L'onde de choc de la guerre en Ukraine se propage aux confins du pôle Nord

Kiev a beau être deux fois plus loin que le pôle Nord, la guerre en Ukraine crée des remous à Barentsburg (Photo, AFP).
Kiev a beau être deux fois plus loin que le pôle Nord, la guerre en Ukraine crée des remous à Barentsburg (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 20 mai 2022

L'onde de choc de la guerre en Ukraine se propage aux confins du pôle Nord

  • Protégé par de hautes grilles et des caméras de surveillance, le consulat richement décoré avec entrée en marbre, jardin d'hiver et tapisserie murale faite sur mesure, domine le village
  • Le seul aéroport pour quitter l'endroit est situé à Longyearbyen, le chef-lieu de l'archipel, à 35 kilomètres de là, où la carte Visa ou Mastercard est quasiment indispensable

BARENTSBURG : Kiev a beau être deux fois plus loin que le pôle Nord, la guerre en Ukraine crée des remous à Barentsburg, une insolite communauté de l'Arctique où mineurs russes et ukrainiens extraient du charbon côte à côte depuis des décennies.

Buste de Lénine, sculpture proclamant en lettres cyrilliques rouges "notre objectif - le communisme"... Tout rappelle que la présence russe dans ce village du sud-ouest de l'archipel norvégien du Svalbard ne date pas d'hier.  

Après avoir compté jusqu'à 1 500 âmes au crépuscule de la Guerre froide, Barentsburg a vu sa population péricliter après l'implosion de l'URSS. Mais 370 personnes cohabitent encore aujourd'hui dans cette ex-vitrine soviétique: aux deux tiers des Ukrainiens, la plupart originaires de la région russophone du Donbass, et des Russes pour le reste. 

"Il y a bien sûr des tensions et des discussions sur les réseaux sociaux tels que (les groupes internes de la communauté sur) Facebook et Telegram, mais il n'y a aucun signe de conflit visible à la surface", assure le consul russe local, Sergueï Gouchtchine.

Protégé par de hautes grilles et des caméras de surveillance, le consulat richement décoré avec entrée en marbre, jardin d'hiver et tapisserie murale faite sur mesure, domine le village.

Preuve, peut-être, que la colère couve tout de même, 45 personnes ont quitté Barentsburg "depuis le début de l'opération", admet M. Gouchtchine, reprenant la terminologie utilisée par Moscou au sujet de l'invasion de l'Ukraine déclenchée le 24 février.

Partir n'est pourtant pas chose facile: les sanctions occidentales imposées aux banques russes empêchent non seulement les mineurs d'envoyer de l'argent à leurs familles, mais complique aussi l'achat de billets d'avion.

Le seul aéroport pour quitter l'endroit est situé à Longyearbyen, le chef-lieu de l'archipel, à 35 kilomètres de là, où la carte Visa ou Mastercard est quasiment indispensable.

Opinions «polarisées»

A l'entrée de Barentsburg, la centrale à charbon crache un fumet noir, ajoutant à la grisaille ambiante. 

Le traité international qui a placé l'archipel du Svalbard sous souveraineté norvégienne en 1920 garantit aux ressortissants des Etats signataires un accès égal à ses ressources naturelles.

C'est à ce titre que la compagnie d'Etat russe Arktikugol Trust exploite le filon de charbon de Barentsburg, sur les rives du fjord Isfjorden, depuis 1932.

Entre les bâtisses aux coloris pastel, quelques habitants se pressent pour échapper au froid glacial qui règne encore en ce mois de mai.

La discrétion est de mise, a fortiori quand on travaille pour une compagnie d'Etat.

La Russie punit de lourdes amendes ou de peines de prison toute personne reconnue coupable d'avoir "discrédité" l'armée ou diffusé de "fausses informations" à son sujet.

"Oui, les opinions sont absolument polarisées", confie la guide et historienne russe Natalia Maksimichina. Mais, quand on parle politique, "on sait où s'arrêter".

Les langues se délient plus facilement à Longyearbyen que l'on ne peut rejoindre, faute de route, qu'en hélicoptère ou sur une motoneige l'hiver et en bateau l'été.

Selon Julia Lytvynova, une couturière ukrainienne de 32 ans qui a vécu à Barentsburg, Arktikugol Trust y musèle les points de vue divergents. 

Du coup, "les gens se taisent, travaillent et vivent leur vie comme si rien ne se passait", déplore-t-elle.  

Si elle n'a pas remis les pieds à Barentsburg depuis le début de la guerre, elle y a fait accrocher un poster par un ami sur les grilles du consulat russe. 

Un message sur fond bleu et jaune, les couleurs de l'Ukraine: "Navire militaire russe, va te faire foutre!", une référence à la réplique légendaire de garde-frontières ukrainiens à l'équipage d'un croiseur russe qui leur intimait de se rendre. 

La pancarte a été décrochée en moins de cinq minutes, assure-t-elle.

«Tensions»

Après 22 ans passés au Svalbard, le maire -norvégien- de Longyearbyen, Arild Olsen, dit n'avoir "jamais vu un tel niveau de discorde" dans sa bourgade où vivent quelque 2 500 personnes d'une cinquantaine de nationalités différentes, dont une centaine de Russes et d'Ukrainiens.

"Il y a des tensions dans l'air", confie-t-il.

En réponse à l'invasion, la plupart des voyagistes de Longyearbyen ont cessé d'emmener les touristes vers Barentsburg, privant la toute-puissante compagnie d'Etat russe d'une manne devenue importante à côté du charbon.

Julia Lytvynova se félicite de ce boycott.

"Parce que cet argent soutient l'agression de la Russie", explique-t-elle. En refermant ce robinet, "ils n'aident pas à tuer mon peuple ukrainien".


L'Iran et les Etats-Unis jugent un accord proche

Une femme passe devant une fresque antiaméricaine peinte sur le mur de l'ancienne ambassade des États-Unis, aujourd'hui transformée en musée, à Téhéran, le 12 juin 2026. (Photo AP/Vahid Salemi).
Une femme passe devant une fresque antiaméricaine peinte sur le mur de l'ancienne ambassade des États-Unis, aujourd'hui transformée en musée, à Téhéran, le 12 juin 2026. (Photo AP/Vahid Salemi).
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  • L’Iran et les États-Unis se disent proches d’un accord pour mettre fin à plusieurs mois de tensions au Moyen-Orient
  • Des désaccords persistent sur le nucléaire iranien, les sanctions économiques et le dossier libanais

TEHERAN: L'Iran et le médiateur pakistanais ont affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis était proche pour mettre fin à trois mois et demi de conflit au Moyen-Orient, un haut responsable américain affichant également un ton optimiste.

Après des semaines de négociations laborieuses et d'espoirs déçus à plusieurs reprises, est-on dans la dernière ligne droite? Les principaux protagonistes se disent confiants même si la version du texte donnée par les médias iraniens diffère significativement de celle avancée par Washington.

"Dès que les dernières étapes de nos négociations seront achevées, cet accord sera signé et annoncé", a indiqué le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d'Etat.

"Cela pourrait arriver dans les prochains jours. J'ai bon espoir", a-t-il déclaré.

Le ministre a affirmé que le projet d'accord prévoyait la levée du blocus américain des ports iraniens et une nouvelle gestion du détroit d'Ormuz.

Il a cependant accusé Israël de chercher des "prétextes" pour faire "dérailler" un éventuel accord avec Washington.

Même tonalité positive du côté du Premier ministre du Pakistan, principal négociateur dans le conflit. "La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", selon Shehbaz Sharif.

- Signature "à distance" -

Et à Washington, un haut responsable a estimé à "80 à 85%" la probabilité d'un accord-cadre ouvrant une période de 60 jours de discussions techniques, mais "pas 100%". "La ligne d'arrivée n'est pas encore franchie", a-t-il averti, sous le couvert de l'anonymat.

La Suisse a déjà proposé d'accueillir une éventuelle signature, alors qu'un sommet du G7 en présence de Donald Trump doit commencer lundi dans la ville française d'Evian, près de Genève. Mais Téhéran a affirmé qu'une fois finalisé, le protocole d'accord serait signé "à distance".

Les marchés parient de leur côté sur une telle issue, avec un pétrole passé sous la barre des 90 dollars le baril.

Le président américain, qui a déjà annoncé 39 fois un accord imminent selon un décompte de CNN, peine à trouver une issue à cette guerre impopulaire, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre et en plein Mondial de football co-organisé par les Etats-Unis.

Il s'est fendu vendredi d'un message furieux sur son réseau Truth Social: "Les termes (d'accord) que l'Iran a fait fuiter aux médias menteurs n'ont RIEN à voir avec les termes dont nous sommes convenus par écrit".

"Ce sont des gens qui n'ont pas d'honneur. Avec eux, il est impossible de négocier de bonne foi", a-t-il écrit aussi.

- Dilution de l'uranium -

L'agence de presse iranienne Mehr avait publié plus tôt ce qu'elle a présenté comme une ébauche de protocole en 14 points, avec des conditions telles que le maintien du contrôle sur le détroit d'Ormuz, le droit à l'enrichissement d'uranium, le déblocage rapide de 24 milliards de dollars de fonds iraniens gelés à l'étranger.

Washington a livré de son côté une toute autre version du texte.

Le compromis doit, selon le responsable américain, mener à la réouverture d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures.

Il doit aussi aboutir au "démantèlement" du programme nucléaire iranien et permettre aux Etats-Unis de récupérer l'uranium hautement enrichi, qui serait "détruit sur place" puis "sorti" du pays.

Mais Abbas Araghchi a préconisé vendredi une dilution sur le sol iranien de ses stocks d'uranium enrichi à 60%.

Diluer l'uranium à un taux inférieur à 5%, loin des 90% requis pour fabriquer la bombe nucléaire, permettrait d'éloigner considérablement la menace d'un enrichissement à des fins militaires.

Téhéran dément vouloir se doter de l'arme atomique, comme l'en accusent les Etats-Unis et Israël.

- Liban -

Enfin, sur la question des avoirs, "les Iraniens ne recevront pas d'argent et les fonds ne seront pas libérés simplement par une signature d'accord ou la participation à une réunion", a insisté sur X le vice-président américain JD Vance.

Ce point est central pour l'Iran, après des décennies de sanctions qui asphyxient son économie.

Le conflit, déclenché par des frappes américano-israéliennes le 28 février avant l'entrée en vigueur d'une trêve le 8 avril, a embrasé le Moyen-Orient, fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

Autre point d'achoppement majeur, le front libanais.

Selon Washington, l'accord en discussion avec l'Iran inclut bien le Liban, comme réclamé par Téhéran, alors que les Etats-Unis avaient toujours dit vouloir traiter ce dossier séparément.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le territoire israélien en soutien à l'Iran. Depuis, Israël pilonne le pays voisin, disant vouloir "éliminer" le mouvement chiite. Des frappes qui ont fait plus de 3.700 morts.


Erdogan et Netanyahu s'écharpent sur le Proche-Orient

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
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  • Recep Tayyip Erdogan a vivement accusé Benjamin Netanyahu de “marcher sur les pas d’Hitler”, dénonçant la politique israélienne à Gaza comme une “usine à souffrance” et un “réseau génocidaire”
  • Les échanges verbaux se sont durcis : Israël a répliqué en qualifiant Erdogan de “dictateur antisémite”, tandis que les tensions s’intensifient autour de Gaza, du Liban et de la sécurité régionale

ISTANBUL: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de "marcher sur les pas d'Hitler", les deux dirigeants se renvoyant le qualificatif de "génocidaire" par discours et communiqués interposés.

Affirmant qu'Israël s'est mué en une "usine à créer de la souffrance" se nourrissant "de sang et de larmes", le chef de l'Etat turc a à nouveau comparé M. Netanyahu à Adolf Hitler, lui prédisant "le même sort que celui des autres tyrans de l'histoire".

Mercredi, le président Erdogan, à couteaux tirés avec Benjamin Netanyahu depuis le déclenchement de la guerre à Gaza fin 2023, avait déjà déclaré que "la sécurité de la Turquie commence (...) à Alep, Damas et Beyrouth", estimant que le Premier ministre israélien et "sa clique criminelle" menacent également la Turquie.

"Nous ne tolérerons aucun fait accompli dans les pays frères et ne resterons pas les bras croisés face aux attaques", a-t-il ajouté face aux députés de son parti. En soulignant que l'armée israélienne "refuse de se retirer du Liban", où ses frappes ont fait quelque 3.700 morts depuis le déclenchement le 2 mars de sa nouvelle guerre contre le Hezbollah, selon les autorités locales.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a rétorqué mercredi soir dans un communiqué en accusant "le dictateur antisémite Erdogan, auteur d'un génocide contre les Kurdes", de soutenir le Hamas et d'emprisonner ses opposants, jugeant qu'"il est bien le dernier à pouvoir donner des leçons de morale à Israël".

Revenant à la charge, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi les méfaits à Gaza du "réseau génocidaire sioniste dirigé par Netanyahu".

"Ceux qui s'attaquent à notre région comme des requins assoiffés de sang devront un jour répondre de leurs actes", a-t-il conclu.


Médiation Etats-Unis/Iran : le Premier ministre du Pakistan affirme qu'un accord sur un texte de paix a été "atteint"

Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
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  • Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme qu’un accord sur le texte final d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran aurait été atteint, le Pakistan jouant un rôle de médiation entre les deux parties
  • Malgré des tensions et des accusations de désinformation, l’Iran estime que la conclusion d’un accord avec les États-Unis n’a jamais été aussi proche, tandis que Donald Trump conteste des fuites et nie qu’un texte corresponde à ce qui a été convenu

ISLAMABAD: Le Premier ministre du Pakistan Shehbaz Sharif a déclaré vendredi qu'un accord avait été "atteint" sur le texte d'un accord de paix entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer qu'un accord sur le texte final de l'accord de paix a été atteint et que le Pakistan maintenant travaille avec les deux parties pour finaliser les étapes suivantes", a écrit M. Sharif sur X.

"La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", a-t-il dit.

L'Iran a lui-même affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis n'avait "jamais été aussi proche", semblant vouloir calmer le jeu après un message furieux de Donald Trump accusant Téhéran de faire circuler un faux texte.

"Alors que le Pakistan déploie d'intenses efforts de médiation, nous avons pleinement conscience du fait qu'une campagne de désinformation incessante est menée par ceux qui veulent saboter l'accord de paix", a encore déclaré le ministre pakistanais.