La guerre en Ukraine mettra-t-elle fin à l’interdépendance économique mondiale?

La crise ukrainienne a aggravé les perturbations sur la chaîne d’approvisionnement. (AFP)
La crise ukrainienne a aggravé les perturbations sur la chaîne d’approvisionnement. (AFP)
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Publié le Jeudi 21 avril 2022

La guerre en Ukraine mettra-t-elle fin à l’interdépendance économique mondiale?

  • Le débat n’est pas de savoir si la mondialisation sera une victime du conflit en cours entre la Russie et l’Occident, mais plutôt à quel point l’économie mondialisée sera affectée une fois que la guerre en Ukraine aura pris fin
  • Avec les sanctions sans précédent imposées à la Russie, tant en matière de volume que de portée, la Chine est certainement plus disposée à accélérer sa campagne d’autosuffisance

NEW YORK: La question de savoir si la guerre en Ukraine est en train d’enfoncer le dernier clou dans le cercueil de la mondialisation fait aujourd’hui l’objet de débats houleux en Occident, au milieu du choc infligé par le conflit à l’ordre économique international. 

Ceux qui débattent de l’avenir de l’intégration économique et de l’interdépendance dans le monde avancent un argument très important qui a sous-tendu la montée en puissance de la mondialisation. Ils affirment que l’Occident, et en particulier les États-Unis, considère la mondialisation comme la pierre angulaire de l’ordre international régi par des règles. 

À l’ère de la mondialisation, disent-ils, les pays unis par des liens commerciaux et financiers n’entrent pas en guerre. Pour eux, la mondialisation ne permet pas uniquement de prévenir les conflits, mais aussi de mettre en place un monde de coopération et de paix. 

Bien que cet argument ait été contesté à maintes reprises au cours des soixante-seize dernières années, depuis la mise en place du modèle politique et économique actuel après la Seconde Guerre mondiale, il continue d’être la référence absolue de la mondialisation. 

Certains analystes considèrent que ce à quoi nous assistons désormais signe la fin de cette époque de mondialisation. Le lauréat du prix Nobel d’économie et chroniqueur au New York Times, Paul Krugman, craint une «répétition de la situation économique de 1914, l’année qui a mis fin à ce que certains économistes qualifient de “première vague de mondialisation”». Il prédit une nouvelle vague de démondialisation. 

La guerre en Ukraine enfoncerait-elle le dernier clou dans le cercueil de la mondialisation? (AFP)
La guerre en Ukraine enfoncerait-elle le dernier clou dans le cercueil de la mondialisation? (AFP) 

Le débat n’est pas de savoir si la mondialisation sera une victime du conflit en cours entre la Russie et l’Occident, mais plutôt à quel point l’économie mondialisée sera affectée une fois que la guerre en Ukraine aura pris fin. Cela dit, certains considèrent que la mondialisation est en phase d’évolution, mais qu’elle se porte bien; d’autres y voient un déclin partiel plutôt que la fin. 

Les sceptiques prévoient une accélération du déclin de la mondialisation et de l’intégration économique mondiale. Ils affirment que le déclin a été plus prononcé aux États-Unis sous l’ancien président, Donald Trump, et sa politique «America First», alors que son successeur, Joe Biden, préserve l’accent mis sur la priorité au «Made in America». 

Les politiques étrangère et économique de M. Biden visent à aider le contribuable américain. Il écrit dans un tweet publié cette semaine: «Depuis le premier jour, chaque action que j’entreprends pour reconstruire notre économie est guidée par un même principe – Made in America. Cela signifie utiliser des produits, des pièces et des matériaux fabriqués ici aux États-Unis. Il s’agit de renforcer les emplois dans le secteur manufacturier et de construire de chaînes d’approvisionnement, ici, chez nous.» 

Le président Biden veut rendre les États-Unis moins dépendants des importations chinoises et il s’efforce de dissocier les deux pays sur le plan économique. Mais Pékin a sa propre initiative d’autosuffisance «Made in China 2025» et travaille à réduire sa dépendance vis-à-vis des produits étrangers dans tous les domaines. 

Telle était la tendance même avant la guerre en Ukraine. Désormais, avec les sanctions sans précédent imposées à la Russie, tant en matière de volume que de portée, la Chine est certainement plus disposée à accélérer sa campagne d’autosuffisance. 

Deux semaines après le début de la guerre et la mise en place des sanctions, les entreprises ainsi que les investisseurs étrangers se sont empressés de quitter la Russie. On rapporte que quatre cents entreprises se sont retirées du pays, parmi lesquelles figurent le géant de la technologie Apple, le couturier Chanel et l’entreprise de vente de meubles Ikea. 

La Russie a été coupée des marchés financiers internationaux et du service de messagerie Swift qui regroupe plus de onze mille institutions financières dans le monde, tandis que ses actifs ont été confisqués aux États-Unis et en Europe. 

Cependant, ce n’est pas le sort de la Russie qui nous inquiète, puisque c’est la onzième économie mondiale. Les yeux étaient rivés sur la deuxième plus grande économie – la Chine – où les nouvelles en provenance de ses marchés financiers étaient troublantes. La Chine est plus intégrée et essentielle à l’économie mondiale que la Russie. Les rapports font état d’une «fuite de capitaux à grande échelle sans précédent depuis la Chine», à la suite de la guerre en Ukraine. 

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«L’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis fin à la mondialisation que nous avons connue au cours des trois dernières décennies», déclare Larry Fink, PDG de BlackRock. (AFP) 

Selon l’Institut de la finance internationale (IIF), cité par Bloomberg, les investisseurs ont retiré leur argent de la Chine à un rythme sans précédent, depuis que la Russie a envahi l’Ukraine, provoquant un «changement très inhabituel au niveau des flux de capitaux mondiaux sur les marchés émergents». Le rapport note qu’il n’y avait pas de «fuites similaires sur le reste des marchés émergents». 

L’économiste en chef de l’IIF, cité par Bloomberg, affirme que le moment de la sortie des fonds, qui a coïncidé avec l’invasion par la Russie de l’Ukraine, «suggère que les investisseurs regardent la Chine sous un nouvel angle». Cependant, il avertit qu’il serait peut-être prématuré de dire s’il s’agit d’une tendance. Entre-temps, la guerre a insufflé un sentiment d’urgence palpable au niveau des efforts de l’Europe pour se passer du pétrole et du gaz russes. 

La leçon que les investisseurs et les entreprises doivent tirer de la guerre en Ukraine et de la pandémie de Covid-19 est que l’ère du faible coût et de l’efficacité ne peut rivaliser avec la fiabilité et la sécurité. Les dirigeants d’entreprise ont appris, après les perturbations sur les chaînes d’approvisionnement pendant la pandémie et la guerre en cours, que la fiabilité est moins chère que l’imprévisibilité. 

«L’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis fin à la mondialisation que nous avons connue au cours des trois dernières décennies», déclare Larry Fink, PDG de BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, dans une lettre adressée aux actionnaires le mois dernier. 

M. Fink, dont la société gère dix mille milliards de dollars (1 dollar = 0,92 euro) d’actifs, affirme que l’isolement de la Russie «incitera les entreprises et les gouvernements du monde entier à réévaluer leurs dépendances et à réanalyser leurs empreintes de fabrication et d’assemblage». 

En effet, depuis la pandémie, de nombreux pays préfèrent être indépendants plutôt qu’interdépendants, en faisant passer la souveraineté avant le libre-échange et la mondialisation. Les observateurs soulignent la polarisation et la fragmentation politiques dans le monde et ils constatent une tendance économique similaire qui reflétera et amplifiera ces divisions. 

Cependant, les partisans de la mondialisation estiment que les informations faisant état de sa mort sont très exagérées. Ils sont convaincus que ce à quoi nous assistons n’est qu’un réajustement pour s’adapter au nouvel ordre. Ils soutiennent que le monde interconnecté ne reviendra jamais aux blocs économiques fragmentés du passé, car les avantages économiques de la mondialisation ne peuvent être remplacés. Ils soulignent, par ailleurs, que le monde a besoin de plus de mondialisation, pas d’enracinement. 

Selon le New York Times, Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), appellerait à la «remondialisation». Elle a déclaré lors d’une conférence: «Des marchés internationaux plus profonds et plus diversifiés demeurent notre meilleur atout pour une résilience de la chaîne d’approvisionnement.» 

Force est de constater que nous assistons à la naissance d’une nouvelle ère et d’une transformation qui va réorienter l’économie mondiale et garantir l’émergence d’un ordre économique repensé, motivé par les répercussions de deux perturbations majeures auxquelles nous assistons actuellement: la pandémie de Covid-19 et la guerre en Europe. 

Selon la manière dont la guerre prendra fin, on pourrait même voir un nouvel ordre politique mondial remplacer celui qui a prévalu pendant plus de trois quarts de siècle. 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Le chômage chez les Saoudiens tombe à 10,1% au premier trimestre de 2022, son niveau le plus bas en sept ans

Le chômage chez les Saoudiens est tombé à 10,1 % au premier trimestre de l’année 2022, contre 11 % au quatrième trimestre de l’année 2021. (Shutterstock)
Le chômage chez les Saoudiens est tombé à 10,1 % au premier trimestre de l’année 2022, contre 11 % au quatrième trimestre de l’année 2021. (Shutterstock)
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  • Le taux de chômage a diminué plus rapidement chez les Saoudiennes, reculant de 3,2 points pour atteindre 20,2 %
  • Le taux de chômage total du Royaume – incluant les Saoudiens et les non-Saoudiens – a diminué de 0,9 point pour atteindre 6,0 % au premier trimestre de l’année 2022

RIYAD: Le chômage chez les Saoudiens est tombé à 10,1 % au premier trimestre de l’année 2022, contre 11 % au quatrième trimestre de l’année 2021, d’après les données officielles.

Il s’agit du niveau le plus bas depuis le deuxième trimestre de l’année 2016, selon les données compilées par Arab News sur la base des chiffres publiés par l’Autorité générale des statistiques (Gastat).

Le taux de chômage a diminué plus rapidement chez les Saoudiennes, reculant de 3,2 points pour atteindre 20,2 %.

Au cours de la même période, l’indicateur pour les Saoudiens n’a reculé que de 0,1 point pour atteindre 5,1 %.

Quant aux non-Saoudiens, le taux de chômage a diminué de 0,7 point pour atteindre 2,2 % au premier trimestre de l’année 2022.

Il a baissé de 0,4 point pour atteindre 1,6 % chez les hommes non saoudiens, et de 2,6 points pour atteindre 6,4 % chez les femmes non saoudiennes.

Le taux de chômage total du Royaume – incluant les Saoudiens et les non-Saoudiens – a diminué de 0,9 point pour atteindre 6,0 % au premier trimestre de l’année 2022.

Par ailleurs, le taux d’activité a diminué chez les Saoudiens et les non-Saoudiens, perdant 1,3 point et 0,6 point pour atteindre 50,1 % et 74,8 % pour les groupes de nationalités respectifs.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Inflation: Leclerc juge certaines hausses de prix « suspectes» et demande une commission d'enquête parlementaire

Une femme se tient à côté d'une étagère vide dans un supermarché à Paris, le 15 mars 2020. (Photo, AFP)
Une femme se tient à côté d'une étagère vide dans un supermarché à Paris, le 15 mars 2020. (Photo, AFP)
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  • « La moitié des hausses demandées» par les industriels dans le cadre de renégociations sur le prix des denrées qui seront ensuite vendues par les grandes surfaces « ne sont pas transparentes et sont suspectes»
  • Le président du groupe PS à l'Assemblée nationale Boris Vallaud a jugé « important qu'un chef d'entreprise le dise»

PARIS : Le médiatique président du comité stratégique des centres E. Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, a estimé jeudi que "la moitié des hausses de prix" demandées par les industriels de l'agro-alimentaire "ne sont pas transparentes et sont suspectes", et a appelé le Parlement à se pencher sur le sujet.

"La moitié des hausses demandées" par les industriels dans le cadre de renégociations sur le prix des denrées qui seront ensuite vendues par les grandes surfaces "ne sont pas transparentes et sont suspectes", a-t-il estimé sur BFMTV et RMC.

"J'aimerais bien que les députés (...) ouvrent une commission d'enquête sur les origines de l'inflation, sur ce qui se passe sur le front des prix depuis les transports jusqu'aux consommateurs", a-t-il expliqué, jugeant que "beaucoup des hausses demandées sont des hausses d'anticipation, voire de spéculation".

Devant la flambée des coûts de production liés au redémarrage de l'économie post-Covid-19 ainsi qu'à la guerre en Ukraine, le gouvernement avait appelé mi-mars distributeurs et industriels de l'agroalimentaire à se remettre autour de la table pour revoir les contrats tout juste signés le 1er mars à l'issue des négociations commerciales.

Ces contrats fixent le prix de certains des produits qui seront vendus dans l'année en grandes surfaces et le premier round des négociations avait abouti à une augmentation moyenne de 3% des prix facturés par les industriels aux distributeurs.

Or, estime aujourd'hui Michel-Edouard Leclerc, ces renégociations ont "donné la prime à la surenchère". "Quand un fournisseur arrive avec ses factures, on lui demande la transparence. Je comprends que les petites entreprises (soient fortement affectées par) le prix du verre, de l'aluminium", a-t-il assuré. "Pour les plus petits que nous, on a du discernement et on (accepte) leurs hausses" de prix.

Il a en revanche stigmatisé "les grandes entreprises internationales" qui sont arrivées "avec des factures de transport en augmentation de 15, 20, 30%, notamment les prix des containers qui ont augmenté de 30%". Ce, alors que "les sociétés de transport sortent des bénéfices par milliards l'année dernière", a-t-il dit.

Autre exemple, les "fabricants de produits à base de chocolat ou de cacao qui invoquent l'Ukraine pour une augmentation de 15% de tarif sur les barres chocolatées ou la confiserie...", a-t-il ajouté, appelant les parlementaires à "demander un peu à tout le monde de justifier sa part de hausse".

"Excellente suggestion", a réagi le député PS et premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure dans un tweet, ironisant: "(précision utile pour sa bonne réputation, il n’est pas Nupes)".

Le président du groupe PS à l'Assemblée nationale Boris Vallaud a jugé "important qu'un chef d'entreprise le dise". "Ces hausses de prix ne sont pas tenables, il faut transparence et action. Cette demande d'une commission d'enquête parlementaire doit être regardée. Le gouvernement a-t-il saisi les autorités de la concurrence ?", a-t-il aussi demandé dans un tweet.

Pour la députée LFI Clémentine Autain, "l'augmentation de l'inflation est directement corrélée aux immenses sommes données aux grands groupes sans aucune contrepartie". "Excellente idée que cette commission d'enquête, nous avons besoin de savoir", a-t-elle ajouté.


USA: la banque UBS sanctionnée pour avoir vendu des produits complexes sans expliciter les risques

La banque suisse UBS a accepté de verser près de 25 millions de dollars pour avoir vendu des produits financiers (Photo, AFP).
La banque suisse UBS a accepté de verser près de 25 millions de dollars pour avoir vendu des produits financiers (Photo, AFP).
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  • UBS a accepté de rembourser 5,8 millions de dollars et 1,4 million de dollars d'intérêts, déjà reversés aux investisseurs, ainsi qu'une amende de 17,4 millions
  • La banque a promu et vendu les produits en question, des instruments complexes reposant sur le courtage d'options baptisées YES, à environ 600 investisseurs entre février 2016 et février 2017

NEW YORK: La banque suisse UBS a accepté de verser près de 25 millions de dollars pour avoir vendu des produits financiers dont le risque échappait parfois à ses conseillers financiers et, par ricochet, à ses clients, a annoncé mercredi le gendarme boursier américain (SEC).

Sans admettre ou nier les conclusions de l'autorité, UBS a accepté de rembourser 5,8 millions de dollars et 1,4 million de dollars d'intérêts, déjà reversés aux investisseurs, ainsi qu'une amende de 17,4 millions, détaille la SEC dans un communiqué.

La banque a promu et vendu les produits en question, des instruments complexes reposant sur le courtage d'options baptisées YES, à environ 600 investisseurs entre février 2016 et février 2017.

Mais "UBS n'a pas fourni à ses conseillers financiers une formation et une supervision adéquates de la stratégie", déplore la SEC.

Bien que la banque "ait reconnu et documenté la possibilité d'un risque important" dans ces investissements, "elle n'a pas partagé ces données avec les conseillers ou les clients", ajoute l'autorité.

Aussi certains conseillers "ne comprenaient pas les risques et n'étaient pas en mesure de s'assurer que les conseils qu'ils prodiguaient étaient dans le meilleur intérêt de leurs clients", affirme la SEC.

"Les sociétés de conseil sont tenues de mettre en œuvre des politiques et des procédures appropriées pour garantir que toutes les parties impliquées dans la vente de produits et de stratégies financiers complexes ont une compréhension claire des risques que ces produits présentent", a commenté Osman Nawaz, responsable d'une unité sur les instruments financiers complexes à la SEC, dans le communiqué.