L’autonomisation des femmes au cœur des débats du prochain sommet du G20 à Riyad

Dans le cadre du sommet du G20, en novembre prochain à Riyad, le groupe d’engagement officiel du groupe des vingt a engagé des travaux préparatoires à l’édition Women 20 (W20), dont une large partie est consacrée à l’autonomisation des femmes. (AFP).
Dans le cadre du sommet du G20, en novembre prochain à Riyad, le groupe d’engagement officiel du groupe des vingt a engagé des travaux préparatoires à l’édition Women 20 (W20), dont une large partie est consacrée à l’autonomisation des femmes. (AFP).
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Publié le Vendredi 23 octobre 2020

L’autonomisation des femmes au cœur des débats du prochain sommet du G20 à Riyad

  • Dans le cadre du sommet du G20, en novembre prochain à Riyad, le groupe d’engagement officiel du groupe des vingt a engagé des travaux préparatoires à l’édition Women 20 (W20)
  • «Dans le contexte de pandémie que nous traversons, il nous faudra des plans d’action et des initiatives internationales, comme dans le cadre du G20, mais aussi sur le plan national, en France et en Arabie saoudite»

PARIS: L’autonomisation des femmes dans le domaine économique est la pierre angulaire pour s’assurer d’une croissance inclusive dans les tous les pays. La pandémie de Covid-19 a mis en exergue le rôle socio-économique essentiel des femmes dans le maintien de la vie socio-économique des nations même si, à travers le monde, y compris dans les sociétés les plus développées, les femmes occupent encore majoritairement des postes à temps partiel. Elles sont par ailleurs largement moins rémunérées que leurs collègues masculins.

Mutations sociétales en Arabie saoudite

Dans le cadre du sommet du G20, en novembre prochain à Riyad, le groupe d’engagement officiel du groupe des vingt a engagé des travaux préparatoires à l’édition Women 20 (W20), dont une large partie est consacrée à l’autonomisation des femmes.

Les considérations du genre, les questions de l’égalité et de la parité hommes-femmes, l’accès des femmes aux hautes fonctions des institutions étatiques, diplomatiques, gouvernementales, scientifiques, et la facilitation de l’accès au professorat et à la présidence des universités figurent parmi les nombreuses thématiques qui seront mises sur la table et évaluées lors du prochain sommet du G20 à Riyad.

Dans le cadre de ces travaux préparatoires, l’ambassade d’Arabie saoudite à Paris a organisé, le 19 octobre dernier, une conférence en ligne à laquelle ont participé des femmes saoudiennes et françaises issues de divers horizons. L’objectif de ces débats était d’aborder l’évolution des acquis des femmes dans de nombreux domaines, mais aussi d’évoquer des pistes de réflexion autour des défis à relever pour donner aux femmes la place qu’elles méritent dans la sphère économique et savante des pays occidentaux et orientaux.

«Dans le cadre du W20, nous travaillons, avec nos partenaires, sur l’autonomisation des femmes pour réaliser une croissance durable. […] Cette dernière est envisagée sur divers points: l’accès au marché du travail, l’inclusion financière pour les femmes, car il existe des différences entre les hommes et les femmes, une situation qui fait perdre 15% du PIB», souligne la princesse Haïfa benta Abdelaziz al-Mogrin, ambassadrice permanente auprès de l’Unesco et présidente de la commission «Développement» du G20, lors de l’ouverture de la conférence. Les femmes à travers le monde ont des défis à relever, ainsi que l’ont fait nos grands-mères et nos mères», explique-t-elle.

«En Arabie saoudite, nous mettons en place une autonomisation graduelle. Le système éducatif du pays est constitué à hauteur de 50% de femmes. Les ambitions, les aspirations des femmes ont enregistré des avancées importantes, notamment dans la représentation diplomatique», affirme la princesse Haïfa benta Abdelaziz. «Nous avons des plans nationaux, nous avons avancé sur le plan de la gestion. Désormais, les femmes sont de plus en plus nombreuses à s’engager dans les filières scientifiques, dont l’informatique. J’espère que notre séminaire inspirera des idées pour accentuer leur autonomisation», conclut-elle.

"Dans le cadre du W20, nous travaillons, avec nos partenaires, sur l’autonomisation des femmes pour réaliser une croissance durable" souligne la princesse Haïfa benta Abdelaziz al-Mogrin.

En effet, l’un des objectifs du prochain sommet du G20, sous la présidence de l’Arabie saoudite, sera centré sur l’autonomisation des femmes. «Nous accueillons le G20, et pour nous c’est historique, car c’est la première fois qu’un pays arabe accueille la présidence de ce sommet dont les membres rassemblent 80% de la production mondiale et trois quarts des échanges internationaux», déclare la docteure Hala Al-Touijri, présidente du groupe de travail dédié à l’autonomisation de la femme du G20 et secrétaire générale du Conseil des affaires de la famille saoudienne.

«Il faudra impliquer les femmes à tous les niveaux de la prise de décision, y compris dans les décisions politiques. Cette perspective du genre sera mise en œuvre par des mesures», explique Hala al-Touijri. Ces deux dernières années, Il y a eu beaucoup de réformes en Arabie saoudite et cela fait partie intégrante de notre plan Vision 2030, une stratégie qui permettra d’instaurer une société prospère et une nation ambitieuse».

Lors de son intervention, la présidente du groupe de travail dédié à l’autonomisation de la femme du G20 a affirmé que ce sera possible grâce aux efforts de toutes les composantes de la société. «Nous avons, certes, progressé, mais nous avons encore fort à faire», déclare-t-elle. «Il y a eu des amendements aux réglementations pour favoriser l’accès à la protection sociale. Nous devons continuer à améliorer l’accès des femmes au marché du travail pour passer de 22% à 30% à l’horizon 2030.»

"En Arabie saoudite, nous avons mis en place une équipe qui sera chargée de donner un élan à l’autonomisation des femmes et des filles" affirme Hala Al-Touijri

Hala Al Touijri recommande donc de lutter contre les obstacles sociaux et d’amender la réglementation pour favoriser l’autonomisation des femmes, notamment via l’égalité salariale. «En Arabie saoudite, nous avons mis en place une équipe qui sera chargée de donner un élan à l’autonomisation des femmes et des filles, sur le thème “Réaliser les opportunités du XXIe siècle pour tous et pour toutes”. L’Arabie saoudite compte mettre en avant cet objectif lors du prochain G20», souligne-t-elle.

La parité, une cause mondiale

Lors de son intervention, Gabriela Ramos, sous-directrice générale pour les sciences sociales et humaines de l’Unesco, a tenu à remercier la princesse Haïfa benta Abdelaziz Al Mogrin de l’avoir invitée à cette conférence. Elle a également exprimé sa reconnaissance envers l’ambassadrice d’Arabie saoudite pour tous les efforts qu’elle a fournis en vue de l’essor de la participation des femmes, saluant son engagement à enrichir le travail avec les autres membres de la délégation pour la mise en place du W20. «Je me suis occupée, au sein de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et du G20, de fédérer les dirigeants autour d’un accord concret en faveur de l’égalité hommes-femmes, de la parité. Cette question de l’égalité du genre a toujours fait partie de nos programmes au sein du G20 et l’Arabie saoudite n’a pas été absente du débat, bien au contraire. Cette initiative est très importante pour que les femmes puissent apporter leur contribution, et briser ce plafond de verre», poursuit-elle.

Gabriela Ramos indique avoir constaté «des changements en Arabie saoudite, avec des progrès concrets». Elle ajoute: «Il y a huit ans, j’ai été invitée en Arabie saoudite, et je peux vous dire que lors des réunions, je n’avais pas rencontré de femmes ministres députées. Mais, depuis deux ans, elles participent aux affaires politiques, et des décisions très importantes ont été prises pour augmenter leur accès à l’investissement, à l’éducation et à l’enseignement supérieur. Aujourd’hui, nous avons une Saoudienne ambassadrice qui préside le groupe “Développement” au sein du G20», s’est réjoui la sous-directrice générale pour les sciences sociales et humaines de l’Unesco lors son intervention.

"J'ai constaté des changements en Arabie saoudite", affirme Gabriela Ramos, sous-directrice générale pour les sciences sociales et humaines de l’Unesco

La Dr Hala Alhalaissi, membre du conseil de la Choura, indique de son côté que l’Arabie saoudite connaît aujourd’hui des changements sociétaux acceptés partout dans le Royaume, répondant aux questions centrales de la société et aux problèmes quotidiens des Saoudiens. «Ces changements ne sont pas arrivés par hasard, au contraire. Ils font partie d’une évolution normale et atypique pour un pays en développement, tout en prenant en considération des éléments importants comme la mentalité, les traditions. Nous ne pouvons pas tout bousculer, au risque d’un retour en arrière», explique Hala Alhalaissi. Nous sommes en train de changer, et nous ne nions pas que des obstacles existent, comme partout dans le monde.»

Des inégalités révélées par la pandémie

«Dans le contexte de pandémie que nous traversons, il nous faudra des plans d’action et des initiatives internationales, comme dans le cadre du G20, mais aussi sur le plan national, en France et en Arabie saoudite, pour accélérer et monter en puissance dans nos efforts quant à la question de l’égalité hommes-femmes», déplore Gabriela Ramos.

Lors de son intervention, la sous-directrice générale pour les sciences sociales et humaines de l’Unesco a affirmé que les chiffres montraient une sous-représentation des femmes dans les postes d’encadrement et décisionnels pendant la gestion de la crise de la Covid-19. Une période durant laquelle, selon elle, la représentation des hommes était excessive. Or, ajoute-t-elle, «nous avons constaté que les meilleurs résultats ont été obtenus dans les pays présidés par des femmes».

La sous-directrice générale pour les sciences sociales et humaines de l’Unesco a aussi évoqué la place des femmes dans la sphère économique, un domaine où beaucoup d’entre elles ont souffert de la pandémie. «Pendant le confinement, les secteurs les plus affectés sont occupés par les femmes», souligne Gabriela Ramos. Il est aussi inacceptable de constater, ici et là, des augmentations très inquiétantes des violences faites aux femmes, notamment pendant le confinement. Cela nous incite à lancer des initiatives pour empêcher cette recrudescence des violences envers elles», conclut-elle.

Égalité hommes-femmes, la grande cause du quinquennat en France

De son côté, Amelia Lakrafi, députée française de la circonscription des Français établis hors de France, regroupant l’Afrique, le Moyen-Orient et l’océan Indien, et vice-présidente du groupe d’amitié France-Arabie saoudite, revient sur les nombreux acquis en matière de droits des femmes. «Nous avons des acquis, et des faiblesses», explique Amelia Lakrafi. Elle considère que la féminisation dans le milieu politique est loin d’être simple. «En 2011, des réformes ont été mises en œuvre, mais les femmes sont rares dans les conseils d’administration. L’égalité hommes-femmes est la grande cause du quinquennat. Cela sera présenté à l’Assemblée nationale en juin 2021», assure-t-elle.

La vice-présidente du groupe d’amitié France-Arabie saoudite a souligné, lors de son intervention, que les travaux qui seront engagés au mois de juin prochain concernent, entre autres, sur la délicate question des quotas, l’évolution de carrière après un congé maternité, l’amélioration de la place des femmes dans les métiers d’avenir (cybersécurité, engineering, big data et analyses des données…) ainsi que l’égalité des salaires.

«J’espère que nous trouverons les moyens pour inciter les femmes à embrasser des carrières scientifiques et technologiques qui sont passionnantes, et que les entreprises pourront comprendre l’intérêt qui est le leur à diversifier le recrutement», explique Amelia Lakrafi. Concernant la sphère politique, la députée affirme que «la France a accompli, tout de même, de gros progrès, mais cela reste insuffisant car [ses politiciennes] restent minoritaires dans le paysage politique, que ce soit au niveau local ou national. À titre d’exemple, ajoute-t-elle, dans les exécutifs locaux, moins de 20% des mairies ont une femme à leur tête et, au niveau national, la France compte 39% de femmes députées et 33% de sénatrices. Nous constatons que le chemin est encore long pour atteindre la parité.»

"J’espère que nous trouverons les moyens pour inciter les femmes à embrasser des carrières scientifiques et technologiques" souhaite la vice-présidente du groupe d’amitié France-Arabie saoudite Amelia Lakrafi

Lors de son intervention, Amelia Lakrafi a expliqué que la voie de la législation est privilégiée pour atteindre des objectifs fixés. «La loi reste bien plus efficace et plus rapide que le fait d’attendre que tout vienne des corps sociaux, car la loi permet de fixer tous les contours, la lisibilité, et elle n’est pas forcément opposée aux traditions. Elle peut être évolutive pour l’intérêt de toutes et de tous.»

«Les enjeux de l’émancipation des femmes dans l’espace public sont nombreux. Cette émancipation permet à la société d’évoluer favorablement en termes de développement, d’attractivité, de compétitivité, de croissance et de stabilité. Les hommes ne vont pas nous faciliter toutes ces acquisitions, nous allons nous opposer frontalement, mais nous devons être inventives, négociatrices, revendicatives. Nous sommes incontournables, en plus d’être complémentaires», conclut la vice-présidente du groupe d’amitié France-Arabie saoudite.

«Je suis très honorée de partager avec vous nos expériences avec nos amies les Saoudiennes, ce pays que j’ai connu, où j’ai rencontré des femmes formidables. Et, si je peux me permettre d’être provocatrice, je dirais que, parmi toutes les richesses que détient le pays, il en est une qui est essentielle: ces femmes saoudiennes que j’ai rencontrées. Elles sont largement majoritaires dans les universités», explique la députée française, qui ajoute que «les Saoudiennes sont les hydrocarbures de l’Arabie saoudite de demain».

En France, les salaires des femmes sont inférieurs à ceux des hommes de l’ordre de 9% à 27% selon les fonctions, les filières et les grades.

Associer les femmes aux métiers de demain

Les femmes sont celles qui pâtissent à tous les niveaux. Elles représentent la grande majorité des refugiées climatiques. Pourtant, elles sont absentes de la table des négociations et des prises de décision. «Elles sont seulement 6% à être représentées dans les filières de la transition écologique et la sociabilité», insiste Chiara Corazza, directrice générale du Women Forum for Economy and Society. «Il est important de mettre sur la table, lors de ce G20, la question du leadership au féminin. Pour que les femmes deviennent des patronnes de grands groupes, là où on détermine les stratégies de demain.» Chiara Corazza conclut qu’il est primordial que «les femmes aient accès aux ressources et aux technologies au même titre que les hommes».

La directrice générale du Women Forum for Economy and Society indique en outre que, pour réussir la construction de la nouvelle société, pour mieux connaître les métiers de demain et y avoir accès, il est impératif d’associer les femmes à cette transformation. Elles doivent avoir les mêmes outils, opportunités et atouts que les hommes. Donc, avoir accès aux métiers du futur. L’un des combats que nous menons au Women Forum a pour but d’augmenter, de rendre plus attrayants et de retenir tous les talents dans les Stem (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques). Un secteur dans lequel les femmes ne représentent que 24% des effectifs. Elles sont également sous-représentées dans les filières d’avenir comme le numérique, la cybersécurité, l’urbanisme… Nous voulons une société plus juste et plus inclusive», a martelé Chiara Corazza lors de cette conférence.

«Notre rencontre d’aujourd’hui inspirera la tenue d’autres rencontres afin de débattre des sujets importants qui nous concernent toutes et tous», déclare la princesse Haïfa benta Abdelaziz Al Mogrin, qui souhaite «conjuguer les efforts entre les deux pays, la France et l’Arabie saoudite, mais aussi à l’échelle mondiale, pour défendre la cause des femmes, l’inclusion des femmes, et le développement des compétences, en y associant, bien évidemment, les hommes.»


Un responsable iranien juge "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis

Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
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  • La reprise du conflit entre l’Iran et les États-Unis est jugée « probable » après l’échec des négociations et le rejet par Donald Trump d’une nouvelle proposition iranienne
  • Malgré un cessez-le-feu, les tensions restent élevées (blocus, présence militaire, crise économique), et le conflit continue sous d’autres formes dans la région

TEHERAN: Un responsable militaire iranien a jugé samedi "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis, après le rejet par Donald Trump d'une nouvelle offre de Téhéran pour relancer les négociations de paix.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l'Iran et de représailles de Téhéran dans la région.

Une première session de pourparlers directs à Islamabad le 11 avril s'est révélée infructueuse, et jusqu'ici sans lendemain tant les divergences restent fortes entre les deux camps, du détroit d'Ormuz au volet nucléaire.

L'Iran a transmis cette semaine un nouveau texte via le Pakistan, médiateur des discussions, sans qu'aucun détail ne filtre sur le contenu.

Donald Trump a cependant dit vendredi n'être "pas satisfait" de cette dernière mouture, répétant qu'à son sens les dirigeants iraniens étaient "désunis" et incapables de s'entendre sur une stratégie de sortie du conflit.

Le président américain, qui avait déjà menacé d'anéantir la "civilisation" iranienne, a ajouté qu'il préférerait ne pas avoir à "pulvériser une fois pour toutes" l'Iran mais qu'une reprise de la guerre restait "une option".

Il a été briefé jeudi par l'armée sur de possibles nouvelles actions militaires.

"Une reprise du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis est probable, et les faits ont démontré que les Etats-Unis ne respectaient aucune promesse ou accord", a réagi samedi Mohammad Jafar Asadi, inspecteur adjoint du commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par l'agence de presse Fars.

"Les forces armées sont parfaitement préparées à toute nouvelle tentative d'aventurisme ou à toute action imprudente de la part des Américains", a-t-il ajouté.

- "Terminées" -

Donald Trump avait théoriquement jusqu'à vendredi pour demander l'autorisation du Congrès américain pour poursuivre la guerre. Il a préféré envoyer une lettre à des responsables parlementaires pour leur notifier que les hostilités contre l'Iran étaient "terminées", même si plusieurs élus démocrates ont souligné que la présence continue de forces américaines dans la région indiquait le contraire.

L'USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde, a quitté le Moyen-Orient, mais 20 bâtiments de la marine américaine, dont deux autres porte-avions, restent déployés.

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale, avec notamment des cours du pétrole montés cette semaine à des niveaux inédits depuis 2022.

Car si les bombardements ont cessé, le conflit perdure sous d'autres formes: Washington impose un blocus aux ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Alors que Donald Trump s'indigne du refus des Européens de le soutenir militairement face à l'Iran, le Pentagone a annoncé le retrait de quelque 5.000 militaires d'Allemagne d'ici un an, une réduction conséquente de ses effectifs sur le continent.

Le président a été particulièrement agacé par des propos du chancelier allemand Friedrich Merz affirmant que les Américains n'avaient "aucune stratégie" en Iran et que Téhéran "humiliait" la première puissance mondiale.

-  Nouvelles exécutions -

Pendant ce temps, l'Iran reste inflexible. "Nous n'accepterons certainement pas qu'on nous impose" une politique, a lancé vendredi le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï.

Negar Mortazavi, du groupe de réflexion Center for International Policy, souligne "la cohésion" du pouvoir iranien, uni dans une "bataille existentielle".

Si à la faveur de la trêve, les Iraniens ont pu renouer avec une certaine normalité, leur quotidien est plombé par l'inflation qui explose tout comme le chômage, dans un pays déjà affaibli par des décennies de sanctions internationales.

Le guide suprême, Mojtaba Khamenei, a d'ailleurs exhorté dans un message écrit, les entreprises qui ont subi des dégâts à "éviter autant que possible les licenciements", au nom de la "guerre économique et culturelle" que mène l'Iran.

Amir, 40 ans, raconte débuter sa journée en "regardant les infos, et les nouvelles d'exécutions" par le pouvoir iranien. La justice a encore annoncé samedi la pendaison de deux hommes accusés d'espionnage au profit d'Israël.

"J'ai l'impression d'être coincé au purgatoire", dit-il à l'AFP. "Les Etats-Unis et Israël finiront par nous attaquer encore" pendant que "le monde ferme les yeux".

Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah malgré le cessez-le-feu, de nouvelles frappes sur le sud du pays ont fait 13 morts, dont un enfant, selon les autorités libanaises.


L'Iran a présenté une nouvelle proposition aux Etats-Unis via le Pakistan (média d'Etat)

A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
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  • L’Iran a soumis une nouvelle proposition de négociation visant à relancer le dialogue avec les États-Unis pour mettre fin au conflit
  • Le Pakistan joue un rôle de médiateur dans ces discussions, qui restent bloquées malgré les efforts diplomatiques

TEHERAN: L'Iran a présenté une nouvelle offre en vue de la reprise des négociations avec les Etats-Unis, actuellement au point mort, pour mettre fin durablement à la guerre, a annoncé l'agence officielle iranienne Irna.

"La République islamique a transmis jeudi soir le texte de sa dernière proposition au Pakistan, médiateur dans les discussions avec les Etats-Unis", selon l'agence, qui n'a pas donné plus de détails.


Téhéran active ses défenses aériennes, Trump prêt à ignorer le Congrès

Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Téhéran a activé sa défense antiaérienne malgré un cessez-le-feu fragile, tandis que Washington affirme que la limite légale des 60 jours pour autoriser la guerre ne s’applique plus, ce qui suscite des tensions politiques
  • Le conflit et le blocage du détroit d’Ormuz provoquent une flambée des prix du pétrole et une crise énergétique mondiale, avec des risques économiques majeurs

TEHERAN: Téhéran a activé jeudi soir ses systèmes de défense antiaérienne contre des drones et des petits avions, à l'approche des 60 jours du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, date limite après laquelle Donald Trump doit théoriquement demander l'autorisation du Congrès pour poursuivre la guerre.

Mais son gouvernement a laissé entendre qu'il ignorera cette obligation qui incombe au président américain en principe vendredi, et que les démocrates se retrouvent impuissants à faire respecter.

Les Etats-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l'Iran le 28 février, et instauré un cessez-le-feu depuis le 8 avril, en dépit duquel le bras de fer entre entre Téhéran et Washington se poursuit, propulsant les cours des hydrocarbures à des sommets inédits depuis quatre ans.

Selon la Constitution américaine, seul le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre. Une loi adoptée en 1973 permet cependant au président de déclencher une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d'urgence, à condition, s'il engage des troupes américaines plus de 60 jours, qu'il obtienne une autorisation du pouvoir législatif.

Vendredi représente donc la date limite, mais le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a argué jeudi qu'en raison du cessez-le-feu "l'horloge des 60 jours est suspendue".

"Les hostilités qui ont commencé le samedi 28 février sont terminées", a ajouté à l'AFP un haut responsable de l'administration américaine. "Il n'y a pas eu d'échanges de tirs entre les forces armées américaines et l'Iran depuis le mardi 7 avril".

Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, faisant s'envoler les prix du pétrole.

Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure "pendant des mois".

Face à la perspective d'un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Vendredi, il gagnait 0,59% à 111,05 dollars vers 05H00 GMT.

- "Défaite honteuse" -

Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à l'Iran.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a lui dénoncé le blocus américain comme un "prolongement des opérations militaires".

A Téhéran, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés jeudi soir, contre des drones et des aéronefs dont la provenance n'a pas été communiquée.

"Le bruit de la défense antiaérienne a cessé après environ 20 minutes d'activité et de riposte contre de petits aéronefs", ont indiqué les agences Tasnim et Fars précisant que Téhéran se trouvait de nouveau dans une "situation normale".

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie semble dans l'impasse.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions à la baisse de la croissance.

"Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire", a jugé le patron de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol.

- "Au bord du gouffre" -

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est aussi alarmé de l'"étranglement" de l'économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

"C'est à présent le temps du dialogue, de solutions qui nous éloignent du bord du gouffre et de mesures capables d'ouvrir une voie vers la paix", a-t-il plaidé dans un message sur X.

Sur le front libanais, de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays ont fait au moins dix-sept morts jeudi.

L'ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre ce dernier et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, considérant le Liban "à un tournant". "Son peuple a l'occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir", a-t-elle estimé sur X.

Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2.500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.