Tunisie: Des ONG dénoncent la révocation de juges par le président

Des policiers se tiennent à l'entrée du tribunal de l'Ariana à Tunis, le 6 juin 2022 (Photo, AFP).
Des policiers se tiennent à l'entrée du tribunal de l'Ariana à Tunis, le 6 juin 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 11 juin 2022

Tunisie: Des ONG dénoncent la révocation de juges par le président

  • Le 1er juin, M. Saied, a révoqué par décret 57 magistrats en invoquant divers motifs dont «la corruption», «l'adultère»
  • Les dix organisations ont appelé à annuler «immédiatement» le décret présidentiel

TUNIS: Dix ONG, dont Human Rights Watch et Amnesty International, ont dénoncé vendredi la révocation de 57 magistrats en Tunisie par le président Kais Saied, y voyant une "attaque directe contre l'Etat de droit".

Le 1er juin, M. Saied, qui s'est arrogé les pleins pouvoirs en juillet 2021, a révoqué par décret 57 magistrats en invoquant divers motifs dont "la corruption", "l'adultère" et des entraves présumées à des enquêtes sur des assassinats politiques en 2013.

"Avec ce décret, le président Saied a supprimé ce qui restait d'autonomie au système judiciaire en Tunisie", a déclaré Salsabil Chellali, directrice du bureau de Tunis de HRW dans un communiqué. "Les juges devraient être soumis à des règles disciplinaires équitables, impartiales et susceptibles d'appel, et non pas aux caprices de l'exécutif", a-t-elle ajouté.

Les dix organisations de défense des droits humains signataires du communiqué ont appelé à annuler "immédiatement" le décret présidentiel, soulignant que les juges révoqués ne disposaient d'aucun recours contre leur limogeage.

A l'appel de l'Association des magistrats, les juges tunisiens ont observé cette semaine une grève, qu'ils menacent de reconduire, pour protester contre la révocation de leurs confrères.

Outre HRW, le communiqué a été signé par Amnesty International, Access Now, Avocats Sans Frontières, la Commission internationale des juristes (CIJ), EuroMed Rights, la Fédération internationale pour les droits humains, International Alert, l'Organisation mondiale contre la torture et Reporters sans Frontières.

Le président Saied avait dissous en février le Conseil supérieur de la magistrature avant de renforcer début juin par décret sa tutelle sur le système judiciaire en rendant possible la révocation sans appel des magistrats.

"Depuis juillet dernier, le président Saied a démantelé presque tous les outils institutionnels de contrôle de son pouvoir", a déclaré Ramy Salhi, directeur d'EuroMed Rights, estimant que le "nouveau décret-loi (...) renforce son emprise autoritaire sur le pays".


Comment le freelancing transforme le monde du travail postpandémie au Moyen-Orient

Le travail à distance a démocratisé l'accès à des opportunités d’emploi à haut salaire dans le monde entier (Photo, Shutterstock).
Le travail à distance a démocratisé l'accès à des opportunités d’emploi à haut salaire dans le monde entier (Photo, Shutterstock).
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  • Une enquête a révélé que 78% des travailleurs de la région MENA ont l'intention d’avoir recours à plus de travail indépendant en 2022
  • L'enquête a également révélé que le marketing numérique et l'informatique sont les industries à la croissance la plus rapide dans les métiers d’indépendants ou de freelances

DUBAÏ : Depuis que la pandémie de COVID-19 a transformé, du jour au lendemain, le cadre normatif dans le monde du travail, la tendance à la flexibilité, à l’emploi indépendant et au télétravail s’est développée dans une multitude de secteurs.

Un certain nombre d’observateurs expliquent le délaissement du modèle traditionnel des huit heures dans l’entreprise par un désir répandu d'une plus grande autonomie, d'une mobilité géographique et, surtout, d'un meilleur équilibre entre le travail et la vie personnelle.

En effet, les deux années de distanciation sociale ont rendu les employés rétifs à l’idée de revenir aux anciennes méthodes de travail. Cette nouvelle donne contraint les employeurs à envisager de nouveaux modèles totalement innovants ou hybrides, n’exigeant du personnel qu’une présence partielle durant la semaine de travail dans les locaux de l’entreprise.

Dans le même temps, la pandémie a stimulé une croissance de l’embauche transfrontalière, donnant aux recruteurs accès à un vivier beaucoup plus large de talents qualifiés, tout en mettant à disposition pour l’employeur une offre plus importante d’indépendants et de travailleurs souvent qualifiés de nomades numériques.

Cette transition a été facilitée par l'adoption généralisée de plateformes de visioconférence qui ont permis la tenue des réunions durant la période de restriction sanitaire et d’interdiction des moyens de transports aériens durant la pandémie; ces solutions alternatives sont restées populaires depuis.

2,2 millions de Saoudiens travaillent aujourd’hui dans le secteur privé; un nouveau record dans l’histoire du Royaume (Photo, Shutterstock).

« Internet permet d’envisager un marché du travail où la géographie n'a plus d'importance », a déclaré à Arab News Tarek Salam, responsable de l'expansion Moyen-Orient et Afrique du Nord chez Deel, un fournisseur de paie et de conformité.

En effet, la flexibilité et la digitalisation du travail ont créé de nouvelles opportunités pour les entreprises partout dans le monde, permettant de mobiliser les talents internationaux. « Le travail à distance a créé une nouvelle vague de mondialisation », a déclaré Salam.

« Il s'agit de démocratiser l'accès à des opportunités très bien rémunérées à travers le monde, ce qui signifie que le l’employé à l’ère moderne peut travailler de n'importe où et avoir toujours accès à un travail rémunérateur dans un environnement stimulant intellectuellement. »

Bien qu'il soit difficile de mesurer avec précision la proportion de ces nouveaux travailleurs, des études suggèrent qu'il pourrait y avoir jusqu'à 1,56 milliard de freelanceurs dans le monde, ce qui représente un marché mondial de 1,5 milliards de dollars avec un taux de croissance annuel composé de 15%.

Au Moyen-Orient, la tendance est également à la hausse du fait des multinationales qui ont recours à des travailleurs qualifiés installés dans la région et les entreprises du Moyen-Orient qui embauchent également, à distance, des employés à l'étranger.

Najlaa Yousef Safdar, responsable du développement numérique chez Nafisa Shams, un département de l'organisation philanthropique Community Jameel Saudi (Photo fournie).

« Les talents du Moyen-Orient sont très sollicités par les entreprises basées aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada, et les recrutements à distance ont au moins doublé par rapport à la même période l'an dernier », a déclaré Salam.

Une étude réalisée en 2022 par le site de recrutement Bayt a interrogé 1764 personnes dans plus de 20 pays à travers le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord sur les évolutions du travail indépendant. Il apparait que 70% des employeurs de la région prévoient d'embaucher des indépendants et environ 78% des employés ont l'intention de faire de recourir au travail indépendant en 2022.

L'étude a également montré que les industries à plus forte croissance pour les indépendants sont le marketing numérique (37 %) et les technologies de l'information (20 %).

Pour aider les nouveaux convertis à ces nouveaux modèles à prendre des risques et réussir dans leur entreprise, les gouvernements régionaux et les entreprises privées ont pris des mesures pour faire du travail indépendant un choix de carrière durable pour les employés et une option attrayante pour les employeurs.

Najlaa Yousef Safdar, responsable du développement numérique chez Nafisa Shams, un département de l'organisation philanthropique Community Jameel Saudi, estime que le travail indépendant est une option financièrement viable pour ceux qui veulent explorer d'autres objectifs professionnels.

Des études menées dans l'industrie suggèrent qu'il pourrait y avoir jusqu'à 1,56 milliard de freelances dans le monde (Photo, Shutterstock).

« Cela signifie qu'ils peuvent explorer une nouvelle carrière, sans compromettre la stabilité financière » selon la même source interrogée par Arab News. « Cela signifie également que gagner un revenu supplémentaire en travaillant durant ses heures de loisir devient une option viable et envisageable »

Le gouvernement saoudien a lancé un programme en faveur du travail indépendant pour aider les travailleurs et les jeunes entrepreneurs à réaliser leurs ambitions. « À ce jour, les chiffres indiquent un grand succès », a déclaré Safdar.

Dans l’une de ses récentes sorties médiatiques, Ahmed Al-Rajhi, le ministre saoudien du travail et du développement social, a déclaré qu'un total de 1,85 million d’autorisations de travail indépendants ont été accordées, couvrant 225 professions, répartis dans 13 secteurs et 120 sous-activités.


En Irak, des Iraniens divisés sur l'abolition de la police des mœurs

Des Iraniennes marchent dans une rue du centre de Téhéran (Photo, AFP).
Des Iraniennes marchent dans une rue du centre de Téhéran (Photo, AFP).
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  • «Le slogan des manifestants, ce n'est pas la dissolution de la police des mœurs»
  • «La vraie demande, c'est l'élimination du régime»

ERBIL: "Duperie" ou abandon d'une règle religieuse? L'abolition de la police des mœurs par Téhéran a reçu dimanche un accueil mitigé chez des Kurdes d'Iran, réfugiés dans le nord de l'Irak, et chez des pèlerins iraniens, de passage dans le sud.

Alors que la République islamique est secouée depuis plus de deux mois par des manifestations qui ne faiblissent pas, le procureur général Mohammad Jafar Montazeri a annoncé samedi soir l'abolition de la police des mœurs, selon l'agence de presse Isna.

C'est cet organe qui avait arrêté le 13 septembre à Téhéran Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, en l'accusant de ne pas respecter le code vestimentaire de la République islamique, qui impose aux femmes le port du voile en public.

Sa mort en détention trois jours plus tard a déclenché les manifestations et sur les réseaux sociaux ont déferlé des vidéos montrant des femmes, fer de lance de la contestation, enlevant et brûlant leur foulard, en criant "Femme, vie, liberté".

L'annonce de Téhéran, interprétée comme un geste envers les manifestants, a suscité cependant la colère de Kurdes iraniens réfugiés au Kurdistan irakien (nord) depuis des décennies, certains en raison de leur opposition au régime iranien.

«Élimination du régime»

"Le slogan des manifestants, ce n'est pas la dissolution de la police des mœurs", assène Nachmil Abdi, vendeuse dans une boutique de chaussures pour femmes.

"La vraie demande, c'est l'élimination du régime", fustige la trentenaire arborant un chignon sage.

De son côté, la journaliste Soma Hakimzada, âgée de 32 ans, estime qu'avec cette mesure, "l'Iran a recours à la duperie".

"Je ne pense pas que les femmes apprécient cette annonce iranienne", accuse cette militante d'un parti de l'opposition kurde iranienne, née au Kurdistan irakien après que ses parents ont fui l'Iran.

Elle espère que cette annonce ne va pas "mettre un frein aux manifestations".

La répression des manifestations s'est traduite par l'arrestation de quelque 14.000 personnes, selon l'ONU. Les autorités iraniennes ont par ailleurs fait état de la mort de plus 300 personnes.

À Najaf, ville sainte chiite du sud de l'Irak, rares sont les pèlerins iraniens qui acceptent de parler politique.

"Si on veut avoir une police des mœurs, ça doit se faire par des paroles douces", plaide Wahid Sarabi, venu de la ville de Hamedan, dans l'ouest de l'Iran. Sinon, dit-il, "ils risquent de détester la religion".

"En Islam, il y a un principe qui s'appelle +ordonner le bien et empêcher le mal+", poursuit-il. "Cela doit se faire en guidant (les gens), pas par la coercition, ni en frappant ou en insultant", déplore l'homme à la barbe noire soigneusement taillée.

Younis Radoui, Iranien de 36 ans originaire de Machhad, laisse aux "spécialistes" le soin de parler de la police des mœurs.

Mais il estime toutefois que "la loi en République islamique impose le respect du hijab. Et donc tous les citoyens doivent respecter la loi et le hijab".


Blinken met en garde Netanyahou contre la création de nouvelles colonies en Cisjordanie

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le secrétaire d'État américain Antony Blinken (Photo, AFP).
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le secrétaire d'État américain Antony Blinken (Photo, AFP).
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  • Le bloc de droite et ses alliés ultra-orthodoxes et d'extrême droite est arrivé majoritaire aux législatives israéliennes
  • Plus de 475.000 Israéliens vivent actuellement dans des colonies en Cisjordanie, illégales au regard du droit international

WASHINGTON: Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a prévenu dimanche que les Etats-Unis s'opposeraient à l'établissement de nouvelles colonies par le prochain gouvernement israélien en Cisjordanie occupée, au moment où Benjamin Netanyahou s'apprête à retrouver le pouvoir grâce à une coalition avec l'extrême droite.

"Nous continuerons également à nous opposer sans équivoque à toute action qui mette la solution à deux États en danger, notamment l'extension des colonies, des mesures en vue de l'annexion de la Cisjordanie, le fait de perturber le statu quo historique des lieux saints, les démolitions et les expulsions, et l'incitation à la violence", a indiqué le secrétaire d'État lors d'une intervention auprès du groupe progressiste américain pro-Israël J Street.

Le bloc de droite et ses alliés ultra-orthodoxes et d'extrême droite est arrivé majoritaire aux législatives israéliennes du 1er novembre, avec 64 sièges sur 120, permettant à Benjamin Netanyahou d'entamer des négociations pour former un gouvernement.

Lors de son intervention dimanche, Antony Blinken a félicité M. Netanyahou, dont les relations avec les Etats-Unis ont parfois été orageuses.

"Nous jugerons le gouvernement (israélien) à l'aune de ses politiques et non à celle de ses personnalités individuelles", a toutefois noté le secrétaire d'État, ajoutant que l'administration Biden travaillerait "sans relâche" pour préserver un "horizon d'espoir" en vue de la création d'un État palestinien.

«Développer la colonisation»

Plus de 475.000 Israéliens vivent actuellement dans des colonies en Cisjordanie, illégales au regard du droit international, soit environ quatre fois plus qu'à la signature, dans les années 1990, des accords d'Oslo qui n'ont pas débouché à une paix durable entre Israéliens et Palestiniens.

Engagé dans les négociations gouvernementales, Benjamin Netanyahou a signé jeudi un accord de coalition avec une des trois formations d'extrême droite, qui a ainsi obtenu un posté clé dans l'essor de la colonisation en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967 par Israël.

En vertu de cet accord, le parti "Sionisme religieux" obtient notamment le portefeuille -- en rotation -- des Finances, celui de l'Immigration, ainsi que des "fonctions" dans la branche du ministère de la Défense chargée des colonies israéliennes en Cisjordanie.

Le chef de cette formation, Bezalel Smotrich, a dit son intention de "développer la colonisation", dans un communiqué conjoint avec M. Netanyahou.

En vertu des lois israéliennes, il a jusqu'au 11 décembre pour former un gouvernement, mais peut aussi demander une extension de 14 jours.