Inculper ou ne pas inculper: le dilemme Trump

Se pose désormais une question capitale: des procureurs fédéraux doivent-ils inculper Donald Trump? (AFP)
Se pose désormais une question capitale: des procureurs fédéraux doivent-ils inculper Donald Trump? (AFP)
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Publié le Lundi 27 juin 2022

Inculper ou ne pas inculper: le dilemme Trump

  • Le dossier qui enquêtent sur l'assaut sur le Capitole le 6 janvier 2021 vise à démontrer que l'événement entrait dans le cadre d'une tentative plus large de "coup d'Etat" menée par Trump
  • Se pose désormais une question capitale: des procureurs fédéraux doivent-ils inculper Donald Trump?

WASHINGTON : Le portrait glaçant d'un président qui savait qu'il avait perdu l'élection, mais qui tentait tout de même de s'accrocher au pouvoir, a été dressé dans une avalanche de témoignages apportés ces derniers jours au Congrès américain par des figures de l'establishment républicain.

Des membres du personnel de la Maison Blanche ou de la campagne de Donald Trump, des avocats, et même des membres de sa famille ont esquissé les contours de possibles poursuites, mettant sur le devant de la scène plusieurs fautes potentielles commises par le milliardaire lors de sa présidence, qui ont connu leur apogée avec l'assaut sur le Capitole le 6 janvier 2021.

Le dossier assemblé par les élus de la commission qui enquêtent sur cet assaut vise à démontrer que l'événement entrait dans le cadre d'une tentative plus large de "coup d'Etat" menée par le président vaincu et son avocat John Eastman.

Cinq points à retenir après les auditions sur l'assaut du Capitole

Les auditions parlementaires sur l'assaut du Capitole américain le 6 janvier 2021 ont exposé en direct à la télévision les éléments les plus frappants de l'enquête menée par des élus des deux bords. En voici les principaux points.

Le récit

Malgré la montagne de documents à résumer et les détails venant de plus de 1.000 témoins interrogés, la commission a déroulé un récit clair, dépeignant un Donald Trump incapable d'accepter sa défaite et ne craignant pas de recourir à des mesures extrêmes pour tenter de s'accrocher au pouvoir.

Le long des cinq auditions, les élus ont braqué les projecteurs sur ce qu'ils ont décrit comme un complot en sept étapes mené par l'ex-président républicain.

Il s'agit de la campagne de désinformation faisant état de fraudes électorales, de ses tentatives de corrompre le ministère de la Justice et de ses intenses pressions sur son vice-président Mike Pence.

Les élus mentionnent également son harcèlement de responsables au niveau des Etats, les efforts de son équipe juridique pour créer de fausses listes d'électeurs, ses déclarations à la foule le 6 janvier et son refus d'appeler les insurgés à se retirer du Capitole pendant des heures.

La chute

Dans le cercle de l'ancien président, plusieurs personnalités ont été accablées.

Son avocat Rudy Giuliani, autrefois maire respecté de New York, avait déjà été ridiculisé pour ses tentatives de promouvoir les théories de son client sur des fraudes électorales présumées et après des apparitions médiatiques... fantasques.

Des témoins ont dit que M. Trump avait été persuadé par M. Giuliani de déclarer sa victoire le soir de la présidentielle, et ce alors que l'ancien maire avait passé la soirée à s'enivrer.

"Le maire était clairement ivre, mais je ne suis pas au courant de son niveau d'ivresse au moment où il a parlé avec le président", a déclaré un responsable de l'équipe de campagne de M. Trump, Jason Miller.

D'autres ont également vu leur nom associé à l'opprobre, comme Jeffrey Clark, un fonctionnaire de rang intermédiaire ayant adopté les théories poussées par le président sur une élection truquée et devenu suspect pour le FBI.

Il en va de même pour John Eastman, avocat proche de Donald Trump auteur d'un plan pour bloquer l'accession de Joe Biden à la Maison Blanche, et de six proches de Trump au Congrès qui ont demandé à être mis sur la liste des pardons de la Maison Blanche.

Improbable coqueluche de la gauche

Liz Cheney, élue républicaine du Wyoming et fille de l'ancien vice-président Dick Cheney, fait maintenant figure de paria dans son Etat et dans son camp à Washington après avoir commis l'impardonnable: avoir rejoint la tête de la commission enquêtant sur Donald Trump.

Elle est même devenue une improbable coqueluche pour certains démocrates.

Ses idées conservatrices n'ont pas changé, mais elle courtise les démocrates du Wyoming pour qu'ils changent temporairement de camp et votent pour elle lors de la primaire républicaine en août.

«Héros» d'un jour

A l'exception d'une poignée de personnes, les témoins qui ont chargé l'ex-président avec leur témoignage étaient tous républicains.

La plupart ont été sollicités pour des postes dans l'administration et l'équipe de campagne par M. Trump lui-même, et certains font toujours partie de ses partisans, faisant mentir les accusations selon lesquelles l'enquête est une chasse aux sorcières démocrate.

De hauts fonctionnaires du ministère de la Justice, des gouvernements des Etats, de la Maison Blanche, de l'équipe de campagne de M. Trump et du bureau du vice-président ont été décrits comme des "héros" pour s'être exprimés.

Des éditorialistes n'ont toutefois pas manqué de souligner qu'aucun ne s'était montré disposé à s'exprimer et à peser lors de la deuxième procédure en destitution contre Donald Trump.

Et maintenant?

L'audience de jeudi dernier sur la campagne de Donald Trump pour associer l'ensemble du ministère de la Justice à son projet de rester au pouvoir sera la dernière jusqu'à la deuxième semaine de juillet au plus tôt.

Les enquêteurs disent disposer d'une mine de nouvelles preuves à passer au crible, arrivées alors que les audiences étaient en cours. Dont des heures de séquences de Trump et de sa famille filmées pour un documentaire.

Les audiences de juillet devraient se concentrer sur les groupes d'extrême droite initiateurs des violences au Capitole et les actions de Donald Trump à la Maison Blanche le 6 janvier 2021.

La commission n'a pas exclu d'autres audiences plus tard dans l'été.

Se pose désormais une question capitale: des procureurs fédéraux doivent-ils inculper Donald Trump?

"Les probabilités vont dans le sens d'une inculpation de M. Trump par le ministère de la Justice", affirme à l'AFP l'ancien procureur fédéral de New York Kevin O'Brien.

"Le dossier légal est solide et paraîtrait probant pour un jury, à condition que les procureurs puissent établir un lien entre les plans de Trump et de John Eastman pour annuler le décompte des votes des grands électeurs d'une part, et l'insurrection au Capitole d'autre part", analyse-t-il.

La commission parlementaire a toujours affirmé qu'elle laisserait la question d'une inculpation aux autorités compétentes.

Mais elle a fortement sous-entendu qu'elle accuserait Donald Trump d'au moins deux délits: obstruction du décompte des votes des grands électeurs, et participation à une entreprise criminelle à l'encontre des Etats-Unis.

Les faits établis ne sont pas vraiment à l'avantage de l'ancienne star de téléréalité.

«Un danger clair»

Avant les violences à Washington, Donald Trump a fait croire à ses partisans que l'élection lui avait été volée.

Il les a encouragés à se rendre dans la capitale fédérale le 6 janvier. Il a ce jour-là harangué les milliers de personnes présentes et leur a demandé de se rendre au Capitole, quelques centaines de mètres plus loin, au moment où les élus certifiaient les résultats de l'élection.

L'enquête parlementaire a également mis en avant les procédés d'intimidation sur des assesseurs, mais aussi sur des responsables du vote et sur de hauts responsables au sein du ministère de la Justice.

Selon ses soutiens, Donald Trump était intimement convaincu de l'existence de fraude électorale et tentait, de bonne foi, de protéger les électeurs.

Mais les auditions ont montré que le magnat de 76 ans savait pertinemment qu'il avait perdu, vu le nombre impressionnant de fois où ses conseillers les plus proches le lui ont dit.

L'un des témoignages les plus forts a été celui du juge à la retraite J. Michael Luttig, considéré comme une star dans les milieux conservateurs. Il a dit que Donald Trump présentait "un danger clair et actuel" pour la démocratie américaine.

Malgré un consensus assez large en dehors des partisans du milliardaire sur le fait qu'il pourrait raisonnablement être inculpé, la question désormais pour le ministre de la Justice Merrick Garland est de savoir s'il doit l'être.

«Au-dessus des lois»

"Des poursuites mal menées pourraient renforcer Trump, et même l'aider à être réélu", a affirmé Edward Luce, éditorialiste du Financial Times basé à Washington. "Quand on s'attaque à un roi, même un ancien roi, il faut l'abattre".

Merrick Garland peut s'attendre à un fort soutien du public s'il décidait d'inculper Donald Trump: près de 60% des Américains pensent que l'ex-président devrait faire face à des poursuites, selon un nouveau sondage d'ABC News-Ipsos.

Mais pour Neama Rahmani, un ancien procureur fédéral de San Diego (Californie), le ministre de la Justice n'a pas "le cran" d'entamer ce combat.

"Inculper un ancien président serait sans précédent, et il faut un procureur offensif qui serait prêt à s'attaquer à un dossier difficile et politiquement chargé", a-t-il déclaré à l'AFP. "Je ne pense pas que Merrick Garland soit ce procureur".

Selon Nicholas Creel, un professeur de droit au Georgia College and State University, ne pas inquiéter Donald Trump serait un affront à l'un des principes fondamentaux de la justice américaine: "aucun homme n'est au-dessus des lois".

"Une inculpation enfreindrait les normes établies qui veulent que l'on ne poursuive pas d'anciens présidents, et elle déclencherait presque à coup sûr un soulèvement massif de ses partisans", a-t-il indiqué à l'AFP. "Mais l'alternative est de lui permettre d'avoir tenté un coup d'Etat, sans aucune conséquence".


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
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  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.

 

 


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.