Au Karabakh, immersion dans une tranchée à cent mètres de l'ennemi

Des soldats arméniens se mettent à l’abri alors que dans le ciel, un drone de combat les survole (Photo, Aris MESSINIS/AFP).
Short Url
Publié le Lundi 19 octobre 2020

Au Karabakh, immersion dans une tranchée à cent mètres de l'ennemi

  • Des bombardements ont repris entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, chacun rejetant sur l'autre la responsabilité d'avoir violé une nouvelle « trêve humanitaire »
  • Ce que craignent le plus les soldats, ce sont les drones, comme celui qui vient de tourner dans la zone, obligeant à se mettre à l'abri

KARABAKH: Dans une tranchée sur la ligne de front, à travers la meurtrière apparaissent un champ d'herbe brulée par le soleil, des barbelés, et une rangée d'arbres à l'horizon. Le territoire ennemi est là, à moins de cent mètres : l'Azerbaïdjan.

En ce dimanche après-midi, le calme règne sur cette partie de la ligne de front du Nagorny Karabakh.

En d'autres endroits, des bombardements ont repris entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, chacun rejetant sur l'autre la responsabilité d'avoir violé une nouvelle « trêve humanitaire ».

Dans la tranchée c'est la relève.

Fusil kalachnikov à la main, un soldat de l'unité séparatiste arménienne prend son tour de garde, après avoir gravi quelques marches pour accéder à l'étroit poste d'observation fortifié.

Dans le petit espace, il n'y a de la place que pour un homme, debout. Les yeux rivés vers le territoire hostile.

Dans un autre poste de guet, quelques douilles de kalachnikov trainent sur le sol. Des balles ont été tirées récemment. 

« La nuit (de samedi à dimanche) a été relativement tendue. Mais l'esprit de combat et le moral des soldats sont très bons », assure le major Vladimir Nazloukhanian, commandant de l'unité. Il demande aux journalistes de l'AFP de ne pas mentionner le lieu où ils sont postés, pour des raisons de « sécurité ».

La tranchée en forme de V, profonde d'environ 3 mètres et assez large, a été bâtie juste après le premier conflit (1988-1994) avec l'Azerbaïdjan, qui tente de reprendre cette région peuplée d'Arméniens qui a fait sécession il y a une trentaine d'années.

Des rails de béton tapissent le chemin qui serpente. Les bords du labyrinthe sont en terre, parfois renforcés par des gros pneus empilés.

La partie cantonnement, bien ordonnée, est en pierre. Dans un petit bunker sont installés quelques lits en fer avec matelas et sac de couchage pour le repos après les temps de garde.

Dehors, juste à côté, des serviettes et des t-shirt sèchent sur des fils. Une casserole propre est posée à côté d'un évier scellé dans une table en pierre. 

Soldat à 61 ans

Au début et la fin de la zone occupée par l'unité, des boîtes de conserve rouillées sont enfilées comme des perles sur des fils rapprochés pendus à la verticale. Comme un grelot d'alerte.

Au débouché de certains boyaux, des mannequins troncs sont disposés sur les côtés, vêtus d'une veste de treillis. L'un d'eux est celui d'une femme, avec lunettes de soleil, bonnet kaki, rouge à lèvres et veste assez déboutonnée.

Les soldats sont âgés de 18 à... 61 ans.

Lendrouch Geghamian est l'exception. Retraité, combattant volontaire venu d'Erevan, la capitale de l'Arménie, il porte le treillis, la barbe et le cheveu gris, et des chaussures de ville noire un peu ternes.

« Je combats les Azerbaïdjanais depuis les années 90. Et à nouveau, je me bats contre eux. Alors leurs pieds pervers ne fouleront pas notre terre d'Arménie », assène-t-il.

« Peu importe de combien de pays ils font venir des mercenaires. Personne ne peut battre un soldat arménien (...) Personne ne peut entrer sur notre sol arménien », ajoute-t-il, le regard perçant.

Mais ce que craignent le plus les soldats, ce sont les drones, comme celui qui vient de tourner dans la zone, obligeant à se mettre à l'abri.

« On les appelle les ‘kamikazes’, ceux qui détectent des objets en mouvement, se rapprochent et explosent en touchant leur cible, dispersant des petites bombes », explique le soldat Armen Assatrian, 18 ans.

« La majorité des victimes sont causées par ces drones. La plupart des opérations (menées par l'Azerbaïdjan) pendant cette guerre se font avec des drones », ajoute-il.

Dans la partie cantonnement, au dessus de caisses de munitions, un petit sanctuaire abrite plusieurs croix arméniennes, une bougie, et une prière imprimée sur une sorte de parchemin.

« Nos soldats sont prêts psychologiquement et professionnellement pour contre-attaquer », insiste le major Vladimir Nazloukhanian.


Afghanistan: l'Otan demande un cessez-le-feu total

L'accord sur les procédures des pourparlers de paix entre Afghans est « un premier pas », mais il doit déboucher sur un cessez-le-feu total (Photo, AFP)
Short Url
  • «Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir et sans doutes beaucoup d'entraves sur la voie d'un résultat»
  • Jens Stoltenberg avait toutefois averti la veille que l'Otan n'avait aucune garantie sur la réussite des pourparlers de paix entre Afghans

BRUXELLES : L'accord sur les procédures des pourparlers de paix entre Afghans est « un premier pas », mais il doit déboucher sur un cessez-le-feu total et l'Otan décidera en février des suites à donner à sa mission dans ce pays, a déclaré mercredi le secrétaire général de l'Alliance.

« Nous saluons cette avancée, qui constitue un grand pas vers une résolution paisible et durable du conflit, mais  nous attendons des progrès concrets, une feuille de route politique et un cessez-le-feu total », a déclaré Jens Stoltenberg à l'issue d'une visio-conférence avec les ministres des Affaires étrangères de l'Otan.

« Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir et sans doutes beaucoup d'entraves sur la voie d'un résultat. Nous ne pouvons pas exclure des revers, mais nous saluons ce résultat annoncé aujourd'hui », a-t-il ajouté.

Le gouvernement afghan et les talibans ont annoncé mercredi un accord sur les procédures des pourparlers, une question parmi d'autres qui empêchaient jusque-là d'avancer dans les négociations de paix.

L'Otan doit décider en février 2021 si les conditions sont réunies pour quitter l'Afghanistan ou si l'Alliance est en mesure de poursuivre sa mission de formation des troupes afghanes malgré le retrait de la moitié du contingent américain.

La mission « Resolute Support » compte 11.000 militaires, mais les Etats-Unis ont décidé de réduire leur contingent de 5.000 à 2.500 effectifs après un accord avec les talibans en février.

« Je ne peux pas dire quelle sera la situation en février 2021. Le moment venu, nous discuterons de la situation du processus de paix et des décisions devront être prises lors de la réunion des ministres de la Défense », a précise M. Stoltenberg.

« Les Etats-Unis ont réitéré mercredi qu'ils continueront à fournir la logistique et le soutien matériel à la mission. Malgré la réduction de leur contingent, la mission de conseil et d'assistance à l'armée afghane pourra se poursuivre avec la base allemande au nord, la base italienne dans l'ouest et les effectifs à Kaboul », a-t-il assuré.

Jens Stoltenberg avait toutefois averti la veille que l'Otan n'avait aucune garantie sur la réussite des pourparlers de paix entre Afghans.

« Nous serons confrontés à un dilemme. Soit l'Alliance quitte l'Afghanistan et le pays risque de devenir un nouveau sanctuaire pour les terroristes qui mènent des opérations contre nous, soit l'Otan reste, avec une nouvelle mission, mais elle sera confrontée au risque de combats », avait-il expliqué.


Biden: Pour un retour à l’accord nucléaire, l’Iran doit cesser ses activités «hostiles»

Joe Biden, qui a vaincu Trump lors de l’élection présidentielle le mois dernier, a déclaré au cours de sa campagne qu’il ne soutenait pas la levée des sanctions, mais qu’il comptait offrir à l’Iran une «voie crédible de retour à la diplomatie». (AFP/Photo)
Short Url
  • Le président élu des États-Unis, Joe Biden, affirme qu’il s’oppose à l’idée que l’Iran se dote de l’arme nucléaire
  • Biden déclare que Téhéran devrait accepter de nouvelles demandes si le retour à un accord était possible

LONDRES: Le président élu des États-Unis, Joe Biden, a affirmé mercredi, lors d’un entretien avec le New York Times, qu’il s’oppose à l’idée que l’Iran se dote de l’arme nucléaire, ajoutant que c’est la «dernière chose» dont le Moyen-Orient a besoin.

Biden indique également que son administration chercherait à prolonger la durée des «restrictions sur la production iranienne de matières fissiles qui pourraient être utilisées pour fabriquer une bombe [nucléaire]» dans toute nouvelle négociation sur un accord nucléaire.

Il ajoute que Téhéran devrait accepter de nouvelles demandes si le retour à un accord était possible, et qu’il doit s’attaquer à ses activités régionales «malveillantes» par l’intermédiaire de ses groupes alliés au Liban, en Irak, en Syrie et au Yémen.

En 2018, Donald Trump, le président sortant, avait unilatéralement retiré les États-Unis du Plan d’action global commun (PAGC) et avait imposé à nouveau des sanctions sévères à l’Iran dans le cadre de sa campagne de «pression maximale» contre la république islamique.

Biden, qui a battu Trump lors de l’élection présidentielle le mois dernier, a déclaré au cours de sa campagne qu’il ne soutenait pas la levée des sanctions mais qu’il comptait offrir à l’Iran une «voie crédible de retour à la diplomatie».

Cependant, dans l’entretien publié dans le New York Times, Biden admet qu’il sera «difficile» de convaincre l’Iran d’accepter un accord modifié.

«Écoutez, on parle beaucoup de missiles de précision et de nombre de facteurs qui déstabilisent la région», fait-il observer. «Le meilleur moyen pour parvenir à une certaine stabilité dans la région, c’est de s’occuper du programme nucléaire.»

Le président élu avertit que si l’Iran se dotait d’une bombe, cela déclencherait une course aux armements nucléaires au Moyen-Orient, et que «la dernière chose dont nous avons besoin dans cette région du monde, c'est un renforcement de la capacité nucléaire».

«En consultation avec nos alliés et partenaires, nous engagerons des négociations et des accords de suivi pour durcir et prolonger les restrictions nucléaires imposées à l’Iran, et pour aborder le programme de missiles», explique Joe Biden.

De même, le président élu affirme que les États-Unis ont toujours eu la possibilité d’imposer à nouveau des sanctions si nécessaire, et que l’Iran le sait.

Le PAGC avait assoupli les sanctions contre l’Iran en échange de restrictions sur son programme nucléaire.

* Avec l’AFP

 


L'Ethiopie accorde un accès humanitaire illimité à l'ONU au Tigré

Le Tigré est privé de tout approvisionnement depuis le 4 novembre, lorsque le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a envoyé l'armée fédérale à l'assaut des forces du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), qui dirigeait la région et défiait son autorité depuis des mois.(AFP)
Short Url
  • Un haut responsable onusien ayant requis l'anonymat a indiqué à l'AFP que cet accord permettrait aux Nations unies et à leurs partenaires humanitaires de distribuer de l'aide «partout où des gens en ont besoin»
  • De premières évaluations des besoins sur place commenceront «dès que nos équipes de sécurité nous donnerons le feu vert»

ADDIS-ABEBA :Le gouvernement éthiopien a accordé aux Nations unies un accès humanitaire «sans restriction» à la région septentrionale du Tigré, à l'issue de quatre semaines de conflit armé et de demandes répétées pour y acheminer de l'aide.

Un accord signé par l'ONU et le ministre éthiopien de la Paix, consulté mercredi par l'AFP, accorde «un accès sans restriction, continu et sécurisé du personnel et des services humanitaires aux populations vulnérables dans les régions gérées (par le gouvernement) au Tigré et dans les zones frontalières des régions Amhara et Afar» voisines.

Un haut responsable onusien ayant requis l'anonymat a indiqué à l'AFP que cet accord permettrait aux Nations unies et à leurs partenaires humanitaires de distribuer de l'aide «partout où des gens en ont besoin».

De premières évaluations des besoins sur place commenceront «dès que nos équipes de sécurité nous donnerons le feu vert», a-t-il ajouté.

Le Tigré est privé de tout approvisionnement depuis le 4 novembre, lorsque le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a envoyé l'armée fédérale à l'assaut des forces du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), qui dirigeait la région et défiait son autorité depuis des mois.

L'ONU mettait en garde depuis plusieurs semaines contre une possible catastrophe au Tigré, quasiment coupé du monde depuis, en raison d'un blackout sur les communications et des restrictions d'accès.

Avant le conflit, environ 600.000 personnes - dont 96.000 réfugiés érythréens vivant dans quatre camps - dépendaient totalement de l'aide alimentaire pour se nourrir au Tigré, et un million d'autres bénéficiaient d'un «filet de sécurité» alimentaire, selon le Bureau onusien de coordination humanitaire (Ocha).

Pénurie de nourriture

L'ONU avait réclamé mardi un «accès urgent» au Tigré, la région ayant «désespérément besoin» d'aide humanitaire.

Le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) avait fait part de son inquiétude pour les camps de réfugiés érythréens au Tigré probablement «désormais à court» de nourriture.

Outre quelque 45.500 personnes qui ont fui au Soudan voisin, les quatre semaines de combats ont déplacé un nombre indéterminé d'hommes, de femmes et d'enfants à l'intérieur du Tigré, qui «ont désespérément besoin d'aide humanitaire», avait souligné mardi l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Dans le principal hôpital de la capitale régionale, Mekele, débordé par l'afflux de blessés, les stocks de médicaments de base et consommables médicaux sont «dangereusement bas», a également souligné ces derniers jours le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), sans préciser si les blessés étaient civils ou militaires.

Aucun bilan précis des combats n'est disponible, notamment des victimes civiles.

Le gouvernement fédéral - qui affirme que l'armée s'est emparé des villes sans faire de victimes civiles - avait affirmé le 26 novembre vouloir «répondre rapidement aux besoins de la population du Tigré», mais n'a pas précisé les mesures prises jusqu'ici.

M. Abiy a clamé victoire samedi, après la prise annoncée de Mekele et dit contrôler la quasi-totalité du Tigré. 

 Guerilla

Mais un haut responsable du TPLF, Wondimu Asamnew, a affirmé mercredi dans un communiqué que l'armée était «confrontée à des combats à petite échelle dans tout le Tigré» et subirait une «offensive de grande ampleur ... dans un avenir proche».

L'objectif de l'opération militaire au Tigré est de remplacer les autorités régionales issues du TPLF par des «institutions légitimes» et Mulu Nega, un ancien haut fonctionnaire, a été chargé de présider l'administration provisoire dans la région. 

Les analystes se demandent si la population tigréenne acceptera cette nouvelle administration imposée par Addis Abeba et s'interrogent sur la capacité des anciens dirigeants du Tigré à organiser désormais une résistance armée.

Les réseaux de téléphonie mobile et internet ont été partiellement rétablis ces derniers jours dans plusieurs localités du Tigré, mais le territoire de la minorité tigréenne (moins de 6% des 110 millions d'Ethiopiens) fait toujours face à de nombreuses pénuries.

Le TPLF a mené pendant 15 ans la lutte armée ayant renversé en 1991 le régime militaro-marxiste du Derg. Il a ensuite contrôlé les instances de pouvoir et l'appareil sécuritaire éthiopiens durant près de 30 ans.

Lorsqu'il est devenu Premier ministre en 2018, M. Abiy s'est employé à écarter progressivement le TPLF des leviers de pouvoir.

Les tensions croissantes ont culminé avec l'organisation en septembre d'un scrutin au Tigré, le TPLF s'opposant à l'annulation de toutes les élections en 2020 décidée par le gouvernement fédéral en raison du coronavirus. 

Mercredi, M. Abiy a discuté avec les partis politiques et la société civile des préparatifs des élections nationales, désormais prévues à la mi-2021 et considérées comme une étape cruciale dans le programme de réformes démocratiques qu'il a promis en devenant Premier ministre.