Frankly Speaking: «Les Saoudiens se sentent trahis par les États-Unis», affirme le prince Turki al-Faisal

Le prince Turki al-Faisal, l’ancien chef de la Direction générale du renseignement de l’Arabie saoudite,  sur Frankly Speaking. (Photo, AN)
Le prince Turki al-Faisal, l’ancien chef de la Direction générale du renseignement de l’Arabie saoudite, sur Frankly Speaking. (Photo, AN)
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Publié le Lundi 02 mai 2022

Frankly Speaking: «Les Saoudiens se sentent trahis par les États-Unis», affirme le prince Turki al-Faisal

Le prince Turki al-Faisal, l’ancien chef de la Direction générale du renseignement de l’Arabie saoudite,  sur Frankly Speaking. (Photo, AN)
  • Le prince Turki impute la pénurie d’énergie aux États-Unis à la politique du président Biden et déclare que les Saoudiens veulent seulement servir de médiateur dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine
  • Il estime que la relation entre l’Arabie saoudite et la Turquie « devrait être l’une des meilleures en termes d’avantages pour les deux pays », que ce soit pour le commerce ou les investissements transfrontaliers

DJEDDAH : Les Saoudiens se sentent abandonnés à un moment où ils pensent que les États-Unis et l’Arabie saoudite doivent faire face ensemble aux menaces qui pèsent sur la stabilité et la sécurité de la région du Golfe, déclare à Arab News le prince Turki al-Faisal, ancien chef de la Direction générale du renseignement saoudien et ancien ambassadeur du Royaume à Londres et à Washington.

Il définit ces menaces comme étant l’influence iranienne au Yémen et leur utilisation des Houthis comme outil « non seulement pour déstabiliser l'Arabie saoudite mais aussi pour compromettre la sécurité et la stabilité des voies maritimes internationales » le long de la mer Rouge, du Golfe et de la mer d’Arabie.

« Le fait que le président Biden ait retiré les Houthis de la liste des terroristes a enhardi les Houthis et les a rendus encore plus agressifs dans leurs attaques contre l’Arabie saoudite et contre les Émirats arabes unis (EAU) », explique le prince Turki à Katie Jensen, nouvelle présentatrice de l’émission Frankly Speaking d’Arab News. Il faisait allusion à la révocation par la nouvelle administration démocrate, le 12 février 2021, de la désignation de la milice soutenue par l’Iran comme organisation terroriste étrangère.

Frankly Speaking présente des entretiens avec des décideurs politiques et des chefs d’entreprise de premier plan, plongeant au cœur des plus grands titres de l’actualité au Moyen-Orient et dans le monde. Lors de son apparition dans l’émission, le prince Turki donne son avis sur les relations saoudo-américaines, la guerre entre la Russie et l’Ukraine et la dynamique toujours changeante de la géopolitique du Moyen-Orient à l’heure de la hausse des prix du pétrole et des tensions diplomatiques.

« Nous avons toujours considéré notre relation avec les États-Unis comme étant stratégique », répond-il à la question de savoir si de nombreux Saoudiens ont le sentiment d’avoir été trahis par l’un de leurs plus proches alliés.

« Nous avons eu des hauts et des bas au fil des ans et peut-être qu’en ce moment, c’est plutôt un bas, en particulier depuis que le président des États-Unis a déclaré, lors de sa campagne électorale, qu'il ferait de l'Arabie saoudite un paria. Bien sûr, il a mis en pratique ce qu’il prêchait : tout d’abord, en arrêtant les opérations conjointes entre les États-Unis et le Royaume visant à faire face à la rébellion menée par les Houthis au Yémen contre le peuple yéménite. Ensuite, parmi d’autres actions similaires, en refusant de rencontrer le prince héritier saoudien et en déclarant publiquement qu’il ne le rencontrerait pas et, à un moment donné, en retirant les batteries de missiles anti-aériens du Royaume alors que nous étions confrontés à une augmentation des attaques par les Houthis qui utilisaient du matériel iranien comme des missiles et des drones. »

Soulignant que l’Arabie saoudite « appelle, depuis le début du conflit au Yémen, à une solution pacifique », le prince Turki indique : « Malheureusement, les Houthis n’ont jamais répondu à cet appel, l’ont simplement ignoré ou s’y sont opposés. Comme nous pouvons le voir maintenant, un soi-disant cessez-le-feu a été instauré par l’ONU, mais les Houthis continuent à enfreindre ce cessez-le-feu et à en profiter pour repositionner leurs forces et les renforcer. »

« Donc, en gros, c’est ainsi que la situation en est arrivée à ce stade », poursuit-il, faisant référence à l’état actuel des relations saoudo-américaines. « J’espère que nous nous en remettrons comme nous nous sommes remis de tant d’autres obstacles dans nos relations. »

À première vue, Washington semble tout à fait désireux de maintenir ouverts ses canaux de communication avec Riyad, avec des appels téléphoniques et des visites de responsables, mais, selon le prince Turki, « il ne faut pas se fier qu’à une seule chose. »

« C’est le ton général de l’atmosphère qui compte, et les États-Unis, par exemple, ont affirmé, ou plutôt les responsables américains ont affirmé qu’ils soutenaient l’Arabie saoudite et qu’ils l’aideront à se défendre contre les agressions extérieures, entre autres. Nous sommes reconnaissants pour ces déclarations, mais nous devons voir davantage en termes de relations entre les dirigeants des deux pays. »

Il rejette l’affirmation selon laquelle l'Arabie saoudite n'a pas réagi à la question des problèmes pétroliers auxquels Washington est confronté, la contrant avec l’argument que les États-Unis eux-mêmes « sont responsables de l’état dans lequel ils se trouvent en raison de leur politique énergétique. »

« Le président Biden a fait en sorte que le gouvernement américain ait pour politique de couper tous les liens avec ce qu’on appelle l’industrie pétrolière et gazière. Il a réduit la production de pétrole et de gaz aux États-Unis et, comme nous le savons, les États-Unis ont été ces dernières années le plus grand producteur de ces deux sources d’énergie », ajoute le prince Turki.

Pourtant, précise-t-il, leur réduction a contribué à faire remonter les prix du pétrole et à créer l’Opep+ après le début de la pandémie de Covid-19. Il s’agissait d’un « accord pour réduire la production afin de stabiliser les prix, dans l’intérêt de tout le monde et de la stabilité des prix du pétrole. »

Le prince Turki insiste sur le fait que l’Arabie saoudite ne veut pas être « un instrument ou une raison de l’instabilité des prix du pétrole», indiquant que des actions comme l’embargo de 1973 appartiennent au passé.

« C'est pourquoi le Royaume, les autres membres de l’Opep et les membres de l’Opep+ s’en tiennent aux quotas de production qu’ils se sont fixés. J’ai lu que la récente décision de l’Opep+ d’augmenter progressivement la production de pétrole tant que l’accord est en vigueur est une réponse aux difficultés actuelles rencontrées dans le secteur de l’énergie. Un autre facteur qui s’ajoute à tout cela est bien sûr la question de la sécurité, les taux d’assurance élevés qui résultent de la guerre en Ukraine, ainsi que les restrictions et les sanctions européennes et américaines imposées à l’industrie pétrolière russe. Tous ces éléments ont contribué à la hausse des prix du pétrole. »

À cet égard, le prince Turki exprime par ailleurs son vif mécontentement à l’égard des commentaires formulés par Hillary Clinton, l’ancienne secrétaire d’État américaine, dans l’émission « Meet the Press » de la chaîne NBC, en faveur d’une approche «de la carotte et du bâton » visant à forcer l’Arabie saoudite à accroître sa production de pétrole afin de réduire les prix durant cette période qu’elle a qualifiée de « crise existentielle ».

Réitérant qu’il ne pouvait pas parler au nom de tous les Saoudiens, le prince Turki lance : « Nous ne sommes pas des écoliers que l’on traite avec une carotte et un bâton. Nous sommes un pays souverain et lorsque nous sommes traités de manière juste et équitable, nous répondons de la même manière. Il est donc regrettable que de telles déclarations soient faites par des politiciens, où qu’ils soient. Tout ce que je peux dire, c’est que j’espère que les relations entre le Royaume et les États-Unis ne s’articuleront pas autour de ce principe ou ne seront pas fondées sur celui-ci. »

De même, le prince Turki rejette l’accusation selon laquelle Riyad a choisi de se ranger du côté de Moscou dans le conflit ukrainien, notant que « Le Royaume a publiquement déclaré et voté à l’Assemblée générale de l’ONU en faveur de la condamnation de l’agression contre l’Ukraine. Cette résolution a été adoptée par l’Assemblée générale. »

Rappelant que le Royaume a proposé de servir de médiateur entre la Russie et l’Ukraine, il souligne : « En tant que médiateur, il devra maintenir un certain lien et être capable de parler aux deux parties. Voilà donc la position du Royaume et sa façon de traiter de la question de l’Ukraine. Nous entretenons de bonnes relations avec les deux pays depuis des années, et en général, comme je l’ai mentionné, le Royaume est contre l’agression en Ukraine. Mais aussi, plus récemment, le Royaume a contribué au fonds qui a été établi par l’ONU pour fournir un soutien aux réfugiés ukrainiens en Europe. Voilà donc la position du Royaume. »

Il décrit l’offre de médiation saoudienne comme « l’offre d’un ami à des amis — l’Ukraine et la Russie — avec lesquels nous entretenons d’excellentes relations depuis quelque temps. »

Passant à ce qu’il considère comme une hypocrisie internationale exposée par le conflit russo-ukrainien, le prince Turki estime que cela a été prouvé « par la façon dont les réfugiés d’Ukraine sont décrits en termes de civilisation comme faisant partie de l’Occident et de l’Europe, comme si les autres réfugiés du Moyen-Orient ou d’autres parties du monde n’étaient pas aussi humains que les Ukrainiens. C’est une des différences dans la manière dont les médias occidentaux dépeignent la question des réfugiés. »

« Un autre exemple d’hypocrisie est le fait que l’ONU ait imposé des sanctions à la Russie pour avoir envahi l’Ukraine, mais qu’aucune sanction n’ait été imposée à Israël lorsqu’il a envahi les pays arabes il y a quelques années. Ce sont les deux poids deux mesures et les injustices qui, selon moi, ont eu lieu au fil des ans. »

Sur la question de savoir si Israël doit être traité sur un pied d’égalité avec la Russie en matière de sanctions, le prince Turki ne mâche pas ses mots. « Absolument. Je ne vois pas quelle est la différence entre les deux », répond-il. « Une agression est une agression, qu’elle soit commise par la Russie ou par Israël. »

En outre, le prince Turki remet en question la théorie selon laquelle la normalisation des relations avec Israël — la voie empruntée par un plusieurs pays arabes, dont l’Égypte, la Jordanie, les EAU et Bahreïn — pourrait être une politique plus productive. « Je n’en ai pas vu la preuve », dit-il. « Le peuple palestinien est toujours sous occupation et il est toujours emprisonné bon gré mal gré par le gouvernement israélien. Les attaques et les assassinats de Palestiniens ont lieu presque quotidiennement. Le pillage des terres palestiniennes par Israël se poursuit malgré les assurances données par Israël aux signataires de l’accord de paix entre les EAU et Israël. Il n’y a donc aucun signe qu’apaiser Israël va changer son attitude. »

En ce qui concerne des questions plus locales, le prince Turki considère la récente visite du président turc, Recep Tayyip Erdogan, comme une évolution positive. « Je pense que les dirigeants turcs ont pris conscience que leur ancienne animosité à l’égard du Royaume ne servait le bien-être et les intérêts de personne, en particulier ceux du peuple turc », observe-t-il, faisant référence aux différends et aux désaccords de ces dernières années.

« Des liens historiques nous unissent à la Turquie, non seulement en termes de géographie mais aussi en termes de relations humaines, de liens familiaux entre les deux pays. Ma propre grand-mère était d’origine turque, circassienne. »

À l’avenir, selon le prince Turki, cette relation « devrait être l’une des meilleures en termes d’avantages pour les deux pays », que ce soit sur le plan commercial, de la construction, des projets de développement, ou des investissements de l’Arabie Saoudite et de la Turquie.

« J'espère donc que tout cela sera rétabli maintenant que la relation est, je l’espère, revenue à la normale », ajoute-t-il.

Il exprime un optimisme prudent similaire quant à la probabilité de parvenir à un accord de paix durable au Yémen sur la base de l’accord de Riyad récemment conclu et du cessez-le-feu instauré pendant le ramadan.

« J’ai toujours soutenu que les accords de cessez-le-feu, tels que ceux tentés par l’ONU, notamment en ce qui concerne le Yémen, manquaient d’un aspect crucial qui ne leur a pas permis de porter leurs fruits, à savoir un mécanisme permettant de faire respecter les cessez-le-feu. »

« Nous avons constaté, après la réunion du Koweït en 2016, qu’il y avait un cessez-le-feu mais qu’il ne menait nulle part. Ensuite, il y a eu la tentative de cessez-le-feu sous l’égide de la Suède en 2018, qui n’a pas abouti non plus. Les propres efforts de l’Arabie saoudite en matière de cessez-le-feu unilatéraux ces dernières années n’ont mené nulle part parce qu’il n’y avait pas de mécanisme pour les mettre en œuvre. »

Néanmoins, le prince Turki espère qu’avec le nouvel élan international pour mettre fin aux combats au Yémen, une sorte d’instrument pourra être mis en œuvre afin que toute partie qui ne respecte pas les termes du cessez-le-feu soit publiquement déshonorée par la communauté internationale.

« Cela ne s’est pas encore produit. Je n’ai pas encore entendu l’ONU dire que les Houthis ne respectent pas le cessez-le-feu », précise-t-il avant de poursuivre : « J’espère qu’ils auront le courage et le courage moral de se lever et de dire qui est fautif ici. »

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Liban et Israël négocient à Rome sur fond de reprise des hostilités entre l'Iran et les Etats-Unis

De la fumée s'élève du site d'une explosion contrôlée par l'armée israélienne dans le village de Kfar Tibnit, vue depuis la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, avec la forteresse de Beaufort visible au loin, le 13 juillet 2026. (AFP)
De la fumée s'élève du site d'une explosion contrôlée par l'armée israélienne dans le village de Kfar Tibnit, vue depuis la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, avec la forteresse de Beaufort visible au loin, le 13 juillet 2026. (AFP)
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  • Le Liban et Israël reprennent les négociations à Rome, Beyrouth exigeant un retrait israélien de deux zones pilotes avant toute avancée
  • Les analystes estiment qu'une percée est peu probable, les tensions entre Washington et Téhéran risquant de compliquer le processus

BEYROUTH: Le Liban et Israël entament mardi à Rome de nouvelles négociations sous l’égide des États-Unis, sur fond de reprise des hostilités dans la région entre Washington et Téhéran qui pourrait les impacter selon des analystes.

Les deux pays, en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington.

Mais le Hezbollah, armé et financé par Téhéran, rejette cet accord dont l'application doit commencer par le retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud du Liban.

"La délégation libanaise a reçu comme instruction de réclamer le début immédiat du retrait des forces israéliennes de deux zones pilotes avant toute autre discussion", a annoncé lundi soir la présidence libanaise.

Selon une source diplomatique libanaise informée de la teneur des négociations, "l'armée libanaise est prête à prendre progressivement le contrôle des localités dont l'armée israélienne se retirerait".

"Israël est disposé à se retirer progressivement, à condition que le Hezbollah ne soit pas présent dans les zones évacuées et que l'armée libanaise dispose des capacités nécessaires pour maintenir ces secteurs démilitarisés et empêcher tout retour du mouvement", explique l'analyste israélienne Orna Mizrahi.

Une délégation militaire américaine a d'ailleurs entamé samedi à Beyrouth des discussions avec l'armée libanaise sur les modalités de mise en oeuvre du retrait israélien de l'une de ces "zones pilotes".

- "Chances limitées" -

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée un vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Le mouvement chiite pro-iranien avait entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en bombardant Israël pour soutenir l'Iran.

L'armée israélienne poursuit cependant des frappes limitées dans le sud et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe selon les médias officiels libanais.

Depuis le début de ce conflit, ces frappes israéliennes ont fait depuis plus de 4.300 morts, selon les autorités libanaises. Sur la même période, l'armée israélienne a annoncé la mort de 38 soldats et d'un contractuel civil au Liban.

"Les chances d'une percée à Rome sont assez limitées (..) Ce à quoi nous pourrions assister, c'est plutôt une sorte d'opportunité de montrer que le processus est encore en place (..) qu'il y a des négociations qui perdurent malgré les oppositions et les obstacles qui commencent à apparaître", estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris.

Téhéran avait exigé le cessez-le-feu au Liban pour conclure un protocole d'accord avec Washington le 17 juin.

Mais ce texte semble avoir volé en éclats après des frappes américaines et iraniennes au Moyen-Orient d'une ampleur inédite depuis la mise en place d'un cessez-le-feu début avril. Dans la nuit de lundi à mardi, les Etats-Unis ont mené pour la troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens.

"Les Iraniens veulent établir un lien entre les deux dossiers, tandis que nous souhaitons les dissocier", affirme Orna Mizrahi.

"Chaque fois qu'ils en auront l'occasion, ils (les Iraniens) chercheront à faire échouer ce qui se passe sur la scène libanaise", ajoute cette chercheuse spécialiste du Liban à l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. Mais l'analyste israélienne estime que les priorités de Téhéran aujourd'hui sont le détroit d'Ormuz et le dossier nucléaire.

Karim Bitar affirme pour sa part, que le risque d'une reprise des violences au Liban en raison du contexte régional "n'est bien évidemment pas négligeable".

"Mais je pense que l'Iran aujourd'hui y réfléchira à deux fois avant de demander au Hezbollah de lancer de nouvelles frappes contre Israël", dit-il.

Selon lui, Téhéran "souhaite maintenir le Hezbollah comme instrument de dissuasion à long terme et ne veut pas l'utiliser immédiatement pour ouvrir un nouveau front".


France–Arabie saoudite : un siècle de relations diplomatiques, un partenariat stratégique tourné vers l’avenir

L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, s'exprime lors de la réception organisée à Riyad à l'occasion du 14 Juillet. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, s'exprime lors de la réception organisée à Riyad à l'occasion du 14 Juillet. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, rencontre le prince Turki Al-Faisal. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, rencontre le prince Turki Al-Faisal. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, rencontre le maire de Riyad, le prince Faisal ben Abdelaziz ben Ayyaf. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, rencontre le maire de Riyad, le prince Faisal ben Abdelaziz ben Ayyaf. (Photo fournie)
La réception a réuni des membres du corps diplomatique accrédité auprès du Royaume, ainsi que des représentants des communautés française et saoudienne. (Photo fournie)
La réception a réuni des membres du corps diplomatique accrédité auprès du Royaume, ainsi que des représentants des communautés française et saoudienne. (Photo fournie)
La réception a réuni des membres du corps diplomatique accrédité auprès du Royaume, ainsi que des représentants des communautés française et saoudienne. (Photo fournie)
La réception a réuni des membres du corps diplomatique accrédité auprès du Royaume, ainsi que des représentants des communautés française et saoudienne. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, et le maire de Riyad, le prince Faisal ben Abdelaziz ben Ayyaf, coupent un gâteau à l'occasion du 14 Juillet. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, et le maire de Riyad, le prince Faisal ben Abdelaziz ben Ayyaf, coupent un gâteau à l'occasion du 14 Juillet. (Photo fournie)
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  • Le centenaire des relations diplomatiques entre la France et l'Arabie saoudite marque une nouvelle étape dans le renforcement d'un partenariat stratégique couvrant des domaines variés, de la culture à l'intelligence artificielle
  • Paris et Riyad affichent des convergences sur plusieurs enjeux régionaux majeurs, notamment la sécurité, la stabilité du Golfe et la recherche de solutions diplomatiques

RIYAD : À l'occasion de la fête nationale française du 14 juillet, l'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, a souligné la solidité et la dynamique des relations entre Paris et Riyad lors d'un entretien avec Arab News en français, alors que les deux pays célèbrent en 2026 le centenaire de leurs relations diplomatiques.

Il rappelle que cette année marque le centenaire de la reconnaissance par la France de la souveraineté du roi Abdelaziz sur les territoires du Nejd et du Hedjaz. Un anniversaire qui illustre, à ses yeux, une relation « ancienne, solide et tournée vers l'avenir », portée aujourd'hui par un dialogue politique régulier entre le président Emmanuel Macron et le prince héritier Mohammed ben Salmane.

L'ambassadeur estime que la visite d'État du président français en Arabie saoudite, en décembre 2024, a constitué une étape majeure dans la consolidation du partenariat stratégique global entre les deux pays. Il souligne que les prochaines échéances politiques devraient permettre de donner davantage de contenu et d'ambition à cette relation.

Patrick Maisonnave met également en avant l'élargissement des domaines de coopération bilatérale, qui couvrent désormais l'ensemble des priorités de la Vision 2030. Culture, patrimoine, tourisme, énergie, transports, défense, santé, intelligence artificielle, technologies, éducation ou encore développement urbain figurent parmi les principaux secteurs de collaboration.

Le projet d'AlUla demeure, selon lui, « l'exemple le plus emblématique » de cette dynamique. L'initiative associe préservation du patrimoine, développement touristique durable, archéologie, architecture, muséographie et formation de talents, illustrant l'ambition commune des deux pays.

L'ambassadeur cite également la culture comme l'un des piliers de la relation franco-saoudienne, évoquant notamment le lancement de « La Fabrique », présentée comme un incubateur de projets culturels franco-saoudiens. Il met aussi en avant l'essor de nouvelles coopérations dans les secteurs du numérique et du divertissement, notamment autour de l'e-sport.

À ce titre, il voit dans le choix de Paris par les autorités saoudiennes pour accueillir cet été la Coupe du monde d'e-sport « un acte de confiance envers la France », qui témoigne, selon lui, d'un partenariat s'étendant désormais « aux nouvelles industries du sport, du divertissement, du numérique et de l'innovation ».

Sur le plan régional, Patrick Maisonnave décrit la France comme un partenaire « présent, fiable et constant » des pays du Golfe. Il rappelle l'engagement français en faveur de la sécurité régionale, de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz et de la désescalade.

L'ambassadeur souligne enfin les convergences entre Paris et Riyad sur plusieurs dossiers majeurs, notamment la sécurité du Golfe, la mise en œuvre de la solution à deux États au Proche-Orient, le soutien à l'intégrité territoriale du Liban et les efforts de stabilisation de la Syrie.

Selon lui, ces priorités communes traduisent la volonté des deux pays de privilégier la diplomatie, le respect du droit international et la recherche de solutions politiques au service de la stabilité régionale.

Ces convergences illustrent, selon lui, la portée du partenariat stratégique entre la France et l'Arabie saoudite. « Tous nos efforts vont dans le même sens : la stabilité régionale doit passer par la diplomatie, le respect du droit international et la recherche de solutions politiques », affirme-t-il.

Une approche qui résume, selon lui, l'esprit du partenariat franco-saoudien : « une relation bilatérale forte et une coopération de tous les instants au service de la stabilité régionale ».


Israël: les élections législatives se tiendront le 27 octobre

Le Parlement israélien a annoncé la tenue des élections législatives pour le 27 octobre, un scrutin largement considéré comme un référendum sur le leadership du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (AFP)
Le Parlement israélien a annoncé la tenue des élections législatives pour le 27 octobre, un scrutin largement considéré comme un référendum sur le leadership du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (AFP)
  • Ce scrutin sera le premier organisé depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre dans la bande de Gaza et a ouvert d'autres fronts pour Israël dans la région
  • Benjamin Netanyahu, le Premier ministre ayant exercé le plus longtemps dans l'histoire d'Israël, a annoncé son intention de briguer un nouveau mandat

JERUSALEM: Le Parlement israélien a annoncé la tenue des élections législatives pour le 27 octobre, un scrutin largement considéré comme un référendum sur le leadership du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

La Knesset, nom du Parlement israélien, doit achever son mandat le 17 juillet, permettant à la coalition au pouvoir d'aller jusqu'au bout de ses quatre ans, pour la première fois depuis plusieurs décennies.

Dans un communiqué, la conseillère juridique de Parlement, Sagit Afik, a indiqué que la législature actuelle était appelée à aller jusqu'au terme de son mandat, et que par conséquent "les élections étaient (...) fixées par la loi au 27 octobre, sans qu'il soit envisagé d'écourter le mandat de la Knesset".

Ce scrutin sera le premier organisé depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre dans la bande de Gaza et a ouvert d'autres fronts pour Israël dans la région.

Benjamin Netanyahu, le Premier ministre ayant exercé le plus longtemps dans l'histoire d'Israël, a annoncé son intention de briguer un nouveau mandat.

Empêtré dans un procès pour corruption, le dirigeant de 76 ans a affirmé vouloir gagner cette élection, qui pourrait constituer le scrutin le plus déterminant de sa carrière politique.

Ces derniers jours, son gouvernement, l'un des plus à droite de l'histoire d'Israël, s'est employé à faire adopter une série de projets de loi afin de consolider sa majorité et d'aborder les élections en position de force.

Les derniers sondages montrent toutefois qu'une majorité d'Israéliens souhaitent le départ de M. Netanyahu. L'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot apparaît désormais comme son principal rival.

La colère suscitée par les défaillances sécuritaires ayant entouré les attaques du 7-Octobre reste vive et continue de peser sur la popularité de Benjamin Netanyahu.

Popularité en baisse 

L'opinion publique lui reproche aussi de ne pas avoir tenu ses promesses de "victoire totale" sur le Hamas et le Hezbollah libanais pro-iranien et d'avoir été écarté des négociations entre l'Iran et les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, le protocole d'accord conclu ayant été jugé par beaucoup défavorable aux intérêts israéliens.

Un récent sondage de l'Université hébraïque de Jérusalem a révélé que plus de 92% des Israéliens estiment que l'Iran a remporté la guerre au Moyen-Orient, tandis que le soutien à M. Netanyahu comme Premier ministre a chuté de 40,5% début mars à 29,4% en juin.

Le mois dernier, le dirigeant israélien a déclaré qu'il souhaitait "établir un large gouvernement national".

En cherchant à tendre la main au-delà de son camp, il semble vouloir recentrer son discours électoral sur l'unité nationale plutôt que sur l'appartenance idéologique.

Le débat public est aussi profondément marqué par la question du service militaire obligatoire pour les hommes juifs ultra-orthodoxes.

Les principaux alliés de M. Netanyahu issus des partis ultra-orthodoxes ont à plusieurs reprises menacé de faire tomber le gouvernement si les étudiants en yechiva (centre d'études des textes rabbiniques) n'étaient pas exemptés de l'obligation de servir dans l'armée.

A l'inverse, l'armée israélienne et une grande partie de l'opinion publique estiment qu'un enrôlement plus large est nécessaire, après des années de guerres alors que les réservistes enchaînent les périodes sous les drapeaux.

Parmi les autres sujets susceptibles de peser sur la campagne figurent les réformes judiciaires controversées lancées par M. Netanyahu avant le déclenchement de la guerre à Gaza, son procès pour corruption en cours ainsi que les incertitudes concernant la gouvernance de la bande de Gaza, près d'un an après l'entrée en vigueur d'une trêve précaire.