Attentats de novembre 2015: un tribunal belge démêle l'écheveau des complicités

Ce croquis d'audience réalisé le 13 avril 2022 montre le coaccusé Mohamed Abrini lors du procès des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis, se déroulant dans une salle d'audience provisoire aménagée au Palais de Justice de Paris. (Photo, AFP).
Ce croquis d'audience réalisé le 13 avril 2022 montre le coaccusé Mohamed Abrini lors du procès des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis, se déroulant dans une salle d'audience provisoire aménagée au Palais de Justice de Paris. (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 19 avril 2022

Attentats de novembre 2015: un tribunal belge démêle l'écheveau des complicités

  • Il s'agit de suspects qui ont été écartés de la procédure française
  • Ceux soupçonnés par la Belgique d'avoir transporté, hébergé ou aidé financièrement certains auteurs des attaques

BRUXELLES: En plein procès parisien, un tribunal belge se saisit à son tour mardi du tentaculaire dossier des attentats jihadistes du 13 novembre 2015, pour établir les responsabilités de 13 hommes et une femme jugés pour avoir apporté une aide, même minime, aux commandos.

Il s'agit de suspects qui ont été écartés de la procédure française, mais sont soupçonnés par la Belgique d'avoir transporté, hébergé ou aidé financièrement certains auteurs des attaques de Paris et Saint-Denis qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés.

Ces attaques, revendiquées par le groupe Etat islamique, ont été préparées en bonne partie depuis le territoire belge où la cellule jihadiste disposait d'une demi-douzaine de planques.

Après l'équipée sanglante du Stade de France, des terrasses et la tuerie de la salle parisienne du Bataclan, la justice antiterroriste belge avait très rapidement ouvert une enquête, dont ce procès à Bruxelles est l'aboutissement.

Le procès, qui s'ouvre à 14H00 (12H00 GMT) à l'ancien siège de l'Otan placé sous haute protection policière, doit se poursuivre jusqu'au 20 mai à raison de deux ou trois journées d'audience par semaine. Sauf imprévu le tribunal compte rendre son jugement le 30 juin au plus tard.

Onze hommes, dont un est présumé mort, doivent répondre de "participation aux activités d'un groupe terroriste", ce qui peut leur valoir jusqu'au cinq ans de prison.

Un autre suspect, considéré par l'accusation comme "dirigeant" de ce groupe, encourt lui jusqu'à 15 ans ferme. Il s'agit du Belgo-ivoirien Sammy Djedou, jugé par défaut car il serait également mort en Syrie où il comptait parmi les hauts responsables de l'EI.

Enfin deux des 14 prévenus se voient reprocher des délits connexes: l'un d'eux est jugé pour des infractions aux lois sur les armes et les explosifs, et l'autre --la seule femme du dossier-- pour la fourniture de faux papiers aux membres de la cellule à l'origine des attentats de Paris et Bruxelles (32 morts en mars 2016).

«Des souvenirs trop douloureux»

Pour la plupart, les suspects gravitaient dans l'entourage de Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos du 13 novembre, d'Abdelahamid Abaaoud, le coordinateur des attentats, et des deux frères El Bakraoui, les cousins du "cerveau" Oussama Atar qui se sont fait exploser dans le métro et à l'aéroport de Bruxelles le 22 mars 2016. 

L'un d'eux, Abid Aberkane, est jugé pour avoir caché Salah Abdeslam au domicile de sa mère, à Molenbeek, les derniers jours précédant l'arrestation du jihadiste français, le 18 mars 2016.

Un autre, Youssef El Ajmi, a accompagné deux fois son ami Ibrahim El Bakraoui à l'aéroport à l'été 2015, d'abord à Amsterdam-Schiphol puis un mois plus tard à Paris-Roissy. Selon l'accusation il ne pouvait ignorer qu'El Bakraoui voulait à tout prix rejoindre la Syrie à partir du sol turc, ce que son avocat va contester.

"Il n'était pas marqué sur son front qu'il (El Bakraoui) allait combattre en Syrie, combien de Belges savaient à l'époque que le califat avait été proclamé là-bas ?", questionne Me Michel Bouchat.

"Après coup, conduire un copain à l'aéroport est devenu participer à un groupe terroriste, c'était facile de faire des procès d'intention", grince le défenseur d'El Ajmi.

A ce stade sept personnes se sont constituées parties civiles au procès.

Parmi elles figurent les parents et une soeur d'Elif Dogan, une Liégeoise d'origine turque tuée à 27 ans sur la terrasse du bar Le Carillon à Paris le soir du 13 novembre.

"Pour ne pas raviver des souvenirs trop douloureux, ils ne comptent pas venir témoigner au tribunal", a dit à l'AFP leur avocate, Julie Henkinbrant.

A Paris, une cour d'assises spéciale juge depuis septembre 20 accusés --dont 14 présents-- dans le dossier du 13-novembre. Le verdict est attendu fin juin.


Le «merci» musical d'un violoniste syrien à son village d'accueil provençal

Le violoniste syrien Bilal Al Nemr pratique à Vauvenargues, dans le sud de la France, le 29 juin 2022. Il a tenu à remercier les habitants pour leur accueil en organisant un festival de musique dans ce village d'à peine 1 000 habitants du 1er au 3 juillet. (Photo, AFP)
Le violoniste syrien Bilal Al Nemr pratique à Vauvenargues, dans le sud de la France, le 29 juin 2022. Il a tenu à remercier les habitants pour leur accueil en organisant un festival de musique dans ce village d'à peine 1 000 habitants du 1er au 3 juillet. (Photo, AFP)
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  • Au pied de la montagne Sainte-Victoire résonneront les notes classiques des compositeurs allemands Beethoven et Mendelssohn, mais aussi des mélodies arabes, comme la sonate syrienne numéro 2 en la mineur du musicien d'origine irakienne Solhi Alwadi
  • Repéré par un professeur, Bilal Al Nemr entre au conservatoire Solhi Alwadi puis gagne un concours international qui lui permet, à l'âge de 13 ans, de venir à Aix-en-Provence continuer ses études

VAUVENARGUES, France : Il voulait «remercier» Vauvenargues, pittoresque village des Bouches-du-Rhône, tout près d'Aix-en-Provence, d'avoir accueilli ses parents fuyant la guerre en Syrie: Bilal Alnemr, 25 ans, violoniste virtuose formé à l'académie de Daniel Barenboïm y organise ce week-end un festival.

Au pied de la montagne Sainte-Victoire peinte par Cézanne, près du château où est enterré Pablo Picasso, résonneront les notes classiques des compositeurs allemands Ludwig van Beethoven (1770-1827) et Félix Mendelssohn (1809-1847) mais aussi des mélodies arabes, comme la sonate syrienne numéro 2 en la mineur du musicien d'origine irakienne Solhi Alwadi(1934-2007), interprétées par des solistes de renom et le Nouvel orchestre symphonique du pays d'Aix-en-Provence.

La musicienne Wahed Bouhassoun, qui a souvent accompagné Jordi Savall, y interprétera aussi à l'oud des chansons poétiques de la région des parents de Bilal, dans le sud de la Syrie.

«Mes parents sont arrivés en France avec deux valises en 2016, cinq ans après le début de la guerre, Vauvenargues s'est transformé en lieu d'accueil merveilleux. J'avais envie d'utiliser mon langage qui est la musique classique pour rendre à ce village de 1.000 habitants ce qu'il a donné à ma famille, en y organisant un festival avec de grands artistes», raconte à l'AFP Bilal Alnemr qui a terminé l'Académie Barenboïm-Saïd à Berlin.

Lui est arrivé en France en premier grâce à son talent pour le violon. Ses parents n'étaient pas musiciens: mère comptable et père maçon ayant aussi travaillé au Liban comme maître-nageur.

«Quand mon père était petit, une fille jouait de l’accordéon et le professeur l’a présentée comme quelqu'un d’extraordinaire», raconte-t-il. Un jour, le père de Bilal a voulu essayer un violon posé sur une table chez un cousin mais ne put en faire sortir aucun son. «Plus tard, au Liban, il a écouté un morceau de violon à la radio et il a dit: +Je n’ai pas réussi à faire du violon, mais mon fils en jouera+».

Bébé, Bilal reçoit à Damas un jouet en forme de violon. Puis, son père lui offre ce bel instrument à cordes. Il trouve alors un cours dans une école de musique, dans une cave. «J'ai gagné un petit concours, le prix c'était un walkman bleu que j'ai toujours». Repéré par un professeur, il entre au conservatoire Solhi Alwadi puis gagne un concours international.

- «Belle histoire» -

Des professeurs français lui proposent en 2010, à l'âge de 13 ans, de venir à Aix-en-Provence continuer ses études. Un an plus tard, avec la guerre en Syrie, c'est «la séparation»; pendant des années il ne voit plus sa famille. Seul, l'inquiétude au ventre pour ses proches à Damas,

Bilal travaille d'arrache-pied: il est à 07H00 au lycée pour faire une heure de violon, enchaîne les cours puis répète des heures le soir.

Il décroche un bac scientifique avec mention, entre au Conservatoire à Paris et réussit à faire venir sa sœur, puis ses parents.

«Ils venaient d'arriver en France, encore un peu déboussolés; nous avions un logement qui se libérait à Vauvenargues, nous l'avons mis à disposition, des habitants l'ont meublé», se souvient le maire Philippe Charrin.

Six ans plus tard, sa mère travaille à l'école du village et son père est agent responsable de la déchetterie. «Ils sont complètement intégrés, c'est extraordinaire», s'émerveille M. Charrin.

Bilal lui, a joué aux côtés de musiciens prestigieux comme Daniel Barenboïm, Renaud Capuçon ou Hélène Grimaud. Il a obtenu la nationalité française en 2021 en tant que personnalité contribuant au rayonnement culturel. «Et il nous fait ce cadeau, ces Rencontres musicales de Vauvenargues: on avait donné un peu et on reçoit beaucoup, c'est une belle histoire», dit le maire.

D'ex-professeurs de collège de Bilal assisteront aux concerts. Des élèves gardés par sa mère viendront à l'atelier d'éveil musical. Bilal, qui commence à réaliser son rêve de devenir un soliste international, reste fidèle à sa base, de l'amour de son pays natal syrien à celui pour son village d'accueil français et pour tous ceux qui l'ont aidé sur son chemin: «Je suis comme un arbre, plus je monte vers le haut, plus mes racines s'enfoncent».


Aéroports en grève: des dizaines de vols annulés à Roissy, crainte pour les vacances

Le terminal de l’aéroport Orly 3. (AFP)
Le terminal de l’aéroport Orly 3. (AFP)
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  • Ces annulations vont toucher un vol sur cinq entre 7h00 et 14h00 samedi au départ ou à l'arrivée de CDG
  • Dans les aéroports franciliens, ADP invite les passagers à arriver «trois heures (avant le vol) pour un vol international» et «deux heures pour un vol domestique ou européen»

PARIS : Des dizaines de vols vont être annulés samedi à Roissy-Charles-de-Gaulle, l'aéroport français le plus touché par un conflit social portant sur les salaires et les conditions de travail, qui risque aussi d'affecter le début des grandes vacances dans une semaine.

Les pompiers de Roissy-Charles-de-Gaulle (CDG), premier aéroport français, se sont mis en grève depuis jeudi, contraignant la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) à demander des suppressions préventives de vols: une partie des pistes doivent être fermées pour des raisons de sécurité.

Ces annulations vont toucher un vol sur cinq entre 7h00 et 14h00 samedi au départ ou à l'arrivée de CDG, une détérioration après un vol sur six la veille et l'avant-veille, a prévenu l'administration.

Vendredi, ce sont une centaine de mouvements d'aéronefs sur 1.300 qui avaient ainsi été supprimés à Roissy. L'autre grand aéroport de la région parisienne, Orly, n'a pas été affecté.

«Le mouvement se poursuit chez les pompiers», qui sont «insatisfaits des propositions de la direction» sur leur grille de salaires, a déclaré vendredi soir à l'AFP Daniel Bertone, le secrétaire général de la CGT du Groupe ADP, le gestionnaire des aéroports de Paris.

Le même jour, les soldats du feu ont été rejoints par d'autres salariés d'ADP et de sous-traitants dans le cadre d'un mouvement intersyndical et interprofessionnel pour les salaires et les conditions de travail, dont le préavis court tout le week-end.

Selon M. Bertone, de nouveaux préavis ont également été déposés pour le week-end prochain, qui marquera le début des vacances scolaires d'été et voit traditionnellement un pic de fréquentation.

Les négociations de vendredi, qui n'ont pas abouti, portaient sur les salaires au sein du Groupe ADP, contrôlé en majorité par l'Etat.

- Les voyagistes craignent «le pire» -

Selon le syndicaliste CGT, les salariés réclament 6% de revalorisation avec effet rétroactif au 1er janvier, pour compenser l'inflation; la direction a proposé 4% au 1er juillet, a-t-il dit.

Il a remarqué que cette hausse ne rattrapait pas les quelque 5% de baisse acceptées par les salariés dans le cadre du plan de réduction des coûts décidé par ADP face à la crise du Covid-19 en 2020-2021.

La direction n'a pas confirmé les chiffres évoqués par la CGT, se bornant à concéder que «les négociations n'ont pas abouti, mais le dialogue social demeure ouvert».

Outre les annulations, la grève, touchant notamment les postes d'inspection filtrage et la manutention, s'est traduite par «quelques retards» vendredi selon ADP.

Comme les deux jours précédents, Air France a annoncé l'annulation d'environ 10% de ses vols court et moyen-courriers samedi. Les long-courriers ne seront pas affectés.

À l'appel d'une intersyndicale FO-CGT-CFE-CGC, un préavis de grève a également été déposé de vendredi à lundi à Marseille-Provence, mais sa direction ne prévoyait ni annulation ni retard, des personnels ayant été réquisitionnés par arrêté préfectoral.

Dans les aéroports franciliens, ADP invite les passagers à arriver «trois heures (avant le vol) pour un vol international» et «deux heures pour un vol domestique ou européen».

Le gouvernement va «continuer à échanger avec les syndicats pour trouver une sortie de crise», a assuré vendredi Olivia Grégoire, porte-parole du gouvernement. «L'idée que nos compatriotes ne puissent pas partir en vacances n'est pas viable», a-t-elle ajouté.

La veille, des associations de voyagistes avaient estimé que les perturbations dans les aéroports ces dernières semaines «font craindre le pire pour les vacances et les voyages des Français et des Françaises».

Eurocontrol, l'organisme de surveillance du trafic aérien du Vieux continent, estime que celui-ci pourrait retrouver en août jusqu'à 95% de son niveau de 2019, avant la crise sanitaire qui a divisé la fréquentation par trois en 2020.

Pourtant, l'été s'annonce très difficile pour le secteur, qui peine à retrouver son efficacité opérationnelle après la pandémie et connaît de nombreux mouvements sociaux, au sein de compagnies comme d'installations aéroportuaires.


Covid: La Guadeloupe enregistre un net rebond

Du personnel médical au service de réanimation de l'hôpital de Pointe-à-Pitre (Photo, AFP).
Du personnel médical au service de réanimation de l'hôpital de Pointe-à-Pitre (Photo, AFP).
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  • L'hôpital a mis en place des mesures pour juguler la tension induite par ce rebond
  • En Guadeloupe, selon le dernier bulletin sanitaire, seule 25% de la population est triple vaccinée

POINTE-À-PITRE, France: L'épidémie de Covid-19 connaît un rebond en Guadeloupe avec 2.299 nouveaux cas lors des quatre premiers jours de la semaine, a annoncé vendredi la préfecture à l'approche des vacances d'été.

"Le nombre de personnes testées positives a significativement augmenté par rapport aux quatre premiers jours de la semaine (dernière): 2.299 contre 1.552 soit une augmentation de 48%", a indiqué dans un communiqué la préfecture de Guadeloupe.

Ce rebond avait poussé jeudi les autorités à prolonger les mesures sanitaires en vigueur à l'entrée sur le territoire guadeloupéen.

Ainsi, les voyageurs à destination de la Guadeloupe devront présenter un test PCR ou antigénique négatif, ou un certificat de rétablissement pour ceux qui ont contracté le virus, ou afficher un schéma vaccinal complet.

L'hôpital a aussi mis en place des mesures pour juguler la tension induite par ce rebond.

Depuis le 15 juin, les urgences n'accueillent plus les patients qui ne seront pas passés par le Samu, le Centre 15 au préalable, entre 20 heures et 8 heures du matin, a prévenu dans un communiqué la direction du CHU de Guadeloupe.

Selon le communiqué de la préfecture, le taux d'incidence a bondi, d'une semaine à l'autre, de 649,5 à 770,3. Le taux de positivité des tests est passé de 18,3% à 20,2%.

Parallèlement, le nombre de clusters s'accroît également toujours, selon la même source.

En Guadeloupe, selon le dernier bulletin sanitaire, seule 25% de la population est triple vaccinée.