«La guerre se terminera, j'ai fait un vœu»: paroles d'enfants à Kharkiv

Une petite fille joue dans une station de métro où des résidents de Kharkiv ont pris refuge à la périphérie nord de la deuxième plus grande ville ukrainienne, le 23 avril 2022. (Sergey Bobok/AFP)
Une petite fille joue dans une station de métro où des résidents de Kharkiv ont pris refuge à la périphérie nord de la deuxième plus grande ville ukrainienne, le 23 avril 2022. (Sergey Bobok/AFP)
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Publié le Lundi 25 avril 2022

«La guerre se terminera, j'ai fait un vœu»: paroles d'enfants à Kharkiv

  • « C'était le jour de mon anniversaire, le deuxième jour de guerre, et on ne pouvait pas le fêter » témoigne une enfant de Kharkiv
  • « Le jour de la victoire pour moi ce sera quand je me réveillerais et que ma mère me dirait « mon fils, tout est fini maintenant » confie un jeune adolescent

KHRKIV : Alina, Alex, Daniel, Kiril et Lilia sont âgés de 8 à 14 ans. Depuis le début de la guerre en Ukraine il y a deux mois, ils dorment avec leur famille à l'abri des bombes dans un grand parking souterrain à Kharkiv, dans l'est du pays.

La deuxième ville d'Ukraine - près d'1,5 million d'habitants avant la guerre - est visée chaque jour par des roquettes russes. Des frappes aléatoires, espacées, à toute heure du jour ou de la nuit, parfois meurtrières, et qui visent particulièrement des quartiers d'habitations du nord et du nord-est, près de la ligne de front.

Dans le parking souterrain froid et humide où ils s'abritent, les cinq enfants ont raconté à l'AFP comment ils ont vécu le début de la guerre, leur vie au quotidien, les bombardements et leurs espoirs de paix.

Voici leurs témoignages.

Alina, 9 ans: «La guerre se terminera, j'ai fait un voeu»

"Le 24 (février), j'avais très peur, je tremblais. La première nuit nous avons dormi sur des chaises, plus tard nos parents ont apporté des lits pour les enfants, donc les enfants dormaient sur des lits et nos parents sur des chaises.

Le premier jour ici, il n'y avait que deux bancs. Puis nous avons tout apporté: les couvertures, les oreillers, la vaisselle.

J'ai commencé à beaucoup pleurer: je m'inquiétais pour tout le monde, quand il y avait des bombardements ou des sirènes. Je suis surtout inquiète pour ma famille et mes amis, qui sont partis (de Kharkiv), pour ma grand-mère qui est partie récemment dans son village situé à 15 km de la Russie.

Je ne veux pas partir, car il y a ma famille, ma ville. Je suis née ici.

Le matin on a des cours en ligne, l'après-midi je fais mes devoirs et pour la nuit on vient ici.

Mon entraînement de kickboxing et mes cours de danse me manquent.

La victoire pour moi serait quand je serai très heureuse. La guerre ne se terminera pas tout de suite, mais dans quelques semaines, elle se terminera, j'ai fait un vœu.

Mon anniversaire c'était le 25 février. Je me suis réveillée, mes parents voulaient rentrer à la maison pour me faire de la cuisine, mais il y avait des bombardements. J'étais inquiète, je tremblais, c'était le jour de mon anniversaire, le deuxième jour de guerre, et on ne pouvait pas le fêter.

J'espère que je fêterai mon prochain anniversaire sous des feux d'artifice, mais pas comme ceux-là (les bombardements)".

Alex, 14 ans: «Je ne réalise toujours pas ce qui se passe»

"Au début, quelqu'un a appelé mon père et nous a dit de partir dans l'ouest de l'Ukraine ou ailleurs. Mon père ne voulait pas partir, il a dit que nous resterions à Kharkiv.

C'était effrayant la première semaine. Après on s'y est habitué. Le premier jour, nous sommes restés à la maison, on écoutait les informations. Puis mes parents ont vu que les gens commençaient à descendre ici (dans le parking sous-terrain). On s'y est installé aussi, on a apporté une table, des chaises pour faire des lits.

Au début, il y avait plein de monde, on ne pouvait pas se déplacer. Après, la moitié des gens sont partis, mais certaines personnes reviennent maintenant.

Mes amis, l'école, les entraînements de kickboxing me manquent.

En semaine, le matin, je rentre chez moi pour faire mes devoirs, puis je reviens ici pour déjeuner, jouer à des jeux, aux cartes, au téléphone... On s'y est habitué. Nos parents ne nous disent pas les détails de la guerre. Nous savons que des missiles frappent des bâtiments, des terrains de jeux. Nous savons que la guerre continue.

Je ne réalise toujours pas ce qui se passe, ni pourquoi. Je sais seulement que des gens meurent, que des missiles frappent des immeubles.

J'espère que ça va finir, que les présidents (ukrainien et russe) s'accorderont pour obtenir la paix".

Daniel, 13 ans: «Je pensais juste que ce n'était pas vrai»

"J'étais très nerveux quand ça a commencé. J'étais inquiet pour moi et pour mes parents. Je n'ai pas entendu les premiers bombardements. Ma mère m'a réveillé en disant: +Mon fils, il y a la guerre+. Je ne savais pas ce que nous allions faire, si nous allions partir, ou s'il y avait un abri anti-bombes. Je ne voulais pas partir, je voulais rester ici. J'étais inquiet, je ne comprenais pas bien ce qui se passait, je pensais juste que ce n'était pas vrai et que cela se terminerait le lendemain. Plus tard, j'ai réalisé que ça ne se terminerait pas le lendemain.

Quand nous sommes arrivés ici, il y avait trop de monde, je pense que tout le monde (du quartier) est venu ici. Les premiers jours, on dormait sur des cartons.

Généralement, je me réveille, je prends mon petit-déjeuner, je joue avec des amis, je sors du bunker dehors pendant un moment.

Nous étudions en ligne, via Zoom, et nous faisons nos devoirs en "salle de classe" virtuelle. Mes camarades de classe, qui sont partis dans une autre ville (d'Ukraine) ou un autre pays, n'étudient pas en ligne: ils vont dans des écoles là où ils ont déménagé.

J'espère qu'il y aura la paix, pas d'explosions, de sirènes. Que tout sera calme.

Le jour de la victoire pour moi ce sera quand je me réveillerais et que ma mère me dirait +mon fils, tout est fini maintenant+.

Kiril, 13 ans: «Personne ne doit se battre»

"Je me suis réveillé (le 24 février) et j'ai cru que c'était un feu d'artifice: mais non ! J'ai appelé mes amis pour leur demander ce qui se passait. Tout le monde paniquait. Ma mère travaille dans un hôpital, elle a été appelée pour y aller.

Je suis venu ici avec un ami, mais c'était fermé. Mais après je suis revenu avec les parents. Il faisait totalement noir, c'était sale. Le lendemain, les gens ont apporté des canapés, c'est devenu plus confortable.

Avant (la guerre), je pouvais me promener dans un parc avec mes amis et mes parents, rendre visite à ma grand-mère. J'avais même prévu d'aller la voir, mais la guerre a commencé et tous les projets se sont effondrés. Je pensais que cela prendrait une semaine, mais maintenant cela fait déjà deux mois.

J'essaie toujours de trouver des moyens d'apporter quelque chose ici pour les gens. Beaucoup de gens ont peur, mais je n'ai pas peur, j'essaie de soutenir tout le monde, je connais tout le monde ici, donc je le fais pour eux, je veux être gentil.

Il est évident que nous devons vivre en paix, personne ne doit se battre. Un jour, ça finira quand même. Je veux que les présidents (ukrainien et russe) se parlent, qu'ils arrêtent (la guerre). Bien sûr, je voudrais que nous gagnions, que nous reprenions nos terres".

Lilia, 8 ans: «J'ai envie de respirer de l'air frais»

"Ma mère s'est réveillée quand ma grand-mère l'a appelée et lui a dit: +(Les Russes) ont commencé à tirer+. J'ai entendu ça et j'ai eu très peur, je pleurais. Plus tard, à 6 heures du matin, nous sommes venus chez grand-mère - elle habite ici -, puis nous avons entendu que des gens allaient au bunker (le parking), nous les avons rejoints. Il y avait 200 personnes le premier jour, il faisait très froid. Les parents nous ont fabriqué un lit. Nous dormons ici depuis le premier jour, il faisait très, très froid avant.

On respire beaucoup de poussière. Je n'aime pas ça, j'ai envie de respirer de l'air frais.

Je pensais que dans ma vie, il n'y aurait jamais la guerre. Avant, je prenais des cours de danse et de patinage artistique; maintenant, je ne peux plus le faire.

Je pense que nous fêterons nos anniversaires, le mien, celui d'Alex, d'Alina... Nous ferons des barbecues, tout le monde sera avec nous. Ce sera la fin de la guerre pour moi".

Dans le Donbass, le «petit carnet de guerre» de Mykola, «pour l'Histoire»

De sa maison-tourelle de Lyssytchansk, dans le Donbass, posté avec ses jumelles face aux positions russes, Mykola tient depuis 58 jours son «petit carnet de guerre». En haut à droite, la date. En-dessous, centré, chaque jour, ces mêmes deux premiers mots: «Nous tenons !»

L'écriture d'écolier, de jolis caractères cyrilliques bien liés, remplit chaque page de ce cahier. Cet Ukrainien de 67 ans, belle prestance et barbe grisonnante, tient ce journal parce qu'il aurait aimé que sa mère fasse la même chose depuis cette même maison pendant la Seconde guerre mondiale, «pour l'Histoire», dit-il.

«Selon la date, j'écris ce qui s'est passé et à quelle heure. Je suis très détaillé et ne m'en tiens qu'à la vérité (...) Par exemple, aujourd'hui à 8h20, les tirs ont cessé et je l'écris aussi, vous voyez?»

La veille : «Tirs de Smerch (des lance-roquettes, ndlr) sur Severodonetsk». «Des obus sur le marché, la boulangerie Iermolovskaïa est détruite». «23h00 calme».

Mykola - c'est son prénom - a installé au dernier étage de sa maison un confortable point d'observation, où il peut passer des heures, avec une petite peau de mouton sur le rebord de la fenêtre pour caler ses coudes, et ses jumelles dernier cri pour observer les manoeuvres des uns et des autres.

De là, il a une vue dégagée sur toute la plaine verdoyante, au-delà de la rivière Donets, et sur ce front, principale ligne d'offensive des troupes russes dans l'est de l'Ukraine, qui espèrent percer la poche qu'ils ont prise en étau depuis deux semaines.

Par beau temps et quand les obus marquent le pas, l'énergique retraité monte sur son toit où il a bricolé une plateforme d'observation avec quelques planches de bois.

Un petit drapeau ukrainien flotte au vent, au nez des Russes et des voisins.

- 58 pages -

Dans une ville divisée, où une partie de la population qui se considère ethniquement russe ne verrait pas d'un mauvais oeil passer sous contrôle de Moscou, le patriote ukrainien veut croire à une possible victoire ukrainienne, alors que les Russes se rapprochent de jour en jour.

«Je sais qu'ici, dans le Donbass, il n'y a pas vraiment d'Ukrainiens de sang» affirme-t-il, déroulant l'histoire complexe de sa région, annexée par les bolcheviques, affamée durant l'Holodomor de 1932-33 et repeuplée par Staline d'ouvriers russes après 1945, avant de prendre la désindustrialisation de plein fouet après 1991.  

L'ancien ingénieur en électro-mécanique feuillette son journal de guerre: les 58 pages remplies, et une centaine encore blanches.

Après la Pâque orthodoxe - pour laquelle il ne s'attendait à aucune trêve car «ces gens-là n'ont rien à faire de la religion» -  les Russes «vont probablement accélérer l'offensive, essayer de lancer plus de missiles», prédit-il, intensifiant son regard bleu cristal.

«Le 1er mai», pointe-t-il sur le carnet, «on aura peut-être une pause, ils seront complètement souls», avance-t-il, en référence à la Fête du travail, célébrée dans le monde ex-soviétique en famille, souvent autour du premier barbecue de l'année.

Et qu'attend-il pour le 9 mai, date sacrée pour Moscou de la victoire de la «Grande guerre patriotique», que certains voient comme un possible tournant dans l'offensive lancée par le président russe Vladimir Poutine?

«Leurs généraux vont aller à la télé raconter n'importe quoi», pronostique-t-il.

- Résistant, mais sans réseau

Dans sa grande maison familiale de trois étages, toute soviétique avec sa décoration des années 1950, il n'y a plus que lui.

Mykola vit dans la solitude au milieu de ses souvenirs. Ses albums photos avec les parties de chasse en famille, ses titres de propriétés donnés par le tsar à ses arrières-grands-parents, ses vinyles de musique folk, ses collections de timbres... 

Dans la «cuisine d'été», collée à la maison, il fait chauffer l'eau pour le thé. «Noir, vert ou aux baies»? Le retraité ne manque de rien. Il a de quoi tenir «toutes les guerres», dit-il sans jamais se départir de son sourire.

Dans son cabinet de travail, au milieu des cartes dépliées du Donbass, un poste de radio à antenne fait entendre les consignes martelées par une speakerine de la radio ukrainienne.

«Si les Russes arrivent, vous devez prendre les armes, résistez. Si vous ne le faites pas, voilà comment ca se passera: les hommes seront tués, les femmes violées et les autres déportés en Russie».

L'ancien chasseur s'est posé la question de ce qu'il ferait dans ce cas de figure, peut-être imminent. «Je resterai jusqu'au bout», dit-il.

Si Lyssytchansk passe sous contrôle russe, Mykola se verrait bien «organiser la résistance». Un obstacle cependant: il n'a pas de réseau sur son téléphone.

«On m'a parlé de rejoindre des groupes sur Signal ou Telegram, mais je ne sais pas comment ça marche tout ca», dit-il, avant de retourner à ses jumelles et son carnet.


Un responsable iranien juge "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis

Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
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  • La reprise du conflit entre l’Iran et les États-Unis est jugée « probable » après l’échec des négociations et le rejet par Donald Trump d’une nouvelle proposition iranienne
  • Malgré un cessez-le-feu, les tensions restent élevées (blocus, présence militaire, crise économique), et le conflit continue sous d’autres formes dans la région

TEHERAN: Un responsable militaire iranien a jugé samedi "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis, après le rejet par Donald Trump d'une nouvelle offre de Téhéran pour relancer les négociations de paix.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l'Iran et de représailles de Téhéran dans la région.

Une première session de pourparlers directs à Islamabad le 11 avril s'est révélée infructueuse, et jusqu'ici sans lendemain tant les divergences restent fortes entre les deux camps, du détroit d'Ormuz au volet nucléaire.

L'Iran a transmis cette semaine un nouveau texte via le Pakistan, médiateur des discussions, sans qu'aucun détail ne filtre sur le contenu.

Donald Trump a cependant dit vendredi n'être "pas satisfait" de cette dernière mouture, répétant qu'à son sens les dirigeants iraniens étaient "désunis" et incapables de s'entendre sur une stratégie de sortie du conflit.

Le président américain, qui avait déjà menacé d'anéantir la "civilisation" iranienne, a ajouté qu'il préférerait ne pas avoir à "pulvériser une fois pour toutes" l'Iran mais qu'une reprise de la guerre restait "une option".

Il a été briefé jeudi par l'armée sur de possibles nouvelles actions militaires.

"Une reprise du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis est probable, et les faits ont démontré que les Etats-Unis ne respectaient aucune promesse ou accord", a réagi samedi Mohammad Jafar Asadi, inspecteur adjoint du commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par l'agence de presse Fars.

"Les forces armées sont parfaitement préparées à toute nouvelle tentative d'aventurisme ou à toute action imprudente de la part des Américains", a-t-il ajouté.

- "Terminées" -

Donald Trump avait théoriquement jusqu'à vendredi pour demander l'autorisation du Congrès américain pour poursuivre la guerre. Il a préféré envoyer une lettre à des responsables parlementaires pour leur notifier que les hostilités contre l'Iran étaient "terminées", même si plusieurs élus démocrates ont souligné que la présence continue de forces américaines dans la région indiquait le contraire.

L'USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde, a quitté le Moyen-Orient, mais 20 bâtiments de la marine américaine, dont deux autres porte-avions, restent déployés.

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale, avec notamment des cours du pétrole montés cette semaine à des niveaux inédits depuis 2022.

Car si les bombardements ont cessé, le conflit perdure sous d'autres formes: Washington impose un blocus aux ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Alors que Donald Trump s'indigne du refus des Européens de le soutenir militairement face à l'Iran, le Pentagone a annoncé le retrait de quelque 5.000 militaires d'Allemagne d'ici un an, une réduction conséquente de ses effectifs sur le continent.

Le président a été particulièrement agacé par des propos du chancelier allemand Friedrich Merz affirmant que les Américains n'avaient "aucune stratégie" en Iran et que Téhéran "humiliait" la première puissance mondiale.

-  Nouvelles exécutions -

Pendant ce temps, l'Iran reste inflexible. "Nous n'accepterons certainement pas qu'on nous impose" une politique, a lancé vendredi le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï.

Negar Mortazavi, du groupe de réflexion Center for International Policy, souligne "la cohésion" du pouvoir iranien, uni dans une "bataille existentielle".

Si à la faveur de la trêve, les Iraniens ont pu renouer avec une certaine normalité, leur quotidien est plombé par l'inflation qui explose tout comme le chômage, dans un pays déjà affaibli par des décennies de sanctions internationales.

Le guide suprême, Mojtaba Khamenei, a d'ailleurs exhorté dans un message écrit, les entreprises qui ont subi des dégâts à "éviter autant que possible les licenciements", au nom de la "guerre économique et culturelle" que mène l'Iran.

Amir, 40 ans, raconte débuter sa journée en "regardant les infos, et les nouvelles d'exécutions" par le pouvoir iranien. La justice a encore annoncé samedi la pendaison de deux hommes accusés d'espionnage au profit d'Israël.

"J'ai l'impression d'être coincé au purgatoire", dit-il à l'AFP. "Les Etats-Unis et Israël finiront par nous attaquer encore" pendant que "le monde ferme les yeux".

Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah malgré le cessez-le-feu, de nouvelles frappes sur le sud du pays ont fait 13 morts, dont un enfant, selon les autorités libanaises.


L'Iran a présenté une nouvelle proposition aux Etats-Unis via le Pakistan (média d'Etat)

A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
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  • L’Iran a soumis une nouvelle proposition de négociation visant à relancer le dialogue avec les États-Unis pour mettre fin au conflit
  • Le Pakistan joue un rôle de médiateur dans ces discussions, qui restent bloquées malgré les efforts diplomatiques

TEHERAN: L'Iran a présenté une nouvelle offre en vue de la reprise des négociations avec les Etats-Unis, actuellement au point mort, pour mettre fin durablement à la guerre, a annoncé l'agence officielle iranienne Irna.

"La République islamique a transmis jeudi soir le texte de sa dernière proposition au Pakistan, médiateur dans les discussions avec les Etats-Unis", selon l'agence, qui n'a pas donné plus de détails.


Téhéran active ses défenses aériennes, Trump prêt à ignorer le Congrès

Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Téhéran a activé sa défense antiaérienne malgré un cessez-le-feu fragile, tandis que Washington affirme que la limite légale des 60 jours pour autoriser la guerre ne s’applique plus, ce qui suscite des tensions politiques
  • Le conflit et le blocage du détroit d’Ormuz provoquent une flambée des prix du pétrole et une crise énergétique mondiale, avec des risques économiques majeurs

TEHERAN: Téhéran a activé jeudi soir ses systèmes de défense antiaérienne contre des drones et des petits avions, à l'approche des 60 jours du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, date limite après laquelle Donald Trump doit théoriquement demander l'autorisation du Congrès pour poursuivre la guerre.

Mais son gouvernement a laissé entendre qu'il ignorera cette obligation qui incombe au président américain en principe vendredi, et que les démocrates se retrouvent impuissants à faire respecter.

Les Etats-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l'Iran le 28 février, et instauré un cessez-le-feu depuis le 8 avril, en dépit duquel le bras de fer entre entre Téhéran et Washington se poursuit, propulsant les cours des hydrocarbures à des sommets inédits depuis quatre ans.

Selon la Constitution américaine, seul le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre. Une loi adoptée en 1973 permet cependant au président de déclencher une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d'urgence, à condition, s'il engage des troupes américaines plus de 60 jours, qu'il obtienne une autorisation du pouvoir législatif.

Vendredi représente donc la date limite, mais le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a argué jeudi qu'en raison du cessez-le-feu "l'horloge des 60 jours est suspendue".

"Les hostilités qui ont commencé le samedi 28 février sont terminées", a ajouté à l'AFP un haut responsable de l'administration américaine. "Il n'y a pas eu d'échanges de tirs entre les forces armées américaines et l'Iran depuis le mardi 7 avril".

Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, faisant s'envoler les prix du pétrole.

Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure "pendant des mois".

Face à la perspective d'un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Vendredi, il gagnait 0,59% à 111,05 dollars vers 05H00 GMT.

- "Défaite honteuse" -

Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à l'Iran.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a lui dénoncé le blocus américain comme un "prolongement des opérations militaires".

A Téhéran, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés jeudi soir, contre des drones et des aéronefs dont la provenance n'a pas été communiquée.

"Le bruit de la défense antiaérienne a cessé après environ 20 minutes d'activité et de riposte contre de petits aéronefs", ont indiqué les agences Tasnim et Fars précisant que Téhéran se trouvait de nouveau dans une "situation normale".

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie semble dans l'impasse.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions à la baisse de la croissance.

"Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire", a jugé le patron de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol.

- "Au bord du gouffre" -

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est aussi alarmé de l'"étranglement" de l'économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

"C'est à présent le temps du dialogue, de solutions qui nous éloignent du bord du gouffre et de mesures capables d'ouvrir une voie vers la paix", a-t-il plaidé dans un message sur X.

Sur le front libanais, de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays ont fait au moins dix-sept morts jeudi.

L'ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre ce dernier et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, considérant le Liban "à un tournant". "Son peuple a l'occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir", a-t-elle estimé sur X.

Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2.500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.