Les promesses non tenues des Talibans désespèrent les Afghanes

Manifestation de femmes afghanes devant le ministère de l’Éducation. (Photo AFP)
Manifestation de femmes afghanes devant le ministère de l’Éducation. (Photo AFP)
Short Url
Publié le Samedi 23 avril 2022

Les promesses non tenues des Talibans désespèrent les Afghanes

  • Le maintien de l'interdiction de l'enseignement secondaire pour les filles, parmi d'autres mesures répressives, témoigne de la domination des partisans de la ligne dure
  • À moins que les talibans ne montrent qu'ils sont prêts à assouplir leur ligne dure, notamment sur les questions relatives aux droits des femmes, il est peu probable que le régime ait accès aux milliards de dollars d'aide

DUBAÏ: Chaque jour, Nasima, 16 ans, et Shakila, 17 ans, attendent avec impatience la nouvelle de la réouverture de leur école à Kaboul, Lameha-e-Shaheed, pour pouvoir reprendre leurs études. Cela fait maintenant un mois qu'elles attendent, depuis que les talibans ont fermé les écoles secondaires pour filles du jour au lendemain, revenant sur une décision antérieure consistant à accorder aux femmes plus de liberté ainsi que l’accès à l'éducation.

«La vérité est que la vision des talibans en matière des droits des femmes, des droits de l'homme et des libertés individuelles n’a nullement changé au cours des vingt dernières années», déclare à Arab News Nilofar Akrami, une universitaire de 30 ans qui enseigne aux femmes à l'Université de Kaboul. (Photo fournie)
«La vérité est que la vision des talibans en matière des droits des femmes, des droits de l'homme et des libertés individuelles n’a nullement changé au cours des vingt dernières années», déclare à Arab News Nilofar Akrami, une universitaire de 30 ans qui enseigne aux femmes à l'Université de Kaboul. (Photo fournie)

Le 23 mars au matin, plus d'un million de filles de l’âge de Nasima et Shakila se sont présentées à leur école en Afghanistan pour la première fois depuis que les talibans ont pris le pouvoir en août de l'année dernière, mais elles ont été refoulées.

«Sous l’égide de l'émirat islamique d'Afghanistan, les écoles pour femmes à partir de la classe de sixième sont fermées jusqu'à nouvel ordre», peut-on lire dans un rapport de l'agence de presse protalibans Bakhtar.

«Ils trouveront toujours des prétextes pour empêcher les filles d'apprendre parce que les filles éduquées et les femmes autonomes leur font peur», a déclaré Malala Yousafzai, lauréate du prix Nobel de la paix.

Bien que de nombreux Afghans aient été consternés par la nouvelle, ceux qui connaissent la vision puritaine et les politiques erratiques des talibans pendant leur règne de 1996 à 2001 n'ont pas été surpris.

L'ultraconservatisme rampant ressort clairement dans les nouvelles règles qui interdisent aux femmes non voilées ou non accompagnées d'un chaperon masculin de voyager sur de longues distances. Il en va de même pour le licenciement des femmes de leurs emplois et des postes d'influence et, surtout, dans la volte-face du 23 mars en matière d’éducation.

EN BREF

-          La nouvelle interdiction de l'éducation des filles dévoile les dissensions au sein du leadership taliban

-          Les enseignants et les filles afghanes ont peu d'espoir de voir les écoles rouvrir

-          Le taux d'alphabétisation des femmes a plus que doublé entre 2000 et 2018

«Ils nous ont répété à l’envi qu'ils allaient rouvrir les écoles et laisser tout le monde y retourner», a déclaré à Arab News Lina Farzam, enseignante dans une école primaire de Kaboul.

«Bien que nous n'ayons jamais cru que les talibans changeraient, nous avions de l'espoir. Nous ne savons pas pourquoi le monde leur a fait confiance et leur a donné une autre chance.»

La volte-face sur l'enseignement secondaire, qui aurait eu lieu après une réunion secrète de la direction du groupe à Kandahar, suggère que son aile ultraconservatrice continue d’orienter la trajectoire idéologique du régime.

«Le plus cruel dans cette affaire, c'est le fait qu'ils ont annoncé que les filles pouvaient retourner à l'école, puis qu'ils ont fait marche arrière», affirme Farzam. «Imaginez ces filles qui se préparaient joyeusement pour l'école la veille et qui attendaient de retourner en classe.»

En Afghanistan, les filles en âge de fréquenter l'école primaire sont autorisées à recevoir un enseignement jusqu'à la sixième. Les femmes sont également autorisées à fréquenter l'université, mais dans le cadre de règles strictes de ségrégation des sexes et à condition de respecter un code vestimentaire strict.

5

Après le retrait chaotique d'Afghanistan de la coalition dirigée par les États-Unis en août 2021, les talibans ont insisté sur le fait qu'ils avaient changé d’approche et qu'ils permettraient aux femmes et aux jeunes filles de continuer à étudier comme elles le faisaient sous le gouvernement reconnu par les Nations unies.

Lors d'une conférence de presse tenue à Kaboul le 18 août, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a promis que le nouveau gouvernement respecterait les droits des femmes.

Le changement de cap des talibans sur la scolarisation des filles serait intervenu à l'issue d'une réunion secrète. (AFP)
Le changement de cap des talibans sur la scolarisation des filles serait intervenu à l'issue d'une réunion secrète. (AFP)

«La vérité est que la vision des talibans en matière des droits des femmes, des droits de l'homme et des libertés individuelles n’a nullement changé au cours des vingt dernières années», déclare à Arab News Nilofar Akrami, une universitaire de 30 ans qui enseigne aux femmes à l'Université de Kaboul.

Sur cette photo d'archive prise le 23 mars 2022, des filles arrivent à leur école à Kaboul. (AFP)
Sur cette photo d'archive prise le 23 mars 2022, des filles arrivent à leur école à Kaboul. (AFP)

«La vérité est que la vision des talibans en matière des droits des femmes, des droits de l'homme et des libertés individuelles n’a nullement changé au cours des vingt dernières années», déclare à Arab News Nilofar Akrami, une universitaire de 30 ans qui enseigne aux femmes à l'Université de Kaboul.

«Les talibans sont aussi intransigeants qu'ils ne l'étaient dans les années 1990 et, en ce qui concerne les femmes, ils sont même pires aujourd’hui. Malheureusement, ils ont appris à porter un masque pour tromper le monde.

«Ils pensent toujours que les femmes doivent rester à la maison et que les femmes qui quittent leur foyer pour étudier ou travailler sont mauvaises, et qu'elles vont corrompre la société.»

«Je suis troublée parce que rien ne justifie de refuser l'éducation aux filles», déclare à Arab News Daisy Khan, fondatrice de l'Initiative islamique des femmes en matière de spiritualité et d'égalité, basée à New York.» (Photo fournie)
«Je suis troublée parce que rien ne justifie de refuser l'éducation aux filles», déclare à Arab News Daisy Khan, fondatrice de l'Initiative islamique des femmes en matière de spiritualité et d'égalité, basée à New York.» (Photo fournie)

Pour Akrami, tout espoir d'émancipation des femmes en Afghanistan est depuis longtemps anéanti. «En tant que femme qui a commencé sa carrière à l'université pour faire une différence dans la vie des femmes, je suis désolée que mes rêves et ceux de centaines de femmes comme moi se soient effondrés depuis l'arrivée au pouvoir des talibans», déclare-t-elle.

Asma Faraz, qui travaillait auparavant à l'ambassade d'Afghanistan à Washington D.C., est également écœurée de voir s'envoler les libertés et les opportunités de ces vingt dernières années.

Selon l'ONU, le maintien des femmes au chômage coûte à l'Afghanistan jusqu'à 1 milliard de dollars, soit 5% du produit intérieur brut. (Photo fournie)
Selon l'ONU, le maintien des femmes au chômage coûte à l'Afghanistan jusqu'à 1 milliard de dollars, soit 5% du produit intérieur brut. (Photo fournie)

«Ma patronne était ambassadrice», a-t-elle expliqué à Arab News, faisant référence à Roya Rahmani, la première femme afghane à occuper le poste de diplomate de haut rang de son pays aux États-Unis. «En tant que femme, j'étais si fière de voir une femme entrer dans la pièce et susciter autant de respect.»

«Les femmes peuvent être ambassadrices, les femmes peuvent être membres du Parlement, les femmes peuvent être journalistes et médecins. Mais maintenant, à Kaboul, les femmes et les filles verront que les femmes ne peuvent pas aller à l'école et ne peuvent que se marier. Elles verront leurs mères travailler uniquement à la maison.»

Les dirigeants talibans ont cherché à justifier leur interdiction de l'enseignement secondaire pour les filles afghanes en invoquant un principe religieux – un point de vue que les spécialistes de l'islam et la société civile contestent.

 

Lors d'une conférence de presse tenue à Kaboul le 18 août, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a promis que le nouveau gouvernement respecterait les droits des femmes. (Photo fournie)
Lors d'une conférence de presse tenue à Kaboul le 18 août, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a promis que le nouveau gouvernement respecterait les droits des femmes. (Photo fournie)

«Je suis troublée parce que rien ne justifie de refuser l'éducation aux filles», déclare à Arab News Daisy Khan, fondatrice de l'Initiative islamique des femmes en matière de spiritualité et d'égalité, basée à New York.

«Dans l'islam, la quête de la connaissance est une obligation pour tous les musulmans. Le prophète Mahomet ne faisait aucune distinction entre l'éducation des garçons et celle des filles. Il a dit: «Le meilleur d'entre vous est celui qui donne une bonne éducation à ses enfants.»

Les messages contradictoires véhiculés par les hauts responsables pourraient être le signe d'un schisme dans les rangs des talibans, entre la ligne dure basée dans le bastion de Kandahar et les responsables plus modérés qui gèrent les affaires depuis la capitale.

Hibatullah Akhundzada, le chef suprême de l'Émirat islamique, a ignoré les appels répétés, même de la part de nombreux religieux, à revenir sur la décision concernant l'éducation secondaire des filles. (Photo fournie)
Hibatullah Akhundzada, le chef suprême de l'Émirat islamique, a ignoré les appels répétés, même de la part de nombreux religieux, à revenir sur la décision concernant l'éducation secondaire des filles. (Photo fournie)

Selon certains rapports, Hibatullah Akhundzada, le chef suprême de l'Émirat islamique, a ignoré les appels répétés, même de la part de nombreux religieux, à revenir sur la décision concernant l'éducation secondaire des filles.

«Les gens parlent en permanence d'Hibatullah, mais personne ne l'a vu ni ne sait où il se trouve à Kandahar», commente Faraz. «Peut-être vit-il dans un village où les gens ne permettent pas à leurs filles d'aller à l'école et il ne sait pas comment est la vie en dehors du village.»

«Si nous voulons donner une chance aux talibans, soit, donnons-leur une chance, mais ils ne peuvent ni tout contrôler, ni importer ce qu'ils pensent être la norme de leurs villages aux villes et à la capitale où les gens avaient l'habitude d'aller à l'école et de travailler.»

Désireux de voir la question résolue rapidement et les droits des femmes et des filles afghanes préservés, des militants des États-Unis se sont rendus à Kaboul à la fin du mois de mars pour rencontrer des responsables talibans. (Photo fournie)
Désireux de voir la question résolue rapidement et les droits des femmes et des filles afghanes préservés, des militants des États-Unis se sont rendus à Kaboul à la fin du mois de mars pour rencontrer des responsables talibans. (Photo fournie)

Contrairement à la vision du camp de Kandahar, un haut responsable a récemment déclaré à NPR que les talibans n'avaient pas changé de cap en ce qui concerne l'éducation des filles, mais qu'ils avaient simplement besoin de plus de temps pour décider d'un uniforme scolaire approprié.

«Il n'est pas question d'interdire les filles dans les écoles», a déclaré Souhail Chahine, ambassadeur permanent désigné des talibans auprès des Nations unies, au média. «Il s'agit uniquement d'une question logistique consistant à décider de l'uniforme scolaire pour les filles. Nous espérons que la question de l'uniforme sera résolue dès que possible.»

«Il n'est pas question d'interdire les filles dans les écoles», a déclaré à NPR Souhail Chahine, ambassadeur permanent désigné des talibans auprès de l'ONU. (Photo fournie)
«Il n'est pas question d'interdire les filles dans les écoles», a déclaré à NPR Souhail Chahine, ambassadeur permanent désigné des talibans auprès de l'ONU. (Photo fournie)

Désireux de voir la question résolue rapidement et les droits des femmes et des filles afghanes préservés, des militants des États-Unis se sont rendus à Kaboul à la fin du mois de mars pour rencontrer des responsables talibans.

«Alors que l'attention du monde s'est tournée vers la crise en Ukraine, il est extrêmement important de ne pas oublier ce qui se passe en Afghanistan, un pays qui connaît actuellement l'une des pires années de son histoire», a déclaré à Arab News Masuda Sultan, entrepreneur américain d'origine afghane et défenseur des droits de l'homme, qui faisait partie de la délégation.

Des combattants talibans montent la garde alors que des manifestants afghans se mobilisent contre les rapports publiés sur le harcèlement des réfugiés afghans en Iran, devant l'ambassade d'Iran à Kaboul, le 11 avril 2022. (AFP)
Des combattants talibans montent la garde alors que des manifestants afghans se mobilisent contre les rapports publiés sur le harcèlement des réfugiés afghans en Iran, devant l'ambassade d'Iran à Kaboul, le 11 avril 2022. (AFP)

«L'asphyxie économique continue de cette nation peut entraîner des conséquences qui seront beaucoup plus coûteuses à résoudre si elles ne sont pas traitées immédiatement.»

En effet, à moins que les talibans ne montrent qu'ils sont prêts à assouplir leur ligne dure, notamment sur les questions relatives aux droits des femmes, il est peu probable que le régime ait accès aux milliards de dollars d'aide, aux prêts et aux actifs gelés par les États-Unis, le FMI et la Banque mondiale, dont il a désespérément besoin.

Les dirigeants talibans ont cherché à justifier l’interdiction de l'enseignement secondaire pour les filles afghanes en invoquant des principes religieux. (Photo fournie)
Les dirigeants talibans ont cherché à justifier l’interdiction de l'enseignement secondaire pour les filles afghanes en invoquant des principes religieux. (Photo fournie)

En outre, selon les Nations unies, le fait de priver les femmes de travail coûte à l'Afghanistan jusqu'à 1 milliard de dollars, soit 5% du produit intérieur brut. Comme l'a noté The Economist dans un article récent, «en pleine crise économique, le pays peut difficilement se permettre cette perte».

Pour Farzam et ses élèves de Kaboul, l'issue de la querelle idéologique au sein de la direction des talibans décidera de leur sort, et peut-être même du sort de millions d'Afghans qui ont urgemment besoin d’aides économiques.

«Aujourd’hui, les filles sont tristes de ne pas pouvoir poursuivre leur éducation», déclare-t-elle à Arab News. «Elles attendent avec impatience la réouverture de leurs écoles.»

 

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Suni Williams, l'astronaute bloquée neuf mois dans l'ISS, prend sa retraite

 L'astronaute américaine Suni Williams, dont le séjour dans l'espace initialement prévu pour durer huit jours avait duré neuf mois à cause de défaillances techniques dans le vaisseau qui devait la ramener sur Terre, a pris sa retraite fin décembre, a annoncé mardi la Nasa. (AFP)
L'astronaute américaine Suni Williams, dont le séjour dans l'espace initialement prévu pour durer huit jours avait duré neuf mois à cause de défaillances techniques dans le vaisseau qui devait la ramener sur Terre, a pris sa retraite fin décembre, a annoncé mardi la Nasa. (AFP)
Short Url
  • Les deux vétérans de l'espace avaient vu leur séjour s'éterniser en raison des problèmes détectés sur le système de propulsion du vaisseau spatial Boeing Starliner, qui effectuait avec eux son premier vol habité
  • La situation avait conduit la Nasa à décider à l'été 2024 de ramener le vaisseau de Boeing à vide sur Terre et de faire revenir les deux astronautes par l'entremise de SpaceX, l'entreprise du multimilliardaire Elon Musk

WASHINGTON: L'astronaute américaine Suni Williams, dont le séjour dans l'espace initialement prévu pour durer huit jours avait duré neuf mois à cause de défaillances techniques dans le vaisseau qui devait la ramener sur Terre, a pris sa retraite fin décembre, a annoncé mardi la Nasa.

L'astronaute était devenue célèbre avec son collègue Butch Wilmore quand leur voyage aller-retour vers la Station spatiale internationale (ISS), qui devait durer huit jours en juin 2024, s'était prolongé au-delà de neuf mois, bien plus longtemps que les rotations classiques d'environ six mois.

Les deux vétérans de l'espace avaient vu leur séjour s'éterniser en raison des problèmes détectés sur le système de propulsion du vaisseau spatial Boeing Starliner, qui effectuait avec eux son premier vol habité.

La situation avait conduit la Nasa à décider à l'été 2024 de ramener le vaisseau de Boeing à vide sur Terre et de faire revenir les deux astronautes par l'entremise de SpaceX, l'entreprise du multimilliardaire Elon Musk.

Les deux astronautes avaient pu finalement revenir sur Terre en mars 2025 après 286 jours dans l'espace.

Leur périple avait pris une tournure politique avec le retour au pouvoir du président républicain Donald Trump, ce dernier accusant son prédécesseur démocrate Joe Biden d'avoir volontairement "abandonné" les deux infortunés.

Suni Williams, 60 ans, avait rejoint la Nasa en 1998. Elle a été "une pionnière des vols spatiaux habités, façonnant l'avenir de l'exploration grâce à son leadership à bord de la station spatiale", a déclaré Jared Isaacman, directeur de la Nasa, dans un communiqué.

Suni Williams a participé à trois missions à bord de l'ISS, la première ayant eu lieu en 2006.

Au cours de sa carrière, Suni Williams a passé 608 jours dans l'espace, ce qui représente le deuxième plus long temps cumulé passé dans l'espace dans l'histoire de la Nasa, a indiqué l'agence spatiale.

Elle a également enregistré le plus long temps de sortie extravéhiculaire de toutes les femmes astronautes, soit 62 heures et 6 minutes, ce qui représente le quatrième plus long temps de tous les astronautes de la Nasa.


Les tensions au Moyen-Orient occupent le devant de la scène à Davos

Des dirigeants du monde entier, des PDG, des innovateurs technologiques et des responsables d'organisations humanitaires se rendent dans la station alpine de Davos chaque année au mois de janvier. (AFP/File Photo)
Des dirigeants du monde entier, des PDG, des innovateurs technologiques et des responsables d'organisations humanitaires se rendent dans la station alpine de Davos chaque année au mois de janvier. (AFP/File Photo)
Short Url
  • Pour sa 56e édition, la réunion annuelle du WEF devrait attirer environ 3 000 participants de plus de 130 pays
  • La délégation saoudienne, dirigée par le ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, partagera les expériences réussies du Royaume dans le cadre de Vision 2030

DAVOS : Des dirigeants mondiaux, des PDG, des innovateurs technologiques et des responsables d'organisations humanitaires arrivent dans la ville suisse de Davos, recouverte de neige, pour le Forum économique mondial 2026, que les organisateurs ont qualifié de "l'un des rassemblements de plus haut niveau de l'histoire de l'événement".

La réunion de cette année, qui se tiendra du 19 au 23 janvier, abordera une série de défis géopolitiques urgents, de la guerre en Ukraine aux tensions croissantes au Moyen-Orient, où de nombreux points chauds à Gaza, au Liban et sur la mer Rouge ont ravivé les craintes d'une escalade régionale plus large.

Placé sous le thème "Un esprit de dialogue", le forum se tient à un moment de fragmentation mondiale sans précédent, d'inégalités économiques croissantes et de changements technologiques perturbateurs, offrant une plateforme pour favoriser la coopération mondiale afin de faire face aux grandes incertitudes.

Le forum de cette année devrait attirer un nombre record de participants gouvernementaux : 400 dirigeants politiques de premier plan, six dirigeants du G7, près de 850 PDG et présidents de conseils d'administration parmi les plus importants au monde, et près de 100 licornes et pionniers de la technologie de premier plan sont attendus.

Le président américain Donald Trump, le président français Emmanuel Macron, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président égyptien Abdel Fattah El-Sisi, le président syrien Ahmad Al-Sharaa et Aziz Akhannouch, le chef du gouvernement marocain, figurent parmi les 65 chefs d'État qui participeront à cet événement de premier plan.

La délégation saoudienne, dirigée par le ministre des affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, comprendra la princesse Reema Bandar Al-Saud, ambassadrice d'Arabie saoudite aux États-Unis, Khalid Al-Falih, ministre de l'investissement, Bandar Alkhorayef, ministre de l'industrie et des ressources minérales, Ahmed Al-Khateeb, ministre du tourisme, Faisal Alibrahim, ministre de l'économie et de la planification, Abdullah Al-Swaha, ministre des communications et des technologies de l'information, et Mohammed Al-Jadaan, ministre des finances.

Les ministres engageront un dialogue avec des leaders mondiaux, tout en partageant les expériences réussies du Royaume dans le cadre de la Vision saoudienne 2030, selon un communiqué du ministère de l'économie et de la planification.

En marge du WEF, le ministère accueillera pour la deuxième année consécutive le pavillon de la Maison saoudienne, qui réunira des leaders d'opinion internationaux pour plus de 20 sessions axées sur les principales tendances et les défis qui façonnent l'économie mondiale.

Borge Brende, président-directeur général du FEM, a déclaré que la réunion de cette année serait "l'une des plus importantes", soulignant que "le dialogue n'est pas un luxe en période d'incertitude ; c'est une nécessité urgente".

Le forum mondial "offrira un espace à un mélange inégalé de dirigeants et d'innovateurs mondiaux pour dépasser les divisions, se faire une idée d'un paysage mondial en évolution rapide et proposer des solutions aux défis les plus importants et les plus pressants d'aujourd'hui et de demain", a ajouté M. Brende.


Malgré les frappes russes et le froid, Kiev danse le ska

Dans un quartier de Kiev englouti par la nuit, une source de lumière éclaire les immeubles de style soviétique, alors que le ska ukrainien retentit dans le froid polaire: "On relâche la pression!" hurle Olena pour couvrir les basses. (AFP)
Dans un quartier de Kiev englouti par la nuit, une source de lumière éclaire les immeubles de style soviétique, alors que le ska ukrainien retentit dans le froid polaire: "On relâche la pression!" hurle Olena pour couvrir les basses. (AFP)
Short Url
  • Chaque hiver depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, Moscou pilonne les infrastructures énergétiques de son voisin
  • Début janvier, des bombardements massifs ont plongé Kiev dans le noir et privé la moitié de ses habitants de chauffage

KIEV: Dans un quartier de Kiev englouti par la nuit, une source de lumière éclaire les immeubles de style soviétique, alors que le ska ukrainien retentit dans le froid polaire: "On relâche la pression!" hurle Olena pour couvrir les basses.

C'est une "flashmob", explique-t-elle, une fête improvisée entre les habitants des immeubles environnants pour "ne pas penser aux problèmes", alors que le quartier est quotidiennement privé d'électricité pendant "17 ou 18 heures".

Chaque hiver depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, Moscou pilonne les infrastructures énergétiques de son voisin.

Début janvier, des bombardements massifs ont plongé Kiev dans le noir et privé la moitié de ses habitants de chauffage.

Le réseau a été rétabli depuis, mais reste extrêmement fragile et les coupures de courant font partie du quotidien des habitants de la capitale.

Ces derniers jours, le mercure flirte avec les -20 degrés, faisant chuter la température des logements, avec parfois 10 petits degrés dans les pièces.

"Les gens en ont assez de rester sans courant, de se sentir tristes", résume Olena Chvydka. "C’est une charge psychologique pour chacun".

Pour résister, Olena a organisé une fête en plein air. Platines et baffles ont été installées à 13H, quand il faisait encore -10 °C. "Maintenant, il doit faire -15 ou moins", sourit-elle.

"Invincibles" 

House, rap, ska... les styles s'enchaînent sous les doigts gelés du DJ, dont le visage dépasse à peine d'une doudoune épaisse et d'un gros bonnet.

Pieds dans la neige glacée, une femme se déhanche, auréolée de fourrure synthétique, engoncée dans une combinaison en satin bleu.

Des verres de vin chaud, des pas de danse maladroits sur la glace, des sourires sur les visages: "Les gens sont détendus ici. C’est vraiment cool", dit à l'AFP Olga Pankratova, résidente et ancienne officier des forces armées.

"Beaucoup de résidences font cela maintenant. Je suppose que c’est une question d’unité", glisse-t-elle.

"Ce genre de rassemblements apporte une forme de résistance civilisée à la force qui nous est imposée: missiles, explosions, flammes... Ça nous unit".

Un effet de mode s'est emparé de la capitale et les vidéos de soirées de ce genre fleurissent sur les réseaux sociaux.

L'ambiance tranche avec l'atmosphère de la capitale. Depuis janvier, le ronron des générateurs est devenu la bande originale des rues de Kiev, moins peuplées qu'à l'accoutumée à cause de la glace qui recouvre ses pavés.

L'Ukraine craint aussi une reprise des frappes russes sur ses infrastructures, alors que des drones de reconnaissance russes survolent Kiev en journée, alimentant les rumeurs de possibles attaques massives sur la ville.

"Peu importe à quel point on se force à faire bonne figure, cela affecte beaucoup notre état émotionnel sur le moment", confie Olga en évoquant les coupures de courant et accusant la Russie de "vouloir instiller la peur et la haine" dans la société ukrainienne.

"Les gens sont invincibles", lance pour sa part Ievgueniï, officier militaire à la retraite, qui a participé à l'organisation de la fête.

"Malgré la situation très compliquée, ils veulent tenir bon et célébrer. Et ils attendent la victoire quoi qu’il arrive", conclut-il.