Migrations: aux portes des Etats-Unis, les enfants d'abord, avec l'aide de Dieu

Jointe samedi soir dans un centre à McAllen, la famille va disposer d'un titre provisoire et veut réunir 400 dollars pour rejoindre des proches dans l'Etat de Géorgie (Photo, AFP).
Jointe samedi soir dans un centre à McAllen, la famille va disposer d'un titre provisoire et veut réunir 400 dollars pour rejoindre des proches dans l'Etat de Géorgie (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 22 mai 2022

Migrations: aux portes des Etats-Unis, les enfants d'abord, avec l'aide de Dieu

  • Parmi les migrants, il y a ceux qui ont laissé des enfants derrière eux, comme ce couple qui a également fui la violence du Honduras
  • C'est dur, confessent-ils en parlant de leurs enfants de 10 et 8 ans et 18 mois

REYNOSA: Jour de joie: vendredi matin, Jocelyn et son épouse Berline, enceinte de quatre mois, sont passés légalement aux Etats-Unis, si bien que leur deuxième enfant à naître en octobre sera sans doute américain.

Un soulagement pour ce couple de Haïtiens, qui affirme avoir été renvoyé le 7 février vers Port-au-Prince. "Si mon fils naît là-bas, c'est mieux pour moi et pour lui", sourit Jocelyn juste avant de passer de Reynosa dans le nord du Mexique à McAllen au Texas, après un périple commencé en 2015 qui les a emmenés jusqu'au Chili.

"Mon premier enfant est né au Chili. Il est chilien. Il peut vivre là-bas sans problème. Pas nous. Donc si mon fils naît là-bas (aux Etats-Unis) il n'aura besoin d'aucun visa!", ajoute le père d'un bébé de deux ans qui dort dans ses bras.

"Je veux une vie stable", ajoute sa femme de 25 ans qui veut aussi que son prochain enfant naisse n'importe où aux Etats-Unis. "Je veux une vie meilleure pour lui. J'ai beaucoup souffert".

Jointe samedi soir dans un centre à McAllen, la famille va disposer d'un titre provisoire et veut réunir 400 dollars pour rejoindre des proches dans l'Etat de Géorgie. Mais attention: "Seul Dieu sait" si l'enfant naîtra bien sur la Terre promise américaine, affirme le père avec prudence et fatalisme après tant d'épreuves.

«Arrrestation injuste»

Enfants à naître, enfants nés en chemin ou emmenés sur les routes de l'exil, enfants restés au pays: le sort des migrants est largement lié à leur progéniture dans des pays américains où prévaut le droit du sol.

Carolina (prénom changé), la trentaine, raconte qu'elle a fui Tegucigalpa pour sauver ses trois garçons adolescents d'un recrutement forcé dans les rangs de la Mara Salvatrucha, le gang qui terrorise le Honduras - et qui a déjà eu la peau de leur père.

Son petit dernier est né en avril à Tapachula à la frontière entre le Guatemala et le Mexique. Le bébé qui tète tranquillement a passé un tiers de sa vie en détention.

Carolina accuse en effet les services mexicains de la migration de l'avoir retenue douze jours. "Une arrestation injuste", clame-t-elle en se reposant dans un centre d'accueil au bord du Rio Grande. "Ils disaient qu'ils ne pouvaient pas me déporter parce que le bébé est mexicain".

"Migracion" va finalement lui accorder la résidence permanente au Mexique. Mais elle s'en fiche: la famille veut rejoindre le père du bébé installé à Houston.

Un de ses fils affirme même qu'il est prêt si nécessaire à traverser à la nage le Rio Bravo (comme on l'appelle côté mexicain).

Il n'en aura pas besoin: Carolina et ses quatre enfants ont pu eux aussi traverser la frontière légalement samedi matin. Comme un pied de nez au juge conservateur, qui la veille avait ordonné le maintien d'une mesure restrictive prise à l'époque de Donald Trump (le Titre 42).

"Tu vas avoir des jours difficiles mais jamais un jour sans Dieu", proclame la photo de profil du compte WhatsApp de la jeune mère de famille.

«Nous avons peur»

Les femmes enceintes et les enfants -non-scolarisés- représentent une bonne partie des plus de 2 000 migrants qui patientent à Reynosa (un chiffre donné par la presse locale et du Texas).

"Nous avons maintenant 200 femmes enceintes", avance le pasteur Hector Silva, dont le centre d'accueil "Senda Vida" (Chemin de vie) est débordé.

Déjà maman de deux enfants, Pascale, une Haïtienne de 25 ans, a passé la nuit à l'hôpital pour des soins après une fausse couche au troisième mois de grossesse.

"Ils ont dit que c'était dû au stress", glisse la jeune femme, qui affirme avoir payé 700 pesos (35 dollars) de frais médicaux.

"Il y a des femmes qui n'ont reçu aucun suivi médical au sixième mois de grossesse", constate Anayeli Flores, de Médecins sans frontière (MSF). "Avec ces nouvelles arrivées, nous avons vu une hausse dans nos consultations des femmes enceintes en trois semaines".

Parmi les migrants, il y a ceux qui ont laissé des enfants derrière eux, comme ce couple qui a également fui la violence du Honduras. C'est dur, confessent-ils en parlant de leurs enfants de 10 et 8 ans et 18 mois. "Nous avons peur. Mais nous avons confiance en Dieu".


Starmer prévient Andy Burnham qu'il ne pourra pas délaisser la diplomatie

Le Premier ministre britannique Keir Starmer écoute le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte (hors champ), lors de leur réunion au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 29 juin 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Keir Starmer écoute le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte (hors champ), lors de leur réunion au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 29 juin 2026. (AFP)
  • Keir Starmer affirme qu’un Premier ministre ne peut pas privilégier les dossiers intérieurs au détriment de la diplomatie, les deux étant étroitement liés
  • Favori pour lui succéder, Andy Burnham promet de maintenir un soutien total à l’Ukraine tout en axant sa campagne sur l’économie et le coût de la vie

LONDRES: Le Premier ministre britannique démissionnaire Keir Starmer a prévenu son probable successeur, Andy Burnham, qu’il ne lui serait pas possible de délaisser la diplomatie au profit des affaires intérieures, lors d’un entretien diffusé samedi sur la BBC.

Il s’agit de sa première interview depuis l'annonce de sa démission, le 22 juin. Le dirigeant travailliste doit rester en poste jusqu’à la désignation de son successeur, attendue mi-juillet.

À ce stade, Andy Burnham, ex-maire du Grand Manchester, est le seul candidat déclaré à la succession de Keir Starmer. Il s'est jusqu’ici principalement exprimé sur des sujets de politique intérieure, dont le coût de la vie, promettant de réduire les factures d'énergie et d'eau des Britanniques.

Lundi, son premier discours politique majeur a porté sur l'économie.

Interrogé sur la possibilité pour un Premier ministre de consacrer moins de temps à la diplomatie que lui, Keir Starmer a répondu : "Non, je ne pense pas que ce soit possible".

"Il y a souvent ce débat — quel est le bon équilibre entre affaires internationales et affaires intérieures ? En réalité, c’est une seule et même chose", a-t-il poursuivi.

"Si vous êtes Premier ministre et que vous vous souciez du montant des factures des ménages, vous devez aussi vous soucier d’une solution durable à la situation en Ukraine, ou encore de ce qui se passe dans le détroit d’Ormuz", a-t-il encore déclaré.

Il a également insisté sur le fait que "nous vivons dans un monde plus dangereux et plus instable" que celui qu’il a connu pendant la plus grande partie de sa vie, évoquant les conflits en Ukraine et en Iran.

Concernant l'Ukraine, M. Burnham a indiqué vendredi, lors d'une séance de questions-réponses sur Reddit, qu'il apporterait "à 100 %" le même soutien que M. Starmer.

Interrogé sur sa relation avec Andy Burnham, Keir Starmer a assuré n’avoir "jamais éprouvé d’animosité personnelle" à son égard, ajoutant qu’il ferait "tout ce qui est en son pouvoir" pour que le prochain gouvernement réussisse.


Witkoff et Kushner à Doha, pas de pourparlers directs entre américains et iraniens

Le Premier ministre du Qatar, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani. (AFP)
Le Premier ministre du Qatar, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani. (AFP)
  • Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont annoncé dimanche avoir bombardé le pays en retour
  • En réponse, l'Iran a ciblé deux de ses voisins du Golfe, le Koweït et Bahreïn

DOHA: Une délégation iranienne doit rencontrer des médiateurs mercredi à Doha dans le cadre des négociations avec Washington pour mettre fin à la guerre, selon les autorités iraniennes qui soulignent leur refus de négociations directes avec les Etats-Unis.

Des émissaires américains sont arrivés mardi à Doha pour des discussions sur l'Iran avec des médiateurs qataris.

L'Iran a lui aussi annoncé l'envoi cette semaine d'une délégation au Qatar, mais exclu tout contact direct avec les responsables américains, après des échanges de frappes qui ont menacé de faire voler en éclats la trêve.

Voici ce que l'on sait de la situation:

Witkoff et Kushner à Doha 

Les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, hommes de confiance du président Donald Trump, sont arrivés à Doha pour discuter avec des responsables qataris de l'Iran et de la situation au Liban, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar, Majed al-Ansari.

"A ma connaissance, aucune rencontre directe n'est programmée entre les deux parties (américaine et iranienne) dans les prochains jours", a-t-il néanmoins ajouté.

Lundi, Donald Trump avait laissé entendre que des discussions entre Washington et Téhéran devaient se tenir mardi. "L'Iran a demandé une réunion. Elle aura lieu demain (mardi) à Doha", avait-il affirmé.

Après avoir d'abord démenti toute réunion, la diplomatie iranienne a confirmé lundi l'envoi d'une "délégation d'experts" cette semaine à Doha, menée par le vice-ministre des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi. Une première réunion est prévue avec les médiateurs mercredi selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Mais "dans les prochains jours, nous ne négocierons pas avec la partie américaine, à aucun niveau", a-t-il insisté.

Les Etats-Unis et l'Iran se sont à plusieurs reprises contredits depuis le début des discussions ayant abouti le 17 juin à la signature d'un protocole d'accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, avec des négociations se matérialisant subitement alors que la situation semblait dans l'impasse.

Ormuz, le nœud gordien 

Un diplomate au fait des pourparlers a déclaré à l'AFP que des "équipes techniques" américaines et iraniennes devaient se rencontrer pour parler de "la mise en œuvre du protocole d'accord" conclu entre les deux pays.

"Les canaux de communication pour désamorcer les incidents sont opérationnels", a-t-il ajouté.

Si la signature du pacte entre Washington et Téhéran a permis de réduire l'intensité du conflit, d'importantes tensions existent autour de la gestion du stratégique détroit d'Ormuz, où le trafic a ralenti ce weekend après deux attaques de navires.

Au total, 29 bateaux transportant des matières premières ont franchi le détroit samedi et 12 dimanche, selon les données de la société de suivi maritime Kpler, un chiffre en net recul par rapport aux jours précédents.

L'Iran répète depuis des semaines vouloir imposer un droit de passage sous une forme ou une autre, une mesure jugée inacceptable par les Etats-Unis.

Depuis la levée du blocus ayant suivi le protocole d'accord avec les Etats-Unis, l'Iran a exporté "plus de 40 millions de barils de pétrole, a déclaré le chef de l'équipe de négociation Mohammad Bagher Ghalibaf lors d'une interview diffusée mardi soir à la télévision d'Etat.

En revanche, durant les 50 à 60 jours précédents, "nous avions été dans l'impossibilité totale d'exporter ne serait-ce qu'un seul baril de pétrole", a-t-il observé.

Reflétant les incertitudes sur les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, le prix du brut progressait mercredi. Vers 01H50 GMT, le Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, montait de 0,32% à 73,18 dollars.

L'Iran prêt pour le dialogue et la guerre  

Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont annoncé dimanche avoir bombardé le pays en retour. En réponse, l'Iran a ciblé deux de ses voisins du Golfe, le Koweït et Bahreïn.

La situation semble depuis s'être apaisée sur le plan militaire, même si le chef de l'équipe de négociation iranienne Mohammad Bagher Ghalibaf a encore répété que l'Iran se tenait prêt pour "la guerre" - tout en privilégiant "le dialogue".

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans les pourparlers avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes ces derniers jours, malgré la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre pour une "paix durable".

L'accord-cadre prévoit notamment qu'Israël continue d'occuper le sud du Liban, comme depuis le début de cette nouvelle guerre contre le Hezbollah, jusqu'à ce que le mouvement chiite soutenu par l'Iran rende les armes - ce qu'il refuse de faire.

Une exigence de longue date, que le gouvernement libanais peine à mettre en œuvre malgré la pression des Etats-Unis.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le nord d'Israël en soutien à l'Iran, visé par l'offensive américano-israélienne. Israël a riposté en jurant d'"éliminer" le mouvement, et déployé ses troupes dans le sud. Ses frappes ont depuis fait plus de 4.200 morts, selon Beyrouth.


Pas de négociation directe entre l'Iran et les Etats-Unis à Doha, selon le Qatar

  • "M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le L
  • "Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens"

DOHA: Le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit Iran/Etats-Unis, a affirmé mardi qu'aucune discussion directe n'était prévue dans les jours à venir à Doha, où Washington a envoyé ses émissaires pour des réunions avec des médiateurs.

Les deux camps avaient annoncé l'envoi de responsables au Qatar pour avancer après la signature mi-juin d'un protocole d'accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban.

"M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le Liban", a déclaré Majed Al Ansari, porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar.

"Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens", a-t-il précisé. Par ailleurs, selon lui, "aucune rencontre directe n'est programmée entre les deux parties dans les prochains jours" ni aucune "réunion de haut niveau".

Côté iranien, une "délégation technique effectue des allers-retours à Doha en fonction de l'avancée des négociations. Il n'y a actuellement aucune délégation de haut niveau sur place", a ajouté le porte-parole.

Les discussions techniques portent sur des points du dossier nucléaire, des questions économiques, de performance de l'Etat ou sur la sécurité, a énuméré Majed Al Ansari.

Le Qatar a d'abord refusé de prendre le rôle de médiateur, après avoir été la cible de tirs iraniens en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran. Mais depuis plusieurs semaines, il joue un rôle plus actif dans les négociations auprès du Pakistan, autre pays médiateur.