Au Liban, les élections de mai comme nouvelle chance pour l'opposition

Des expatriés libanais font la queue pour voter pour les élections législatives du 15 mai au consulat du Liban dans l'émirat du Golfe de Dubaï le 8 mai 2022. (Karim Sahib/AFP)
Des expatriés libanais font la queue pour voter pour les élections législatives du 15 mai au consulat du Liban dans l'émirat du Golfe de Dubaï le 8 mai 2022. (Karim Sahib/AFP)
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Publié le Lundi 09 mai 2022

Au Liban, les élections de mai comme nouvelle chance pour l'opposition

  • Depuis le dernier scrutin en 2018, le nombre de candidats se présentant contre des partis établis a plus que doublé
  • Contrairement aux partis traditionnels, les candidats de l'opposition sont confrontés à un manque de fonds mais aussi à l'absence de soutien des forces politiques régionales

BEYROUTH, Liban : Les figures de l'opposition au Liban se préparent pour les élections législatives malgré leurs faibles chances de réussite, à l'heure où les crises ont estompé la ferveur révolutionnaire qui avait secoué le pays fin 2019.

Ce scrutin, prévu le 15 mai, marque la première échéance électorale pour l'opposition, née d'un mouvement de protestation inédit qui exigeait la refonte du système politique.

Couplée à la pandémie de Covid-19 et aggravée par l'explosion meurtrière au port de Beyrouth en 2020, la crise financière historique du Liban a fini par essouffler les manifestants et poussé une partie de la population à l'exode.

Les figures de la contestation espèrent profiter des élections législatives pour porter un autre coup à la classe politique, sans toutefois s'attendre à une victoire significative.

Se présenter aux législatives, est «une continuation» logique pour Verena El Amil, figure de proue des manifestations et parmi les plus jeunes candidates.

«Après les manifestations de 2019, nous avons tous été confrontés à la défaite et à une vague d'émigration massive», explique l'avocate.

«Malgré cela, nous devons encore essayer et je me présente aux élections pour montrer que nous n'abandonnons pas.»

Depuis le dernier scrutin en 2018, le nombre de candidats se présentant contre des partis établis a plus que doublé.

Selon The Policy Initiative (TPI), un think-tank basé à Beyrouth, l'opposition et les candidats indépendants représentent 284 des 718 personnes en lice. Soit 124 de plus qu'en 2018, selon TPI.

Ils sont répartis sur 48 listes électorales différentes à travers le Liban, y compris dans les régions excentrées dont les actuels dirigeants ont rarement été défiés.

- «Contestation» -

Agée de seulement 25 ans, Verena El Amil avait à peine l'âge requis pour voter en 2018. Lors de ce scrutin, un seul candidat indépendant avait obtenu un siège.

«Nous allons nous battre. Les slogans que nous avons criés pendant les manifestations sont ceux que nous voulons porter dans notre campagne électorale et au Parlement», dit-elle, confiant avoir dépensé toutes ses économies pour sa candidature.

La détermination de Mme Amil fait écho avec celle de Lucien Bourjeily, militant, écrivain et réalisateur qui s'est imposé comme l'une des figures incontournables du mouvement contestataire.

Il se présente aux urnes pour la deuxième fois.

«Les gens devraient considérer le jour des élections comme une manifestation», déclare-t-il.

«De la même façon qu'on a documenté les gens qui se font frapper, qui perdent les yeux et se font tuer dans la rue, on devrait documenter la manière dont les votes seront usurpés (le 15 mai) et dont la fraude aura lieu».

- «Opposition dispersée» -

Contrairement aux partis traditionnels, les candidats de l'opposition sont confrontés à un manque de fonds mais aussi à l'absence de soutien des forces politiques régionales.

La loi électorale complique aussi l'obtention de sièges pour les candidats indépendants.

Et les opposants sont rares à unir leurs forces, préférant faire cavalier seul.

«Vous avez des listes d'opposition concurrentes dans la plupart des districts, c'est inadmissible», a déclaré Carmen Geha, professeur à l'Université américaine de Beyrouth.

«Nous avions besoin d'espoir, avec une campagne nationale».

De nombreux Libanais pourraient aussi décider de ne pas aller voter, en raison de la flambée des prix du carburant qui font de chaque déplacement un luxe que beaucoup ne peuvent pas se permettre.

Selon un rapport d'Oxfam publié en avril, seul 54% des plus de 4.670 personnes interrogées ont déclaré vouloir voter.

Ce «taux relativement faible (...) est peut-être dû à un sentiment accablant de déception et de désespoir», a déclaré l'ONG basée au Royaume-Uni.

Et parmi ceux qui ont déclaré ne pas vouloir voter, plus de la moitié ont estimé qu'il n'y avait aucun candidat prometteur, selon Oxfam.

Mais près de 50% de ceux qui voteront ont déclaré qu'ils choisiraient un candidat indépendant.

De son côté, le militant de longue date Maher Abou Chakra avait envisagé de se présenter. Il a fini par retirer sa candidature en raisons de divergences avec d'autres groupes de l'opposition.

«Le régime politique du Liban est vieux de plusieurs centaines d'années (...) et profondément enraciné», estime-t-il. «Vous ne pouvez pas le contester de manière désordonnée et désorganisée».

La participation de la diaspora aux législatives s'élève à près de 60%

La participation de la diaspora libanaise aux élections législatives prévues le 15 mai s'est élevée à environ 60%, un taux légèrement plus élevé que celui enregistré en 2018, a annoncé lundi le ministère libanais des Affaires étrangères.

Près de 130.000 expatriés libanais sur les 225.000 inscrits à l'étranger ont pris part aux élections qui ont eu lieu vendredi et dimanche dans 58 pays, selon les données préliminaires du ministère.

"Le taux de participation est très bon", a déclaré Hadi Hachem, responsable des expatriés au sein du ministère des Affaires étrangères. "Les résultats officiels seront publiés le 15 mai", jour d'élections au Liban, a-t-il précisé.  

C'est la deuxième fois dans l'histoire du pays que les Libanais de l'étranger ont le droit de voter pour renouveler les 128 membres du Parlement.

En 2018, le taux de participation avait atteint 56% et environ 50.000 des 92.000 Libanais de la diaspora inscrits avaient participé au scrutin.

Au total, plus de 205 bureaux de vote ont été installés à travers le monde, selon le ministère. Les urnes seront envoyées à la Banque centrale du Liban et les votes comptabilisés après la tenue des élections dans le pays le 15 mai.

Il s'agit des premières élections depuis le soulèvement populaire qui, en octobre 2019, a mené des milliers de Libanais dans la rue pour exiger le départ d'une classe politique accusée de corruption et d'incompétence. 

La crise économique inédite que traverse le Liban, couplée à la pandémie de Covid-19 et l'explosion meurtrière au port de Beyrouth en août 2020, a essoufflé ce mouvement.

Les candidats de la contestation espèrent que la diaspora votera pour le changement de la classe politique. En 2018, seuls 6% des électeurs à l'étranger avaient choisi des candidats indépendants, selon un récent rapport du groupe de réflexion l'Initiative de réforme arabe, basé à Paris. 


Israël annonce des frappes imminentes sur des cibles du Hezbollah dans le sud du Liban

L'armée israélienne a appelé lundi des habitants de deux villages du sud du Liban à évacuer leurs maisons, en avertissant qu'elle allait frapper des "infrastructures" militaires du groupe Hezbollah dans cette région. (AFP)
L'armée israélienne a appelé lundi des habitants de deux villages du sud du Liban à évacuer leurs maisons, en avertissant qu'elle allait frapper des "infrastructures" militaires du groupe Hezbollah dans cette région. (AFP)
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  • "L'armée israélienne va bientôt frapper les infrastructures militaires appartenant à l'organisation terroriste Hezbollah dans le sud du Liban"
  • L'armée israélienne a appelé lundi des habitants de deux villages du sud du Liban à évacuer leurs maisons

JERUSALEM: L'armée israélienne a appelé lundi des habitants de deux villages du sud du Liban à évacuer leurs maisons, en avertissant qu'elle allait frapper des "infrastructures" militaires du groupe Hezbollah dans cette région.

"L'armée israélienne va bientôt frapper les infrastructures militaires appartenant à l'organisation terroriste Hezbollah dans le sud du Liban, en réponse aux tentatives interdites de cette organisation de reprendre ses opérations dans la région", a écrit sur X le colonel Avichay Adraee, porte-parole de l'armée israélienne en langue arabe, en appelant les habitants de deux villages, Kfar Tibnit et Ain Qana, à immédiatement quitter leur logement.

 


Un mort et des blessés lors de frappes israéliennes dans le sud du Liban

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  • Le ministère libanais de la Santé a indiqué dimanche qu'une personne avait été tuée et six autres avaient blessées, parmi lesquelles deux enfants, par une frappe israélienne à Abba, dans la région de Nabatiyé
  • Selon l'agence de presse officielle libanaise (ANI), la frappe a touché un véhicule, tuant son conducteur, et un garçon a été blessé lorsque la voiture de sa famille est passée au moment du raid

BEYROUTH: Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait un mort et plusieurs blessés dimanche, a indiqué le ministère de la Santé, l'armée israélienne affirmant avoir visé des cibles du mouvement islamiste libanais Hezbollah.

Israël mène régulièrement des frappes au Liban malgré la trêve conclue en novembre 2024, censée mettre fin à plus d'un an d'hostilités, dont deux mois de guerre ouverte avec le mouvement pro-iranien.

L'armée israélienne affirme viser principalement des membres du Hezbollah ou ses infrastructures, et maintient des troupes dans cinq zones frontalières du sud du Liban.

Le ministère libanais de la Santé a indiqué dimanche qu'une personne avait été tuée et six autres avaient blessées, parmi lesquelles deux enfants, par une frappe israélienne à Abba, dans la région de Nabatiyé, dans le sud du pays.

Selon l'agence de presse officielle libanaise (ANI), la frappe a touché un véhicule, tuant son conducteur, et un garçon a été blessé lorsque la voiture de sa famille est passée au moment du raid.

De son côté, l'armée israélienne a indiqué avoir ciblé un membre du Hezbollah près d'Abba, "en réponse aux violations répétées des accords de cessez-le-feu par le Hezbollah".

Plus tôt dimanche, le ministère libanais de la Santé avait fait état d'une frappe dans la région de Saïda, loin de la frontière israélienne, qui a blessé une personne.

D'après l'ANI, elle visait un bulldozer "alors qu'il s'efforçait de déblayer les décombres" du site d'une précédente frappe israélienne.

L'armée israélienne a, elle, dit avoir visé "plusieurs véhicules d'ingénierie du Hezbollah" utilisés "pour rétablir des sites d'infrastructure terroriste dans la région", précisant toutefois qu'ils se trouvaient dans une autre zone du sud du Liban que celle mentionnée par le ministère.

Toujours dimanche, l'ANI a indiqué que l'armée israélienne avait largué des tracts visant à intimider les habitants de Bint Jbeil, dans le sud du Liban, près de la frontière. Elle a publié une photographie de l'un de ces tracts, qui comportait un avertissement aux habitants selon lequel des membres du Hezbollah utilisaient un hôpital de la ville.

Dans un communiqué, le ministère de la Santé a condamné "avec la plus grande fermeté les menaces contre les hôpitaux du sud, et les considère comme une attaque grave et une violation flagrante des lois et conventions internationales".

L'hôpital Salah Ghandour de Bint Jbeil, géré par le Comité islamique de santé affilié au Hezbollah, a indiqué dans un communiqué que les tracts contenaient "une menace claire contre l'hôpital, fondée sur des prétextes fallacieux dépourvus de tout fondement", et a rejeté ce qu'il a décrit comme des tentatives de ternir l’image de l’établissement.

L'enceinte de l'hôpital Salah Ghandour et ses abords ont été frappés en 2024 lors des hostilités avec le Hezbollah.

Sous forte pression américaine et par crainte d'une intensification des frappes israéliennes, le Liban s'était engagé, comme prévu par l'accord de cessez-le-feu, à désarmer le Hezbollah et à démanteler d'ici la fin de l'année 2025 ses structures militaires entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Israël a mis en doute l'efficacité de l'armée libanaise dans ce processus et accusé le Hezbollah de se réarmer, tandis que le mouvement chiite a rejeté les appels à abandonner ses armes.

Plus de 360 personnes ont été tuées par des tirs israéliens au Liban depuis le cessez-le-feu, selon un bilan de l'AFP basé sur les statistiques du ministère libanais de la Santé.


La position de l'Arabie saoudite sur l'escalade régionale n'a pas changé, selon une source saoudienne à Asharq Al-Awsat

Un haut responsable saoudien a rejeté les informations selon lesquelles le Royaume aurait changé de position sur l'escalade dans la région, selon un rapport publié dimanche par Asharq Al-Awsat. (AN)
Un haut responsable saoudien a rejeté les informations selon lesquelles le Royaume aurait changé de position sur l'escalade dans la région, selon un rapport publié dimanche par Asharq Al-Awsat. (AN)
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  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a souligné mardi que Riyad respectait la souveraineté de Téhéran
  • Lors d'un appel téléphonique avec le président iranien Masoud Pezeshkian, il a souligné le soutien de l'Arabie saoudite à tous les efforts qui aideraient à résoudre les différends par le dialogue

RIYAD: Un haut responsable saoudien a rejeté les informations selon lesquelles le Royaume aurait changé de position sur l'escalade dans la région, selon un rapport publié dimanche par Asharq Al-Awsat.

La source a souligné au journal que l'Arabie saoudite soutient les efforts visant à trouver une solution pacifique par la diplomatie et le dialogue à tous les différends entre les États-Unis et l'Iran.

La source a également réitéré le rejet par le Royaume de l'utilisation de son espace aérien et de ses territoires dans toute opération militaire contre l'Iran.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane a souligné mardi que Riyad respecte la souveraineté de Téhéran et que le Royaume ne permettra pas que son espace aérien ou ses territoires soient utilisés dans toute opération militaire contre l'Iran.

Lors d'un appel téléphonique avec le président iranien Masoud Pezeshkian, il a souligné le soutien de l'Arabie saoudite à tous les efforts qui aideraient à résoudre les différends par le dialogue dans le but de soutenir la sécurité et la stabilité régionales.

M. Pezeshkian a déclaré que ses entretiens avec le prince héritier avaient porté sur l'évolution de la situation en Iran et sur le dossier nucléaire.

Il a exprimé sa gratitude à l'Arabie saoudite pour sa position ferme en matière de respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Iran. Il a également salué le rôle et les efforts du prince Mohammed dans l'instauration de la sécurité et de la stabilité dans la région.