Brésil: Telegram bloqué, coup dur pour Bolsonaro

Photo prise le 08 novembre 2021 du logo Telegram du service de messagerie et d'appels mobiles sur un écran de smartphone à Moscou. Un juge de la Cour suprême du Brésil a décidé vendredi de bloquer l'application de messagerie populaire Telegram dans tout le pays, interdisant l'un des canaux de communication préférés du président d'extrême droite Jair Bolsonaro. (Kirill Kudryavtsev/AFP)
Photo prise le 08 novembre 2021 du logo Telegram du service de messagerie et d'appels mobiles sur un écran de smartphone à Moscou. Un juge de la Cour suprême du Brésil a décidé vendredi de bloquer l'application de messagerie populaire Telegram dans tout le pays, interdisant l'un des canaux de communication préférés du président d'extrême droite Jair Bolsonaro. (Kirill Kudryavtsev/AFP)
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Publié le Samedi 19 mars 2022

Brésil: Telegram bloqué, coup dur pour Bolsonaro

  • La Cour suprême brésilienne ordonne, à sept mois de la présidentielle, «la suspension complète et intégrale du fonctionnement au Brésil de Télégram»
  • Sur Telegram il n'y a pas de modération de contenu des messages et les groupes peuvent rassembler jusqu'à 200.000 membres, ce qui augmente le potentiel viral des fausses informations

BRASILIA : Un juge de la cour suprême du Brésil a bloqué vendredi la populaire messagerie en ligne Telegram, très utilisée par le président d'extrême droite Jair Bolsonaro qui a dénoncé une décision mettant en danger la «liberté» des Brésiliens.

Dans un pays gangréné par la désinformation, cette mesure est intervenue à sept mois de la présidentielle.

A plusieurs reprises, Telegram «n'a pas respecté des ordres judiciaires», a écrit le juge Alexandre de Moraes dans son arrêt publié sur le site officiel de la Cour suprême, qui ordonne «la suspension complète et intégrale du fonctionnement au Brésil de Télégram», téléchargée sur 53% des téléphones mobiles.

La décision «est irrecevable», a réagi le président Bolsonaro.

Le juge «n'a pas agi contre les deux ou trois personnes qui selon lui devraient être bloquées, alors il décide d'affecter 70 millions de personnes (...). Ce qui est en jeu, c'est notre liberté», a déclaré le président.

Cette messagerie en ligne cryptée était une clef de voûte de la stratégie de campagne de M. Bolsonaro, qui vise la réélection à la présidentielle d'octobre et défend la liberté d'expression sans limite.

Auparavant, le ministre de la Justice et de la Sécurité, Anderson Torres, avait déclaré sur Twitter que des millions de Brésiliens étaient «lésés par une décision individuelle» et ajouté que son ministère étudiait «une solution pour redonner au peuple le droit d'utiliser le réseau social», sans préciser quelle mesure il entendait adopter.

- Délai de 24 h -

Pavel Durov - le fondateur russe de Telegram dont le siège social est à Dubaï - a présenté vendredi ses excuses à la Cour suprême brésilienne et affirmé qu'il s'agissait d'un «problème de communication».

«Il semble que nous ayons eu un problème avec les e-mails entre nos adresses d'entreprise telegram.org et la Cour suprême du Brésil. A la suite de ce problème de communication, le tribunal a ordonné de bloquer Telegram car nous n'avons pas répondu», a écrit Durov sur sa plateforme, demandant un nouveau délai pour répondre aux exigences de la justice brésilienne.

Contrairement à d'autres plateformes, sur Telegram il n'y a pratiquement pas de modération de contenu des messages et les groupes peuvent rassembler jusqu'à 200.000 membres, ce qui augmente considérablement le potentiel viral des fausses informations.

Cela a valu à Telegram des sanctions dans certains pays, de la suspension -- temporaire ou définitive -- de ses services au blocage ciblé de certains comptes ou groupes d'usagers.

«Notre compte Telegram donne chaque jour des informations sur les actions d'intérêt national (du gouvernement), qui sont malheureusement omises par beaucoup» de médias, avait écrit le chef de l'Etat vendredi sur Twitter, avant la publication de l'arrêt de M. Moraes.

Le juge de la Cour suprême cite le refus de Telegram de bloquer à la demande de la justice brésilienne le compte d'Allan dos Santos, blogueur bolsonariste visé par une enquête pour désinformation. Le magistrat a également évoqué l'absence de coopération de la plateforme dans des affaires de pornographie infantile.

Il a donné 24 heures à l'Agence nationale des télécommunications (Anatel) pour faire appliquer sa décision et bloquer l'accès à la plateforme sur tout le territoire, jusqu’à ce que Telegram «applique les ordres judiciaires» qui lui ont été imposés.

- «Territoire sans loi» -

«Comme il n'applique pas les décisions judiciaires, Telegram est une sorte de territoire sans loi. Les règles de la justice électorale, comme l'interdiction d'envoi massif de messages dans des groupes ou la campagne anticipée, ne s'y appliquent pas», a expliqué vendredi Pablo Ortellado, professeur de l'Université de Sao Paulo et spécialiste des plateformes numériques.

Le 15 février, Telegram était le grand absent d'un accord signé par le Tribunal supérieur électoral (TSE) avec huit plateformes numériques (Twitter, TikTok, Facebook, WhatsApp, Google, Instagram, YouTube et Kwai) qui se sont engagées à combattre la désinformation en vue de la présidentielle.

Le président du TSE, Luis Roberto Barroso, avait affirmé en décembre qu'«un grand nombre de théories conspirationnistes et de fausses informations» étaient disséminées «sans aucun contrôle» sur Telegram.

À l'époque, il avait déjà menacé l'application d'une «suspension pure et simple au Brésil». 

«Après les enquêtes et les emprisonnements illégaux, ainsi que la censure des réseaux sociaux, le Brésil est officiellement une dictature judiciaire!», a réagi le député bolsonariste Carlos Jordy sur Twitter, une allusion à l'arrestation de Youtubeurs dans le cadre d'une enquête de la Cour suprême sur la désinformation.

L'élection du président d'extrême droite, en 2018, a été entachée par la diffusion massive de fausses informations, notamment sur WhatsApp, principal concurrent de Telegram.

Le compte Telegram de Jair Bolsonaro compte plus d'un million d'abonnés, contre 48.000 pour son principal adversaire probable à l'élection d'octobre, l'ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), qui le devance pourtant dans les sondages.


L'UE veut accélérer ses réformes économiques pour résister à la Chine et à Trump

Le château d’Alden Biesen à la veille de la retraite informelle des dirigeants de l’Union européenne à Alden Biesen, dans le centre de la Belgique, le 12 février 2026. (AFP)
Le château d’Alden Biesen à la veille de la retraite informelle des dirigeants de l’Union européenne à Alden Biesen, dans le centre de la Belgique, le 12 février 2026. (AFP)
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  • Les dirigeants de l’UE se réunissent en Belgique pour accélérer les réformes visant à renforcer la compétitivité européenne face à la Chine et aux États-Unis
  • Malgré un large consensus sur l’urgence d’agir (marché unique, simplification réglementaire, financement), des divergences persistent, notamment sur la « préférence européenne » et les emprunts communs

ALDEN BIESEN: Eliminer les barrières internes, supprimer les fardeaux réglementaires et protéger le "Made in Europe": les Vingt-Sept se réunissent jeudi en Belgique pour accélérer les réformes visant à redresser la compétitivité de l'économie européenne, débordée par la concurrence chinoise exacerbée et l'hyperpuissance américaine débridée.

Les dirigeants de l'Union européenne vont se retrouver dans le cadre privilégié du château d'Alden Biesen, dans la province flamande du Limbourg. Une ancienne commanderie teutonique, à la fois monastère et forteresse militaire, dont les salles baroques entièrement restaurées servent désormais de centre de conférences.

Au programme de cette "retraite", dont le format plus informel veut trancher avec le cadre rigide des sommets bruxellois: l'urgence à réformer le marché unique européen, vaste espace de 450 millions de consommateurs, devenu au fil des décennies la colonne vertébrale de la construction européenne.

Un moteur qui menace aujourd'hui de caler, face aux assauts simultanés de la Chine qui contrôle les terres rares essentielles à l'industrie mondiale, inonde l'Europe de ses petits colis et dont l'excédent commercial gonfle sans cesse, et des Etats-Unis, qui depuis le retour au pouvoir de Donald Trump ont menacé d'annexer le Groenland, dégainé l'arme des droits de douane et tiré à boulets rouges contre les règles numériques et environnementales de l'UE.

Alors que la part de l'UE dans le PIB mondial est tombée sous les 15%, ce sombre diagnostic est largement partagé en Europe, depuis le rapport aux allures d'électrochoc présenté il y a 18 mois par l'ancien président de la BCE, Mario Draghi.

"Voulons-nous rester un simple grand marché, soumis aux priorités des autres? Ou voulons-nous prendre les mesures nécessaires pour devenir une puissance?", a martelé début février l'économiste italien, qui échangera avec les dirigeants européens à Alden Biesen.

Car de la puissance économique dépend la capacité de l'UE à financer son effort de réarmement historique, négocier des accords commerciaux plus avantageux, et éviter d'être reléguée sur la scène internationale.

Les discussions de jeudi ne visent pas à définir des solutions, déjà largement identifiées, mais à tenter d'accélérer leur mise en oeuvre.

La Commission européenne a déjà élaboré un vaste programme de réformes visant à renforcer la compétitivité du bloc, sur tous les plans.

- Traitement de choc -

Il s'agit de lever les barrières internes qui entravent l'activité économique, parfaire "l'union des marchés de capitaux" pour mettre l'épargne au service des entreprises, et réduire l'empilement des règlementations européennes et nationales.

Mais ce traitement de choc s'est en partie enlisé dans les procédures législatives de l'UE. Mercredi, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a exhorté les eurodéputés à avancer.

Elle a aussi confirmé que la Commission présenterait en mars un projet de nouveau statut juridique pour les entreprises, "EU Inc", qui réduira leurs contraintes administratives, et évoqué la possibilité de "coopérations renforcées" pour appliquer certaines réformes - autrement dit de les restreindre aux pays volontaires - s'il est trop compliqué de s'entendre à 27.

Car les Etats ne sont pas systématiquement sur la même ligne quant aux mesures à mettre en oeuvre.

Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz, qui participaient mercredi à un sommet de l'industrie européenne à Anvers, ont ainsi souligné tous les deux la nécessité de réformer l'Europe sans attendre.

Mais là où le président français Emmanuel Macron a défendu avec ardeur la "préférence européenne", une obligation pour certaines entreprises bénéficiant de fonds publics, dont les constructeurs automobiles, de se fournir en composants européens, M. Merz a estimé qu'une telle solution devait être réservée "uniquement à des secteurs stratégiques et seulement en dernier ressort", et sans exclure certains pays partenaires.

La Commission a préparé un projet de loi en ce sens, attendu le 25 février.

De même, l'idée relancée par M. Macron de recourir à des emprunts communs européens pour financer des investissements dans les secteurs d'avenir a été fraîchement accueillie à Berlin. "Il n'est pas acceptable de réclamer plus d'argent sans engager les réformes", a tancé mardi une source gouvernementale allemande.

Au sein des Vingt-Sept, "il y a beaucoup de convergences", même s'il y a "des accents politiques ou nationaux qui sont un peu différents", tempère un diplomate européen qui a requis l'anonymat.


Le Canada en deuil après une rare tuerie qui a fait neuf morts

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  • L'attaque s'est déroulée à Tumbler Ridge, petite ville isolée de 2.300 habitants au pied des Montagnes Rocheuses, dans la province de Colombie-Britannique, à plusieurs heures de route de tout centre urbain
  • D'après la première "alerte" envoyée mardi par la police aux habitants, le suspect a été décrit "comme étant une femme brune portant une robe". Mais les autorités n'ont pas confirmé

MONTREAL: Le Canada est "en deuil", a déclaré mercredi le Premier ministre Mark Carney au lendemain d'une tuerie qui a fait neuf morts et une trentaine de blessés dans une petite ville isolée de l'ouest du pays, où une personne a ouvert le feu dans un collège-lycée.

"Nous surmonterons cette épreuve. Nous en tirerons des leçons", a également promis le Premier ministre, appelant les Canadiens au "rassemblement" dans un pays sous le choc, peu habitué aux tueries de ce type contrairement au voisin américain.

Les drapeaux des édifices gouvernementaux seront mis en berne pendant une semaine.

L'attaque s'est déroulée à Tumbler Ridge, petite ville isolée de 2.300 habitants au pied des Montagnes Rocheuses, dans la province de Colombie-Britannique, à plusieurs heures de route de tout centre urbain.

D'après la première "alerte" envoyée mardi par la police aux habitants, le suspect a été décrit "comme étant une femme brune portant une robe". Mais les autorités n'ont pas confirmé.

Le suspect, dont le genre fait l'objet de spéculations, serait mort après "une blessure qu'il se serait infligée", selon la police.

Ken Floyd, un responsable de la police canadienne, est resté prudent mais a indiqué que le tireur était bien la personne mentionnée dans l'alerte.

Vingt-sept personnes ont également été blessées, dont deux grièvement, a indiqué la Gendarmerie royale du Canada dans un communiqué.

"Horreur" 

Nina Krieger, ministre de le Sécurité publique de la province, a évoqué "l'une des pires tueries de masse de l'histoire" du Canada.

"Nous allons nous rassembler et faire en sorte d'être à l'écoute de ceux qui veulent parler" après cette "grande tragédie", a déclaré Darryl Krakowka, le maire de Tumbler Ridge, auprès de la chaîne publique CBC.

Mark Carney n'a pas prévu d'aller sur place mais le ministre canadien de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, et le Premier ministre de la province David Eby se rendent mercredi au chevet de la ville.

La famille royale britannique s'est dite "profondément choquée et attristée" par ce drame, dans un communiqué du roi Charles III, également chef d'Etat du Canada.

"L'horreur a frappé (...). Pensées aux familles des victimes, aux blessés et à toute la communauté éducative. La France se tient aux côtés des Canadiens", a affirmé le président français Emmanuel Macron sur X.

C'est la seconde tuerie en Colombie-Britannique en moins d'un an. En avril 2025, un homme avait tué 11 personnes à Vancouver, en fonçant avec son camion sur une foule qui célébrait un festival culturel philippin.

Ce type d'attaque est exceptionnel dans les écoles canadiennes. Elle frappe une ville connue pour son tourisme de plein air, avec la proximité des montagnes et un parc géologique.

"Mon plus jeune enfant vient tout juste de sortir du lycée (...). Ma fille aînée travaille à 300 mètres de l'école. Il s'en est fallu de peu", a raconté mardi soir à l'AFP Trent Ernst, journaliste local et ancien enseignant suppléant au lycée de Tumbler Ridge.

"Des fusillades dans des écoles au Canada, c'était une toutes les quelques années (...). Mais quand ça se produit dans votre ville, les choses déraillent complètement", a-t-il ajouté.

"Scène épouvantable" 

Darian Quist, élève dans l'établissement, a expliqué à CBC qu'il se trouvait en cours de mécanique quand on leur a annoncé le confinement de l'école.

"Nous avons pris des tables et barricadé les portes pendant plus de deux heures" jusqu'à l'arrivée de la police, a-t-il raconté.

La première alerte en début d'après-midi concernait un tireur dans l'école. Arrivées sur place, les forces de l'ordre ont d'abord découvert six corps, sans compter le suspect.

Une septième personne blessée par balle est décédée durant son transport à l'hôpital.

Par la suite, la police "a identifié un second lieu (...) lié à l'assaut, où deux autres victimes ont été retrouvées mortes dans une résidence", selon un communiqué.

Ken Floyd a décrit une "scène épouvantable" à l'arrivée des forces de l'ordre.

Si les tueries sont moins fréquentes au Canada qu'aux États-Unis, les statistiques sur la dernière décennie témoignent d'une augmentation constante des crimes commis avec des armes à feu.

En 2020, le Canada avait interdit 1.500 modèles d'armes d'assaut en réaction à la tuerie la plus meurtrière de son histoire, qui avait fait 22 morts dans la province de Nouvelle-Écosse (est).


Israël avance «vers une annexion de facto» de la Cisjordanie, dénonce Berlin

L'aval donné par le cabinet de sécurité israélien à des mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie constitue "une étape supplémentaire vers une annexion de facto", a dénoncé mercredi le ministère allemand des Affaires étrangères. (AFP)
L'aval donné par le cabinet de sécurité israélien à des mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie constitue "une étape supplémentaire vers une annexion de facto", a dénoncé mercredi le ministère allemand des Affaires étrangères. (AFP)
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  • L'aval donné par le cabinet de sécurité israélien à des mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie constitue "une étape supplémentaire vers une annexion de facto"
  • "Israël demeure puissance occupante en Cisjordanie, et en tant que puissance occupante, il est contraire au droit international d'y construire des colonies"

BERLIN: L'aval donné par le cabinet de sécurité israélien à des mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie constitue "une étape supplémentaire vers une annexion de facto", a dénoncé mercredi le ministère allemand des Affaires étrangères.

"Israël demeure puissance occupante en Cisjordanie, et en tant que puissance occupante, il est contraire au droit international d'y construire des colonies", a déclaré lors d'un point presse régulier un porte-parole du ministère, alors que les nouvelles mesures rendent plus faciles les achats de terres pour les colons israéliens.