Isoler la Russie en ligne, des sanctions contre-productives?

Espace commercial vide dans la rue Tverskaya au centre de Moscou. (AFP).
Espace commercial vide dans la rue Tverskaya au centre de Moscou. (AFP).
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Publié le Samedi 19 mars 2022

Isoler la Russie en ligne, des sanctions contre-productives?

  • La censure exercée par Moscou a réduit les sources d'information indépendantes. L'accès aux grands réseaux sociaux est difficile, à moins d'utiliser un réseau virtuel privé (VPN)
  • Les citoyens russes risquent de trouver ces sanctions «complètement injustes» de la part de l'occident, fait remarquer une juriste chez Access Now

PARIS: Les sanctions visant l'internet russe inquiètent des experts, politiques et défenseurs des droits humains, car elles risquent de se révéler contre-productives, en isolant les opposants à la guerre en Ukraine, et éloignent encore le rêve de l'internet universel.

Déjà, la censure exercée par Moscou a réduit drastiquement les sources d'information indépendantes. De nombreux médias locaux et internationaux ont cessé leur activité. L'accès aux grands réseaux sociaux est difficile, à moins d'utiliser un réseau virtuel privé (VPN).

Les géants des technologies eux-mêmes, de Google à Sony, ont répondu aux appels du gouvernement ukrainien à punir la Russie, en suspendant la vente de certains produits ou services dans ce pays.

L'Ukraine aurait voulu aller encore plus loin: fin février, quatre jours après le début de l'offensive russe, un ministère a demandé à l'Icann, un régulateur mondial chargé de l'attribution des adresses sur internet, de prendre des mesures pour couper l'accès de la Russie à la toile. 

Après quelques jours, l'organisation a fini par lui opposer une fin de non-recevoir, arguant de la nécessité de rester neutre.

En réaction, quelques 40 chercheurs, défenseurs des libertés numériques et élus européens, notamment, ont publié une lettre ouverte. Ils prônent des sanctions ciblées, visant l'armée ou des agences de propagande, qui "minimisent les risques de dommages collatéraux", car "les sanctions disproportionnées ou trop larges risquent d'aliéner les populations".

Les signataires appellent aussi à la création d'un "mécanisme multilatéral" qui serait chargé d'évaluer et de mettre en place des sanctions, pour bloquer l'accès aux sites web russes militaires par exemple.

«Gagner les cœurs et les esprits»

Techniquement et politiquement, construire un mur numérique autour de la Russie aurait de toute façon été compliqué.

"Les infrastructures réseaux sont très maillées. Si on veut empêcher un trafic de rentrer par la fenêtre, il rentre par la cave", explique Ronan David, directeur général de la start-up Efficient IP, spécialiste de la sécurisation de réseaux informatiques. 

Mais surtout, "cela semble contre-productif en termes d'efforts pour diffuser des messages démocratiques et gagner les cœurs et les esprits", souligne Peter Micek, directeur juridique chez Access Now, une ONG qui milite pour les droits numériques de tous.

Après l'invasion de l'Ukraine, l'Union européenne a interdit de diffusion les médias officiels russes, RT et Sputnik, du paysage audiovisuel européen aux réseaux sociaux et jusqu'aux résultats de recherche de Google. La Russie a répliqué en bloquant la BBC et Facebook, et aussi Instagram, une application dont dépendent pourtant de nombreux influenceurs et commerçants russes pour leurs affaires.

Les citoyens russes risquent de trouver ces sanctions "complètement injustes" de la part de l'occident, fait remarquer Natalia Krapiva, juriste chez Access Now. Car sur la base des informations officielles russes, "les gens peuvent croire que la Russie essaie d'aider les Ukrainiens et ne vise que des cibles militaires", détaille-t-elle.

Le Royaume-Uni retire sa licence de diffusion à la chaîne russe RT

Le régulateur britannique des médias a retiré vendredi la licence de diffusion de la chaîne d'Etat russe en anglais RT au Royaume-Uni, estimant qu'il n'était plus "adapté ni approprié" de la diffuser dans le pays après l'invasion de l'Ukraine.

La diffusion de RT au Royaume-Uni avait déjà été interrompue début mars après l'arrêt de la livraison du service satellite à tous les fournisseurs à la suite de sanctions imposées à la Russie par l'Union européenne.

"L'Ofcom a révoqué aujourd'hui la licence de diffusion de RT au Royaume-Uni, avec effet immédiat", a indiqué dans un communiqué le régulateur, qui avait ouvert 29 enquêtes à l'encontre de la chaîne pour manque d'impartialité dans sa couverture de l'invasion russe de l'Ukraine. 

"RT est financée par l'Etat russe, qui a récemment envahi un pays voisin souverain", a poursuivi l'Ofcom, qui note également qu'une "nouvelle législation en Russie criminalise tout journalisme indépendant qui se détache du discours des médias d'Etat russes".

La rédactrice en chef adjointe de RT, Anna Belkina, a contesté cette décision, estimant qu'"en dépit d'une indépendance de façade bien ficelée, (l'Ofcom) n'est rien d'autre qu'un outil du gouvernement dans sa volonté de suppression des médias".

Elle a dénoncé "des raisons purement politiques liées directement à la situation en Ukraine", qui privent "les Britanniques d'accès à l'information". 

Début mars, RT avait été interdite de diffusion dans l'Union européenne, accusée d'être un instrument de "désinformation" de Moscou dans sa guerre, et enregistrée comme "agent de l'étranger" aux Etats-Unis.

En 2019, la chaîne avait déjà été épinglée par l'Ofcom et condamnée à 200.000 livres d'amendes (238.000 euros au cours actuel) pour son manque d'"impartialité" dans le traitement de l'empoisonnement d'un ex-agent double russe au Royaume-Uni et dans celui de la guerre en Syrie.

Mise en service en 2005 sous le nom de "Russia Today", RT s'est développée avec des diffuseurs et des sites web en plusieurs langues, notamment en anglais, français, espagnol, allemand et arabe.

Arabica ou chicorée

Cet isolement pourrait se renforcer dans la durée, à mesure que des alternatives se mettent en place, plus facilement contrôlées par le gouvernement, voire même à son initiative.

"Les Russes sont tout à fait capables de construire un internet national", mais cela ressemblerait "autant à internet que la chicorée ressemble à l'arabica", estime Pierre Bonis, directeur général de l'Afnic, l'association qui gère l'extension ".fr".

"Il ne faut pas casser l'universalité de l'internet, même si les Russes font des choses inacceptables", insiste-t-il.

La Chine a déjà un internet en bonne partie distinct, et d'autres pays aspirent à ce modèle.

"L'Iran a passé la décennie écoulée à construire un réseau d'information national (NIN), comme alternative viable à l'internet mondial", mentionne Peter Micek. Selon lui, les sanctions favorisent "le développement de cet internet national encore plus censuré".

Il regrette que de nombreuses sociétés, "qui n'ont pas le temps ni les capacités de comprendre les nuances légales" des sanctions, n'aillent trop loin et se retirent tout simplement du pays.

"Déjà, Upwork, une des plateformes dont nous dépendons pour aider la société civile et soutenir les acteurs démocratiques en Russie, a cessé de fournir ses services sur place".

Pour les Russes les plus déterminés, il reste le recours aux VPN, dont certains ont été interdits ces dernières années en Russie: la demande a bondi de 2.692% le 14 mars par rapport à la semaine avant l'invasion de l'Ukraine, selon top10vpn.com.


Turquie: une "flotille de la liberté" pour Gaza prête à appareiller

Vue de la proue du navire RoRo Akdeniz avant son départ du port maritime de Tuzla, près d'Istanbul, le 19 avril 2024. Une nouvelle "flottille de la liberté" est prête à partir pour Gaza
Vue de la proue du navire RoRo Akdeniz avant son départ du port maritime de Tuzla, près d'Istanbul, le 19 avril 2024. Une nouvelle "flottille de la liberté" est prête à partir pour Gaza
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  • Après cette opération, les relations entre Israël et la Turquie ont connu une succession de crises jusqu'au rétablissement complet de leurs liens diplomatiques en août 2022, avec le retour des ambassadeurs et consuls dans les deux pays.
  • "Israël a attaqué notre flotte en 2010, tué dix de nos volontaires sans jamais avoir eu de comptes à rendre", a renchéri l'avocate américaine Huwaida Arraf, keffieh palestinien autour du cou.

TURQUIE : Une "flottille de la liberté" est prête à appareiller pour Gaza depuis le port turc de Tuzla (ouest) afin de forcer le blocus et d'apporter de l'aide à la population de l'enclave palestinienne.

Au moins trois bâtiments transportant 5.000 tonnes de vivres, d'eau potable et d'aide médicale attendent le feu vert des autorités turques pour lever l'ancre depuis ce port sur la mer de Marmara, au sud d'Istanbul, si possible la semaine prochaine, ont indiqué les organisateurs vendredi.

Quelque 280 militants, défendeurs des droits, avocats et médecins sont prêts à prendre place à bord, venus de plus d'une trentaine de pays dont les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, la Norvège, l'Allemagne, l'Espagne ou la Malaisie.

Devant la presse, ils ont réclamé la garantie de leur libre passage et un cessez-le-feu immédiat dans le territoire de Gaza soumis au blocus et aux bombardements israéliens depuis le 7 octobre.

Ann Wright, militante pacifiste et ancienne colonelle de l'armée américaine, qui a précisé avoir "démissionné en 2003 pour protester contre la guerre en Irak", a mis les autorités israéliennes en garde: "Toute tentative d'arraisonner ou d'attaquer nos bateaux sera illégale", a-t-elle prévenu.

Des ouvriers préparent un navire de la coalition de la flottille de la liberté alors qu'il jette l'ancre dans le port maritime de Tuzla, près d'Istanbul, le 19 avril 2024.
Des ouvriers préparent un navire de la coalition de la flottille de la liberté alors qu'il jette l'ancre dans le port maritime de Tuzla, près d'Istanbul, le 19 avril 2024.

"Nous représentons la société civile qui réclame la paix et la justice. Nous demandons au monde de garantir notre sécurité afin de livrer (les biens) de première nécessité à nos frères et sœurs de Gaza", a ajouté Mme Wright.

"Comme vous le savez, cette flottille n'est pas la première", a-t-elle glissé en référence à une précédente expédition restée célèbre, car source de grandes tensions entre Israël et la Turquie.

- Le précédent de 2010 -

En 2010, une "flottille de la liberté" forte de huit cargos et transportant près de 700 passagers, de l'aide humanitaire et des matériaux de construction, avait pris la mer au départ d'Antalya (sud) pour tenter de forcer le blocus de la bande de Gaza et ravitailler la population.

Neuf jours après son départ, le 31 mai, une opération militaire israélienne et l'abordage d'un de ses bâtiments, le Mavi Marmara, avaient fait dix morts et 28 blessés parmi les militants et dix blessés côté israélien.

Après cette opération, les relations entre Israël et la Turquie ont connu une succession de crises jusqu'au rétablissement complet de leurs liens diplomatiques en août 2022, avec le retour des ambassadeurs et consuls dans les deux pays.

"Ce que le peuple palestinien endure actuellement est inimaginable", a insisté Mme Wright. "Le siège de Gaza est illégal, c'est une forme de châtiment collectif qui constitue un crime de guerre".

"Israël a attaqué notre flotte en 2010, tué dix de nos volontaires sans jamais avoir eu de comptes à rendre", a renchéri l'avocate américaine Huwaida Arraf, keffieh palestinien autour du cou.

"Mais de la même façon que le siège de Gaza est illégal, toute tentative d'Israël de nous attaquer ou tenter d'intercepter nos navires sera contraire au droit", a-t-elle insisté.

La gynécologue obstétricienne malaisienne Fauziah Mohd Hasan a remarqué que, pendant que l'escalade des tensions se poursuit entre l'Iran et Israël, "les tueries continuent à Gaza".

"Nous ne pouvons pas laisser Israël distraire le monde sur ce qui cause de plus en plus de morts, de maladies et de destructions à Gaza", a plaidé le Dr Hasan, en évoquant les "plus de 50.000 femmes enceintes" dans l'enclave bouclée.

"Nous savons que des femmes subissent des césariennes sans anesthésie, qu'elles donnent naissance à des bébés prématurés et trop petits, qu'elles ne peuvent allaiter en raison du stress", avance aussi la Malaisienne.

La Turquie est l'un des principaux pays fournisseurs d'aide humanitaire à la population palestinienne.

Un neuvième "navire de la Bonté" envoyé par le gouvernement turc est arrivé vendredi au port égyptien d'El-Arish, chargé de 3.774 tonnes d'aide humanitaire.

 


Le vote d'hindous pour Modi et la «gloire de la civilisation de l'Inde»

Une femme vêtue d'une burqa arrive pour voter dans un bureau de vote lors de la première phase des élections générales indiennes à Kairana, dans l'État de l'Uttar Pradesh, le 19 avril 2024. (Photo de Sajjad HUSSAIN / AFP)
Une femme vêtue d'une burqa arrive pour voter dans un bureau de vote lors de la première phase des élections générales indiennes à Kairana, dans l'État de l'Uttar Pradesh, le 19 avril 2024. (Photo de Sajjad HUSSAIN / AFP)
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  • Agé de 73 ans, M. Modi reste très populaire après deux mandats, au cours desquels l'Inde a accru son influence diplomatique et son poids économique
  • Cette ferveur nationaliste hindoue exponentielle inquiète d'importantes minorités, dont quelque 210 millions d'Indiens musulmans

HARIDWAR: Le vieux Ram Bhakt a bravé vendredi la chaleur accablante dans la ville sainte de Haridwar pour donner son vote au Premier ministre Narendra Modi qui, selon lui, est le garant de la "gloire de la civilisation" de l'Inde.

Nichée entre les contreforts de l'Himalaya et les rives du Gange dans l'Etat de l'Uttarakhand (nord), Haridwar est une vieille cité parsemée de temples hindous. Un des sites de prédilection des pèlerins de la foi majoritaire du pays le plus peuplé du monde.

C'est aussi un bastion de M. Modi dont le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata (BJP) a placé l'hindouisme au coeur de sa politique, dans ce pays qui a inscrit la laïcité dans sa Constitution.

Il a déjà donné au BJP deux victoires écrasantes en 2014 et 2019 en jouant sur la fibre religieuse de l'électorat hindou.

"Je vote pour la gloire de la civilisation de l'Inde", affirme le saddhu Ram Bhakt, homme saint de 96 ans, au front ridé couvert de pigment vermillon et de cendre, appuyé sur sa canne en bois, drapé dans une modeste robe couleur safran.

«Le pays dont nous rêvions»

"Sous Modi, notre pays est devenu ce dont nous, les sages, rêvions depuis toujours", se réjouit-il auprès de l'AFP.

Agé de 73 ans, M. Modi reste très populaire après deux mandats, au cours desquels l'Inde a accru son influence diplomatique et son poids économique.

Les analystes politiques l'ont d'ores et déjà donné vainqueur de ces élections générales qui ont débuté vendredi et se poursuivront en sept étapes jusqu'au 1er juin.

Cette année, il a inauguré dans la ville d'Ayodhya un grand temple dédié à la divinité hindoue Ram, bâti sur le site d'une mosquée vieille de plusieurs siècles détruite par des fanatiques hindous.

Cet événement, très attendu par ses militants, a bénéficié d'une ample couverture médiatique et de festivités publiques dans toute l'Inde.

"La nation est en train de créer la genèse d'une histoire nouvelle", a-t-il clamé aux milliers de personnes rassemblées pour la cérémonie, parmi lesquelles des célébrités de Bollywood et des stars du cricket.

Shiv Shankar Giri, 28 ans, membre d'un ordre monastique hindou à Haridwar, a dit à l'AFP avoir voté pour "celui qui nous a rendu Ram".

"Nous votons tous pour celui qui a rendu l'hindouisme fort", souligne-t-il. "Nous votons pour Modi".

«La protection de notre foi»

Mais cette ferveur nationaliste hindoue exponentielle inquiète d'importantes minorités, dont quelque 210 millions d'Indiens musulmans.

L’Etat de l’Uttarakhand, considéré comme la pierre angulaire géographique de l’hindouisme, est en proie à de vives tensions sectaires.

Des groupes radicaux, vaguement affiliés au BJP, appellent à l’expulsion des musulmans de cet Etat.

Plusieurs musulmans y ont été tués en février lors d'affrontements avec des riverains hindous, à la suite de la démolition par les autorités municipales d'une mosquée qui, selon elles, avait été construite illégalement.

Pour Mukesh Dubey, prêtre d'un petit temple hindou à Haridwar, le fait que le gouvernement Modi défende sa foi est une "duperie" destinée à détourner de difficultés plus graves et urgentes auxquelles l'Inde est confrontée, avec des millions de jeunes diplômés d'universités au chômage.

Les cadeaux religieux ne servent à rien si "les gens n'ont pas de travail et de nourriture", dit-il à l'AFP.

Le BJP devrait néanmoins remporter la victoire à Haridwar, où son candidat avait remporté aux dernières élections 250.000 voix de plus que son principal adversaire.

Uday Bharti, saddhu de 59 ans, est catégorique, le BJP agit en faveur de ce qui "compte le plus".

"Modi a assuré la protection de notre pays et de notre foi", affirme-t-il à l'AFP devant un bureau de vote. "Nous sommes ici pour garantir que Modi continue de faire du bon travail".


Ukraine : huit morts dans des frappes, Kiev revendique la destruction d'un bombardier russe

Cette photographie distribuée publiée le 19 avril 2024 par le gouverneur du kraï de Stavropol en Russie, Vladimir Vladimirov, montre les restes d'un bombardier stratégique russe à longue portée Tu-22M3 écrasé dans un champ agricole à l'extérieur de Stavropol. (Photo, AFP)
Cette photographie distribuée publiée le 19 avril 2024 par le gouverneur du kraï de Stavropol en Russie, Vladimir Vladimirov, montre les restes d'un bombardier stratégique russe à longue portée Tu-22M3 écrasé dans un champ agricole à l'extérieur de Stavropol. (Photo, AFP)
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  • Moscou a fait état de la mort d'un membre d'équipage dans le crash d'un avion Tupolev-22M3 à la suite d'une défaillance technique, sans mentionner d'implication ukrainienne
  • La Russie bombarde quotidiennement des localités ukrainiennes et Kiev dit éprouver un manque aigu de munitions pour repousser ces attaques

KIEV: Au moins huit personnes, dont des enfants, ont été tuées dans des frappes nocturnes en Ukraine, sur la région de Dnipropetrovsk (centre-est), ont annoncé vendredi les autorités ukrainiennes qui ont revendiqué avoir pour la première fois abattu un bombardier stratégique russe.

Les ministres des Affaires étrangères des Etats du G7 ont dans le même temps pris "l'engagement" de "renforcer" les moyens de défense antiaérienne de l'Ukraine, à l'issue de leur réunion dans le sud de l'Italie. Ils ont par ailleurs exprimé leur "forte préoccupation" à propos de transferts de matériels chinois profitant selon eux à la production militaire russe.

De son côté, Moscou a fait état de la mort d'un membre d'équipage dans le crash d'un avion Tupolev-22M3 à la suite d'une "défaillance technique", sans mentionner d'implication ukrainienne. Les deux pays semblent évoquer le même appareil.

Dans le district ukrainien de Synelnykové, au sud-est de Dnipro, la capitale de la région de Dnipropetrovsk, "plus de dix maisons ont été endommagées" et "six personnes sont mortes", a déclaré le ministre ukrainien de l'Intérieur Igor Klymenko sur Telegram.

Dans la ville de Dnipro, où un immeuble d'habitation de quatre étages et d'autres "infrastructures civiles" ont été touchés, deux personnes ont péri, a-t-il ajouté, prévenant que le bilan risquait de s'alourdir.

Au moins 25 personnes ont été blessées, selon le gouverneur local.

Le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba a précisé que "deux enfants", âgés de quatorze et huit ans, figuraient parmi les morts et qu'un troisième, un garçon de six ans, avait été blessé. Différents responsables avaient auparavant fait des déclarations contradictoires sur le nombre des mineurs tués et leur âge.

"Les enfants ne devraient pas être tués par des frappes aériennes dans l'Europe moderne", a lancé M. Kouleba.

Chemins de fer visés

La compagnie publique ukrainienne des chemins de fer Ukrzaliznytsia a dénoncé vendredi "un bombardement massif" de ses infrastructures à Dnipro et dans sa région, faisant état d'une employée tuée et de sept blessés.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a de nouveau appelé ses partenaires à envoyer "des systèmes de défense antiaérienne à l'Ukraine", au lieu de les laisser "stockés dans des entrepôts".

La Russie bombarde quotidiennement des localités ukrainiennes et Kiev dit éprouver un manque aigu de munitions pour repousser ces attaques, tandis que l'aide occidentale se réduit ou arrive en retard.

La Chambre américaine des représentants a annoncé qu'elle voterait samedi sur une enveloppe de 61 milliards de dollars d'aide à l'Ukraine, bloquée depuis des mois.

Au total, la Russie a tiré 22 missiles et 14 drones explosifs sur le territoire ukrainien dans la nuit de jeudi à vendredi, a souligné dans la matinée l'armée de l'air ukrainienne, affirmant avoir abattu 29 de ces engins.

Volodymyr Zelensky a dit avoir rendu visite à des soldats dans la région de Donetsk, dans l'est, où l'armée russe accentue sa pression.

Le président a expliqué avoir inspecté "la construction de fortifications", une des priorités actuelles de l'Ukraine afin de freiner les troupes de Moscou.

"Abattu" en mission de combat

Le commandant de l'armée de l'air ukrainienne Mykola Olechtchouk a affirmé vendredi que ses forces avaient, "pour la première fois", "détruit un bombardier stratégique de longue portée Tu-22M3, porteur de missiles de croisière X-22".

L'Ukraine avait déjà revendiqué la destruction d'un appareil de ce type en août mais il se trouvait au sol et non dans les airs.

Selon le renseignement militaire ukrainien (GUR), il s'agit cette fois d'un avion qui a participé aux bombardements nocturnes et "a été abattu à la suite d'une opération spéciale".

Le GUR assure que cet aéronef, qui effectuait une "mission de combat", est tombé dans la région de Stavropol, dans le sud-ouest de la Russie.

A Moscou, le ministère russe de la Défense n'a pas confirmé que des tirs ukrainiens avaient visé un avion militaire russe mais une source au sein de l'armée a déclaré à l'agence de presse d'Etat TASS qu'un bombardier supersonique Tupolev-22M3 s'était "écrasé dans la région de Stavropol après une mission de combat, en rentrant sur sa base".

L'appareil n'avait pas d'armements à son bord, a assuré cette source.

Le gouverneur de la région de Stavropol a pour sa part fait savoir qu'un Tupolev-22M3 avait fait une chute dans cette zone après un incident "technique" et qu'au moins un membre de son équipage avait perdu la vie.

"Un avion est tombé dans les champs dans le district de Krasnogvardeïski", a écrit Vladimir Vladimirov sur Telegram.

"Selon les données préliminaires, une défaillance technique est à l'origine de l'accident", a-t-il ajouté, sans donner plus de détails.

Deux autres membres de l'équipage de l'appareil ont été retrouvés vivants et les secours cherchent toujours le quatrième, a-t-il précisé.

Le district de Krasnogvardeïski se situe à quelque 300 km de la frontière ukrainienne.