Au procès d'un ex-préfet rwandais pour génocide : son rôle dans le massacre d'une école en question

L'ancien chauffeur d'hôtel Claude Muhayimana au palais de justice de Paris le 22 novembre 2021 (Photo, AFP).
L'ancien chauffeur d'hôtel Claude Muhayimana au palais de justice de Paris le 22 novembre 2021 (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 16 juin 2022

Au procès d'un ex-préfet rwandais pour génocide : son rôle dans le massacre d'une école en question

  • A son procès pour génocide, devant la cour d'assises de Paris, l'accusé et les témoins ont livré des versions contradictoires
  • Fin 1993, les quelque 400 élèves hutus de cette école de 500 places s'étaient mis en grève pour obtenir la tête du directeur, un Tutsi

PARIS: L'ex-préfet rwandais Laurent Bucyibaruta s'est-il soucié du sort de la centaine d'élèves tutsis retranchés dans un collège du sud du Rwanda en mai 1994, envoyant des renforts de gendarmerie? Ou les a-t-il abandonnés à leur sort, les sachant condamnés?

A son procès pour génocide, devant la cour d'assises de Paris, l'accusé et les témoins ont livré des versions contradictoires à propos de son comportement avant le massacre.

Préfet de la province de Gikongoro, dans le sud du Rwanda, entre 1992 et juillet 1994, Laurent Bucyibaruta, qui réside aujourd'hui en France, est jugé depuis le 9 mai pour génocide, complicité de génocide et complicité de crimes contre l'humanité, des accusations qu'il conteste.

Plusieurs jours après les massacres qui ont fait des dizaines de milliers de victimes dans sa préfecture entre le 11 et le 21 avril 1994, environ 90 élèves tutsis ont été tués le 7 mai à l'école Marie-Merci de Kibeho, non loin de la frontière avec le Burundi.

Par des miliciens hutus, mais aussi, selon les témoignages des rescapés, par les gendarmes qui devaient assurer la protection ainsi que par certains de leurs camarades et de leurs professeurs.

Dans cet établissement d'enseignement secondaire géré par l'Eglise catholique, l'atmosphère était lourde depuis plusieurs mois, ont raconté d'anciens élèves à la barre.

Fin 1993, les quelque 400 élèves hutus de cette école de 500 places s'étaient mis en grève pour obtenir la tête du directeur, un Tutsi. Il sera effectivement remplacé par un Hutu, et tué lors du génocide.

Le 14 avril 1994, environ 25.000 Tutsis qui avaient trouvé refuge dans l'enceinte de la paroisse de Kibeho avaient été massacrés. Là aussi, les gendarmes s'étaient mêlés aux assaillants.

Depuis l'école toute proche, "j'ai vu des choses que normalement les yeux d'un humain ne devraient pas voir", a témoigné mercredi Emmanuel, élève d'avant-dernière année, âgé de 20 ans à l'époque.

Pas de solution

Le climat s'est ensuite encore dégradé à Marie-Merci, les élèves hutus accusant leurs camarades d'empoisonner leur nourriture.

"Ils venaient nous menacer: +toi, il ne te reste pas beaucoup de jours à vivre+", a raconté Théophile, 19 ans alors.

Le 30 avril, encerclés par la population et les milices alors qu'ils assistaient à une messe, les élèves tutsis échappent de peu au guet-apens.

Un groupe de dix élèves décide de s'enfuir, parvenant à rejoindre le Burundi après trois jours de marche.

Les Tutsis restants sont forcés à quitter l'école pour un établissement voisin, l'école des Lettres.

Le 4 mai, tout le monde s'accorde pour dire qu'une délégation dirigée par le préfet et l'évêque de Gikongoro rend visite aux élèves. Mais les récits divergent sur ce qui s'est dit.

"Nous lui avons exposé nos problèmes (...) Il nous a dit qu'il n'avait pas de solution puisqu'il avait été démontré que nous collaborions avec les Inkotanyi (les troupes du FPR, majoritairement Tutsi, NDLR)", a assuré lundi Azena, 18 ans à l'époque.

"Nous lui avons dit que nous n'avions plus de famille où aller, que nos parents étaient morts. Il a dit que ce problème ne le concernait pas, que tout ce qu'il allait faire c'est envoyer des bus qui allaient nous conduire chez nous", a ajouté la rescapée, qui vit aujourd'hui aux Pays-Bas.

"Ce sont des propos qu'elle invente. Je n'ai accusé aucun élève de collaborer avec le FPR", a répliqué Laurent Bucyibaruta.

Entendu au cours de l'enquête, il a affirmé que le but de la visite était d'apaiser les esprits et non d'inciter à la haine et qu'à l'issue de cette rencontre, il avait été décidé de renforcer la garde.

D'autres anciens élèves confirment que des gendarmes ont été envoyés pour "protéger" l'école, mais "en réalité c'était pour nous garder, pour que personne ne s'enfuit", a estimé Théophile.

La directrice de l'école des Lettres, une religieuse vivant aujourd'hui en France, a expliqué que les soeurs de l'établissement l'avaient avertie de l'imminence d'une attaque.

"Comment vous le savez ?", avait-elle demandé. "On sait comment ça fonctionne", lui avaient répondu les religieuses, qui avaient assisté à l'attaque du 14 avril.

"La présence de ces militaires n’empêchait pas vos consœurs de se dire que ces enfants allaient être tués. Pensez vous que les autorités aient pu l'ignorer?", l'a interrogée un avocat de parties civiles.

"Ca ne me paraît pas invraisemblable" qu'elles l'aient su, a lâché l'ex-directrice.


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
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  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.


Iran: le détroit d'Ormuz restera fermé tant que Washington n'aura pas satisfait les exigences de Téhéran

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
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  • Téhéran maintient la fermeture du détroit jusqu’au respect des engagements américains
  • Les négociations avancent, mais la méfiance et les tensions restent fortes

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique au coeur du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, restera fermé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord de juin, a annoncé mardi le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le détroit d'Ormuz "ne sera pas ouvert tant que les engagements américains stipulés dans le protocole d'accord (...) ne seront pas mis en oeuvre", a déclaré M. Ghalibaf, également chef du Parlement, dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Il a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" contre Téhéran, ainsi que "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit, voie de transit majeur des hydrocarbures, faisant s'envoler les cours du pétrole.

Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un protocole d'accord en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats après avoir brièvement permis une réouverture du détroit.

Si les hostilités ont récemment baissé en intensité, les efforts diplomatiques menés par les médiateurs marquent le pas.

L'émissaire américain et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a toutefois qualifié lundi de "très positives et animées" les tractations dans le but de conclure un accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

S'il a admis sur Fox News qu'il n'y avait pas "beaucoup de confiance" entre les deux parties, il a précisé qu'elles "s'impliquaient très sérieusement".

"Le président Trump va se montrer très patient, il n'aime pas se précipiter pour conclure un accord. Il conclura le bon accord quand celui-ci sera prêt", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, l'Iran et Oman mènent depuis plusieurs semaines des discussions pour trouver un accord sur le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, situé entre leurs côtes, dont Téhéran revendique le contrôle.

"Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule", a déclaré lundi l'imprévisible  président américain, interrogé sur ces discussions par le journaliste de Fox News Trey Yingst.


Désarmement du Hamas à Gaza: Kushner dit espérer des "progrès" d'ici 30 jours

La feuille de route approuvée par le Hamas le 30 juillet prévoyait que la mise hors service des armes serait supervisée par la Force internationale de stabilisation, une unité en cours de création qui doit se déployer à Gaza si la situation s’apaise. (AFP)
La feuille de route approuvée par le Hamas le 30 juillet prévoyait que la mise hors service des armes serait supervisée par la Force internationale de stabilisation, une unité en cours de création qui doit se déployer à Gaza si la situation s’apaise. (AFP)
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  • Kushner vise un début de désarmement du Hamas sous 30 jours, sous supervision américaine
  • Israël conditionne toute reconstruction de Gaza au désarmement total du Hamas

WASHINGTON: L'émissaire américain Jared Kushner a dit lundi espérer un début de désarmement du Hamas d'ici "30 jours", qui se ferait sous supervision d'un général américain, après avoir rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Nous pourrions constater des progrès d'ici à peine 30 jours, avec, espérons-le, le début du retrait d'une partie des armes, et, espérons-le également, le comblement de certains tunnels au cours des 60 à 90 prochains jours", a-t-il déclaré depuis Tel Aviv à la chaîne américaine Fox News.

"Des progrès pourraient donc intervenir assez rapidement, mais cela nécessite la coopération des deux parties, et nous espérons bien sûr surmonter cette épreuve", a ajouté le gendre de Donald Trump.

Selon un responsable israélien, Israël et les États-Unis sont convenus lundi de charger un général américain de superviser le désarmement du Hamas.

Un tel accord vise à satisfaire Israël, après que M. Netanyahu, confronté à une difficile campagne de réélection, a rejeté publiquement le dernier volet d'un plan américain de sortie de guerre dans la bande de Gaza.

"On a eu une très, très bonne réunion aujourd'hui. On a passé près de quatre heures avec lui et son équipe à passer en revue tous les détails (...) et à dissiper certains malentendus", a affirmé M. Kushner, qui avait rencontré la veille des responsables du Hamas.

Le mouvement islamiste palestinien avait donné son accord fin juillet à ce plan américain prévoyant son désarmement et le retrait israélien du territoire palestinien, occupé à plus de 60% par Israël.

Dimanche, M. Kushner avait rencontré des membres de la direction du Hamas, insistant, selon des sources proches des négociations, sur le désarmement du mouvement et appelant à des mesures "vérifiables".

"Ils ont dit tout ce qu'il fallait mais, à l'évidence, il est très très difficile de leur faire confiance", a dit l'émissaire américain à Fox News au sujet de sa rencontre avec le Hamas.

- "Hors service" -

MM. Netanyahu et Kushner "sont convenus qu'aucun redéploiement ni aucune reconstruction n'auraient lieu dans la bande de Gaza avant que le Hamas ne soit désarmé dans l'ensemble" du territoire, a affirmé à l'AFP un haut responsable israélien.

"Il a également été convenu que la première étape vers la démilitarisation de Gaza consisterait à demander au Hamas de remettre ses armes afin qu'elles soient mises hors service sous la supervision d'un général américain", a ajouté ce responsable.

M. Kushner était accompagné de membres du "Conseil de paix" de Donald Trump, notamment l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair.

Selon un responsable de cet organe, qui n'a pas confirmé l'implication d'un général américain, "chaque arme collectée sera entièrement mise hors service".

- Pressions -

L'administration Trump a déjà nommé le général américain Jasper Jeffers à la tête de la Force internationale de stabilisation (ISF) appelée à se déployer à Gaza aux termes du plan du président américain, avalisé par l'ONU, qui a conduit à un cessez-le-feu, précaire, en octobre 2025.

Telle que rendue publique par le "Conseil de Paix" en juillet, la feuille de route prévoit que le désarmement du Hamas aille de pair avec le retrait israélien et soit supervisé par le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), un organe de technocrates palestiniens censé gérer provisoirement le territoire.

En rejetant ce texte, M. Netanyahu avait exigé un désarmement "véritable" du Hamas, dont l'attaque sans précédent du 7 octobre 2023 en Israël a déclenché la guerre à Gaza.

Au pouvoir dans ce territoire depuis 2007, le mouvement a annoncé en juillet dissoudre son administration civile et vouloir transférer ses responsabilités au NCAG.

M. Kushner avait insisté dimanche sur l'absence de tout rôle futur du Hamas dans la gouvernance de Gaza, selon les mêmes sources proches des négociations.

Le mouvement palestinien avait de son côté appelé à exercer des pressions sur M. Netanyahu pour débloquer la mise en oeuvre de la feuille de route, avait indiqué un responsable du Hamas à l'AFP.

Pendant des années, les Etats-Unis ont refusé tout contact avec le Hamas, qu'ils classent comme terroriste.

Le Hamas et Israël s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu dans le territoire dévasté et en demande d'aide humanitaire.

Au moins 1.265 Palestiniens y ont été tués depuis le début de la trêve, selon le ministère de la Santé du territoire, dont l'ONU juge les chiffres fiables.

Dans le même temps, Israël y a recensé cinq soldats et un contractuel du ministère de la Défense tués.