Au Liban, la classe moyenne disparaît à mesure que les professionnels qualifiés émigrent

Une famille fuyant la crise économique au Liban arrive à l’aéroport international de Larnaca à Chypre le 2 septembre 2021. (AFP)
Une famille fuyant la crise économique au Liban arrive à l’aéroport international de Larnaca à Chypre le 2 septembre 2021. (AFP)
À Beyrouth et ailleurs au Liban, les routes sont vides à la suite d’une grève générale des transports publics et des syndicats de travailleurs au début de cette année en raison de la crise économique. (AFP)
À Beyrouth et ailleurs au Liban, les routes sont vides à la suite d’une grève générale des transports publics et des syndicats de travailleurs au début de cette année en raison de la crise économique. (AFP)
Les difficultés croissantes auxquelles font face les familles au Liban en ont forcé beaucoup à rechercher une vie meilleure à l’étranger. (AFP)
Les difficultés croissantes auxquelles font face les familles au Liban en ont forcé beaucoup à rechercher une vie meilleure à l’étranger. (AFP)
Les difficultés croissantes auxquelles font face les familles au Liban en ont forcé beaucoup à rechercher une vie meilleure à l’étranger. (AFP)
Les difficultés croissantes auxquelles font face les familles au Liban en ont forcé beaucoup à rechercher une vie meilleure à l’étranger. (AFP)
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Les difficultés croissantes auxquelles font face les familles au Liban en ont forcé beaucoup à rechercher une vie meilleure à l’étranger. (AFP)
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Publié le Samedi 11 juin 2022

Au Liban, la classe moyenne disparaît à mesure que les professionnels qualifiés émigrent

  • Selon un rapport publié en février 2022 par Information International, le nombre d’émigrés est passé de 17 721 en 2020 à 79 134 en 2021, son taux le plus élevé en cinq ans
  • La Banque mondiale estime qu’une personne sur cinq a perdu son emploi depuis octobre 2019 et 61% des entreprises ont réduit leur personnel permanent de 43% en moyenne.

DUBAÏ: Quand le cardiologue libanais Walid Alami, 59 ans, était âgé de 19 ans, il a travaillé comme bénévole aux urgences, aidant des dizaines de personnes blessées pendant la guerre civile libanaise de 1975-1990.

Après l’explosion massive qui a ravagé le port de Beyrouth le 4 août 2020, il s’est de nouveau retrouvé au cœur d’une action visant à sauver des vies.

Cependant, comme pour des milliers d’autres professionnels libanais de la classe moyenne, les crises du pays, qui durent et se chevauchent, se sont finalement avérées trop dures à supporter, le forçant, sa famille et lui, à s’expatrier à la recherche de la sécurité économique.

Le Dr Alami a abandonné une carrière lucrative de cardiologue aux États-Unis pour retourner à Beyrouth en 2012 afin de se rapprocher de sa famille élargie et de permettre à ses enfants de découvrir leur pays d’origine.

Le Dr Walid Alami. (Photo fournie)
Le Dr Walid Alami. (Photo fournie)

«Je voulais que mes enfants grandissent au Liban et connaissent leur patrie», déclare-t-il à Arab News. «J’espérais pouvoir reproduire ma pratique américaine là-bas, améliorer le système, innover et prendre soin des patients comme je le faisais aux États-Unis.»

«Hélas, sur le plan professionnel, rien ne s’est passé comme prévu puisque notre système est corrompu, y compris le système de santé.»

Le Dr Alami ne se laisse pas décourager et persévère, espérant que le pays finira par se remettre sur les rails. Cependant, la mauvaise gouvernance, la décadence institutionnelle et l’effondrement économique du pays commencent très vite à peser sur le budget de sa famille.

«J’ai commencé à perdre de l’argent à cause du système bancaire, de la corruption et de la baisse des revenus», dit-il. «Sur les plans financier et professionnel, j’étais au plus bas.»

En 2021, le Dr Alami en a assez de la situation. De nouveau, il fait ses valises et retrouve sa famille aux États-Unis. Il a beaucoup moins d’argent dans les poches et des souvenirs plus douloureux qu’une décennie plus tôt.

La vie de ses deux enfants a également été affectée par l’effondrement économique du Liban. Il avait du mal à payer les frais universitaires de sa fille Noor, 21 ans, qui étudiait à la NYU. Par ailleurs, Jad, 18 ans, a été envoyé dans un pensionnat à la suite de l’explosion dévastatrice du port.

«Je rêvais que mes enfants soient diplômés de l’Université américaine de Beyrouth (AUB), mais cela ne s’est pas produit», déclare le Dr Alami.

«Au cours des dernières années, je n’ai pas été en mesure de générer suffisamment d’argent pour couvrir même une petite partie des frais de subsistance de ma fille. Je me suis retrouvé dans une situation où je ne pouvais plus me permettre de prendre en charge les frais de scolarité de mes enfants depuis Beyrouth, surtout avec la dévaluation de la monnaie et le fait que nos fonds aient été saisis.»

Un militant libanais exhibe de faux billets de banque appelés «lollars», devant un faux guichet automatique, pour dénoncer le haut niveau de corruption qui règne dans le pays. (AFP)
Un militant libanais exhibe de faux billets de banque appelés «lollars», devant un faux guichet automatique, pour dénoncer le haut niveau de corruption qui règne dans le pays. (AFP)

Le Dr Alami s’est retrouvé dans une position où il a dû emprunter de l’argent à sa famille pour financer les études de ses enfants.

«Je n’avais d’autre choix que de partir. En 2021, j’ai décidé de retourner aux États-Unis», indique-t-il. «J’ai l’impression que mes rêves ont été anéantis. En rentrant au Liban, j’espérais tant redonner à mon pays d’origine, sur les plans professionnel et social.»

Bien que le Dr Alami et sa famille aient pu retrouver leur vie aux États-Unis, les événements de la dernière décennie continuent d’avoir des répercussions sur leur vie.

«J’ai presque soixante ans et je recommence en quelque sorte ma carrière de cardiologue», renchérit-il. «Mais je dois le faire pour subvenir aux besoins de ma famille.»

L’histoire du Dr Alami est très commune au Liban. Ce pays d’environ 6,7 millions d’habitants connaît l’une des plus grandes vagues d’émigration de son histoire.

Depuis 2019, le pays fait face à la pire crise financière de son histoire, aggravée par la pression de la pandémie de Covid-19 et une paralysie politique prolongée.

L’explosion du port de Beyrouth du 4 août 2021, qui a fait 218 morts et 7 000 blessés a été,  pour de nombreux Libanais, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. (AFP)
L’explosion du port de Beyrouth du 4 août 2021, qui a fait 218 morts et 7 000 blessés a été,  pour de nombreux Libanais, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. (AFP)

L’explosion du port de Beyrouth du 4 août 2021, qui a fait 218 morts et 7 000 blessés, a été,  pour de nombreux Libanais, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les dégâts matériels s’élèvent à quinze milliards de dollars (1 dollar = 0,95 euro) et 300 000 personnes se sont retrouvées sans abri.

Près de deux ans plus tard, le pays est en proie à une crise alimentaire qui s’aggrave, au moment où la guerre en Ukraine fait monter en flèche les prix déjà élevés des aliments de base.

Selon la Banque mondiale, le produit intérieur brut nominal du Liban est passé de près de 52 milliards de dollars en 2019 à 21,8 milliards de dollars en 2021, soit une contraction de 58,1%. À moins que des réformes ne soient adoptées prochainement, le PIB réel devrait chuter de 6,5 % cette année.

En mai, la valeur sur le marché noir de la livre libanaise a atteint son niveau le plus bas –35 600 face au dollar américain. Selon l’ONU, 82% de la population vit sous le seuil de la pauvreté depuis fin 2019 en raison de la crise financière.

Les élections parlementaires de mai sont une lueur d’espoir pour un revirement de situation. Le parti des Forces libanaises est, pour la première fois, le plus grand parti chrétien représenté au Parlement, tandis que le bloc du Hezbollah a perdu sa majorité. Cependant, on ne sait toujours pas si les opposants au Hezbollah seront en mesure de former une coalition cohérente et stable capable de mettre en œuvre des réformes administratives et économiques.

Ces incertitudes simultanées ont poussé des milliers de jeunes Libanais à s’installer à l’étranger en quête de sécurité et de possibilités, y compris de nombreuses personnes parmi les meilleurs professionnels de la santé et de l’éducation du pays.

Selon un rapport publié en février 2022 par Information International, le nombre d’émigrés est passé de 17 721 en 2020 à 79 134 en 2021, son taux le plus élevé en cinq ans. Le centre de recherche basé à Beyrouth affirme que ce taux d’émigration est «le plus élevé enregistré au Liban en cinq ans».

Une forte augmentation de l’émigration a également été enregistrée entre mi-décembre 2018 et mi-décembre 2019, avec 66 800 Libanais émigrés, contre 33 841 durant la même période en 2018.

Historiquement, de nombreux Libanais ont choisi de s’installer en Europe occidentale, aux États-Unis, en Australie et dans les États arabes du Golfe. Plus récemment, ils se sont également rendus en Turquie, en Géorgie, en Arménie, en Serbie et même en Irak.

Selon les autorités irakiennes, plus de 20 000 personnes en provenance du Liban sont arrivées entre juin 2021 et février 2022, sans compter les pèlerins visitant les villes saintes chiites de Najaf et de Kerbala. 

En bref

Le produit intérieur brut nominal du Liban est passé de près de 52 milliards de dollars en 2019 à 21,8 milliards de dollars en 2021. (Banque mondiale)

En mai, la valeur sur le marché noir de la livre libanaise a atteint son niveau le plus bas –35 600 face au dollar américain.

«Le déplacement (de personnes) a récemment augmenté», précise Ali Habhab, ambassadeur du Liban en Irak, à l’Agence France-Presse. Il affirme que le secteur de la santé a particulièrement été touché par le flux de personnes, sachant que «des dizaines de médecins libanais offrent leurs services» aux hôpitaux irakiens.

Les Émirats arabes unis continuent d’être une destination privilégiée pour les Libanais ayant les moyens financiers de déménager. Marianna Wehbe, 42 ans, qui dirige une société de relations publiques de luxe, a emménagé à Dubaï en août 2021 pour être avec sa fille, Sophie, 17 ans, qui a quitté le Liban après l’explosion de Beyrouth.

«Même pendant la révolution (2019), l’explosion et la crise, nous avons tous trouvé des moyens de poursuivre nos activités et de travailler avec des clients à l’étranger», déclare-t-elle à ​​Arab News.

«La plupart de ceux qui sont partis l’ont fait pour être avec leurs familles et avoir un environnement sûr et stable pour leurs enfants. Ma fille avait besoin d’un endroit pour étudier en toute sécurité et préserver sa santé mentale. Beyrouth, avec ses coupures d’électricité et d’Internet, n’était plus le lieu adéquat pour cela.»

Des peintures murales représentant des jeunes Libanais qui migrent le long d’une rue du quartier de Hamra à Beyrouth. (AFP)
Des peintures murales représentant des jeunes Libanais qui migrent le long d’une rue du quartier de Hamra à Beyrouth. (AFP)

Elle dit qu’au sein de cette nouvelle génération d’émigrés, certains commenceront inévitablement à avoir le mal du pays après un certain temps et, dans un élan d’espoir, pourraient décider de rentrer.

«Le Liban a toujours été ainsi: on part puis l’on revient», soutient-elle. «On décide de baisser les bras puis l’on reprend espoir parce qu’on a tous envie de rentrer chez nous. Ainsi, de nombreuses familles reviennent dans l’espoir que les choses pourront s’améliorer.»

Cependant, l’Observatoire de crise de l'Université américaine de Beyrouth a déclaré en août 2021 que la perte actuelle de talents sera difficile à surmonter pour le Liban puisque ce sont les jeunes du pays qui s’en vont.

La célèbre Université américaine de Beyrouth a perdu son attrait en raison de la crise économique désastreuse du pays. (AFP)
La célèbre Université américaine de Beyrouth a perdu son attrait en raison de la crise économique désastreuse du pays. (AFP)

Selon les résultats d’un sondage d’opinion sur les jeunes Arabes, publié en 2020, environ 77% des personnes interrogées au Liban ont déclaré qu’elles envisageaient d’émigrer. Ce pourcentage est le plus élevé parmi tous les pays arabes cette année-là.

Il est facile de comprendre pourquoi tant de jeunes Libanais cherchent une stratégie de sortie. La Banque mondiale estime qu’une personne sur cinq a perdu son emploi depuis octobre 2019 et 61% des entreprises ont réduit leur personnel permanent de 43% en moyenne.

 «L’exode de la classe moyenne au Liban anéantit le pays», déclare le Dr Alami à Arab News depuis son exil volontaire aux États-Unis.

Les difficultés croissantes auxquelles font face les familles au Liban en ont forcé beaucoup à rechercher une vie meilleure à l’étranger. (AFP)
Les difficultés croissantes auxquelles font face les familles au Liban en ont forcé beaucoup à rechercher une vie meilleure à l’étranger. (AFP)

«C’est la classe moyenne qui permet de construire une nation. Avec tous les ingénieurs, banquiers, avocats et professionnels de la classe moyenne quittant le Liban, je pense que nous verrons toute la fondation s’effondrer. Ce sera très difficile de reconstruire compte tenu de la situation actuelle.»

L’Organisation mondiale de la santé a estimé en septembre 2021 que plus de 40% des médecins et du corps infirmier libanais ont quitté le pays depuis octobre 2019.

«Plus de 35% des professionnels de la santé sont partis pour le Golfe, l’Europe ou les Amériques pour poursuivre leur carrière», souligne le Dr Alami.

«Je ne me vois pas y retourner dans les dix prochaines années, d’un point de vue professionnel, puisque les choses ne changeront pas d’un coup de baguette magique au Liban dans la prochaine décennie. J’ai besoin d’assurer un meilleur avenir pour mes enfants.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".


L'Iran écarte tout compromis après le rejet de sa proposition par Trump

L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle". (AFP)
L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle". (AFP)
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  • "Il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les droits du peuple iranien, tels qu'établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu'à une succession d'échecs"
  • Le contenu de la proposition américaine initiale n'a pas été rendu public

TEHERAN: L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle".

"Il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les droits du peuple iranien, tels qu'établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu'à une succession d'échecs", a écrit sur X le négociateur en chef de la République islamique, Mohammad Bagher Ghalibaf, plus d'un mois après l'instauration d'une trêve précaire.

Celui qui est aussi président du Parlement a interpellé les négociateurs américains, estimant que "plus ils traîneront les pieds, plus les contribuables américains en paieront le prix", au moment où les cours du pétrole évoluent à des niveaux toujours élevés.

Ces déclarations sonnent comme une réponse à Donald Trump qui avait dénigré la veille les propositions iraniennes et assimilé le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril à un malade "sous assistance respiratoire", avec "1% de chances" de survie.

"Donner une leçon" 

Le contenu de la proposition américaine initiale n'a pas été rendu public.

Selon certains médias, elle contient un protocole d'accord pour mettre fin aux combats, qui ont fait des milliers de morts depuis le début de la guerre le 28 février, et établir un cadre de négociations sur le dossier du nucléaire iranien.

Dans sa réponse, l'Iran appelle à une fin immédiate des hostilités dans la région, y compris au Liban où les tirs d'Israël et du Hezbollah pro-iranien ne cessent pas en dépit d'un autre cessez-le-feu. Mardi, deux secouristes sont morts dans une frappe israélienne dans le sud, selon la Défense civile libanaise.

Téhéran demande également l'arrêt du blocus de ses ports par la marine américaine et le dégel des avoirs iraniens détenus à l'étranger, selon le ministère des Affaires étrangères.

"Si l'ennemi ne se plie pas aux exigences légitimes et définitives de la nation iranienne sur le terrain diplomatique, il doit s'attendre à voir ses défaites se répéter sur le champ de bataille", a prévenu le porte-parole du ministère iranien de la Défense, Reza Talaei-Nik, cité par l'agence Irna.

Pression américaine sur Pékin 

Côté américain, Donald Trump a brandi la menace d'une relance de son opération de protection des navires pour franchir le détroit d'Ormuz, verrouillé par l'Iran.

Une situation qui désespère Maryam, une peintre téhéranaise de 43 ans: elle raconte à une journaliste de l'AFP basée à Paris "vivre au jour le jour" car "le futur est très incertain".

Les regards sont désormais tournés vers la visite à Pékin prévue à partir de mercredi du président Trump, qui doit rencontrer son homologue Xi Jinping.

Selon l'administration américaine, il entend faire pression pour que la Chine, principal importateur du pétrole iranien, use de son influence sur l'Iran.

Donald Trump a dit s'attendre à une "longue conversation" avec Xi sur la guerre.

La quasi paralysie du détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, fait à nouveau grimper les cours de l'or noir mardi, à plus de 107 dollars le baril (+3,25%) pour le Brent de la mer du Nord, référence internationale, vers 14H00 GMT.

"L'Iran ne devrait pas utiliser le détroit comme une arme pour faire pression", a dénoncé cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani, Premier ministre du Qatar, en première ligne face à ce blocage.

29 milliards de dollars 

"Le levier d'Ormuz est essentiel", analyse Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa, pour qui Téhéran estime que Donald Trump perdra patience face à la hausse des prix à la pompe, avant les élections de mi-mandat en novembre. D'autant que le Pentagone vient de réévaluer à la hausse le coût de cette guerre à près de 29 milliards de dollars.

L'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a par ailleurs révélé, au détour d'une conférence, qu'Israël avait envoyé aux Emirats arabes unis des systèmes de défense antiaérienne pendant cette guerre où les pays du Golfe ont été ciblés par l'Iran quasi-quotidiennement.

Au Liban, un nouveau bilan du ministère de la Santé libanais fait état de 380 morts dans des frappes israéliennes depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 17 avril.

De nouvelles discussions censées ouvrir la voie à des négociations de paix doivent se tenir jeudi et vendredi à Washington entre les deux pays.

Mais le chef du Hezbollah Naïm Qassem a affirmé mardi que la question du désarmement de sa formation, exigé par Israël, ne faisait pas partie des "négociations avec l'ennemi" auxquelles le mouvement chiite est opposé.