Les promesses non tenues des Talibans désespèrent les Afghanes

Manifestation de femmes afghanes devant le ministère de l’Éducation. (Photo AFP)
Manifestation de femmes afghanes devant le ministère de l’Éducation. (Photo AFP)
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Publié le Samedi 23 avril 2022

Les promesses non tenues des Talibans désespèrent les Afghanes

  • Le maintien de l'interdiction de l'enseignement secondaire pour les filles, parmi d'autres mesures répressives, témoigne de la domination des partisans de la ligne dure
  • À moins que les talibans ne montrent qu'ils sont prêts à assouplir leur ligne dure, notamment sur les questions relatives aux droits des femmes, il est peu probable que le régime ait accès aux milliards de dollars d'aide

DUBAÏ: Chaque jour, Nasima, 16 ans, et Shakila, 17 ans, attendent avec impatience la nouvelle de la réouverture de leur école à Kaboul, Lameha-e-Shaheed, pour pouvoir reprendre leurs études. Cela fait maintenant un mois qu'elles attendent, depuis que les talibans ont fermé les écoles secondaires pour filles du jour au lendemain, revenant sur une décision antérieure consistant à accorder aux femmes plus de liberté ainsi que l’accès à l'éducation.

«La vérité est que la vision des talibans en matière des droits des femmes, des droits de l'homme et des libertés individuelles n’a nullement changé au cours des vingt dernières années», déclare à Arab News Nilofar Akrami, une universitaire de 30 ans qui enseigne aux femmes à l'Université de Kaboul. (Photo fournie)
«La vérité est que la vision des talibans en matière des droits des femmes, des droits de l'homme et des libertés individuelles n’a nullement changé au cours des vingt dernières années», déclare à Arab News Nilofar Akrami, une universitaire de 30 ans qui enseigne aux femmes à l'Université de Kaboul. (Photo fournie)

Le 23 mars au matin, plus d'un million de filles de l’âge de Nasima et Shakila se sont présentées à leur école en Afghanistan pour la première fois depuis que les talibans ont pris le pouvoir en août de l'année dernière, mais elles ont été refoulées.

«Sous l’égide de l'émirat islamique d'Afghanistan, les écoles pour femmes à partir de la classe de sixième sont fermées jusqu'à nouvel ordre», peut-on lire dans un rapport de l'agence de presse protalibans Bakhtar.

«Ils trouveront toujours des prétextes pour empêcher les filles d'apprendre parce que les filles éduquées et les femmes autonomes leur font peur», a déclaré Malala Yousafzai, lauréate du prix Nobel de la paix.

Bien que de nombreux Afghans aient été consternés par la nouvelle, ceux qui connaissent la vision puritaine et les politiques erratiques des talibans pendant leur règne de 1996 à 2001 n'ont pas été surpris.

L'ultraconservatisme rampant ressort clairement dans les nouvelles règles qui interdisent aux femmes non voilées ou non accompagnées d'un chaperon masculin de voyager sur de longues distances. Il en va de même pour le licenciement des femmes de leurs emplois et des postes d'influence et, surtout, dans la volte-face du 23 mars en matière d’éducation.

EN BREF

-          La nouvelle interdiction de l'éducation des filles dévoile les dissensions au sein du leadership taliban

-          Les enseignants et les filles afghanes ont peu d'espoir de voir les écoles rouvrir

-          Le taux d'alphabétisation des femmes a plus que doublé entre 2000 et 2018

«Ils nous ont répété à l’envi qu'ils allaient rouvrir les écoles et laisser tout le monde y retourner», a déclaré à Arab News Lina Farzam, enseignante dans une école primaire de Kaboul.

«Bien que nous n'ayons jamais cru que les talibans changeraient, nous avions de l'espoir. Nous ne savons pas pourquoi le monde leur a fait confiance et leur a donné une autre chance.»

La volte-face sur l'enseignement secondaire, qui aurait eu lieu après une réunion secrète de la direction du groupe à Kandahar, suggère que son aile ultraconservatrice continue d’orienter la trajectoire idéologique du régime.

«Le plus cruel dans cette affaire, c'est le fait qu'ils ont annoncé que les filles pouvaient retourner à l'école, puis qu'ils ont fait marche arrière», affirme Farzam. «Imaginez ces filles qui se préparaient joyeusement pour l'école la veille et qui attendaient de retourner en classe.»

En Afghanistan, les filles en âge de fréquenter l'école primaire sont autorisées à recevoir un enseignement jusqu'à la sixième. Les femmes sont également autorisées à fréquenter l'université, mais dans le cadre de règles strictes de ségrégation des sexes et à condition de respecter un code vestimentaire strict.

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Après le retrait chaotique d'Afghanistan de la coalition dirigée par les États-Unis en août 2021, les talibans ont insisté sur le fait qu'ils avaient changé d’approche et qu'ils permettraient aux femmes et aux jeunes filles de continuer à étudier comme elles le faisaient sous le gouvernement reconnu par les Nations unies.

Lors d'une conférence de presse tenue à Kaboul le 18 août, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a promis que le nouveau gouvernement respecterait les droits des femmes.

Le changement de cap des talibans sur la scolarisation des filles serait intervenu à l'issue d'une réunion secrète. (AFP)
Le changement de cap des talibans sur la scolarisation des filles serait intervenu à l'issue d'une réunion secrète. (AFP)

«La vérité est que la vision des talibans en matière des droits des femmes, des droits de l'homme et des libertés individuelles n’a nullement changé au cours des vingt dernières années», déclare à Arab News Nilofar Akrami, une universitaire de 30 ans qui enseigne aux femmes à l'Université de Kaboul.

Sur cette photo d'archive prise le 23 mars 2022, des filles arrivent à leur école à Kaboul. (AFP)
Sur cette photo d'archive prise le 23 mars 2022, des filles arrivent à leur école à Kaboul. (AFP)

«La vérité est que la vision des talibans en matière des droits des femmes, des droits de l'homme et des libertés individuelles n’a nullement changé au cours des vingt dernières années», déclare à Arab News Nilofar Akrami, une universitaire de 30 ans qui enseigne aux femmes à l'Université de Kaboul.

«Les talibans sont aussi intransigeants qu'ils ne l'étaient dans les années 1990 et, en ce qui concerne les femmes, ils sont même pires aujourd’hui. Malheureusement, ils ont appris à porter un masque pour tromper le monde.

«Ils pensent toujours que les femmes doivent rester à la maison et que les femmes qui quittent leur foyer pour étudier ou travailler sont mauvaises, et qu'elles vont corrompre la société.»

«Je suis troublée parce que rien ne justifie de refuser l'éducation aux filles», déclare à Arab News Daisy Khan, fondatrice de l'Initiative islamique des femmes en matière de spiritualité et d'égalité, basée à New York.» (Photo fournie)
«Je suis troublée parce que rien ne justifie de refuser l'éducation aux filles», déclare à Arab News Daisy Khan, fondatrice de l'Initiative islamique des femmes en matière de spiritualité et d'égalité, basée à New York.» (Photo fournie)

Pour Akrami, tout espoir d'émancipation des femmes en Afghanistan est depuis longtemps anéanti. «En tant que femme qui a commencé sa carrière à l'université pour faire une différence dans la vie des femmes, je suis désolée que mes rêves et ceux de centaines de femmes comme moi se soient effondrés depuis l'arrivée au pouvoir des talibans», déclare-t-elle.

Asma Faraz, qui travaillait auparavant à l'ambassade d'Afghanistan à Washington D.C., est également écœurée de voir s'envoler les libertés et les opportunités de ces vingt dernières années.

Selon l'ONU, le maintien des femmes au chômage coûte à l'Afghanistan jusqu'à 1 milliard de dollars, soit 5% du produit intérieur brut. (Photo fournie)
Selon l'ONU, le maintien des femmes au chômage coûte à l'Afghanistan jusqu'à 1 milliard de dollars, soit 5% du produit intérieur brut. (Photo fournie)

«Ma patronne était ambassadrice», a-t-elle expliqué à Arab News, faisant référence à Roya Rahmani, la première femme afghane à occuper le poste de diplomate de haut rang de son pays aux États-Unis. «En tant que femme, j'étais si fière de voir une femme entrer dans la pièce et susciter autant de respect.»

«Les femmes peuvent être ambassadrices, les femmes peuvent être membres du Parlement, les femmes peuvent être journalistes et médecins. Mais maintenant, à Kaboul, les femmes et les filles verront que les femmes ne peuvent pas aller à l'école et ne peuvent que se marier. Elles verront leurs mères travailler uniquement à la maison.»

Les dirigeants talibans ont cherché à justifier leur interdiction de l'enseignement secondaire pour les filles afghanes en invoquant un principe religieux – un point de vue que les spécialistes de l'islam et la société civile contestent.

 

Lors d'une conférence de presse tenue à Kaboul le 18 août, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a promis que le nouveau gouvernement respecterait les droits des femmes. (Photo fournie)
Lors d'une conférence de presse tenue à Kaboul le 18 août, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a promis que le nouveau gouvernement respecterait les droits des femmes. (Photo fournie)

«Je suis troublée parce que rien ne justifie de refuser l'éducation aux filles», déclare à Arab News Daisy Khan, fondatrice de l'Initiative islamique des femmes en matière de spiritualité et d'égalité, basée à New York.

«Dans l'islam, la quête de la connaissance est une obligation pour tous les musulmans. Le prophète Mahomet ne faisait aucune distinction entre l'éducation des garçons et celle des filles. Il a dit: «Le meilleur d'entre vous est celui qui donne une bonne éducation à ses enfants.»

Les messages contradictoires véhiculés par les hauts responsables pourraient être le signe d'un schisme dans les rangs des talibans, entre la ligne dure basée dans le bastion de Kandahar et les responsables plus modérés qui gèrent les affaires depuis la capitale.

Hibatullah Akhundzada, le chef suprême de l'Émirat islamique, a ignoré les appels répétés, même de la part de nombreux religieux, à revenir sur la décision concernant l'éducation secondaire des filles. (Photo fournie)
Hibatullah Akhundzada, le chef suprême de l'Émirat islamique, a ignoré les appels répétés, même de la part de nombreux religieux, à revenir sur la décision concernant l'éducation secondaire des filles. (Photo fournie)

Selon certains rapports, Hibatullah Akhundzada, le chef suprême de l'Émirat islamique, a ignoré les appels répétés, même de la part de nombreux religieux, à revenir sur la décision concernant l'éducation secondaire des filles.

«Les gens parlent en permanence d'Hibatullah, mais personne ne l'a vu ni ne sait où il se trouve à Kandahar», commente Faraz. «Peut-être vit-il dans un village où les gens ne permettent pas à leurs filles d'aller à l'école et il ne sait pas comment est la vie en dehors du village.»

«Si nous voulons donner une chance aux talibans, soit, donnons-leur une chance, mais ils ne peuvent ni tout contrôler, ni importer ce qu'ils pensent être la norme de leurs villages aux villes et à la capitale où les gens avaient l'habitude d'aller à l'école et de travailler.»

Désireux de voir la question résolue rapidement et les droits des femmes et des filles afghanes préservés, des militants des États-Unis se sont rendus à Kaboul à la fin du mois de mars pour rencontrer des responsables talibans. (Photo fournie)
Désireux de voir la question résolue rapidement et les droits des femmes et des filles afghanes préservés, des militants des États-Unis se sont rendus à Kaboul à la fin du mois de mars pour rencontrer des responsables talibans. (Photo fournie)

Contrairement à la vision du camp de Kandahar, un haut responsable a récemment déclaré à NPR que les talibans n'avaient pas changé de cap en ce qui concerne l'éducation des filles, mais qu'ils avaient simplement besoin de plus de temps pour décider d'un uniforme scolaire approprié.

«Il n'est pas question d'interdire les filles dans les écoles», a déclaré Souhail Chahine, ambassadeur permanent désigné des talibans auprès des Nations unies, au média. «Il s'agit uniquement d'une question logistique consistant à décider de l'uniforme scolaire pour les filles. Nous espérons que la question de l'uniforme sera résolue dès que possible.»

«Il n'est pas question d'interdire les filles dans les écoles», a déclaré à NPR Souhail Chahine, ambassadeur permanent désigné des talibans auprès de l'ONU. (Photo fournie)
«Il n'est pas question d'interdire les filles dans les écoles», a déclaré à NPR Souhail Chahine, ambassadeur permanent désigné des talibans auprès de l'ONU. (Photo fournie)

Désireux de voir la question résolue rapidement et les droits des femmes et des filles afghanes préservés, des militants des États-Unis se sont rendus à Kaboul à la fin du mois de mars pour rencontrer des responsables talibans.

«Alors que l'attention du monde s'est tournée vers la crise en Ukraine, il est extrêmement important de ne pas oublier ce qui se passe en Afghanistan, un pays qui connaît actuellement l'une des pires années de son histoire», a déclaré à Arab News Masuda Sultan, entrepreneur américain d'origine afghane et défenseur des droits de l'homme, qui faisait partie de la délégation.

Des combattants talibans montent la garde alors que des manifestants afghans se mobilisent contre les rapports publiés sur le harcèlement des réfugiés afghans en Iran, devant l'ambassade d'Iran à Kaboul, le 11 avril 2022. (AFP)
Des combattants talibans montent la garde alors que des manifestants afghans se mobilisent contre les rapports publiés sur le harcèlement des réfugiés afghans en Iran, devant l'ambassade d'Iran à Kaboul, le 11 avril 2022. (AFP)

«L'asphyxie économique continue de cette nation peut entraîner des conséquences qui seront beaucoup plus coûteuses à résoudre si elles ne sont pas traitées immédiatement.»

En effet, à moins que les talibans ne montrent qu'ils sont prêts à assouplir leur ligne dure, notamment sur les questions relatives aux droits des femmes, il est peu probable que le régime ait accès aux milliards de dollars d'aide, aux prêts et aux actifs gelés par les États-Unis, le FMI et la Banque mondiale, dont il a désespérément besoin.

Les dirigeants talibans ont cherché à justifier l’interdiction de l'enseignement secondaire pour les filles afghanes en invoquant des principes religieux. (Photo fournie)
Les dirigeants talibans ont cherché à justifier l’interdiction de l'enseignement secondaire pour les filles afghanes en invoquant des principes religieux. (Photo fournie)

En outre, selon les Nations unies, le fait de priver les femmes de travail coûte à l'Afghanistan jusqu'à 1 milliard de dollars, soit 5% du produit intérieur brut. Comme l'a noté The Economist dans un article récent, «en pleine crise économique, le pays peut difficilement se permettre cette perte».

Pour Farzam et ses élèves de Kaboul, l'issue de la querelle idéologique au sein de la direction des talibans décidera de leur sort, et peut-être même du sort de millions d'Afghans qui ont urgemment besoin d’aides économiques.

«Aujourd’hui, les filles sont tristes de ne pas pouvoir poursuivre leur éducation», déclare-t-elle à Arab News. «Elles attendent avec impatience la réouverture de leurs écoles.»

 

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Trump dit que les Etats-Unis pourraient ne pas venir en aide à l'Otan en cas de besoin

Le président américain Donald Trump a à plusieurs reprises exprimé sa frustration face au manque de soutien des alliés occidentaux et à leur réticence à engager des forces pour aider à rouvrir le détroit d’Ormuz dans le contexte de sa guerre avec l’Iran. (Reuters)
Le président américain Donald Trump a à plusieurs reprises exprimé sa frustration face au manque de soutien des alliés occidentaux et à leur réticence à engager des forces pour aider à rouvrir le détroit d’Ormuz dans le contexte de sa guerre avec l’Iran. (Reuters)
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  • Donald Trump menace que les États-Unis pourraient ne pas soutenir l’OTAN en cas de besoin, critiquant l’Alliance pour ne pas avoir répondu aux demandes américaines pour sécuriser le détroit d’Ormuz
  • Il dénonce le coût élevé de l’OTAN pour les États-Unis et loue l’avancée de l’opération militaire américaine contre l’Iran, alors que le trafic dans le détroit reste fortement perturbé

MIAMI: Donald Trump a déclaré vendredi que les Etats-Unis pourraient ne pas venir en aide à l'Otan en cas de besoin, réitérant ses critiques contre l'Alliance atlantique, lors d'un forum d'affaires à Miami.

"Ils n'étaient tout simplement pas là", a déclaré le président américain, se référant à la demande de Washington - restée lettre morte - de soutien militaire de ses alliés pour sécuriser le détroit d'Ormuz.

"Nous dépensons des centaines de milliards de dollars par an pour l'Otan, des centaines de milliards, pour les protéger, et nous aurions toujours été là pour eux, mais maintenant, au vu de leurs actions, je suppose que nous n'avons plus à l'être, n'est-ce pas ?", a-t-il dit.

Ces dernières semaines, le président américain a multiplié les prises de parole belliqueuses envers l'Otan, la qualifiant notamment sur son réseau Truth Social de "TIGRE DE PAPIER" et de "LACHES". Les Etats-Unis "s'en souviendront", avait-il déjà déclaré jeudi en Conseil des ministres.

Le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Japon s'étaient dit prêts, dans un communiqué conjoint le 19 mars, "à contribuer aux efforts appropriés visant à garantir la sécurité de la traversée du détroit", où transite en temps normal un cinquième de la production de pétrole mondiale. Ils avaient cependant exclu toute participation militaire directe.

Le trafic dans ce passage étroit est pratiquement paralysé, entraînant une flambée des prix de l’énergie.

Lors de sa prise de parole à Miami, devant des chefs d'entreprise et des investisseurs réunis pour le sommet du "FII Priority", Donald Trump a une nouvelle fois assuré que l'opération militaire contre l'Iran, qui va entrer dans sa cinquième semaine, se passait pour le mieux.


La guerre au Moyen-Orient entre dans son deuxième mois, Washington espère la finir sous deux semaines

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio en route vers la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 près de Paris vendredi. (Reuters)
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio en route vers la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 près de Paris vendredi. (Reuters)
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  • Le conflit entre Israël et l’Iran s’intensifie et s’étend régionalement (Yémen, Liban, Golfe), avec des frappes continues, des victimes civiles croissantes et des risques majeurs (notamment nucléaire et énergétique)
  • Les États-Unis visent une issue rapide sans troupes au sol, tandis que les tensions font grimper les prix du pétrole et aggravent l’instabilité humanitaire et économique mondiale

TEHERAN: La guerre au Moyen-Orient entre samedi dans son deuxième mois sans donner le moindre signe d'apaisement, Israël et l'Iran continuant à se bombarder mutuellement et les Etats-Unis assurant que leurs objectifs seront atteints d'ici deux semaines.

Dans une nouvelle extension d'un conflit qui a fait flamber les prix de l'énergie dans le monde entier, Israël a annoncé avoir été visé pour la première fois depuis le début de la guerre par un missile tiré depuis le Yémen, où les rebelles Houthis soutenus par Téhéran avaient peu de temps plus tôt menacé de se joindre au conflit.

A Téhéran, un journaliste de l'AFP a entendu une dizaine de violentes explosions samedi à l'aube et vu des panaches de fumée noire s'élever depuis l'est de la capitale. Peu de temps plus tard, comme lors des nuits précédentes, l'armée israélienne a annoncé être en train de "frapper des cibles du régime" dans la ville.

La centrale nucléaire de Bouchehr, dans le sud de l'Iran, a été frappée pour la troisième fois en dix jours, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) citant des responsables iraniens. Même si aucun dégât sur le réacteur actif et aucune fuite radioactive n'ont été signalés, le directeur de l'AIEA Rafael Grossi a de nouveau appelé "à une retenue militaire maximale pour prévenir le risque d'un accident nucléaire".

En Israël, au moins une personne a été tuée et deux autres blessées à Tel-Aviv, selon les services de secours, peu après une alerte de l'armée faisant état de tirs de missiles depuis l'Iran. Deux autres personnes ont été blessées par du shrapnel dans le sud du pays.

Le chef du commandement intérieur de l'armée israélienne, Miki David, a déclaré dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux qu'un missile à sous-munitions avait provoqué des "destructions considérables" dans un immeuble résidentiel.

"L'appartement a été touché par une bombe à sous-munitions (...) qui a traversé le toit, a traversé un étage, puis a explosé au deuxième étage", a-t-il expliqué.

Les armes à sous-munitions sont conçues pour libérer sur une zone des dizaines de petites charges explosives. Outre le fait qu'elles ont un périmètre d'effet étendu, une partie de ces charges n'explose pas lors de l'impact et fait donc souvent des victimes dans la durée parmi la population civile. Ce type d'armes est interdit par une convention de 2008, signée par plus d'une centaine de pays dont ni l'Iran ni Israël ne font partie.

La guerre a été déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran. Depuis, le conflit touche durement les populations civiles dans la région et entraîne des perturbations sur la distribution de gaz et de pétrole qui bouleversent l'économie mondiale. Des pays du monde entier ont annoncé ces derniers jours des mesures pour répondre à la flambée des prix de l'énergie provoquée par le conflit.

- Espoir de négociations -

Le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, a déclaré vendredi qu'il s'attendait à ce que les objectifs de guerre de Washington en Iran soient atteints dans "les deux prochaines semaines".

"Quand nous en aurons fini avec eux, dans les deux prochaines semaines, ils seront plus affaiblis qu'ils ne l'ont été dans l'histoire récente", a affirmé le ministre américain à des journalistes à l'issue d'une réunion du G7 près de Paris.

M. Rubio a aussi estimé que les Etats-Unis pouvaient encore atteindre leurs objectifs sans l'envoi de troupes au sol. Alors que, selon le Wall Street Journal et le site d'informations Axios, Washington envisage d'envoyer au moins 10.000 soldats supplémentaires dans la région.

"Posez le pied sur le sol iranien, et 150 dollars deviendra le prix plancher du pétrole", a promis le vice-président iranien Esmael Saghab Esfahani sur X. Le cours du Brent a terminé en hausse vendredi à plus de 112 dollars.

L'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui dit avoir l'espoir de tenir des discussions dans la semaine avec l'Iran, qui continue de riposter.

Selon plusieurs médias américains, au moins 12 soldats américains ont été blessés, dont deux grièvement, dans la nuit de vendredi à samedi par une attaque iranienne contre la base aérienne Prince Sultan, en Arabie saoudite, qui a également endommagé deux avions ravitailleurs.

La République islamique a appelé les civils à se tenir à l'écart des forces américaines présentes au Moyen-Orient, et notamment d'éviter les hôtels de la région accueillant des militaires américains.

Aux Emirats arabes unis, cinq personnes, de nationalité indienne, ont été blessées samedi lors d'un incendie provoqué par des chutes de débris provenant de l'interception d'un missile balistique au-dessus d'une zone industrielle d'Abou Dhabi, selon les autorités.

- "Pris en étau" -

Un mois après le début de la guerre, les civils de tous bords continuent de payer un tribut exorbitant. Comme à Téhéran, où les nuits sont rythmées par les bombardements.

Ensieh, une dentiste de Téhéran, dit "perdre un peu plus espoir chaque jour". Aujourd'hui, "nous sommes pris en étau entre trois puissances devenues folles", soupire cette femme de 46 ans.

"La guerre a arraché une partie de moi", ajoute-t-elle.

La situation empire aussi au Liban, entraîné dans la guerre dès le 2 mars lorsque le mouvement chiite Hezbollah, soutenu par Téhéran, a commencé à tirer des roquettes sur Israël.

L'aviation israélienne a continué vendredi à bombarder le sud du Liban, la plaine de la Bekaa (est) et la banlieue sud de Beyrouth, considérés comme des bastions du Hezbollah, selon les médias officiels libanais qui ont recensé plusieurs morts.

Le Hezbollah a affirmé pour sa part se livrer à des combats "au corps à corps" dans le sud, où Israël mène une profonde incursion en vue d'élargir une "zone tampon" le long de sa frontière.

Selon le dernier bilan officiel vendredi, la guerre a fait 1.142 morts et plus d'un million de déplacés au Liban.


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
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  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.