medgaz, d'une capacité de dix milliards de mètres cubes par an. 

Un deuxième pipeline d'une capacité équivalente relie l'Espagne à l'Algérie via le Maroc: le GME (Gaz Maghreb Europe). Son fonctionnement a été suspendu début novembre par Alger sur fond de crise diplomatique avec Rabat mais il n'a pas pour autant été démonté.

«Une partie de la solution»

Cette position fait de l'Espagne un État à part au sein de l'UE. "Le pays possède une capacité d'approvisionnement à la fois importante et diversifiée" et "dépend très peu du gaz russe", souligne Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste du secteur.

Selon le "Gas Infrastructure Europe" (GIE), association regroupant les opérateurs européens d'infrastructures de gaz, un tiers des capacités de regazéification de l'UE et du Royaume-Uni se trouve dans la péninsule ibérique.

Une situation que le gouvernement espagnol souhaite utiliser au profit de l'UE. "Cela aurait du sens" que cette capacité "puisse bénéficier à nos voisins", afin de "sécuriser leur approvisionnement", a souligné mardi la ministre de la Transition écologique, Teresa Ribera.

Selon Gonzalo Escribano, chercheur à l'institut Elcano de Madrid, l'Espagne et le Portugal, réunis au sein du "marché ibérique du gaz", ont une capacité d'importation mensuelle de 40 terawatt/heure (TWh). Or, ces deux pays consomment en général moins de 30 TWh.

"Cela veut dire que nous pourrions exporter au moins 10 TWh par mois, sans compter les capacités supplémentaires liées au GME. Ce n'est pas négligable", explique ce spécialiste du marché énergétique, pour qui l'Espagne peut être "une partie de la solution" au problème de dépendance de l'UE vis-à-vis du gaz russe.

Reste que les infrastructures permettant d'exporter de telles quantités de gaz n'existent pas, l'Espagne ne possédant actuellement que deux connexions avec les gazoducs français, à Irún (Pays Basque) et Larrau (Navarre). Or, ces pipelines n'ont qu'une faible capacité de livraison.

«On ne réécrit pas l'histoire»

Pour combler ce manque, un projet de pipeline avait été lancé en 2013 entre la Catalogne (nord-est de l'Espagne) et le sud-est de la France. Mais ce gazoduc, baptisé MidCat, a été abandonné en 2019 faute d'accord sur son financement et de réel soutien de la France, peu convaincue de son utilité.

Une étude de viabilité commandée par la Commission européenne avait, en effet, conclu en 2018 que cette infrastructure, d'un coût évalué à plus de 440 millions d'euros, ne serait ni rentable ni nécessaire, l'Europe disposant déjà de plusieurs terminaux de regazéification peu utilisés.

Ce projet pourrait-il être relancé au vu du nouveau contexte international? La ministre espagnole de l'Économie, Nadia Calviño, s'y est dite favorable lundi, tout en insistant sur le fait que cette interconnexion devait concerner également le transport d'"hydrogène vert".

"Nous devons travailler sur les interconnexions. C'est l'une de nos priorités", a appuyé samedi Mme von der Leyen. Un message également relayé par le ministre portugais des Affaires étrangères, Augusto Santos Silva, favorable à la création d'un gazoduc supplémentaire entre l'Espagne et la France.

Les experts, eux, sont plus réservés. Pour Gonzalo Escribano, "le contexte a changé" et pourrait justifier "de remettre le projet sur les rails". Mais "même si on délivre un permis maintenant, les travaux dureront des années, alors que les besoins concernent l'hiver prochain", prévient-il.

"Un projet comme cela, c'est au moins quatre ou cinq ans de travaux, ce n'est pas une solution de court terme", abonde Thierry Bros, sceptique sur l'utilité d'une telle infrastructure, d'autant que "la capacité de l'Algérie à suppléer l'offre russe est limitée".

"On ne réécrit pas l'histoire", insiste le chercheur, qui juge nécessaire de trouver des solutions "plus adaptées" à la situation. "Le pays qui le plus de besoins en gaz, c'est l'Allemagne: il serait donc plus utile d'avoir des terminaux gaziers là-bas qu'un tuyau entre la France et l'Espagne".


Le pétrole bondit après les déclarations Trump sur la fin du cessez-le-feu avec l'Iran

Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
  • Les prix du pétrole ont bondi de plus de 6 % après les déclarations de Donald Trump annonçant la fin du cessez-le-feu avec l’Iran
  • La reprise des tensions au détroit d’Ormuz ravive les craintes sur l’approvisionnement mondial en pétrole, malgré la poursuite possible des négociations

LONDRES: Les cours du pétrole bondissent mercredi après les déclarations de Donald Trump affirmant mettre fin au cessez-le-feu avec l'Iran, dans la foulée d'une reprise des hostilités à la suite d'attaques de bateaux dans le détroit d'Ormuz.

Vers 09H15 GMT (11H15 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, s'envolait de 6,45% à 78,94 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en août, grimpait de 6,49% à 75,01 dollars.

Les deux références du brut évoluaient à leurs plus hauts niveaux depuis deux semaines.

Le président américain a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était "terminé", qualifiant les Iraniens de "menteurs".

"En ce qui me concerne, c'est terminé (...) c'est juste une perte de temps de négocier avec eux, ce sont des menteurs", a-t-il affirmé, interrogé sur le cessez-le-feu avec l'Iran, qu'il a qualifié de pays "malade".

Le locataire de la Maison Blanche a toutefois laissé entendre que les négociateurs pourraient poursuivre les discussions.

Si "le prix du baril a fortement progressé" ce matin, il n'est pas revenu à ses plus hauts atteints durant la guerre, tempère John Plassard, analyste chez Cité Gestion, interrogé par l'AFP.

L'analyste voit davantage une "pause" du cessez-le-feu que sa fin, car si le président américain dit qu'il "est terminé, c'est aussi un moyen de mettre de la pression".

Donald Trump n'a, selon lui, "aucun intérêt à ce que les discussions s'arrêtent totalement", pour des raisons électorales, après avoir mis en avant les prix bas à la pompe dans sa campagne.

Trois navires ont été frappés en 24 heures dans le détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO mardi. Le Qatar et l'Arabie saoudite ont imputé deux de ces attaques à l'Iran.

Dénonçant des "attaques iraniennes" et une "violation flagrante du cessez-le-feu", l'armée américaine a lancé une série de "frappes puissantes" contre l'Iran, touchant plus de 80 cibles, dont des systèmes iraniens de défense antiaérienne.

Ces tirs américains ont déclenché mercredi des représailles de Téhéran, qui a dit avoir attaqué des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Washington a également rétabli ses sanctions économiques sur le pétrole iranien.

Le protocole d'accord, signé le 17 juin pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique, prévoit la réouverture du passage stratégique d'Ormuz ainsi que la levée des sanctions américaines sur le pétrole iranien.


Le patron de TotalEnergies voit la Syrie comme une «route alternative» pour le pétrole

  • "Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas"
  • "C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient"

DAMAS: La Syrie peut devenir un "pays de transit important pour le pétrole qui vient d'Irak vers la Méditerranée", et offrir des "routes alternatives" au détroit d'Ormuz, a déclaré mardi à Damas le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné, en marge de la visite d'Emmanuel Macron.

"Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas", a-t-il dit à des journalistes juste avant l'annonce de l'explosion de deux bombes à proximité de l'hôtel où le président français avait passé la nuit.

"C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient", a-t-il ajouté.

Selon lui, "ce qui vient de passer avec le détroit d'Ormuz" dans le Golfe, bloqué durant la guerre américano-israélienne contre l'Iran, "lui donne également plus d'importance", "puisqu'on voit bien que maintenant, si on veut investir au Moyen-Orient, il va falloir qu'on trouve des routes alternatives".

Début avril, l'Irak avait annoncé avoir commencé à transporter du pétrole par camion à travers la Syrie en vue de sa réexportation, en raison de la fermeture du détroit d'Ormuz. L'Irak et la Syrie ont récemment évoqué un projet de restauration de l'oléoduc reliant les deux pays, fermé depuis des décennies.

TotalEnergies a conclu un mémorandum d'entente avec la Syrie pour un bloc d'exploration offshore en Méditerranée, mais n'a pas encore d'autre projet spécifique dans le pays, a souligné Patrick Pouyanné.

Sa visite à Damas, la première depuis la fin de la guerre civile en 2024, vise à "rencontrer les autorités" pour "des prises de contact", a-t-il précisé.

"Laissons au gouvernement le temps de prendre le contrôle de ce pays. Il ne faut pas trop demander" après plus de 13 ans de guerre civile, "il faut être un peu patient", a-t-il ajouté.


Saudia clarifie la vente d’anciens avions Boeing dans un contexte de rapports sur des sanctions

Photo Wikipedia (14 avril 2020) d’un Boeing 777-200 de Saudia, désormais remplacé par des appareils plus récents Airbus et Boeing. (John Taggart / Wikimedia Commons)
Photo Wikipedia (14 avril 2020) d’un Boeing 777-200 de Saudia, désormais remplacé par des appareils plus récents Airbus et Boeing. (John Taggart / Wikimedia Commons)
  • Saudia affirme que des Boeing 777-200 ont été vendus légalement à une société étrangère
  • La compagnie dit n’avoir aucun lien avec les appareils depuis la vente de juin 2023

RIYAD : Le transporteur national saoudien Saudia a clarifié samedi des informations circulant dans les médias et sur les réseaux sociaux concernant le transfert d’avions Boeing 777-200 qu’il possédait auparavant à une compagnie aérienne faisant l’objet de sanctions internationales.

Dans un communiqué publié sur la plateforme sociale X, la compagnie a indiqué que les appareils avaient été vendus le 7 juin 2023 à une société enregistrée en dehors de l’Arabie saoudite, et que la transaction avait été réalisée conformément à toutes les procédures commerciales et juridiques applicables.

« Depuis la finalisation de la vente, Saudia n’a plus aucun lien opérationnel ou commercial avec ces avions », a déclaré la compagnie, sans identifier l’acheteur ni fournir davantage de détails.

Cette déclaration intervient après des rapports et publications en ligne ayant lié d’anciens appareils de Saudia à un transporteur sanctionné, poussant la compagnie à prendre publiquement ses distances avec toute utilisation ultérieure de ces avions.

Saudia, anciennement connue sous le nom de Saudi Arabian Airlines, a été fondée en septembre 1945 et est la plus ancienne compagnie aérienne du Royaume. Selon son site internet, elle exploite actuellement une flotte d’environ 149 avions de passagers.

Sa flotte comprend 95 avions Airbus des familles A320, A321 et A330, ainsi que 54 appareils Boeing incluant les séries 777 et 787 Dreamliner. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com