Prof d'histoire décapité: le message de revendication émanait bien de l'agresseur abattu

Le procureur de la République chargé de la lutte antiterroriste, Jean-François Ricard, s'exprime lors d'une conférence de presse à Paris , au lendemain de la décapitation d'un enseignant par un agresseur abattu par des policiers. (ABDULMONAMEASSA/AFP)
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Publié le Samedi 17 octobre 2020

Prof d'histoire décapité: le message de revendication émanait bien de l'agresseur abattu

  • Abdoullakh Abouyezidovitch A., l'agresseur abattu par la police, avait publié un message de revendication sur Twitter
  • Les policiers ont retrouvé «un couteau de type poignard, une arme de poing de type Airsoft et cinq cartouches de gaz compatibles avec cette arme».

Le message de revendication publié sur Twitter avec la photo du professeur d'histoire décapité vendredi près d'un collège à Conflans-Sainte-Honorine a été publié sur un compte appartenant bien à l'agresseur abattu par la police, Abdoullakh Abouyezidovitch A., a indiqué samedi le procureur national antiterroriste.

«Les investigations ont pu confirmer qu'il s'agissait bien d'un compte appartenant à l'auteur des faits», a déclaré Jean-François Ricard lors d'une conférence de presse au tribunal de Paris.

La première exploitation du téléphone de l'assaillant, trouvé à proximité de son corps, «a permis de retrouver dans le bloc-notes le texte de la revendication, enregistré à 12H17 ainsi que la photographie de la victime décédée horodatée à 16H57», a-t-il ajouté.

Abdoullakh A., «né le 12 mars 2002 à Moscou en Russie» et qui bénéficiait du statut de réfugié, a été abattu par des policiers alors qu'il «courait dans leur direction en tirant à cinq reprises avec une arme de poing», a expliqué le procureur.

Selon son récit, trois policiers ont riposté, entraînant la chute de l'assaillant. «Alors qu'il tentait de se relever et de donner des coups de couteau aux policiers, il était neutralisé par les forces de l'ordre», a-t-il raconté, indiquant que son corps présentait «neuf impacts" de balle.

Les policiers ont retrouvé sur lui «un couteau de type poignard, une arme de poing de type Airsoft et cinq cartouches de gaz compatibles avec cette arme».

Par ailleurs, «un second couteau d'une longueur totale de 35 centimètres, ensanglanté, était découvert à une trentaine de mètres du lieu du crime», a indiqué M. Ricard.

L'agresseur, qui habitait à Evreux (Eure) et avait un titre de séjour délivré le 4 mars dernier et valable jusqu'en mars 2030, «était inconnu des services de renseignements sur un plan judiciaire». «Il n'a jamais été condamné tout en étant connu pour des affaires de dégradation de biens publics et de violences en réunion, alors qu'il était encore mineur», a précisé le procureur.

Par ailleurs, selon M. Ricard, parmi les neuf personnes actuellement en garde à vue figure le père d'une élève du professeur décapité, qui avait notamment appelé sur les réseaux sociaux à la mobilisation contre ce dernier et à son renvoi de l'établissement après un cours pendant lequel l'enseignant avait montré des caricatures de Mahomet. 

«La demi-soeur de cet homme avait rejoint l'organisation Etat islamique en 2014 en Syrie et elle fait, à ce titre, l'objet d'un mandat de recherche par un juge d'instruction antiterroriste», a précisé M. Ricard.

Un autre homme, «connu des services de renseignement» et qui a notamment participé à des vidéos publiées par le père de l'élève, est aussi en garde à vue avec son épouse.

Depuis la vague d'attentats jihadistes sans précédent amorcée en 2015 en France, qui a fait 259 morts avec ce professeur, plusieurs attaques ont été perpétrées à l'arme blanche, notamment à la préfecture de police de Paris en octobre 2019, ou à Romans-sur-Isère en avril dernier.


Macron reçoit lundi les représentants du Conseil français du culte musulman

Le président français Emmanuel Macron s'adressant à la presse devant un collège à Conflans Saint-Honorine. (AFP)
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  • Trois jours après l'assassinat du professeur Samuel Paty, le gouvernement a promis, à l'issue du Conseil de défense tenu dimanche soir, des réponses politiques « à court et moyen terme » et a annoncé lundi matin une série d'opérations
  • « Face à ceux qui cherchent une raison à ce crime ignoble en évoquant les caricatures du prophète de l'Islam, nous réaffirmons que rien, absolument rien, ne saurait justifier l'assassinat d’un Homme »

PARIS: Le président de la République Emmanuel Macron doit recevoir à l'Elysée lundi à 16h les représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM) en compagnie du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, a annoncé la présidence.

Trois jours après l'assassinat du professeur Samuel Paty, le gouvernement a promis, à l'issue du Conseil de défense tenu dimanche soir, des réponses politiques « à court et moyen terme » et a annoncé lundi matin une série d'opérations contre la mouvance islamiste.

Le chef de l'Etat a demandé dimanche « qu'on passe rapidement à l'action et qu'on ne laisse aucun répit à ceux qui s'organisent pour s'opposer à l'ordre républicain ».

« Face à ceux qui cherchent une raison à ce crime ignoble en évoquant les caricatures du prophète de l'Islam, nous réaffirmons que rien, absolument rien, ne saurait justifier l'assassinat d’un Homme », avait réagi dans la nuit de vendredi à samedi sur Twitter le Conseil français du culte musulman (CFCM).


Schiappa réunit les services de police pour lutter contre «le cyberislamisme»

Le ministre français de l'intérieur Gerald Darmanin (à droite) et la ministre déléguée à la citoyenneté Marlene Schiappa assistent à une réunion sur le projet de loi sur le séparatisme. (ThomasCOEX/POOL/AFP)
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  • La ministre déléguée chargée de la citoyenneté a réuni les patrons de la police et de la gendarmerie afin d'étudier de nouvelles dispositions renforçant la lutte contre «le cyberislamisme»
  • Gérald Darmanin, avait dénoncé «une fatwa en ligne»

La ministre déléguée chargée de la citoyenneté, Marlène Schiappa, a réuni lundi à Nanterre les responsables des services de police et les patrons de la police et de la gendarmerie afin d'étudier de nouvelles dispositions renforçant la lutte contre «le cyberislamisme».

«Le cyberislamisme s'est développé», a souligné la ministre, trois jours après la décapitation en pleine rue vendredi du professeur Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, entrainant une mise en cause des réseaux sociaux pour avoir relayé les messages stigmatisant le professeur d'histoire.

Dans ce contexte, Mme Schiappa s'est rendue à la sous-direction de lutte contre la cybercriminalité qui abrite la plateforme de signalement Pharos destinée au grand public. C'est cette plateforme, mise en place en 2009, qui a identifié les 80 messages de soutien à l'action de l'agresseur de Samuel Paty.

«La plateforme Pharos est bien identifiée par la population. Il s'agit de voir comment on peut améliorer l'articulation entre les différents services», a expliqué la ministre, qui a réuni de hauts responsables de la police et de la gendarmerie pour étudier les améliorations possibles à une meilleure détection des contenus haineux sur internet.

Lundi matin, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, avait dénoncé «une fatwa en ligne». Et la veille, le Conseil de défense présidé par Emmanuel Macron a décidé d'agir contre ceux qui ont soutenu l'attentat sur les réseaux sociaux.

Dans l'entourage de Marlène Schiappa, on fait valoir qu'au-delà des dispositifs de signalement et de blocage de contenus illicites, il est nécessaire aussi que l'Etat ne soit pas absent du net et organise un «contre discours» pour répondre aux propos haineux.

Actuellement, les signalements parvenant à Pharos sont traités par des policiers et des gendarmes qui, après vérification, alertent les services compétents, pour qu'une enquête soit ouverte sous l'autorité du procureur. Souvent long, ce dispositif ne permet toutefois pas d'effacer rapidement les contenus jugés illicites.

Les réseaux sociaux disposent également de dispositifs de signalement, mais leur efficacité relative est critiquée.


Marine Le Pen réclame une «législation de guerre» contre l'islamisme

Marine Le Pen s'adresse à la presse trois jours après la décapitation du professeur d'histoire Samuel Paty, au siège du parti RN à Nanterre. (ThomasSAMSON/AFP)
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  • Marine Le Pen réclame une «législation de guerre» pour combattre l'islamisme
  • «L'islamisme est une idéologie belliqueuse dont le moyen de conquête est le terrorisme. Puisque le terrorisme est un acte de guerre, il exige une législation de guerre»

NANTERRE: Marine Le Pen a réclamé lundi une «législation de guerre» contre l'islamisme qui s'inscrit à ses yeux dans une «stratégie de reconquête» républicaine et pas seulement «d'endiguement», après la décapitation d'un enseignant qui avait montré des caricatures de Mahomet.

«L'islamisme est une idéologie belliqueuse dont le moyen de conquête est le terrorisme. Puisque le terrorisme est un acte de guerre, il exige une législation de guerre», a asséné la présidente du Rassemblement national dans une allocution solennelle au siège de son parti à Nanterre.

«Face à une force organisée et déjà installée, prosélyte et conquérante, notre président n'a proposé qu'une insuffisante et anachronique stratégie d'endiguement. La situation appelle une stratégie de reconquête», qui repose «sur trois piliers: la restauration de l'État, la réaffirmation de la République, l'unité de la nation», a estimé la candidate à la présidentielle.

Quelques heures auparavant, Marine Le Pen s'était rendue à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) pour déposer une gerbe devant le collège de l'enseignant décapité vendredi. Aucun responsable du RN n'a participé aux manifestations dimanche en son hommage, estimant en avoir «un peu marre de la politique de la bougie».

La dirigeante d'extrême droite a réclamé une «législation d'exception» qui «sera conforme à l'Etat de droit», «dirigée contre les terroristes» et qui «n'affectera aucunement les libertés publiques», avec des «procédures policières et judiciaires spécifiques», une «possibilité de surveillance étendue» et un «régime carcéral spécifique».

Refusant toute «complaisance directe ou indirecte de l'administration», Marine Le Pen a souhaité de nouveau un «renforcement des moyens de police nationale et municipale comme de la gendarmerie», une «évolution de la légitime défense», un «armement obligatoire des polices municipales», le «renforcement des moyens de justice» et la «création de centres pénitentiaires adaptés".

Elle a réclamé «un moratoire immédiat sur l'immigration et sur les naturalisations», estimant que «la politique migratoire nourrit le communautarisme, terreau de l'islamisme», et redemandé une «réforme du code de la nationalité».

«Aucun étranger fiché S pour islamisme, en situation régulière ou irrégulière, ne doit pouvoir rester en France», a-t-elle insisté. «Un binational fiché S pour islamisme doit être déchu de sa nationalité et renvoyé. Un Français fiché S pour islamisme doit être poursuivi pour intelligence avec l'ennemi, condamné et incarcéré».