Inculper ou ne pas inculper: le dilemme Trump

Se pose désormais une question capitale: des procureurs fédéraux doivent-ils inculper Donald Trump? (AFP)
Se pose désormais une question capitale: des procureurs fédéraux doivent-ils inculper Donald Trump? (AFP)
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Publié le Lundi 27 juin 2022

Inculper ou ne pas inculper: le dilemme Trump

  • Le dossier qui enquêtent sur l'assaut sur le Capitole le 6 janvier 2021 vise à démontrer que l'événement entrait dans le cadre d'une tentative plus large de "coup d'Etat" menée par Trump
  • Se pose désormais une question capitale: des procureurs fédéraux doivent-ils inculper Donald Trump?

WASHINGTON : Le portrait glaçant d'un président qui savait qu'il avait perdu l'élection, mais qui tentait tout de même de s'accrocher au pouvoir, a été dressé dans une avalanche de témoignages apportés ces derniers jours au Congrès américain par des figures de l'establishment républicain.

Des membres du personnel de la Maison Blanche ou de la campagne de Donald Trump, des avocats, et même des membres de sa famille ont esquissé les contours de possibles poursuites, mettant sur le devant de la scène plusieurs fautes potentielles commises par le milliardaire lors de sa présidence, qui ont connu leur apogée avec l'assaut sur le Capitole le 6 janvier 2021.

Le dossier assemblé par les élus de la commission qui enquêtent sur cet assaut vise à démontrer que l'événement entrait dans le cadre d'une tentative plus large de "coup d'Etat" menée par le président vaincu et son avocat John Eastman.

Cinq points à retenir après les auditions sur l'assaut du Capitole

Les auditions parlementaires sur l'assaut du Capitole américain le 6 janvier 2021 ont exposé en direct à la télévision les éléments les plus frappants de l'enquête menée par des élus des deux bords. En voici les principaux points.

Le récit

Malgré la montagne de documents à résumer et les détails venant de plus de 1.000 témoins interrogés, la commission a déroulé un récit clair, dépeignant un Donald Trump incapable d'accepter sa défaite et ne craignant pas de recourir à des mesures extrêmes pour tenter de s'accrocher au pouvoir.

Le long des cinq auditions, les élus ont braqué les projecteurs sur ce qu'ils ont décrit comme un complot en sept étapes mené par l'ex-président républicain.

Il s'agit de la campagne de désinformation faisant état de fraudes électorales, de ses tentatives de corrompre le ministère de la Justice et de ses intenses pressions sur son vice-président Mike Pence.

Les élus mentionnent également son harcèlement de responsables au niveau des Etats, les efforts de son équipe juridique pour créer de fausses listes d'électeurs, ses déclarations à la foule le 6 janvier et son refus d'appeler les insurgés à se retirer du Capitole pendant des heures.

La chute

Dans le cercle de l'ancien président, plusieurs personnalités ont été accablées.

Son avocat Rudy Giuliani, autrefois maire respecté de New York, avait déjà été ridiculisé pour ses tentatives de promouvoir les théories de son client sur des fraudes électorales présumées et après des apparitions médiatiques... fantasques.

Des témoins ont dit que M. Trump avait été persuadé par M. Giuliani de déclarer sa victoire le soir de la présidentielle, et ce alors que l'ancien maire avait passé la soirée à s'enivrer.

"Le maire était clairement ivre, mais je ne suis pas au courant de son niveau d'ivresse au moment où il a parlé avec le président", a déclaré un responsable de l'équipe de campagne de M. Trump, Jason Miller.

D'autres ont également vu leur nom associé à l'opprobre, comme Jeffrey Clark, un fonctionnaire de rang intermédiaire ayant adopté les théories poussées par le président sur une élection truquée et devenu suspect pour le FBI.

Il en va de même pour John Eastman, avocat proche de Donald Trump auteur d'un plan pour bloquer l'accession de Joe Biden à la Maison Blanche, et de six proches de Trump au Congrès qui ont demandé à être mis sur la liste des pardons de la Maison Blanche.

Improbable coqueluche de la gauche

Liz Cheney, élue républicaine du Wyoming et fille de l'ancien vice-président Dick Cheney, fait maintenant figure de paria dans son Etat et dans son camp à Washington après avoir commis l'impardonnable: avoir rejoint la tête de la commission enquêtant sur Donald Trump.

Elle est même devenue une improbable coqueluche pour certains démocrates.

Ses idées conservatrices n'ont pas changé, mais elle courtise les démocrates du Wyoming pour qu'ils changent temporairement de camp et votent pour elle lors de la primaire républicaine en août.

«Héros» d'un jour

A l'exception d'une poignée de personnes, les témoins qui ont chargé l'ex-président avec leur témoignage étaient tous républicains.

La plupart ont été sollicités pour des postes dans l'administration et l'équipe de campagne par M. Trump lui-même, et certains font toujours partie de ses partisans, faisant mentir les accusations selon lesquelles l'enquête est une chasse aux sorcières démocrate.

De hauts fonctionnaires du ministère de la Justice, des gouvernements des Etats, de la Maison Blanche, de l'équipe de campagne de M. Trump et du bureau du vice-président ont été décrits comme des "héros" pour s'être exprimés.

Des éditorialistes n'ont toutefois pas manqué de souligner qu'aucun ne s'était montré disposé à s'exprimer et à peser lors de la deuxième procédure en destitution contre Donald Trump.

Et maintenant?

L'audience de jeudi dernier sur la campagne de Donald Trump pour associer l'ensemble du ministère de la Justice à son projet de rester au pouvoir sera la dernière jusqu'à la deuxième semaine de juillet au plus tôt.

Les enquêteurs disent disposer d'une mine de nouvelles preuves à passer au crible, arrivées alors que les audiences étaient en cours. Dont des heures de séquences de Trump et de sa famille filmées pour un documentaire.

Les audiences de juillet devraient se concentrer sur les groupes d'extrême droite initiateurs des violences au Capitole et les actions de Donald Trump à la Maison Blanche le 6 janvier 2021.

La commission n'a pas exclu d'autres audiences plus tard dans l'été.

Se pose désormais une question capitale: des procureurs fédéraux doivent-ils inculper Donald Trump?

"Les probabilités vont dans le sens d'une inculpation de M. Trump par le ministère de la Justice", affirme à l'AFP l'ancien procureur fédéral de New York Kevin O'Brien.

"Le dossier légal est solide et paraîtrait probant pour un jury, à condition que les procureurs puissent établir un lien entre les plans de Trump et de John Eastman pour annuler le décompte des votes des grands électeurs d'une part, et l'insurrection au Capitole d'autre part", analyse-t-il.

La commission parlementaire a toujours affirmé qu'elle laisserait la question d'une inculpation aux autorités compétentes.

Mais elle a fortement sous-entendu qu'elle accuserait Donald Trump d'au moins deux délits: obstruction du décompte des votes des grands électeurs, et participation à une entreprise criminelle à l'encontre des Etats-Unis.

Les faits établis ne sont pas vraiment à l'avantage de l'ancienne star de téléréalité.

«Un danger clair»

Avant les violences à Washington, Donald Trump a fait croire à ses partisans que l'élection lui avait été volée.

Il les a encouragés à se rendre dans la capitale fédérale le 6 janvier. Il a ce jour-là harangué les milliers de personnes présentes et leur a demandé de se rendre au Capitole, quelques centaines de mètres plus loin, au moment où les élus certifiaient les résultats de l'élection.

L'enquête parlementaire a également mis en avant les procédés d'intimidation sur des assesseurs, mais aussi sur des responsables du vote et sur de hauts responsables au sein du ministère de la Justice.

Selon ses soutiens, Donald Trump était intimement convaincu de l'existence de fraude électorale et tentait, de bonne foi, de protéger les électeurs.

Mais les auditions ont montré que le magnat de 76 ans savait pertinemment qu'il avait perdu, vu le nombre impressionnant de fois où ses conseillers les plus proches le lui ont dit.

L'un des témoignages les plus forts a été celui du juge à la retraite J. Michael Luttig, considéré comme une star dans les milieux conservateurs. Il a dit que Donald Trump présentait "un danger clair et actuel" pour la démocratie américaine.

Malgré un consensus assez large en dehors des partisans du milliardaire sur le fait qu'il pourrait raisonnablement être inculpé, la question désormais pour le ministre de la Justice Merrick Garland est de savoir s'il doit l'être.

«Au-dessus des lois»

"Des poursuites mal menées pourraient renforcer Trump, et même l'aider à être réélu", a affirmé Edward Luce, éditorialiste du Financial Times basé à Washington. "Quand on s'attaque à un roi, même un ancien roi, il faut l'abattre".

Merrick Garland peut s'attendre à un fort soutien du public s'il décidait d'inculper Donald Trump: près de 60% des Américains pensent que l'ex-président devrait faire face à des poursuites, selon un nouveau sondage d'ABC News-Ipsos.

Mais pour Neama Rahmani, un ancien procureur fédéral de San Diego (Californie), le ministre de la Justice n'a pas "le cran" d'entamer ce combat.

"Inculper un ancien président serait sans précédent, et il faut un procureur offensif qui serait prêt à s'attaquer à un dossier difficile et politiquement chargé", a-t-il déclaré à l'AFP. "Je ne pense pas que Merrick Garland soit ce procureur".

Selon Nicholas Creel, un professeur de droit au Georgia College and State University, ne pas inquiéter Donald Trump serait un affront à l'un des principes fondamentaux de la justice américaine: "aucun homme n'est au-dessus des lois".

"Une inculpation enfreindrait les normes établies qui veulent que l'on ne poursuive pas d'anciens présidents, et elle déclencherait presque à coup sûr un soulèvement massif de ses partisans", a-t-il indiqué à l'AFP. "Mais l'alternative est de lui permettre d'avoir tenté un coup d'Etat, sans aucune conséquence".


Iran et Etats-Unis ont établi un cadre d'accord, en attente de validation par Trump

Les Etats-Unis et l'Iran ont établi un cadre d'accord qui prévoit une extension du cessez-le-feu de soixante jours mais qui n'a pas encore été validé par Donald Trump, ont indiqué jeudi à l'AFP des sources américaines. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont établi un cadre d'accord qui prévoit une extension du cessez-le-feu de soixante jours mais qui n'a pas encore été validé par Donald Trump, ont indiqué jeudi à l'AFP des sources américaines. (AFP)
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  • Prudent, le ministre des Finances américain Scott Bessent n'a pas confirmé fermement l'existence d'un tel protocole d'accord pendant une conférence de presse à la Maison Blanche, en déclarant: "Nous avons peut-être l'ébauche d'un accord"
  • "Ce sera totalement la décision du président", a encore dit Scott Bessent, qui a été assailli de questions sur ces révélations d'Axios

WASHINGTON: Les Etats-Unis et l'Iran ont établi un cadre d'accord qui prévoit une extension du cessez-le-feu de soixante jours mais qui n'a pas encore été validé par Donald Trump, ont indiqué jeudi à l'AFP des sources américaines.

L'information a d'abord été révélée par Axios, selon qui cet accord préalable ne règle pas la question du programme nucléaire iranien mais ouvre la voie à des négociations plus poussées à ce sujet.

Prudent, le ministre des Finances américain Scott Bessent n'a pas confirmé fermement l'existence d'un tel protocole d'accord pendant une conférence de presse à la Maison Blanche, en déclarant: "Nous avons peut-être l'ébauche d'un accord."

"Les équipes ont eu plusieurs échanges", a-t-il dit, ajoutant que le président américain avait "plusieurs lignes rouges", à savoir que l'Iran devait "livrer son stock d'uranium enrichi. Ils ne peuvent pas avoir d'arme nucléaire et il doit y avoir une libre circulation dans le détroit d'Ormuz".

"Ce sera totalement la décision du président", a encore dit Scott Bessent, qui a été assailli de questions sur ces révélations d'Axios.

Selon le site d'informations, le cadre d'accord soumis au président américain prévoit que l'accès au détroit d'Ormuz soit "illimité" pendant la période de soixante jours, ce qui implique notamment que l'Iran retire toutes les mines dans la zone.

Toujours selon la même source, le blocus américain des ports iraniens serait levé en proportion du rétablissement de la circulation maritime, et Téhéran serait autorisé à vendre du pétrole grâce à une suspension des sanctions américaines.

Ces dernières annonces ont suivi de peu un échange de frappes qui a conduit les Etats-Unis et l'Iran à s'accuser mutuellement de violer le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les Etats-Unis ont abattu quatre drones d'attaque iraniens qui représentaient une "menace autour du détroit d'Ormuz" et ont frappé "une station de contrôle au sol à Bandar Abbas qui menaçait de lancer un cinquième drone", selon un responsable américain.

En représailles, les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé avoir visé une base américaine, sans préciser laquelle. De leur côté, le Koweït et l'armée américaine ont fait état de frappes, attribuées à l'Iran, sur le territoire de cette monarchie du Golfe.


Les Etats-Unis frappent l'Iran qui réplique en visant une base américaine

Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu. (AFP)
Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu. (AFP)
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  • Les forces iraniennes ont par ailleurs effectué des tirs de semonce à l'intention de quatre navires qui tentaient de franchir le détroit d'Ormuz, a indiqué jeudi la télévision d'Etat (Irib)
  • Ces incidents sont les plus sérieux depuis la trêve entrée en vigueur depuis le 8 avril, après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts

TEHERAN: Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu.

Quatre drones d'attaque qui représentaient une "menace autour du détroit d'Ormuz" ont été abattus, a affirmé un responsable américain sous couvert d'anonymat, ajoutant que l'armée américaine avait aussi frappé "une station de contrôle au sol à Bandar Abbas qui menaçait de lancer un cinquième drone."

"Ces actions étaient mesurées, uniquement défensives et menées avec l'intention de maintenir le cessez-le-feu", a-t-il affirmé.

Les médias iraniens avaient auparavant rapporté trois fortes explosions près de Bandar Abbas, ville portuaire sur le détroit stratégique d'Ormuz, vers 01h30 jeudi (22h00 GMT mercredi).

En représailles, les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé jeudi avoir visé une base américaine. Ils n'ont pas précisé laquelle, mais de son côté, l'armée koweïtienne a annoncé jeudi faire face à "des attaques menées par des missiles et des drones".

Les forces iraniennes ont par ailleurs effectué des tirs de semonce à l'intention de quatre navires qui tentaient de franchir le détroit d'Ormuz, a indiqué jeudi la télévision d'Etat (Irib), sans fournir de détails sur le type de navires ni sur leur nationalité.

Ces incidents sont les plus sérieux depuis la trêve entrée en vigueur depuis le 8 avril, après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts.

Frappes au Liban 

Bombardements et combats se poursuivent par ailleurs au Liban, malgré un autre cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé des cibles du mouvement chiite pro-iranien Hezbollah à Tyr, dans le sud du pays, un jour après avoir averti qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire situé au sud du Zahrani, fleuve s'écoulant à une quarantaine de kilomètres au nord de la frontière entre Israël et le Liban.

Les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis pour mettre un terme au conflit sont laborieuses, et le détroit d'Ormuz reste verrouillé par l'Iran, ce qui a renchéri l'or noir et fait vaciller l'économie mondiale.

Mercredi, le président américain Donald Trump a une nouvelle fois agité la menace d'une reprise des hostilités.

L'Iran "veut vraiment conclure un accord. Ils n'y sont pas encore. Nous ne sommes pas satisfaits mais nous finirons par l'être (...). Ou alors nous devrons simplement finir le travail", a-t-il dit.

Dans les échanges matinaux jeudi en Asie, le baril de Brent de la mer du Nord, principale référence internationale, progressait de près de 2% pour s'établir à 96,13 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine du pétrole brut, gagnait 1,75 % à 90,23 dollars le baril.

Passer "du pire au mauvais" 

En Iran, l'accès à internet a été en partie rétabli après une coupure de près de trois mois. Les connexions restent erratiques, les données mobiles étant encore largement coupées, de nombreux sites filtrés et des services de messagerie difficilement accessibles.

"Ce n'est pas du bonheur ou de la joie (que je ressens, NDLR), j'ai juste l'impression qu'on est passé du pire au mauvais", a réagi auprès de l'AFP Bahareh, 32 ans, nutritionniste à Téhéran.

"On se demande tous les jours: +Y aura-t-il des frappes de missiles ce soir?+", décrit Amir, un développeur de logiciel de 27 ans, également depuis la capitale iranienne.

L'Iran a affirmé être en train de finaliser un accord-cadre en 14 points avec les Etats-Unis, donnant la priorité à la fin de la guerre "sur tous les fronts", y compris au Liban.

"Le projet d'accord-cadre (...) est une totale invention", a réagi la Maison Blanche.

Selon la télévision iranienne, le protocole en discussion prévoit notamment un engagement des Etats-Unis à lever leur blocus des ports iraniens en contrepartie du rétablissement du trafic commercial dans le détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

Mercredi, le Trésor américain a annoncé des sanctions à l'encontre de l'Autorité iranienne du détroit du golfe Persique, la nouvelle agence de Téhéran chargée de percevoir les droits de passage à Ormuz.

Téhéran cherche aussi à obtenir le déblocage de 24 milliards d'avoirs gelés à l'étranger, "avec mise à disposition de la moitié dès l'annonce du protocole d'accord", selon l'agence iranienne Isna.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps.

Les Etats-Unis réclament la destruction de son stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain. Téhéran dément de son côté vouloir se doter de la bombe atomique.


L'Iran juge peu probable une reprise de la guerre, Trump demande plus de concessions pour un accord

L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, au moment où les deux pays négocient un accord pour mettre fin à la guerre, Donald Trump déclarant toutefois ne pas être satisfait en l'état des propositions de l'Iran. (AFP)
L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, au moment où les deux pays négocient un accord pour mettre fin à la guerre, Donald Trump déclarant toutefois ne pas être satisfait en l'état des propositions de l'Iran. (AFP)
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  • Avant cette intervention, soufflant le chaud et le froid comme M. Trump en a coutume, les marchés avaient cédé à regain d'optimisme sur un possible règlement, avec un recul des cours du pétrole
  • Dans le même temps, l'accès à internet a été en partie rétabli en Iran après une coupure de près de trois mois, lançant un signal de détente mais sans enthousiasmer les Iraniens au vu des restrictions maintenues

TEHERAN: L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, au moment où les deux pays négocient un accord pour mettre fin à la guerre, Donald Trump déclarant toutefois ne pas être satisfait en l'état des propositions de l'Iran.

L'Iran "veut vraiment conclure un accord. Ils n'y sont pas encore. Nous ne sommes pas satisfaits mais nous finirons par l'être (...) Ou alors nous devrons simplement finir le travail", a dit le président américain, lors d'un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Avant cette intervention, soufflant le chaud et le froid comme M. Trump en a coutume, les marchés avaient cédé à regain d'optimisme sur un possible règlement, avec un recul des cours du pétrole.

Dans le même temps, l'accès à internet a été en partie rétabli en Iran après une coupure de près de trois mois, lançant un signal de détente mais sans enthousiasmer les Iraniens au vu des restrictions maintenues.

Si les armes se sont quasiment tues depuis le 8 avril après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts, les négociations sont laborieuses, et le détroit d'Ormuz reste verrouillé par l'Iran, ce qui fait flamber les prix de l'or noir et vaciller l'économie mondiale.

"Des frappes ce soir?" 

Dans ce contexte, des Iraniens témoignent de leur désarroi.

"J'ai l'impression que rien n'est encore certain, même si le cessez-le-feu est toujours en vigueur et qu'il est question d'un possible accord. On se demande tous les jours: y aura-t-il des frappes de missiles ce soir?", dit à l'AFP Amir, un développeur de logiciel de 27 ans dans la capitale iranienne.

Les Gardiens de la Révolution ont cependant jugé la probabilité d'une reprise de la guerre "faible en raison de la faiblesse de l'ennemi". Mais "les forces armées se tiennent en alerte", a prévenu Mohammad Akbarzadeh, un haut responsable des forces navales cité par l'agence de presse Tasnim.

Selon le ministère iranien du Renseignement, les Etats-Unis et Israël ont raté, avec leur attaque lancée le 28 février, leur "objectif de renverser et de diviser le pays", mais poursuivent désormais ce but "par d'autres moyens".

La veille, Téhéran avait accusé Washington d'avoir violé le cessez-le-feu dans le sud du pays, après l'annonce américaine de frappes nocturnes sur des sites de lancement de missiles.

L'Iran n'a pas officiellement confirmé l'information, mais les médias d'Etat ont rapporté des explosions dans la ville portuaire de Bandar Abbas.

Accès aux avoirs 

Mercredi, les cours du pétrole ont plongé: vers 15H45 GMT (17H45 à Paris), le cours du baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, perdait 3,94% à 96,10 dollars.

"Il subsiste un air d'optimisme prudent quant à la signature et aux détails d'un protocole d'accord (MoU)", commente Chris Weston, responsable de la recherche chez le courtier Pepperstone.

L'agence iranienne Isna a fait état de "négociations globalement positives" après la visite de hauts responsables iraniens au Qatar, une première depuis le début des hostilités marquées par des tirs de représailles iraniens sur ses voisins du Golfe.

L'enjeu était de discuter des "modalités d'accès" aux fonds gelés à l'étranger, dont une partie au Qatar, en raison des sanctions américaines. Téhéran exige le déblocage de 24 milliards d'avoirs, "avec mise à disposition de la moitié dès l'annonce du protocole d'accord", selon Isna.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps.

"Totale invention" 

Les Etats-Unis réclament la destruction de son stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain. Téhéran dément de son côté vouloir se doter de la bombe atomique.

La télévision iranienne a fait état mercredi d'une ébauche du protocole d'accord en discussion, prévoyant notamment selon elle un engagement des Etats-Unis à lever leur blocus des ports iraniens en contrepartie du rétablissement du trafic commercial dans le détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

"Cette information des médias d'Etat iraniens n'est pas vraie et le projet d'accord-cadre (...) est une totale invention", a réagi la Maison Blanche.

Mercredi, les Gardiens de la Révolution ont insisté sur le fait que seuls les navires "prêts à se conformer aux ordres iraniens" seraient autorisés à passer le détroit, selon la télévision d'Etat.

Sur l'autre front du conflit, au Liban - dont Téhéran réclame l'inclusion dans tout accord de paix - Israël intensifie ses raids aériens et opérations terrestres contre le Hezbollah pro-iranien, qui poursuit aussi ses attaques, malgré un cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a averti dans la soirée qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais situé au sud du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière entre les deux pays, appelant à son évacuation.