Au Karabakh, Ankara se sert du terrorisme islamiste comme moyen d’action

Les Azéris sont majoritairement musulmans chiites, tandis que les Arméniens sont majoritairement chrétiens orthodoxes. «En envoyant des jihadistes sunnites, revenus de Libye pour aider les chiites, Erdogan soutient la cause de l’islam, mais il souligne sa position de leader sunnite inscrite dans sa politique de voisinage élargi". (AFP).
Les Azéris sont majoritairement musulmans chiites, tandis que les Arméniens sont majoritairement chrétiens orthodoxes. «En envoyant des jihadistes sunnites, revenus de Libye pour aider les chiites, Erdogan soutient la cause de l’islam, mais il souligne sa position de leader sunnite inscrite dans sa politique de voisinage élargi". (AFP).
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Publié le Lundi 12 octobre 2020

Au Karabakh, Ankara se sert du terrorisme islamiste comme moyen d’action

  • C’est surtout l’envoi depuis Gaziantep (sud de la Turquie) de combattants syriens en appui aux forces azéries qui a mis de l’huile sur le feu
  • La politique étrangère turque vise l’Orient et le Moyen-Orient depuis qu’elle s’est émancipée de l’Occident

BEYROUTH: L’échec du cessez-le-feu annoncé samedi matin à Moscou entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sur le Nagorny-Karabakh montre que le conflit national au Caucase échappe désormais à l’influence russe au risque de s’internationaliser du fait notamment des ingérences turques.

Depuis la reprise des hostilités, le 27 septembre dernier, entre Arméniens et Azerbaïdjanais autour de la région séparatiste du Nagorny-Karabakh, ce n’est pas le conflit sur ce territoire à majorité arménienne enclavé en Azerbaïdjan qui a commencé il y a trente ans après la chute du régime soviétique, qui accapare les observateurs, mais le soutien tous azimuts d’Ankara à Bakou et l’attitude va-t-en-guerre du président turc, Recep Tayyip Erdogan, face à Erevan. C’est surtout l’envoi depuis Gaziantep (sud de la Turquie) de combattants syriens en appui aux forces azéries qui a mis de l’huile sur le feu.

Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, accuse Ankara de soutenir Bakou avec, entre autres matériels militaires, des avions de combat et des drones, et d’envoyer des conseillers militaires ainsi que « des mercenaires et des terroristes».

Depuis la reprise des hostilités, le 27 septembre dernier, entre Arméniens et Azerbaïdjanais autour de la région séparatiste du Nagorny-Karabakh, ce n’est pas le conflit sur ce territoire à majorité arménienne enclavé en Azerbaïdjan qui a commencé il y a trente ans après la chute du régime soviétique, qui accapare les observateurs, mais le soutien tous azimuts d’Ankara à Bakou.

Alors que la Russie, qui a exprimé son inquiétude, puis la France ont confirmé le déploiement de ces hommes, leur nombre reste à identifier. On parle de plusieurs centaines à quelques milliers… Déjà plusieurs dizaines de morts ont été recensés parmi ces combattants dont la présence a été dénoncée vigoureusement début octobre par le président français, Emmanuel Macron. «Une ligne rouge est franchie […],c’est inacceptable», a-t-il martelé en parlant de « combattants syriens de groupes djihadistes » ayant transité par la Turquie.

Macron, très ferme à l'égard de la Turquie

«Le président français a tenu à montrer une position très ferme à l’égard du jeu mené par les Turcs en Azerbaïdjan, en dénonçant l’envoi de combattants djihadistes syriens dans la zone. L’exécutif turc enrôle ces derniers dans des milices privées afin d’utiliser leur force de frappe au nom de l’islam pour neutraliser des cibles politiques et géopolitiques. M. Macron doit craindre une confessionnalisation du conflit qui pourrait encore mettre à mal l’équilibre précaire au Caucase», estime Anne-Clémentine Larroque, historienne spécialiste de l’islamisme, chargée de cours à Sciences Po Paris sur les questions internationales.

Selon elle, «lorsque Recep Tayyip Erdogan envoie des mercenaires djihadistes, “des janissaires”, en Azerbaïdjan, il montre à quel point il est capable de devenir l’administrateur de la région qu’il influence autour de la Turquie», d’abord en Syrie puis en Libye, et désormais en Azerbaïdjan. «Le nationalisme constitue le problème originel de l’opposition entre Azéris et Arméniens, mais la dimension religieuse permet d’attiser les rivalités», ajoute-t-elle.

Les Azéris sont majoritairement musulmans chiites, tandis que les Arméniens sont majoritairement chrétiens orthodoxes. «En envoyant des djihadistes sunnites, revenus de Libye pour aider les chiites, Erdogan soutient la cause de l’islam, mais il souligne sa position de leader sunnite inscrite dans sa politique de voisinage élargi. La politique étrangère turque vise l’Orient et le Moyen-Orient depuis qu’elle s’est émancipée de l’Occident et particulièrement de l’Union européenne», explique Mme Larroque.

Politique du «zéro conflit»

On est bien loin de la politique du « zéro conflit » initiée il y a plus d’une décennie par Ahmet Davutoglu, ancien Premier ministre turc. M. Erdogan multiplie aujourd’hui les interventions qui créent des tensions avec tous ses voisins. C’est le cas en Irak où il poursuit ses frappes contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en Méditerranée orientale où sa quête pour les hydrocarbures a créé une confrontation avec la Grèce et Chypre, sans oublier le chantage récurrent sur le sujet des migrants avec l’Union européenne, ainsi que les problèmes avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Les Azéris sont majoritairement musulmans chiites, tandis que les Arméniens sont majoritairement chrétiens orthodoxes. «En envoyant des djihadistes sunnites, revenus de Libye pour aider les chiites, Erdogan soutient la cause de l’islam, mais il souligne sa position de leader sunnite inscrite dans sa politique de voisinage élargi. La politique étrangère turque vise l’Orient et le Moyen-Orient depuis qu’elle s’est émancipée de l’Occident et particulièrement de l’Union européenne».

La Turquie est également en désaccord avec la Russie sur plusieurs dossiers régionaux, comme celui de la Syrie, celui de la Libye et maintenant celui de l’Azerbaïdjan.

Il convient toutefois de nuancer le terme de «djihadiste». «Ankara ne soutient pas le terrorisme islamiste dans son idéologie, mais s’en sert comme moyen d’action pour asseoir son influence géostratégique. Pendant le conflit syrien, Erdogan a lutté contre deux ennemis en Syrie : les Kurdes et l’État islamique. La différence très importante à souligner entre l’Arabie saoudite et la Turquie demeure l’adhésion de la première à la doctrine salafiste, alors que l’islamisme d’Erdogan est beaucoup plus ancré sur la doctrine des Frères musulmans. La volonté du président turc est de s’imposer comme nouveau calife au sens impérial du terme, en tant que dépositaire de l’autorité mais non de guide religieux», précise la chercheuse.

Mais pour Bayram Balci, directeur de l’Institut français d’études anatoliennes, à Istanbul, et enseignant à Sciences Po Paris, «il s’agit de mercenaires, pas de djihadistes», mettant en garde contre l’amalgame entre les deux. «Les djihadistes sont des islamistes sunnites. Théoriquement ils ne vont pas aller combattre aux côtés des Azéris chiites, soutenus par Israël. Ces combattants sont des personnes pauvres, dans la misère. Ils ont besoin d’argent pour nourrir leurs familles», explique-t-il.

Plusieurs médias ont recueilli le témoignage de dizaines de jeunes Syriens qui ont accepté d’aller combattre aux côtés des Azéris pour des salaires mensuels variant entre 1 500 et 2 000 dollars, alors qu’ils touchent à peine 50 dollars en temps normal. Il s’agit en grande partie de combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), financée et entraînée par la Turquie. Pour les inciter à aller se battre contre les Arméniens, on leur explique qu’il s’agit d’une guerre contre la Russie, alliée du régime de Bachar al-Assad.

Plusieurs médias ont recueilli le témoignage de dizaines de jeunes Syriens qui ont accepté d’aller combattre aux côtés des Azéris pour des salaires mensuels variant entre 1 500 et 2 000 dollars, alors qu’ils touchent à peine 50 dollars en temps normal. Il s’agit en grande partie de combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), financée et entraînée par la Turquie.

Pour Gregor Meiering, consultant en coopération internationale basé à Cologne en Allemagne, « il faut se pencher sur le discours autour des mercenaires, plutôt que sur les combattants de l’ASL. En effet, ce discours est présent des deux côtés du conflit, qu’il soit arménien ou azerbaïdjanais. Chacun accuse l’autre d’impliquer des mercenaires sur le champ de bataille. Bakou reproche à Erevan de recruter des Arméniens dans d’autres pays pour venir combattre au Nagorny-Karabakh, alors que l’Azerbaïdjan est accusé d’enrôler des mercenaires étrangers. C’est donc l’usage du discours sur les miliciens qui est en soi dangereux, puisqu’il menace les pays qui ont des populations d’origine arménienne ou azérie. Cela risque d’amplifier le conflit et ainsi d’impliquer certains pays qui n’en faisaient pas initialement partie».

Conflit historique

Il reste à savoir pourquoi le président truc appuie sans concession l’Azerbaïdjan, sachant qu’il est le seul chef d’État qui n’a pas appelé les belligérants à la retenue et au dialogue. 

«Recep Tayyip Erdogan a un mot d’ordre aujourd’hui: soutenir “le pays frère et ami qu’est l’Azerbaïdjan (...) par tous les moyens”. Historiquement l’opposition de la Turquie à l’Arménie est liée au génocide perpétré en 1915 contre la population arménienne pendant la période ottomane. Les Turcs n’ont jamais reconnu ce génocide, et l’État arménien constitue un ennemi pour la république turque qui compte environ 50 000 Arméniens sur son sol. Le Haut-Karabakh, petit territoire d’Azerbaïdjan a tenté de faire sécession au début des années 1990. Il symbolise la présence des Arméniens au sein de la République d’Azerbaïdjan», explique Anne-Clémentine Larroque.

La chute de l’Union soviétique il y a trois décennies a créé de nouvelles donnes dans la région. La Turquie a eu soudain une dizaine de nouveaux pays avec qui elle a voulu avoir des relations économiques, commerciales et énergétiques, et jouer un rôle politique.

«La région subit toujours les conséquences de la Première Guerre mondiale, notamment le compromis auquel sont parvenus Moscou et Atatürk dans leur souhait de se libérer des contraintes du traité de Sèvres. L’accord entre la Russie et la Turquie traitait des spécificités ethniques de certaines régions alors que d’importants changements démographiques avaient lieu du fait de l’occupation russe du Caucase. Il visait plus particulièrement la population arménienne, d’une part, et les populations musulmanes, d’autre part, sans distinction à cette époque entre sunnites et chiites», précise Gregor Meiering.

En outre, la chute de l’Union soviétique il y a trois décennies a créé de nouvelles donnes dans la région. La Turquie a eu soudain une dizaine de nouveaux pays avec qui elle a voulu avoir des relations économiques, commerciales et énergétiques, et jouer un rôle politique. Avec M. Erdogan ce rôle est devenu plus actif sur plusieurs théâtres au Moyen-Orient, renforçant naturellement un face-à-face avec la Russie, comme c’est le cas actuellement.

«Erdogan reprend à son compte des tensions déjà existantes, certaines depuis longtemps, comme le conflit territorial autour des îles grecques, ou la guerre en Libye, sans oublier le conflit syrien. Concernant le Nagorny-Karabakh, il s’agit d’un conflit vieux de plus de trente ans. Mais, les grandes puissances préféraient garder le statu quo au lieu de tenter de résoudre le problème. L’immobilisme étant favorable aux Arméniens, tout le monde savait que Bakou s’armait depuis longtemps en vue de l’éventualité d’une guerre. Mais personne n’a voulu essayer de résoudre le problème. Le groupe de Minsk ne sert pratiquement à rien. Ankara a depuis toujours soutenu politiquement l’Azerbaïdjan. D’où la décision d’Erdogan de soutenir aujourd’hui Bakou militairement», explique M. Balci.

Turquie vs Russie

De son côté, M. Meiering précise que «la Turquie n’apprécie pas le jeu russe dans le Caucase. Ankara estime que Moscou a gelé le conflit au Nagorny-Karabakh durant près de trois décennies comme en Géorgie, en Moldavie, ou ailleurs.

Il est clair que la stratégie russe n’a jamais été de résoudre les conflits, mais plutôt de les geler et de rendre les protagonistes dépendants d’elle. Dans ce contexte, à mon avis, l’Arménie a raté par le passé une occasion en or de résoudre le conflit alors que le contexte lui était plus favorable. Cette politique a marché au Caucase, alors que l’Azerbaïdjan était presque un État en faillite au début des années 1990. La situation a complètement changé aujourd’hui avec un pays beaucoup plus riche et développé».

Il ne faut toutefois pas surestimer le rôle et le poids de la Turquie dans ce conflit. «La seule puissance capable de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre reste la Russie. Et Moscou joue un jeu assez cynique.

«Cette rivalité turco-russe sur différents dossiers va donc entraîner la possibilité de conclure des compromis sur plusieurs sujets. Cette diversification des conflits permet d’augmenter les chances de trouver des compromis», explique le consultant allemand. «Si on ne peut pas avoir tout ce qu’on veut en Syrie, on peut l’avoir en Libye, sinon ce sera peut-être au Caucase.»

La guerre au Nagorny-Karabakh illustre le changement sur la scène géopolitique mondiale. «Les puissances moyennes qui émergent peuvent dire non aux grandes puissances. Les grands doivent désormais tenir compte des moyens. Ces derniers veulent se faire respecter. C’est le cas de la Turquie qui refuse de se laisser marginaliser. Et dans ce contexte il est navrant de voir les grandes puissances se focaliser sur Erdogan au lieu de se concentrer pour trouver une solution au conflit», estime M. Balci.

Il ne faut toutefois pas surestimer le rôle et le poids de la Turquie dans ce conflit. «La seule puissance capable de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre reste la Russie. Et Moscou joue un jeu assez cynique. Les Russes veulent ainsi rappeler à l’Arménie qu’ils sont les seuls partenaires crédibles capables de la sauver, alors que le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, tente depuis quelques années de s’ouvrir sur le monde en vue d’échapper à l’hégémonie de son puissant voisin», conclut Gregor Meiering.


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué. 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".