Ukraine: Condamnation pour crimes de guerre, Zelensky ne veut «aucun commerce» avec la Russie

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky donne une conférence de presse à la suite de sa rencontre avec son homologue polonais à Kiev le 22 mai 2022 (Photo, AFP).
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky donne une conférence de presse à la suite de sa rencontre avec son homologue polonais à Kiev le 22 mai 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 24 mai 2022

Ukraine: Condamnation pour crimes de guerre, Zelensky ne veut «aucun commerce» avec la Russie

  • De nombreuses multinationales ont déjà quitté la Russie
  • Selon le parquet ukrainien, le pays a ouvert plus de 12.000 enquêtes pour crimes de guerre

KIEV: Un soldat russe a été condamné lundi à Kiev à la prison à vie pour le meurtre d'un civil, la première condamnation pour crimes de guerre en Ukraine depuis l'offensive de Moscou, alors que le président ukrainien Volodymyr Zelensky réclamait à Davos des sanctions internationales "maximum" contre la Russie.

Cet appel du chef de l'Etat ukrainien aux dirigeants politiques et économiques mondiaux, lors d'une visioconférence à l'ouverture du Forum économique mondial (WEF) de Davos, en Suisse, intervient trois mois après le début de l'invasion russe le 24 février, et au moment où les autorités ukrainiennes disent souffrir "de plus en plus" dans le Donbass (est) face à la puissance de feu des troupes russes.

A Kiev, le verdict dans le premier procès pour crimes de guerre est tombé. Un soldat russe de 21 ans, Vadim Chichimarine, qui a reconnu avoir tué, au début de l'offensive russe, un civil de 62 ans qui poussait son vélo tout en téléphonant, a été reconnu coupable par un tribunal de la capitale.

Le soldat au visage juvénile et au crâne rasé a écouté le verdict, seul dans un box de verre. "Le meurtre a été commis avec une intention directe", a déclaré le juge. "Chichimarine a violé les lois et coutumes de la guerre".

Lors du procès la semaine dernière, Vadim Chichimarine avait reconnu avoir abattu le sexagénaire mais avait "demandé pardon" à la veuve de la victime, justifiant son acte par les "ordres" reçus à ce moment-là.

Des arguments balayés par l'accusation qui avait réclamé la perpétuité. "Il exécutait un ordre criminel et en était bien conscient", a lancé un des procureurs.

Le soldat fera appel de sa condamnation, selon son avocat. 

Selon le parquet ukrainien, le pays a ouvert plus de 12.000 enquêtes pour crimes de guerre depuis le début du conflit.

Davantage d'armes

Dans son intervention diffusée à Davos devant le gratin de l'économie mondiale, dont les Russes ont été exclus cette année, Volodymyr Zelensky a exhorté la communauté internationale à prendre les sanctions "maximum" et à ne plus avoir "aucun commerce avec la Russie".

Il a aussi réclamé davantage d'armes pour son pays: "L'Ukraine a besoin de toutes les armes que nous demandons, pas seulement de celles qui ont été fournies".

Lors d'une réunion virtuelle du "Groupe de contact pour la défense de l'Ukraine", 44 pays ont discuté lundi de l'assistance militaire à apporter à l'Ukraine. Vingt d'entre eux se sont engagés à fournir des armes supplémentaires à l'Ukraine, et d'autres entraîneront l'armée ukrainienne, a annoncé le ministre américain de la Défense, Lloyd Austin.

Le ministre ukrainien de la Défense, Oleksiï Reznikov a dit "espérer pouvoir présenter les résultats de l'utilisation" des armes promises lundi, "qui devraient changer la donne sur le champ de bataille!".

Les pays occidentaux ont envoyé d'immenses quantités d'armes et d'argent à l'Ukraine et instauré des sanctions économiques sans précédent contre Moscou.

De nombreuses multinationales ont déjà quitté la Russie. Le géant américain Starbucks a annoncé lundi qu'il allait fermer ses 130 cafés dans le pays, comme l'avait déjà fait McDonald's la semaine dernière.

Depuis Tokyo, le président américain Joe Biden a lui aussi maintenu la pression sur Moscou, rappelant que la Russie devait "payer un prix à long terme" en matière de sanctions imposées par les Etats-Unis et leurs alliés, au vu de sa "barbarie en Ukraine" .

"Il ne s'agit pas seulement de l'Ukraine", a insisté le président américain. Car si "les sanctions n'étaient pas maintenues à de nombreux égards, alors quel signal cela enverrait-il à la Chine sur le coût d'une tentative de prise de Taïwan par la force ?". 

Une «vraie guerre»

Si les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont renoncé à importer du pétrole russe, l'Union européenne a du mal à se mettre d'accord sur le sujet, car certains de ses pays membres sont très dépendants du gaz et du pétrole russes.

Au terme d'une réunion infructueuse sur le sujet il y a une semaine à Bruxelles, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a concédé que finaliser le 6e paquet de sanctions contre la Russie prendrait "du temps". Un sommet européen extraordinaire est prévu les 30 et 31 mai.

"Nous comprenons que l'Europe essaye d'estimer le coût que cela va avoir pour son économie. Mais de l'autre côté, il y a l'Ukraine, il y a une vraie guerre", a insisté la ministre ukrainienne de l'Economie Ioulia Svyrydenko, venue elle aussi à Davos.

"La Russie veut détruire l'Ukraine (...) et menace le monde de famine. On n'a définitivement pas le temps de faire de l'analyse. Nous avons besoin de couper la Russie du monde civilisé, complètement", a-t-elle martelé. 

Toujours en Suisse, un diplomate russe basé à Genève et opposé à la guerre, Boris Bondarev, a démissionné avec fracas, affirmant dans une lettre rendue publique que "jamais" il n'avait eu "autant honte" de son pays.

Severodonetsk comme Marioupol 

Sur le terrain, "les prochaines semaines de guerre seront difficiles", a prévenu lundi le président Zelensky dans son allocution télévisée du soir. "Les occupants russes s'efforcent de montrer qu'ils n'abandonneront pas les zones occupées de la région de Kharkiv (nord-est), qu’ils ne rendront pas la région de Kherson (sud), les territoires occupés de la région de Zaporijjia (sud-est) et le Donbass (est). Ils avancent quelque part. Ils renforcent leurs positions ailleurs". 

La situation est même "extrêmement difficile" dans le Donbass, où Moscou, qui y a rassemblé ses forces après avoir échoué à prendre Kiev, bombarde Severodonetsk intensément. 

Les Russes "cherchent à éliminer tout ce qui est vivant" dans la région, a accusé le président Zelensky. "Personne n'a détruit le Donbass comme les troupes russes le font maintenant". 

"Toutes les forces russes sont concentrées dans les régions de Lougansk et Donetsk", qui forment le Donbass, a affirmé Serguiï Gaïdaï, gouverneur du Lougansk, sur Telegram. 

Idem en matière d'armement: "Tout est concentré ici", selon le gouverneur, y compris les fameux systèmes antiaériens et antimissiles S-300 et S-400.

Point crucial de cette bataille du Donbass, Severodonetsk, dans la région de Lougansk, est bombardée "24 heures sur 24", s'est indigné M. Gaïdaï. "Ils utilisent la tactique de la terre brûlée, ils détruisent délibérément la ville" avec des bombardements aériens, des lance-roquettes multiples, des mortiers et des chars.

Le sort de Severodonetsk ressemble à celui de Marioupol, grand port du Sud-Est qui présente aujourd'hui un paysage apocalyptique après plusieurs semaines de siège. Plusieurs quartiers ne sont qu'enchevêtrements de tôles et de débris et barres d'immeubles éventrées par les explosions.

"A ce stade, je ne dirai pas +Sortez, évacuez+. Là je dis +Restez dans vos abris+", a dit le gouverneur, selon qui la Russie a lancé 12.500 hommes à l'attaque dans le Lougansk. 

Le ministère ukrainien de la Défense a aussi signalé de violents combats en cours près de Bakhmout et Popasna.

Dans la région de Donetsk, au moins trois personnes ont été tuées et six blessées dans des bombardements lundi, selon le gouverneur Pavlo Kyrylenko, après déjà sept morts dimanche.

A Kherson (sud), première grande ville prise par les Russes, l'administration locale prorusse a annoncé l'introduction du rouble comme monnaie officielle, en parallèle à la hryvnia ukrainienne.

Le président Zelensky a par ailleurs indiqué que 87 personnes avaient péri dans une frappe russe le 17 mai contre une base militaire dans le Nord. Ce nouveau bilan en fait l'un des bombardements russes les plus meurtriers depuis le début de la guerre.

"Depuis le 24 février, l'armée russe a effectué 1.474 frappes de missiles en Ukraine avec 2.275 missiles différents, en grande majorité contre des infrastructures civiles", a dénoncé le président. "Plus de 3.000 frappes aériennes en moins de trois mois. Quel autre pays a connu une telle intensité de frappes?"


L'Amérique muscle sa présence militaire en Europe

Le président américain Joe Biden attend le début d'une table ronde lors d'un sommet de l'OTAN à Madrid, le 29 juin 2022. (AFP)
Le président américain Joe Biden attend le début d'une table ronde lors d'un sommet de l'OTAN à Madrid, le 29 juin 2022. (AFP)
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  • «Nous sommes au rendez-vous» et «nous prouvons que l'Otan est plus nécessaire que jamais», a encore déclaré le président américain
  • Ni la Maison Blanche ni le Pentagone n'ont toutefois voulu dire, lors d'une courte conférence de presse mercredi matin, combien de militaires américains supplémentaires allaient être, au total, déployés

MADRID : Les Etats-Unis vont "renforcer leur positionnement militaire en Europe" afin que l'Otan puisse "répondre à des menaces venant de toutes les directions", a dit mercredi à Madrid le président américain Joe Biden, sans donner un chiffre sur le nombre de soldats concernés.

Lors d'un sommet de l'Alliance militaire "qui marque l'Histoire", selon lui, il a annoncé une présence renforcée de militaires et de capacités américaines en Espagne, en Pologne, en Roumanie, dans les Etats baltes, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie.

Ni la Maison Blanche ni le Pentagone n'ont toutefois voulu dire, lors d'une courte conférence de presse mercredi matin, combien de militaires américains supplémentaires allaient être, au total, déployés.

"Nous sommes au rendez-vous" et "nous prouvons que l'Otan est plus nécessaire que jamais", a encore déclaré le président américain, aux côtés du secrétaire général de l'organisation, Jens Stoltenberg.

Plus de 100 000

Il a rappelé que les Etats-Unis avaient déjà déployé cette année "20 000 militaires supplémentaires en Europe pour renforcer nos lignes en réponse aux initiatives agressives de la Russie", ce qui a déjà porté à plus de 100 000 le nombre d'Américains stationnés sur le continent.

Mais il n'a pas précisé ce que les renforcements annoncés mercredi représenteraient globalement en termes d'effectifs. Le détail a été communiqué par Washington pour l'Allemagne (625 hommes ou femmes) et l'Italie (65).

Dans le détail, Joe Biden a annoncé que les Etats-Unis porteraient de 4 à 6 le nombre de leurs destroyers sur la base navale de Rota en Espagne.

La première puissance mondiales établira par ailleurs en Pologne "un quartier général permanent du 5ème corps d'armée américain". Il s'agira, a précisé le Pentagone, de la première présence américaine "permanente" sur le "flanc oriental" de l'Otan.

Une responsable du Pentagone, Celeste Wallander, a assuré que cette annonce, ainsi que toutes les autres, était compatible avec un accord signé en 1997 entre l'Otan et la Russie dans lequel l'alliance occidentale s'engageait à ne pas augmenter de manière significative le nombre d'unités combattantes stationnées de manière permanente en Europe centrale et de l'Est.

"Nous allons maintenir une brigade supplémentaire" qui sera basée en Roumanie, a également déclaré Joe Biden, évoquant le chiffre de 3 000 combattants et 2 000 personnels militaires autres.

Il a également annoncé des "déploiements supplémentaires dans les Etats baltes", le Pentagone précisant que cela concernerait aussi bien l'artillerie, l'aviation, la défense anti-aérienne que la présence de troupes d'élite.

Aux portes de la Russie, les Etats-Unis promettent aussi "d'intensifier les exercices avec nos alliés" baltes, selon un communiqué du Pentagone.

«Otanisation de l'Europe»

Lors d'une courte allocution, Joe Biden a encore indiqué que Washington allait "envoyer deux escadrilles supplémentaires" d'avions de combat F-35 au Royaume-Uni, sur la base de Lakenheath dans l'ouest du pays, et "positionner des capacités supplémentaires de défense aérienne" en Allemagne et en Italie.

Le président russe Vladimir Poutine "voulait une 'finlandisation' de l'Europe", c'est-à-dire une évolution des pays membres de l'Alliance vers la position de neutralité qui a été historiquement celle du pays nordique, mais il obtient au contraire une "'Otanisation' de l'Europe", s'est félicité Joe Biden.

La Finlande, historiquement non-alignée, ainsi que la Suède s'apprêtent en effet à rejoindre l'Otan, après le levée mardi soir du veto de la Turquie, tandis que l'Alliance a affiché une unité presque sans faille depuis le début de la guerre en Ukraine.

Le Pentagone a précisé dépenser 3,8 milliards de dollars au titre de l'"Initiative de dissuasion en Europe" pour l'année budgétaire 2022, et avoir une prévision de 4,2 milliards de dollars pour l'exercice 2023.


Sécurité alimentaire: 500 millions de dollars de la Banque mondiale à l'Egypte

Le siège de la Banque mondiale à Washington, DC, le 13 avril 2022. (AFP)
Le siège de la Banque mondiale à Washington, DC, le 13 avril 2022. (AFP)
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  • Ces fonds seront principalement dédiés à l'achat de blé pour «sécuriser les réserves» du pays, assure le ministère de la Coopération internationale dans un communiqué
  • Premier importateur mondial de blé, l'Egypte dépend de la Russie et de l'Ukraine pour 85% de son approvisionnement

LE CAIRE : La Banque mondiale vient d'allouer une aide de 500 millions de dollars à l'Egypte pour renforcer la sécurité alimentaire dans le pays frappé par une grave crise économique aggravée par la guerre en Ukraine, ont déclaré les autorités égyptiennes mercredi.

Ces fonds seront principalement dédiés à l'achat de blé pour "sécuriser les réserves" du pays, assure le ministère de la Coopération internationale dans un communiqué.

L'Egypte est frappée par l'impact économique de la guerre déclenchée fin février par l'invasion russe de l'Ukraine, une inflation galopante --plus de 15% en mai-- et d'énormes dépenses publiques dans les infrastructures.

Premier importateur mondial de blé, l'Egypte dépend de la Russie et de l'Ukraine pour 85% de son approvisionnement.

Pour pallier la crise, les autorités ont augmenté leurs achats auprès des agriculteurs locaux et, début juin, elles ont changé la composition autorisée de la farine pour produire plus de pain avec les quantités disponibles.

Mardi, les boulangeries étatiques du gouvernorat de la Nouvelle Vallée (sud-ouest), ont expérimenté la fabrication de "pain à la patate douce", selon la presse locale.

Les recettes modifiées utilisent la patate douce pour compléter le blé dans la farine utilisée pour fabriquer les pains plats subventionnés par l'Etat - un aliment de base quotidien pour les Egyptiens.

Sur les 103 millions d'Egyptiens, 30 millions sont officiellement pauvres et autant d'autres sont dans la précarité selon la Banque mondiale.

Quelque 71,5 millions d'Egyptiens dépendent du programme étatique de subventions alimentaires qui inclut le pain, mais aussi le riz, le sucre ou encore les pâtes.

Pour soutenir son économie fragilisée, l'Egypte a récemment dévalué sa monnaie de 17%. Aussitôt, l'Arabie saoudite, grand allié du régime d'Abdel Fattah al-Sissi a déposé cinq milliards de dollars à la Banque centrale égyptienne.

Le Caire discute avec le Fonds monétaire international (FMI) un nouveau prêt alors que le budget du pays d'environ 160 milliards de dollars est grévé par une dette publique qui atteint 90% du PIB.

En mai, la Banque mondiale avait annoncé qu'elle allait consacrer, au cours des 15 prochains mois, 12 milliards de dollars à de nouveaux projets destinés à répondre à la crise alimentaire dans le monde, qui a été aggravée par la guerre en Ukraine déclenchée en février.

"La hausse des prix alimentaires a des effets dévastateurs sur les plus pauvres et les plus vulnérables", avait alors déploré le président de la Banque mondiale, David Malpass.


Pêche et aquaculture doivent opérer une «transformation bleue»

Des militants de la Rébellion pour l'Océan portant des masques à l'effigie de l'Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l'Océan tiennent des pancartes sur lesquelles on peut lire "Sauvez les requins, sauvez l'Océan" et "Sauvez nos requins" lors d'une manifestation devant l'Altice Arena pendant la Conférence des Nations Unies sur l'Océan, à Lisbonne le 28 juin 2022. (AFP)
Des militants de la Rébellion pour l'Océan portant des masques à l'effigie de l'Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l'Océan tiennent des pancartes sur lesquelles on peut lire "Sauvez les requins, sauvez l'Océan" et "Sauvez nos requins" lors d'une manifestation devant l'Altice Arena pendant la Conférence des Nations Unies sur l'Océan, à Lisbonne le 28 juin 2022. (AFP)
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  • La production d'animaux aquatiques en 2020 était supérieure de 30% à la moyenne observée dans les années 2000
  • «Ces résultats sont en grande partie imputables à une production aquacole record de 87,5 millions de tonnes d'animaux aquatiques», selon le rapport

LISBONNE : Le secteur de la pêche et de l'aquaculture, dont la production mondiale atteint des "niveaux record" en 2020, doit engager une "transformation bleue" partout dans le monde pour relever "le double défi de la sécurité alimentaire et de la viabilité écologique", selon un rapport publié mercredi par la FAO.

"Nous devons transformer les systèmes agroalimentaires afin que les produits alimentaires aquatiques soient récoltés et capturés de manière durable, que les moyens d'existence soient préservés et que la biodiversité et les habitats aquatiques soient protégés", déclare le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) Qu Dongyu.

"La croissance de l'aquaculture, en particulier en Asie, a permis à la production halieutique et aquacole totale d'atteindre en 2020 un record absolu de 214 millions de tonnes, à savoir 178 millions de tonnes d'animaux aquatiques et 36 millions de tonnes d'algues", selon ce rapport de la FAO sur la "situation mondiale des pêches et de l'aquaculture", publié tous les deux ans et diffusé pendant une conférence de l'ONU consacrée aux océans à Lisbonne.

La production d'animaux aquatiques en 2020 était supérieure de 30% à la moyenne observée dans les années 2000. "Ces résultats sont en grande partie imputables à une production aquacole record de 87,5 millions de tonnes d'animaux aquatiques", selon le rapport.

"Les ressources halieutiques continuent de décroître en raison de la surpêche, de la pollution, de leur mauvaise gestion et d'autres facteurs, mais la quantité de débarquements provenant de stocks biologiquement durables est en hausse", constate la FAO.

«21,4 kg par habitant en 2030»

Sur une planète qui devra nourrir 10 milliards d'habitants en 2050, la "transformation bleue" est pour la FAO une "stratégie visionnaire devant permettre de relever le double défi de la sécurité alimentaire et de la viabilité écologique".

La consommation mondiale des produits alimentaires aquatiques (à l'exclusion des algues) a progressé à un taux annuel moyen de 3% depuis 1961, soit près du double de la croissance démographique mondiale annuelle, pour atteindre 20,2 kg par habitant.

A l'échelle mondiale, ces produits ont fourni en 2019 quelque 17% des protéines animales consommées, et jusqu'à 50% dans plusieurs régions d’Asie et d’Afrique.

En 2020, la production d'animaux aquatiques a augmenté de 6% par rapport à 2018. En revanche, la production de la pêche de capture est tombée à 90,3 millions de tonnes, en recul de 4% par rapport à la moyenne des trois dernières années - une diminution qui tient "essentiellement à la pandémie" liée au Covid-19.

Les pays asiatiques représentaient 70% de la production mondiale. La Chine est restée le premier producteur des pêches, suivie de l'Indonésie, du Pérou, de la Russie, des États-Unis, de l'Inde et du Vietnam.

La FAO estime que la consommation mondiale devrait "progresser de 15% et atteindre en moyenne 21,4 kg par habitant en 2030", notamment sous l'effet de la hausse des revenus et de l'urbanisation.

"La production totale d'animaux aquatiques devrait s'élever à 202 millions de tonnes en 2030, en raison principalement d’une croissance soutenue de la production aquacole, laquelle devrait franchir le cap des 100 millions de tonnes pour la première fois en 2027, puis atteindre 106 millions de tonnes en 2030", selon le rapport.

Essentielles pour la sécurité alimentaire, la pêche et l'aquaculture ont aussi une importance économique déterminante: "58,5 millions de personnes seraient employées dans le secteur, dont environ 21% de femmes" et "quelque 600 millions de personnes" en dépendent pour vivre et assurer leur subsistance.

La valeur totale à la première vente de la production d'animaux aquatiques dans le secteur "a été estimée à 406 milliards de dollars en 2020", dont 65% pour l'aquaculture, selon le rapport.