Brésil: Jacarezinho, peur sur la favela un an après le massacre

Vue de la favela de Jacarezinho à Rio de Janeiro, Brésil, le 6 mai 2022. Un an après la mort de 28 personnes lors du raid policier le plus sanglant de l'histoire de Rio de Janeiro, la tension est toujours palpable dans la favela de Jacarezinho, où les autorités ont déployé un vaste dispositif de répression. (AFP).
Vue de la favela de Jacarezinho à Rio de Janeiro, Brésil, le 6 mai 2022. Un an après la mort de 28 personnes lors du raid policier le plus sanglant de l'histoire de Rio de Janeiro, la tension est toujours palpable dans la favela de Jacarezinho, où les autorités ont déployé un vaste dispositif de répression. (AFP).
Short Url
Publié le Dimanche 08 mai 2022

Brésil: Jacarezinho, peur sur la favela un an après le massacre

  • Officiellement, la police est là pour «reconquérir le territoire» dominé par les narcotrafiquants et permettre l'implantation de projets sociaux, dans le cadre du programme «Cidade Integrada» (Ville intégrée)
  • Mais cette présence est loin de tranquilliser les habitants, dans cette favela où vivent 80 000 personnes, selon les estimations d'associations locales

RIO DE JANEIRO : Un an après le raid policier le plus meurtrier de l'histoire de Rio de Janeiro, la tension reste forte dans la favela de Jacarezinho, où les forces de l'ordre sont déployées massivement depuis trois mois.

Officiellement, la police est là pour "reconquérir le territoire" dominé par les narcotrafiquants et permettre l'implantation de projets sociaux, dans le cadre du programme "Cidade Integrada" (Ville intégrée), lancé fin janvier par le gouvernement de l'Etat de Rio.

Mais cette présence est loin de tranquilliser les habitants, dans cette favela où vivent 80 000 personnes, selon les estimations d'associations locales.

"Tout le monde a peur. Le fait que la police soit ici en permanence ne nous donne pas un sentiment de sécurité, au contraire", dit Vera, 31 ans, vendeuse dans une rue commerçante de Jacarezinho. Son prénom a été changé pour préserver son anonymat.

Deux blindés de la police sont postés près de sa boutique et des policiers lourdement armés en sortent régulièrement pour patrouiller. Les passants évitent de croiser leur regard, dans ce méandre de ruelles étroites où les fils électriques emmêlés pendent parfois jusqu'au sol.

"Depuis le début de 'Cidade Integrada', les fusillades sont quasi quotidiennes, sans préavis", déplore Pedro Paulo da Silva, chercheur spécialiste des questions de sécurité au sein de l'ONG locale Labjaca.

«Exécution sommaire»

La nuit du 25 avril, un jeune homme de 18 ans, père d'un bébé de 4 mois, a été abattu par la police.  

"C'était une exécution sommaire! Pourquoi ont-ils tué mon fils?", a réagi sa mère, citée par le site d'informations G1. 

À Jacarezinho, la simple présence des forces de l'ordre rappelle le souvenir funeste du 6 mai 2021, quand 28 personnes avaient été tuées lors d'une opération policière ultra-violente. Les images de ruelles baignées de sang sont gravées dans les mémoires.

Vendredi, jour anniversaire de ce massacre, un cortège d'une centaine de personnes a arpenté les rues de la favela, jusqu'à un mémorial: un muret bleu sur lequel ont été fixées des plaques avec les noms des 28 morts. 

Les manifestants n'ont pas hésité à crier "policiers, assassins!" tout le long du parcours, même quand deux agents armés de fusils d'assaut ont croisé leur chemin.

"C'est un sentiment de tristesse, mais surtout d'injustice. Beaucoup d'autres sont morts après eux et ça ne va pas s'arrêter", dit à l'AFP Taciana Barbosa, 19 ans, amie d'enfance de deux jeunes tués lors du raid.

Jusqu'à présent, seulement deux policiers ont fait l'objet de poursuites judiciaires et deux autres ont été mis en accusation par le parquet jeudi. Dix des treize enquêtes ouvertes ont été classées sans suite. 

"Tant que l'impunité persiste, le contact avec la police sera toujours marqué par ce traumatisme", dit à l'AFP Guilherme Pimentel, auditeur de la Défense Publique, organe qui porte assistance juridique aux démunis.

«Premières cartes d'identité»

Autre problème récurent qui a fait l'objet de "dizaines de dénonciations" à la Défense publique: les vols et déprédations commis selon les habitants par des policiers dans leurs modestes bicoques recouvertes de tôle ondulée.

"Quand je suis rentré chez moi, la porte était ouverte. Ils ont des passepartouts et quand ça ne marche pas, ils défoncent les portes", raconte Thiago Baia, 39 ans, responsable d'une association culturelle dans la favela.

"Ils ont tout renversé, à la recherche d'objets de valeur. Ils sont entrés avec un chien, j'ai retrouvé des crottes. Depuis, chaque nuit, avant de dormir, j'ai des crises d'anxiété", poursuit-il.

Pour ce qui est du volet social, le gouvernement de l'Etat de Rio a assuré dans un courriel envoyé à l'AFP avoir mis en place plusieurs programmes, notamment une formation professionnelle ouverte aux mères de famille, qui compte déjà 1 400 inscrites.

Les autorités ont également ouvert des cours de gymnastique et de zumba, ainsi qu'un service d'état-civil qui a permis, selon le gouverneur Claudio Castro, à de nombreux habitants d'obtenir "leur toute première carte d'identité". 

"À part les formations professionnelles, on n'a rien vu de vraiment probant. À chaque fois que les autorités lancent un nouveau programme, c'est toujours le même problème: il n'y a pas la moindre concertation avec les habitants", déplore Pedro Paulo da Silva.


Trêve de deux semaines entre les États-Unis, Israël et l’Iran

De la fumée s’élève à la suite de frappes sur Téhéran le 7 avril 2026. (AFP)
De la fumée s’élève à la suite de frappes sur Téhéran le 7 avril 2026. (AFP)
Short Url
  • Un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran prévoit l’arrêt des attaques américaines et la réouverture du détroit d’Ormuz, avec des négociations prévues au Pakistan pour tenter d’aboutir à un accord durable
  • Des divergences majeures persistent (nucléaire, sanctions, présence militaire), et la trêve n’inclut pas le Liban, où les hostilités se poursuivent

WASHINGTON: Les Etats-Unis et l'Iran se sont accordés mardi pour un cessez-le-feu de deux semaines, un peu plus d'une heure avant l'expiration de l'ultimatum de Donald Trump qui menaçait de détruire la République islamique.

Voici ce que l'on sait de la trêve entre les deux pays, qui devraient entamer vendredi des pourparlers au Pakistan, pays médiateur dans la guerre au Moyen-Orient.

La trêve selon Washington

Joint par l'AFP au téléphone, le président américain Donald Trump a déclaré mardi que pour Washington, la victoire était "totale et complète."

Les Etats-Unis vont interrompre les attaques sur l'Iran durant deux semaines, et Téhéran va en retour rouvrir temporairement le détroit d'Ormuz.

Téhéran a accepté "l'OUVERTURE TOTALE, IMMÉDIATE ET SÉCURISÉE du détroit d'Ormuz", a déclaré M. Trump dans un message publié sur son réseau Truth Social.

Le président américain a précisé que l'accord avait été conclu après s'être entretenu avec des dirigeants au Pakistan, pays médiateur dans la guerre lancée par les Etats-Unis et Israël le 28 février.

Il a affirmé que la question de l'uranium iranien serait "parfaitement réglée", pendant cette trêve.

M. Trump a justifié la guerre, accusant Téhéran d'enrichir de l'uranium dans le but de fabriquer une arme atomique, une affirmation qui n'est pas étayée par l'agence nucléaire de l'ONU et que l'Iran a démentie.

Dans un précédent plan visant à mettre fin aux hostilités, les Etats-Unis exigeaient que l'Iran cesse tout nouvel enrichissement, accepte des limites à son programme de missiles et mette fin à son soutien aux groupes armés de la région, ce qui a été refusé par Téhéran.

Ces exigences n'ont pas été communiquées dans la dernière trêve.

Le mois dernier, le dirigeant américain a déclaré que la "reddition inconditionnelle" de l'Iran serait le seul résultat acceptable pour mettre un terme à la guerre.

Et Téhéran?

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a confirmé que Téhéran allait garantir des traversées en sécurité du détroit d'Ormuz, où transitait avant la guerre 20% du brut mondial.

Un plan en 10 points proposé par l'Iran pour parvenir à la fin de la guerre, a été qualifié de "viable" par Donald Trump.

Il pourrait servir de base à d'éventuelles négociations plus tard cette semaine, mais comporte plusieurs points de blocage que Washington a jugé irréalisables par le passé.

Le plan exigerait "le maintien du contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz, l'acceptation de l'enrichissement, la levée de toutes les sanctions primaires et secondaires", selon un communiqué publié par la République islamique.

Alors que la demande relative à l'enrichissement d'uranium ne figurait pas dans la version en anglais de la déclaration de Téhéran partagée par l'ONU, elle faisait partie de la version en persan diffusée par les médias d'Etat iraniens.

Parmi les autres exigences: le retrait des forces américaines du Moyen-Orient, la fin des attaques contre l'Iran et ses alliés, la libération des avoirs iraniens gelés et une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU rendant l'accord contraignant.

Le cessez-le-feu ne s'applique pas au Liban

Israël a annoncé soutenir la décision de Donald Trump de suspendre les attaques contre l'Iran, tout en précisant que la trêve n'incluait pas le Liban.

Au total, les frappes israéliennes au Liban ont tué 1.530 personnes depuis le début de la guerre entre le mouvement islamiste Hezbollah pro-iranien et Israël le 2 mars, a indiqué mardi le ministère de la Santé libanais.

Cette affirmation contredit une annonce faite plus tôt par le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur dans le conflit, assurant que le cessez-le-feu s'appliquait "partout, y compris au Liban et ailleurs".

Et pour la suite?

M. Sharif a annoncé que le cessez-le-feu prenait effet immédiatement, et que des pourparlers commenceront vendredi dans la capitale pakistanaise avec des délégués des deux pays.

Les discussions auront pour but d'atteindre "un accord définitif", a-t-il déclaré.

L'Iran a annoncé qu'il consacrerait deux semaines aux négociations.

Le pétrole a chuté mercredi après l'annonce de la réouverture du détroit d'Ormuz dans le cadre de la trêve, alors que les approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz étaient sous pression depuis que l'Iran avait, de fait, fermé le passage.

La décongestion du détroit pourrait apporter un soulagement temporaire aux pays qui dépendent des importations de pétrole.


Trump: L'Iran « entier pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain»

Dans la salle de briefing de la Maison Blanche, pleine comme un oeuf, il a jugé que les dirigeants iraniens négociaient de "bonne foi". Mais il a aussi accusé les responsables iraniens d'avoir pour habitude d'"enfumer" les présidents américains. (AFP)
Dans la salle de briefing de la Maison Blanche, pleine comme un oeuf, il a jugé que les dirigeants iraniens négociaient de "bonne foi". Mais il a aussi accusé les responsables iraniens d'avoir pour habitude d'"enfumer" les présidents américains. (AFP)
Short Url
  • L'Iran "entier pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain" (mardi), a menacé lundi Donald Trump pendant une conférence de presse par ailleurs consacrée au spectaculaire sauvetage d'un aviateur américain
  • Le président a assuré que l'armée pourrait détruire en quatre heures les ponts et centrales électriques iraniennes, si l'ultimatum qu'il a fixé à Téhéran expire sans résultat, mardi à 20h00 (00h00 GMT)

WASHINGTON: L'Iran "entier pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain" (mardi), a menacé lundi Donald Trump pendant une conférence de presse par ailleurs consacrée au spectaculaire sauvetage d'un aviateur américain.

Le président a assuré que l'armée pourrait détruire en quatre heures les ponts et centrales électriques iraniennes, si l'ultimatum qu'il a fixé à Téhéran expire sans résultat, mardi à 20h00 (00h00 GMT).

Le républicain de 79 ans, qui a dit ne pas "s'inquiéter" de commettre des crimes de guerre si les Etats-Unis attaquaient réellement ces infrastructures civiles, a assuré que l'opération militaire américaine avait le soutien de la population iranienne.

Les Iraniens "seraient prêts à souffrir pour avoir la liberté", a déclaré Donald Trump lors d'une rare conférence de presse, en assurant que les Américains avaient intercepté de nombreux messages disant: "Continuez à bombarder".

Mais le président américain a comme à son habitude livré le même jour des propos contradictoires, certains allant dans le sens d'une aggravation, d'autres d'une résolution diplomatique du conflit débuté le 28 février.

"Bonne foi" 

Dans la salle de briefing de la Maison Blanche, pleine comme un oeuf, il a jugé que les dirigeants iraniens négociaient de "bonne foi". Mais il a aussi accusé les responsables iraniens d'avoir pour habitude d'"enfumer" les présidents américains.

Le milliardaire a aussi décrit les difficultés de communication avec ces dirigeants en assurant que les négociations se faisaient "comme il y a 2.000 ans avec des enfants qui transportent un message dans un sens et l'autre".

Un peu plus tôt, en marge d'une célébration de la fête de Pâques dans les jardins de la Maison Blanche, il avait qualifié d'"étape très importante" une proposition de cessez-le-feu de 45 jours avancée par des pays médiateurs.

"Ce n'est pas encore assez bien", a toutefois aussi estimé le président américain sous l'oeil fixe d'une mascotte en costume de lapin.

Pendant sa conférence de presse, il a indiqué que l'une des conditions fixées à l'Iran dans les discussions était la réouverture du détroit d'Ormuz, cela après avoir plusieurs fois assuré ces derniers jours que le sort de cette artère vitale pour le commerce de pétrole lui était indifférent.

Si Donald Trump est allé à la rencontre des journalistes lundi, c'est d'abord pour vanter la spectaculaire opération de sauvetage d'un aviateur américain, qui lui a permis de chanter les louanges de l'armée alors que le conflit est impopulaire auprès de la majorité des Américains.

La mission a "capté l'attention du monde entier", s'est réjoui l'ancien animateur de téléréalité.

Il a donné de nombreux détails - ainsi sur l'engagement de plus de 170 avions militaires au total et sur la destruction de deux appareils que l'armée américaine a été contrainte d'abandonner sur place.

 "Stupides" 

Le chef du Pentagone Pete Hegseth, usant comme d'habitude d'un vocabulaire tantôt religieux tantôt viril, a dressé un parallèle entre le sauvetage de l'aviateur et la résurrection de Jésus Christ, célébrée à Pâques par les chrétiens.

Pendant sa conférence de presse, le président américain a aussi émis des menaces contre les journalistes ayant révélé la recherche en cours d'un membre d'équipage dont l'appareil avait été abattu vendredi dans le sud-ouest de l'Iran, ainsi que leur source.

Il a aussi critiqué vivement les reporters de CNN et du New York Times.

Donald Trump a par ailleurs lancé, cette fois pendant son apparition du matin dans les jardins, que "si cela ne tenait qu'à lui", il s'emparerait du pétrole iranien mais a ajouté que "malheureusement, les Américains voudraient nous voir rentrer à la maison".

"Ils sont stupides", a-t-il répondu à un journaliste qui lui demandait ce qu'il pensait des opinions majoritairement défavorables sur la guerre.

Au pupitre de la salle de presse, l'ancien homme d'affaires a indiqué qu'il existait un plan dans lequel les Etats-Unis prélèveraient un droit de passage dans le détroit d'Ormuz, sans davantage de précisions.


Un nouveau pétrolier appartenant à une compagnie japonaise a franchi le détroit d'Ormuz

Une compagnie maritime japonaise a déclaré lundi qu'un pétrolier battant pavillon indien et appartenant à sa filiale avait franchi le détroit d'Ormuz, faisant route vers l'Inde, devenant le troisième navire lié au Japon à transiter par le détroit. (AFP)
Une compagnie maritime japonaise a déclaré lundi qu'un pétrolier battant pavillon indien et appartenant à sa filiale avait franchi le détroit d'Ormuz, faisant route vers l'Inde, devenant le troisième navire lié au Japon à transiter par le détroit. (AFP)
Short Url
  • Le blocage de facto de ce passage maritime du Golfe en raison de la riposte iranienne aux frappes américaines et israéliennes empêche le transit de pétrole, affectant de nombreuses économies en Asie
  • Le Japon qui dépend fortement du brut importé du Moyen-Orient

TOKYO: Une compagnie maritime japonaise a déclaré lundi qu'un pétrolier battant pavillon indien et appartenant à sa filiale avait franchi le détroit d'Ormuz, faisant route vers l'Inde, devenant le troisième navire lié au Japon à transiter par le détroit.

Le blocage de facto de ce passage maritime du Golfe en raison de la riposte iranienne aux frappes américaines et israéliennes empêche le transit de pétrole, affectant de nombreuses économies en Asie, dont le Japon qui dépend fortement du brut importé du Moyen-Orient.

Cette quasi-fermeture a entraîné des pénuries de carburant et une flambée des prix de l'énergie à travers le monde.

Une porte-parole de l'armateur nippon Mitsui OSK Lines a indiqué à l'AFP que le méthanier GPL Green Asha avait traversé le détroit. "Le personnel à bord comme la cargaison sont en sécurité", a-t-elle déclaré.

Samedi, le gouvernement indien avait déjà annoncé que le méthanier GPL Green Sanvi, également détenu par une filiale de Mitsui OSK, avait franchi le détroit en toute sécurité.

Et la veille, trois pétroliers, dont un codétenu par le groupe nippon, avaient traversé le détroit. Le navire Sohar LNG, également codétenu par Mistui OSK, était le premier méthanier de gaz naturel liquéfié à franchir le détroit depuis le 1er mars.

Les rares navires qui ont franchi ce point d'étranglement depuis le début de la guerre au Moyen-Orient ont emprunté un itinéraire approuvé par l'Iran à travers ses eaux près de l'île de Larak, surnommé le "péage de Téhéran" par la société de données maritime Lloyd's List Intelligence.