Birmanie: Washington qualifie de «génocide» les violences contre les Rohingyas

Des réfugiés rohingyas secourus par la marine indonésienne dans les eaux au large de Bireuen, à leur arrivée au port de Krueng Geukueh à Lhokseumawe, sur la côte nord de la province d'Aceh, le 31 décembre 2021. (AFP)
Des réfugiés rohingyas secourus par la marine indonésienne dans les eaux au large de Bireuen, à leur arrivée au port de Krueng Geukueh à Lhokseumawe, sur la côte nord de la province d'Aceh, le 31 décembre 2021. (AFP)
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Publié le Lundi 21 mars 2022

Birmanie: Washington qualifie de «génocide» les violences contre les Rohingyas

  • Le chef de la diplomatie américaine n'a pas accompagné cette reconnaissance de nouvelles sanctions contre la Birmanie
  • «Les violences brutales déclenchées par l'armée depuis février 2021 ont montré que personne en Birmanie n'est à l'abri d'atrocités tant que (la junte militaire) est au pouvoir», a déclaré le secrétaire d'Etat

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont pour la première fois lundi déclaré officiellement que des Rohingyas avaient été victime d'un "génocide" perpétré par l'armée birmane, disant détenir des preuves d'une volonté de "détruire" cette minorité musulmane en 2016 et 2017.

"J'ai établi que des membres de l'armée birmane ont commis un génocide et des crimes contre l'humanité contre les Rohingyas en 2016 et 2017", a déclaré à Washington le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken.

Une procédure est en cours devant la Cour internationale de justice (CIJ), la plus haute juridiction des Nations unies, pour déterminer si le pouvoir birman s'est rendu coupable d'un tel crime.

Une série de preuves issues "de sources indépendantes et impartiales", notamment d'ONG, "en plus de notre propre recherche" montrent que "les intentions de l'armée allaient au-delà du nettoyage ethnique, jusqu'à une véritable destruction" de cette minorité, a estimé M. Blinken.

Il a notamment cité un rapport de la diplomatie américaine focalisé sur deux périodes débutant en octobre 2016 et en août 2017. En septembre 2017, par exemple, les soldats birmans "rasaient des villages, tuaient, torturaient, violaient hommes, femmes et enfants", a-t-il énuméré.

Il a estimé que les attaques de 2016 "ont forcé environ 100.000" membres de cette minorité musulmane à fuir la Birmanie pour le Bangladesh, et que celles de 2017 "ont tué plus de 9.000 Rohingyas et forcé plus de 740.000 d'entre eux à trouver refuge" dans ce pays voisin.

"Les attaques contre les Rohingyas étaient généralisées et systématiques, ce qui est essentiel pour qualifier des crimes contre l'humanité," a expliqué M. Blinken.

Le secrétaire d'Etat s'exprimait lors d'une visite au musée de l'Holocauste à Washington, qui présente une exposition intitulée "Burma's Path to Genocide" (le chemin de la Birmanie vers le génocide).

- Pas de nouvelles sanctions -

Le chef de la diplomatie américaine n'a pas accompagné cette reconnaissance de nouvelles sanctions contre la Birmanie.

Les Etats-Unis ont déjà imposé une série de sanctions aux dirigeants birmans et, à l'instar d'autres pays occidentaux, restreignent depuis longtemps leurs exportations d'armes à direction des militaires birmans.

Le dossier ouvert contre la Birmanie devant la CIJ à la suite d'une requête de la Gambie en 2019 a été compliqué par le putsch qui a renversé la dirigeante civile Aung San Suu Kyi et son gouvernement, déclenchant des manifestations de masse et une répression sanglante.

Antony Blinken a assuré lundi soutenir les efforts internationaux à ce sujet, et notamment la procédure devant la CIJ.

"Les violences brutales déclenchées par l'armée depuis février 2021 ont montré que personne en Birmanie n'est à l'abri d'atrocités tant que (la junte militaire) est au pouvoir", a déclaré le secrétaire d'Etat, citant notamment la responsabilité du chef de la junte, Min Aung Hlaing.

- "Une lumière" -

Cette reconnaissance "aurait dû être faite depuis longtemps, toutefois je pense que la décision américaine va aider le processus devant la CIJ pour les Rohingyas", a estimé un réfugié dans l'un des camps où vivent les personnes déplacées par la crise, près de Sittwe, capitale de l'Etat Rakhine.

Environ 850.000 Rohingyas se trouvent dans des camps au Bangladesh et 600.000 autres sont demeurés dans l'Etat Rakhine en Birmanie.

Thin Thin Hlaing, une militante pour les droits des Rohingyas, a également salué la décision américaine. "J'ai le sentiment de vivre dans un blackout, mais à présent nous voyons une lumière parce qu'ils reconnaissent notre souffrance", a-t-elle déclaré à l'AFP.

"Des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité sont commis chaque jour, impunément, par la junte militaire", a déclaré de son côté Tom Andrews, le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits humains en Birmanie, devant le Conseil des droits de l'Homme à Genève.

Il a accusé les Nations unies de ne pas assez agir pour aider les Rohingyas, au regard du soutien massif de nombreux pays du monde pour l'Ukraine face à l'invasion russe.

"Le peuple birman ne voit que l'expression sans fin d'inquiétudes émanant de la communauté internationale, de vagues déclarations appelant à faire quelque chose, et l'attente pénible et interminable d'un consensus pour agir", a-t-il regretté.

L'ONG Human Right Watch (HRW) a, elle, appelé les Etats-Unis à faire passer une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU et à un embargo sur les armes au niveau des Nations unies.

HRW appelle également à de nouvelles sanctions contre les importations d'hydrocarbures, de bois ou de minerais, estimant que le régime utilise ces revenus notamment pour "d'importants achats d'armes et d'appareils d'attaque à la Russie, à la Chine et à d'autres pays".


 

Les Rohingyas, damnés de la Birmanie

Avant la campagne sanglante de 2017, environ un million de Rohingyas vivaient, depuis des générations pour la plupart, en Birmanie. Qui sont-ils? Quand sont-ils arrivés? Quel est leur avenir depuis le coup d'Etat militaire qui a renversé Aung San Suu Kyi l'année dernière? Autant de questions qui soulèvent leur lot de controverses.

Historiens divisés 
La question de leur arrivée en État Rakhine, dans l'Ouest de la Birmanie, divise les historiens.

Certains font remonter leur présence à plusieurs siècles, d'autres à l'arrivée de paysans venus du Bangladesh au XIXe siècle.

Cette dernière opinion prévaut chez les Birmans qui considèrent ces musulmans sunnites comme des immigrés illégaux.

Les tensions entre Birmans et Rohingyas se sont accrues avec la domination des Britanniques sur le pays d'Asie du Sud-Est. 

Le Royaume-Uni a en effet favorisé les musulmans au détriment des autres ethnies, cherchant ainsi à diviser pour mieux régner.

"Utilisés comme des supplétifs des Britanniques, ils ont été considérés comme des traîtres par les Birmans", explique à l'AFP Sophie Boisseau du Rocher de l'Institut français des relations internationales.

Durant la Deuxième guerre mondiale, Londres les a aussi incités à se battre contre les bouddhistes nationalistes birmans alliés aux Japonais.

La Constitution birmane de 1947 leur reconnaît tout de même un statut légal et le droit de vote.

Mais l'instauration en 1962 de la dictature militaire en Birmanie tend un peu plus la situation pour les minorités ethniques, très nombreuses dans le pays et dont les droits sont niés par le pouvoir central.
Des campagnes de répression, en 1978 puis en 1991-92, poussent quelque 250 000 Rohingyas à se réfugier au Bangladesh. Certains rentrent ensuite en Birmanie, expulsés de force par Dacca.

Discrimination 
Entre ces deux vagues, la loi birmane sur la nationalité de 1982 laisse les Rohingyas apatrides. 

Estimant qu'ils ne peuvent fournir la preuve de leur présence sur le territoire avant la première guerre anglo-birmane de 1824 à 1826, la nationalité birmane leur est retirée.

Depuis, la discrimination a lieu à plusieurs niveaux: les Rohingyas n'ont pas pu voter aux dernières élections, ils n’ont pas accès à l’éducation, sont privés de nombreux soins médicaux, sont restreints dans leurs déplacements et leur accès à l'emploi.

L'auto-dissolution de la junte en 2011 marque une nouvelle phase avec une montée du bouddhisme extrémiste, portée notamment par un groupe de moines ultra-nationalistes. 

En 2012, ces tensions aboutissent à de violents affrontements intercommunautaires.

Plus de 120 000 Rohingyas fuient au cours des cinq années suivantes vers le Bangladesh ou l'Asie du Sud-Est. Des milliers seraient morts en mer en tentant la traversée du golfe du Bengale vers la Malaisie. 

A la fin de l'été 2017, la situation s'aggrave encore lorsque des rebelles rohingyas attaquent des postes de police. 

L’armée riposte par des raids sur des villages de la minorité. L'ONU évoque au moins 1 000 morts en deux semaines.

Quelque 740 000 Rohingyas fuient ces nouvelles exactions et rejoignent les camps déjà surpeuplés du Bangladesh.


Retour impossible 
Tout accord sur un retour des Rohingyas en Birmanie est resté depuis lettre morte.
Aung San Suu Kyi, au pouvoir en 2017, n'a jamais condamné les généraux birmans. Pire, elle a défendu en personne son pays devant la Cour internationale de justice, plus haute juridiction de l'ONU, niant toute intention génocidaire. Une posture qui ne l'a pas empêchée d'être renversée par l'armée le 1er février 2021.  

Les militaires mènent depuis une répression sanglante contre leurs opposants, dont plusieurs factions ethniques qui ont repris les armes.

Dans ce contexte, il semble "très peu probable" que la junte  - qui nie toute compétence de la CIJ dans le drame des Rohingyas - tente de faciliter leur retour, souligne Sophie Boisseau du Rocher.

Davantage de sanctions 
Si un génocide est juridiquement désigné contre la Birmanie, le pays pourrait subir des sanctions supplémentaires et de restrictions visant l'aide internationale, entre autres sanctions contre la junte militaire, a avancé le quotidien The New York Times.


Les Etats-Unis ont imposé une série de sanctions aux dirigeants birmans et, à l'instar d'autres pays occidentaux, restreignent depuis longtemps leurs exportations d'armes pour les militaires birmans, lesquels ont été accusés avant même le coup d'Etat militaire du 1er février 2021 de crimes contre l'humanité pour leurs exactions envers les Rohingyas.


Le dossier ouvert contre la Birmanie devant la CIJ par la Gambie en 2019 a été compliqué par le putsch qui a renversé Aung San Suu Kyi et son gouvernement civil, déclenchant des manifestations de masse et une répression sanglante.


La lauréate du prix Nobel de la paix, qui a été critiquée par des groupes de défense des droits de l'homme pour son implication dans la répression des Rohingyas, est à présent assignée à résidence et jugée par les mêmes généraux qu'elle a défendus auprès de La Haye.


Le 15 mars, un rapport du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme portant sur la période ayant suivi le putsch a accusé l'armée birmane de possibles crimes contre l'humanité et crimes de guerre depuis le coup d'Etat et appelé la communauté internationale à prendre immédiatement des mesures.


L'armée américaine annonce une nouvelle «vague de frappes» mercredi en Iran

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
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  • L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines
  • Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé avoir lancé une nouvelle "vague de frappes"  en Iran, à partir de 10H00 GMT mercredi.

"Ces frappes ont pour objectif de réduire encore les capacités militaires des forces iraniennes, utilisées pour attaquer la navigation commerciale dans le détroit d'Ormuz", a détaillé le commandement central américain sur son compte X.

La guerre entre Iran et Etats-Unis s'installe, Ormuz de nouveau paralysé

L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines. Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi.

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains.

Les affrontements avaient repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, mais Téhéran est pour l'heure épargnée, comme les installations pétrolières et gazières du Golfe.

Et Israël n'y participe pas pour l'instant.

"Tous les jours, je me réveille en me demandant si la situation va s'apaiser ou empirer", témoigne auprès de l'AFP Moustafa Mohammed, un comptable soudanais de 39 ans vivant au Koweït. "L'incertitude étreint tout le monde".

30 civils morts 

Mercredi, la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par les Etats-Unis, comme les environs de ville d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués dans leur caserne, selon l'armée iranienne qui a recensé 13 tirs de missiles américains.

Téhéran avait déjà rapporté des bombardements la veille puis dans la nuit, notamment dans la région du détroit d'Ormuz - à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm -, et dans la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

L'armée américaine a elle annoncé une nouvelle "vague de frappes" mercredi.

Plus de 30 civils sont morts depuis que la confrontation a repris, selon le gouvernement iranien.

En riposte, Téhéran a ciblé Bahreïn, le Koweït et la Jordanie. Les Gardiens de la Révolution ont notamment dit avoir visé des installations de la Cinquième flotte des Etats-Unis à Bahreïn, et le centre logistique de Mina Abdullah utilisé par l'armée américaine.

"Graves conséquences" 

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises et par lequel transitait d'ordinaire 20% du brut et du gaz liquéfié (GNL) mondial, plusieurs pétroliers ont été attaqués ces derniers jours et le trafic s'est raréfié.

Outre l'impact sur le commerce mondial d'hydrocarbures, l'ONU s'est alarmée mardi des "graves conséquences socio-économiques et humanitaires" du blocage de cette "voie de passage essentielle dont dépendent des millions de personnes" pour la nourriture, les médicaments et autres produits de première nécessité.

Le baril de Brent, référence internationale, qui s'est envolé depuis la reprise des hostilités, progressait légèrement mercredi, se situant autour de 85 dollars.

Les Gardiens iraniens, qui ont affirmé que le détroit "resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis mettent fin à leurs actes d'agression", ont aussi évoqué la possible fermeture "d'autres voies d'exportation de pétrole et de gaz qui servent les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés", sans détailler.

Avec la réimposition du blocus, le président américain entend lui faire pression sur Téhéran qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

Comme Téhéran, qui envisage de faire payer la traversée, Donald Trump avait assuré vouloir prélever une redevance en échange de la protection de cette route maritime, au mépris du droit international et du principe de la liberté de navigation.

Mais il a fait marche arrière mardi, évoquant plutôt "des accords de commerce et d'investissements" avec les monarchies du Golfe.

"Vraiment mal tourner" 

Le président américain a lancé un nouvel ultimatum aux Iraniens: soit ils reprennent les négociations, soit "la semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux", a-t-il dit, évoquant la possibilité de bombarder des ponts et des centrales électriques.

Il avait envoyé la semaine dernière une notice officielle au Congrès pour signaler la reprise du conflit.

Durant le précédent blocus, décidé en avril en représailles au verrouillage d'Ormuz par Téhéran, l'Iran n'avait pas pu exporter "un seul baril de pétrole", selon son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'opération avait "joué un rôle déterminant dans la conclusion du protocole d'accord", selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).


Trump fait l'éloge d'un Premier ministre irakien en quête d'investissements

Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
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  • Donald Trump a salué le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi, qui promet de désarmer les groupes armés pro-iraniens d'ici fin septembre et d'ouvrir davantage l'Irak aux investissements américains
  • Bagdad cherche à renforcer son partenariat avec Washington tout en préservant son équilibre diplomatique avec l'Iran, dans un contexte de fortes tensions régionales

WASHINGTON: Donald Trump a salué mardi le leadership du Premier ministre irakien Ali al-Zaidi qui a de son côté promis de désarmer les groupes pro-iraniens présents dans le pays et s'est dit prêt à accueillir les entreprises américaines.

Parlant d'une "formidable alchimie" entre eux, le président américain a jugé que le dirigeant irakien était "un champion".

"Il a remporté une élection que beaucoup de gens n'avaient pas prévue", a-t-il affirmé devant la presse dans le Bureau ovale au côté du dirigeant irakien, insistant sur le fait qu'il l'avait "endossé".

"C'est un grand combattant, et c'est un grand admirateur des Etats-Unis", a ajouté le président américain en rappelant que le pays disposait d'énormes réserves de pétrole.

La visite du Premier ministre irakien -- son premier déplacement à l'étranger depuis sa prise de fonction en avril -- intervient en pleine reprise des affrontements entre les deux grands alliés de l'Irak, l'Iran et les Etats-Unis, dont l'opposition de longue date a fait du pays un terrain d'affrontement par procuration.

Ali al-Zaidi est arrivé lundi aux Etats-Unis pour ce déplacement d'une semaine. Il doit rencontrer également des représentants de compagnies pétrolières et des élus.

L'ex-homme d'affaires, arrivé au pouvoir avec l'appui du président américain, s'est engagé à dynamiser la fragile économie de son pays, qui dépend fortement de ses exportations de pétrole.

Il est surtout sous pression pour désarmer les groupes armés irakiens pro-iraniens, accusés d'avoir mené des centaines d'attaques sur des infrastructures américaines en Irak pendant la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l'Iran fin février.

"Il s'agit de ma première visite aux Etats-Unis, non pas d'un simple voyage d'agrément, mais d'une déclaration de partenariat économique", a lancé pour sa part M. Zaidi.

"Le 30 septembre, les forces américaines se retireront et les entreprises américaines s'installeront" en Irak, a-t-il dit en soulignant que le gouvernement prendrait "le monopole sur les armes".

"Après le 30 septembre, les factions n'auront plus lieu d'être (..) et nous n'autoriserons aucune entité à porter des armes en dehors de l'Etat", a-t-il dit, condition indispensable selon lui pour attirer les investissements.

- "Maintenir l'équilibre" -

Son gouvernement a donné aux groupes armés, désignés comme organisations terroristes par les Etats-Unis, jusqu'au 30 septembre pour se désarmer, date coïncidant avec le retrait d'Irak de la coalition internationale dirigée par Washington pour combattre les jihadistes.

Si Bagdad a adopté récemment une position plus favorable aux Etats-Unis, cela ne "signifie pas que l'Irak tourne le dos à l'Iran", a souligné un haut responsable irakien à l'AFP, sous couvert d'anonymat.

L'Irak "doit maintenir l'équilibre en vigueur de longue date" entre ses alliés, a-t-il déclaré.

La semaine dernière, des villes saintes chiites irakiennes ont accueilli d'immenses cortèges à l'occasion des funérailles de l'ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué dans les frappes en Iran fin février.

En signe de soutien au dirigeant irakien, Washington a repris les envois de liquidités au titre des revenus pétroliers de l'Irak, gérés par la Réserve fédérale de New York depuis 2003, année de l'invasion américaine de l'Irak qui avait plongé le pays dans des années de violences.

Ces transferts de fonds avaient été suspendus plus tôt cette année pour accentuer la pression sur Bagdad afin qu'il désarme les groupes armés pro-iraniens.

Certains d'entre eux ont dit qu'ils coopéreraient avec le gouvernement irakien, mais d'autres refusent toujours de rendre les armes.

"Tant qu'il y a une guerre dans la région, ni eux ni l'Iran n'accepteront" le désarmement, a estimé le haut responsable irakien.

Ces groupes, dont la puissance politique et financière a augmenté au fil des années, demandent depuis longtemps le retrait des troupes américaines de la coalition antijihadiste, établie en 2014 pour lutter contre l'organisation Etat islamique.

- En quête d'investissements -

L'Irak tente de tourner la page de décennies de violences, mais souffre toujours d'infrastructures et de services publics défaillants et d'une corruption endémique.

"C'est un fardeau qu'il faut partager avec un partenaire stratégique. Le partenaire stratégique le plus important au monde, ce sont les Etats-Unis", a relevé M. Zaidi.

Ces derniers mois, l'Irak a conclu plusieurs accords avec des compagnies pétrolières américaines.

D'autres accords devraient être signés cette semaine à Washington, notamment l'un portant sur la création d'un fonds auquel l'Irak apportera 500.000 barils de pétrole par jour contre l'amélioration de son approvisionnement en électricité.

Pays fondateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'Irak dépend fortement de ses exportations de brut, qui représentent ordinairement 90% de ses recettes budgétaires et transitent en grande majorité par le détroit d'Ormuz, au coeur des hostilités actuelles.


Nouveaux échanges de frappes au Moyen-Orient, Washington reprend son blocus des ports iraniens

Des navires sont amarrés le long d'un quai du terminal à conteneurs de Khor Fakkan, seul port naturel en eau profonde de la région et l'un des principaux ports à conteneurs de l'émirat de Charjah, sur le golfe d'Oman, le 14 juillet 2026. (AFP)
Des navires sont amarrés le long d'un quai du terminal à conteneurs de Khor Fakkan, seul port naturel en eau profonde de la région et l'un des principaux ports à conteneurs de l'émirat de Charjah, sur le golfe d'Oman, le 14 juillet 2026. (AFP)
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  • Les États-Unis ont repris leurs frappes contre l'Iran et rétabli un blocus naval, tandis que Téhéran affirme maintenir la fermeture du détroit d'Ormuz jusqu'à la fin des attaques américaines
  • L'escalade militaire fragilise le cessez-le-feu et les efforts diplomatiques, avec des risques majeurs pour le commerce mondial de l'énergie et la sécurité régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont lancé une nouvelle série de frappes contre l'Iran et réimposé un blocus de ses ports, Téhéran promettant mercredi que le détroit maritime d'Ormuz resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines.

La reprise du blocus naval - effective depuis 20H00 GMT mardi - et l'intensification des bombardements minent les efforts diplomatiques pour rendre durable le protocole d'accord signé le 17 juin par les Etats-Unis et l'Iran, qui entérinait le cessez-le-feu conclu en avril.

L'armée américaine a achevé mardi soir "une nouvelle série de frappes" visant des "dizaines de cibles militaires" iraniennes, a déclaré le Commandement central américain (Centcom).

L'Iran, après avoir rapporté des bombardements tous azimuts sur son sol, a riposté mercredi en attaquant des installations américaines dans plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ont également affirmé que le détroit d'Ormuz "resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis mettent fin à leurs actes d'agression", dans un communiqué diffusé par la télévision d'Etat iranienne.

Sans donner de détails, ils ont aussi évoqué une possible fermeture "d'autres voies d'exportation de pétrole et de gaz qui servent les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés".

Dans le détroit d'Ormuz et ses environs, où le trafic maritime s'est raréfié, plusieurs pétroliers ont été attaqués, faisant au moins deux morts et plusieurs blessés depuis lundi soir, selon l'Organisation maritime internationale.

Outre l'impact sur le commerce mondial d'hydrocarbures, l'ONU s'est alarmée mardi des "graves conséquences socio-économiques et humanitaires" du blocage de cette "voie de passage essentielle dont dépendent des millions de personnes" pour la nourriture, les médicaments et autres produits de première nécessité.

- Protocole "démantelé" -

Après la décision des Etats-Unis de réinstaurer un blocus naval du pays, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a estimé que Washington avait "démantelé" le protocole d'accord.

Donald Trump a, lui, renouvelé ses menaces à l'encontre de Téhéran.

"La semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux", à moins qu'ils ne "s'assoient à la table des négociations", a-t-il déclaré sur Fox News, évoquant la possibilité de bombarder des ponts et des centrales électriques du pays.

Comme Téhéran, qui envisage de faire payer la traversée du détroit d'Ormuz, il avait assuré lundi vouloir prélever une redevance en échange de la protection de cette route maritime, au mépris du droit international et du principe de la liberté de navigation. Mais il a fait marche arrière mardi, remplaçant ce projet par "des accords de commerce et d'investissements" avec les monarchies du Golfe.

- Quatrième nuit de frappes -

Sur le terrain, l'Iran a rapporté tout au long de la journée, puis dans la nuit de mardi à mercredi, des bombardements sur son territoire notamment à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm - sur le détroit d'Ormuz - et dans la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

Le Centcom américain a de son côté affirmé que des frappes avaient été menées "sur des sites de missiles et de drones iraniens, des capacités navales et des systèmes de défense côtière".

Il s'agit de la quatrième nuit de frappes américaines d'affilée. Donald Trump a envoyé la semaine dernière une notice officielle au Congrès pour signaler la reprise du conflit, déclenché le 28 février par des bombardements des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran.

Téhéran a, en retour, attaqué des installations américaines dans plusieurs monarchies du Golfe.

Le Koweït, touché mardi par des frappes iraniennes ayant blessé quatre militaires, a fait état dans la nuit de nouvelles attaques de drones. L'Iran a dit y avoir frappé le centre logistique de Mina Abdullah utilisé par l'armée américaine, selon les Gardiens iraniens.

A Bahreïn, où les sirènes d'alerte ont retenti, ces derniers ont affirmé avoir visé des installations de la marine américaine.

En Jordanie, l'armée a déclaré avoir abattu trois missiles lancés par l'Iran qui, selon la télévision d'Etat iranienne, y a mobilisé des drones contre des hangars sur la base Al-Azraq et contre une installation abritant des chasseurs F-18.

- "Pas un seul baril" -

Avec la réimposition du blocus naval, le président américain entend faire pression sur Téhéran, qui veut garder la main sur le détroit où il n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

Durant le précédent blocus, décidé en avril en représailles au verrouillage du détroit d'Ormuz par Téhéran, l'Iran n'avait pas pu exporter "un seul baril de pétrole", selon son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'opération avait "joué un rôle déterminant dans la conclusion du protocole d'accord", selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).