"Leur voix est capitale", des célébrités thaïlandaises brisent le silence

Manifestants pro-démocratie sous la pluie à Bangkok (Jack Taylor / AFP)
Manifestants pro-démocratie sous la pluie à Bangkok (Jack Taylor / AFP)
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Publié le Lundi 19 octobre 2020

"Leur voix est capitale", des célébrités thaïlandaises brisent le silence

  • Les célébrités thaïlandaises sont de plus en plus nombreuses à faire entendre leur voix pour soutenir le mouvement pro-démocratie
  • Dans ce royaume, les vedettes font rarement état de leurs opinions politiques, mais elles ont osé briser le silence, notamment après la dispersion vendredi par la police, à l'aide de canons à eau, d'une manifestation pacifique à Bangkok

BANGKOK : Une superstar de la K-pop, des reines de beauté et des personnalités de la télévision font partie des célébrités de plus en plus nombreuses à faire entendre leur voix pour soutenir le mouvement pro-démocratie thaïlandais.

Dans ce royaume, les vedettes font rarement état de leurs opinions politiques, leurs gains financiers dépendant des milliardaires qui sont un des piliers de l’establishment du pays.

Mais ces derniers jours, des personnalités ont osé briser le silence notamment après la dispersion vendredi par la police, à l'aide de canons à eau, d'une manifestation pacifique à Bangkok.

L'Américain-Thaïlandais Nichkhun, idole thaïlandaise du K-Pop, plus connu sous le nom de "prince thaï", a déclaré à ses 6,9 millions d'abonnés sur Twitter qu'il ne pouvait pas "rester inactif" après avoir vu ce qui s'est produit vendredi.

"L'usage de la violence est quelque chose que je ne peux pas regarder sans rien faire", a affirmé Nichkhun, membre du célèbre boys-band 2PM, dans un message retweeté par des dizaines de milliers de personnes en quelques heures.

"La violence n'a jamais rien aidé. J'espère que tout le monde restera en sécurité... et prenez soin de vous".

Vendredi, la police a pour la première fois fait usage de la force contre les contestataires qui demandent la démission du Premier ministre Prayut Chan-O-Cha et une réforme de la monarchie.

"Abus de pouvoir"

Ces événements ont eu lieu après une semaine de tensions dans la capitale thaïlandaise.

Des dizaines de milliers de manifestants sont à nouveau descendus samedi dans les rues en dépit d'une interdiction de rassemblements et de l'arrestation d'un grand nombre de figures du mouvement.

Nichkhun n'est pas la seule vedette à s'être exprimée.

Amanda Obdam, la nouvelle Miss Univers Thaïlande, a posté sur Instagram des photos d'un manifestant faisant seul face à la police anti-émeute armée de boucliers.

"Une image vaut mille mots", a écrit la mannequin thaïlandaise et canadienne, ajoutant "votre travail est de protéger les gens, pas de leur faire du mal".

Jusqu'à présent, de nombreuses stars étaient demeurées silencieuses sur ces questions dans un pays où la carrière et les revenus des célébrités sont étroitement liés aux contrats commerciaux.

Ne pas prendre le risque de se mettre d'éventuels employeurs à dos peut expliquer leur silence, notamment dans un royaume où chaque secteur est surveillé par des empires commerciaux pesant des milliards de dollars et qui soutiennent la famille royale.

Pour Min, un étudiant en commerce arrivé samedi à la manifestation avec un casque et un masque à gaz, les célébrités ont l'obligation morale de s'exprimer. 

"Elles font partie de l'élite aux côtés du gouvernement", a expliqué à l'AFP le jeune homme de 18 ans. "Leur voix est capitale".

Une ancienne reine de beauté qui est également une personnalité de la télévision, Maria Poonlertlarp, a déclaré dans une vidéo sur Facebook que la manière dont sont traités les manifestants était "complètement injuste".

"Réduits au silence"

La vague d'indignation des Thaïlandais sur les réseaux sociaux n'a pas cessé d'augmenter depuis la disparition inexpliquée en juin du militant thaïlandais pro-démocratie Wanchalearm Satsaksit, au Cambodge voisin.

"Les gens ont été réduits au silence pour avoir parlé de la politique de deux poids deux mesures et de l'abus de pouvoir", a-t-elle déclaré en larmes, passant du thaï à l'anglais.

"Depuis des décennies, nous avons subi beaucoup d'injustices en Thaïlande, en luttant contre notre gouvernement pour la démocratie", a-t-elle ajouté. 

Sur cette vidéo, elle apparaît aux côtés de son compagnon, Wannasingh Prasertkul, un présentateur de télévision. Les parents de ce dernier avaient fait partie du mouvement étudiant de 1976 au cours duquel des dizaines d'étudiants ont été tués à Bangkok.

Même certaines célébrités pourtant proches du pouvoir ont pris la parole.

Ainsi, Milin "Namneung" Dokthian, membre de BNK48, un des plus célèbres groupes de K-Pop d'Asie, qui avait rencontré avec les membres de son groupe le Premier ministre en 2018, suscitant la colère de la dissidence, n'a laissé aucun doute sur ses sentiments.

"Nous n'aurions pas à dire +soyez prudents+ si nous avions une véritable démocratie", a-t-elle écrit sur Facebook, dans un message partagé par les autres membres du groupe.

Lors de la manifestation de samedi, Aim, 25 ans, a raillé ceux qui refusent de s'exprimer.

"Peut-être sont-ils déconnectés et ont-ils grandi dans une situation (privilégiée)", a-t-elle affirmé à l'AFP, mais "nous les laisseront tomber car ce sont des ignorants et des silencieux". (AFP)


Mexique: une deuxième journaliste assassinée à Tijuana en une semaine

Des journalistes couvrent la scène du crime où la journaliste Lourdes Maldonado a été assassinée à Santa Fe, dans la périphérie de Tijuana, en Basse-Californie, au Mexique, le 23 janvier 2022. (Guillermo Arias/AFP)
Des journalistes couvrent la scène du crime où la journaliste Lourdes Maldonado a été assassinée à Santa Fe, dans la périphérie de Tijuana, en Basse-Californie, au Mexique, le 23 janvier 2022. (Guillermo Arias/AFP)
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  • Lourdes Maldonado Lopez a été tuée par «arme à feu alors qu'elle se trouvait à bord d'un véhicule»
  • Elle avait demandé il y a deux ou trois ans au président de la République, Andres Manuel Lopez Obrador, «appui, aide et justice parce qu'on a peur pour ma vie»

TIJUANA, Mexique Une journaliste, qui avait publiquement déclaré qu'elle craignait pour sa vie il y a déjà quelques années, a été assassinée dimanche à Tijuana, deuxième meurtre d'un professionnel des médias en une semaine dans cette ville du nord-ouest du Mexique, à la frontière des États-Unis.

Lourdes Maldonado Lopez a été tuée par «arme à feu alors qu'elle se trouvait à bord d'un véhicule», a indiqué le parquet général de l'Etat de Basse-Californie dans un communiqué.  Elle «travaillait comme journaliste», a ajouté le parquet en annonçant l'ouverture d'une enquête.

Des coups de feu ont été entendus vers 18h20 (02h20 GMT) dans un quartier de Tijuana, a rapporté le journal Zeta Tijuana.

Un autre journaliste, le photoreporter Margarito Martinez, avait été tué lundi dernier à Tijuana. Il collaborait avec Zeta, le quotidien Jornada et des journalistes étrangers en reportage à Tijuana. Le parquet a déclaré qu'il n'écartait aucune piste.

La journaliste assassinée dimanche avait travaillé pour Primer Sistema de Noticias (PSN) de Jaime Bonilla, gouverneur de l'Etat de Basse-Californie de 2019 à fin 2021, au sein d'une coalition soutenant le parti présidentiel Morena.

La victime avait gagné il y a quelques jours un procès contre PSN, qu'elle poursuivait depuis neuf ans pour licenciement abusif, avait rapporté la presse mexicaine.

Elle avait demandé il y a deux ou trois ans au président de la République, Andres Manuel Lopez Obrador, «appui, aide et justice parce qu'on a peur pour ma vie», selon une vidéo republiée sur les réseaux sociaux à l'annonce de son assassinat.

«Je suis en procès depuis six ans avec lui», ajoutait-elle au sujet du gouverneur Bonilla, en interpellant le chef de l'Etat lors de l'une de ses conférences de presse.

Le président l'avait renvoyée vers son «coordinateur de communication sociale» (porte-parole) pour «qu'il t'aide et t'appuie, pour que l'on demande justice, pour qu'il n'y ait pas d'abus de pouvoir».

La déléguée de l'ONG Reporters sans frontière (RSF) au Mexique, Balbina Flores, a déclaré à l'AFP qu'il restait à confirmer si Mme Maldonado disposait d'une protection officielle.

La représentante de RSF a demandé aux autorités d'enquêter de manière exhaustive et transparente. La plupart des assassinats de journalistes restent non élucidés.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) s'est déclaré «choqué» par ce dernier assassinat, en demandant également aux autorités «d'enquêter de manière exhaustive et transparente».

Au moins sept journalistes ont été tués en 2021 au Mexique, d'après un décompte de l'AFP, qui tente à chaque fois d'établir si la victime était bien encore en activité, et si elle a été tuée à cause de son travail journalistique.

C'est le cas dans l'Etat du Veracruz (sud-est), où un homme présenté comme un journaliste, José Luis Gamboa, a été retrouvé mort poignardé le 10 janvier, ont indiqué lundi plusieurs sources.

Reporters sans frontière et la Commission d'Etat pour la protection des journalistes ont demandé aux enquêteurs de prendre en compte son statut de journaliste.

«Gamboa avait dénoncé et critiqué fortement les autorités locales pour leur relation avec le crime organisé», d'après RSF.

Sur son compte suivi par 1.070 abonnés, la victime se présentait comme le «directeur général» de trois publications en ligne. Dans l'un de ses derniers articles publiés fin décembre - en fait un long éditorial -, José Luis Gamboa dénonçait des acteurs politiques «liés au crime organisé».

Le Mexique est considéré comme l'un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes, exposés aux représailles des cartels de narcotrafiquants à l'oeuvre dans plusieurs des 32 Etats du pays.

Une centaine de journalistes ont été tués depuis 2000, d'après des chiffres de la Commission des droits de l'homme.


Ukraine: l'Otan renforce la défense en Europe de l'Est

Les partenaires de l'OTAN mènent des manœuvres et des exercices, le 20 décembre 2021. A quelques milles nautiques de là, un navire russe les observe sans intervenir, à bonne distance mais sans aucune discrétion. (Didier Lauras/AFP)
Les partenaires de l'OTAN mènent des manœuvres et des exercices, le 20 décembre 2021. A quelques milles nautiques de là, un navire russe les observe sans intervenir, à bonne distance mais sans aucune discrétion. (Didier Lauras/AFP)
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  • «Ces unités, dirigées respectivement par le Royaume-Uni, le Canada, l'Allemagne et les États-Unis, sont multinationales et prêtes au combat», assure l'Alliance
  • «Leur présence indique clairement qu'une attaque contre un Allié sera considérée comme une attaque contre toute l'Alliance», avertit l'Otan

BRUXELLES, Belgique : Les pays de l'Otan ont placé des forces en attente et envoyé des navires et des avions de combat pour renforcer leur défense en Europe de l'Est face aux activités militaires de la Russie aux frontières de l'Ukraine, a annoncé lundi l'Alliance dans un communiqué.

«L'OTAN continuera de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger et défendre tous les Alliés, y compris en renforçant la partie orientale de l'Alliance. Nous répondrons toujours à toute détérioration de notre environnement de sécurité, notamment en renforçant notre défense collective», a expliqué le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg.

«Le Danemark envoie une frégate dans la mer Baltique et s'apprête à déployer quatre avions de chasse F-16 en Lituanie pour soutenir la mission de police aérienne de longue date de l'Otan dans la région», indique le communiqué.

«L'Espagne envoie des navires rejoindre les forces navales de l'Otan et envisage d'envoyer des avions de combat en Bulgarie», ajoute le communiqué.

«La France s'est déclarée prête à envoyer des troupes en Roumanie sous le commandement de l'Otan. Les Pays-Bas envoient deux avions de chasse F-35 en Bulgarie à partir d'avril pour soutenir les activités de police aérienne de l'Otan dans la région, et mettent un navire et des unités terrestres en attente pour la Force de réaction de l'Otan», détaille le communiqué.

«Les États-Unis ont également clairement indiqué qu'ils envisageaient d'accroître leur présence militaire dans la partie orientale de l'Alliance», précise l'Otan.

«Depuis l'annexion illégale de la Crimée par la Russie en 2014, l'Otan a renforcé sa présence dans la partie orientale de l'alliance, notamment avec quatre groupements tactiques multinationaux en Estonie, en Lettonie, en Lituanie et en Pologne», rappelle l'Otan.

«Ces unités, dirigées respectivement par le Royaume-Uni, le Canada, l'Allemagne et les États-Unis, sont multinationales et prêtes au combat», assure l'Alliance.

«Leur présence indique clairement qu'une attaque contre un Allié sera considérée comme une attaque contre toute l'Alliance», avertit l'Otan.  Il n'y avait pas de forces de l'Otan dans la partie orientale de l'Alliance avant 2014, rappelle le communiqué.


Ukraine: Hidalgo déplore que l'UE soit «trop passive»

Affiches de campagne représentant la candidate pour l'élection présidentielle française de 2022 élection présidentielle Anne Hidalgo (à droite) à Toulouse, dans le sud de la France, le 22 janvier 2022. (Lionel Bonaventure/AFP)
Affiches de campagne représentant la candidate pour l'élection présidentielle française de 2022 élection présidentielle Anne Hidalgo (à droite) à Toulouse, dans le sud de la France, le 22 janvier 2022. (Lionel Bonaventure/AFP)
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  • Plaidant pour «maintenir» la présence de la France au sein de l'Otan, Anne Hidalgo a souligné la nécessité d'y «renforcer» sa position ainsi que celle de l'Europe
  • «Ce qui se passe en Ukraine, cette discussion qui a lieu sans les Européens, n'est pas acceptable», a-t-elle ajouté

PARIS : Il n'est «pas acceptable» de voir les négociations entre États-Unis et Russie sur l'Ukraine se tenir jusque-là «sans les Européens», a estimé lundi la candidate PS à la présidentielle Anne Hidalgo, déplorant que l'Union européenne soit «trop passive».

Lundi s'ouvre à Bruxelles une concertation entre Américains et Européens jusque-là tenus à l'écart des négociations russo-américaines, alors que le département d'Etat américain a ordonné dimanche soir l'évacuation des familles de ses diplomates en poste à Kiev et a déconseillé les voyages en Russie.

L'Union européenne n'est dans ce dossier «aujourd'hui pas suffisamment affirmée» et «est encore trop faible dans la parole qu'elle porte», alors même qu'«on est en train de parler à la fois des frontières de l'Europe et de l'identité européenne», a estimé Anne Hidalgo sur RTL.

«Il faut reconnaître nos alliés, les États-Unis, et il faut, sans humilier (Vladimir) Poutine, avoir cette discussion avec lui, mais peser très fortement», car «ce qui se passe en Ukraine, cette discussion qui a lieu sans les Européens, n'est pas acceptable», a-t-elle ajouté.

L'UE, qui «est bien sûr trop passive», «doit soutenir ces peuples dans cet ancien bloc de l'Est» et «reconnaître leur aspiration à vouloir regarder du côté de l'Europe», a-t-elle poursuivi.

Plaidant pour «maintenir» la présence de la France au sein de l'Otan, elle a souligné la nécessité d'y «renforcer» sa position ainsi que celle de l'Europe, «parce que face à ces personnalités qui, avec beaucoup d'agressivité type Poutine ou encore Erdogan sur la Turquie, viennent flirter avec les règles du droit international, il faut être forts: on ne peut pas se contenter simplement d'être ceux qui regardons ce qui se passe par-dessus nos têtes».

Après des discussions la semaine passée sur la situation en Ukraine, Russes et Américains sont convenus d'un nouveau rendez-vous, et le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken s'est engagé à «coucher des idées sur le papier» en réponse aux demandes de Moscou (non-élargissement de l'Otan à l'Ukraine et à la Géorgie et retrait des forces et des armements de l'Alliance atlantique des pays d'Europe de l'Est ayant rejoint l'Otan après 1997, notamment de Roumanie et Bulgarie), demandes jugées inacceptables par les Occidentaux).