Bidonvilles détruits et vies ruinées dans la capitale pétrolière du Nigeria

Un homme à vélo au camp de personnes déplacées de Bakassi à Maiduguri, Nigéria, le 30 novembre 2021 (Photo, AFP).
Un homme à vélo au camp de personnes déplacées de Bakassi à Maiduguri, Nigéria, le 30 novembre 2021 (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 28 juin 2022

Bidonvilles détruits et vies ruinées dans la capitale pétrolière du Nigeria

  • Début janvier, le gouverneur de l'État de Rivers, Ezenwo Nyesom Wike, a annoncé la démolition de tous ces habitats informels sur le front de mer
  • En l'espace de six jours, près de 20.000 résidents ont perdu leur logement et leur moyen de subsistance

PORT HARCOURT, Nigeria : Sous une pluie battante, des silhouettes dorment allongées parmi les décombres de leurs anciennes maisons. Gift, elle, est assise sur un bloc de béton, là où se trouvait sa porte d'entrée.

Avertie en urgence par des voisins, cette vendeuse de bananes plantains se rappelle avoir accouru, trop tard. La démolition du bidonville avait déjà commencé. Sa vie, ses souvenirs «détruits». «J'ai tout perdu», se lamente-t-elle.

Près des eaux polluées de Port Harcourt, principale ville pétrolière du Nigeria située dans le sud, les quartiers informels faits de matériaux de récupération abritent un demi-million de personnes.

Autant d'âmes menacées d'être expulsées de force, sans alternative ni compensation: début janvier, le gouverneur de l'Etat de Rivers, Ezenwo Nyesom Wike, a annoncé la démolition de tous ces habitats informels sur le front de mer, devenus, selon lui, des «repaires de criminels».

Dans la foulée, les démolitions ont commencé fin janvier.

Le quartier informel de Diobu par exemple, dans le sud-ouest de la ville, a été à moitié détruit. En l'espace de six jours, près de 20.000 résidents ont perdu leur logement et leur moyen de subsistance.

Car grâce à la pêche, aux marchés ambulants et au transport maritime, la plupart dépendent du littoral pour survivre.

Beaucoup vivaient là depuis des décennies. Leurs aïeux avaient tout construit de leurs mains. Aujourd'hui, il ne reste plus que 11 hectares de décombres.

- Démographie galopante -

«On vivait paisiblement ici», se lamente Tamunoemi Cottrail, propriétaire local et vendeur de poisson, avant de se remémorer l'arrivée des hommes armés.

«Ils n'ont parlé à personne. Ils ont juste dévalé les marches et commencé à tracer des X sur certains bâtiments.»

Les autorités locales n'ont pas donné de détails sur l'avenir du front de mer, une fois les bidonvilles détruits. Mais elles assurent que les démolitions des communautés informelles sont nécessaires et légales.

«La loi autorise (les démolitions) tant que c'est pour l'intérêt public», indique un membre de l'Autorité de développement du logement et de la propriété de l'État de Rivers, sous couvert d'anonymat.

Ces expulsions forcées illustrent avant tout le développement urbain complexe des villes du pays le plus peuplé d'Afrique (220 millions d'habitants) qui, selon les estimations de l'ONU, deviendra le troisième plus peuplé du monde d'ici 2050.

Avec cette démographie galopante et une planification urbaine ignorée, des millions de Nigérians continueront de s'agglutiner dans des bidonvilles, aux conditions de vie très difficiles.

A Port Harcourt, capitale de l'or noir au Nigeria, premier producteur de brut d'Afrique, un tiers des habitants vivent dans ces quartiers.

Ces communautés subissent les premières les dégâts environnementaux de l'extraction du pétrole et du gaz.

«Les gens ne s'installent pas délibérément dans des habitats informels», rappelle Isa Sanusi, le porte-parole d'Amnesty International au Nigeria.

«Il ne devrait pas y en avoir dans ce type d'endroit car les Etats sont riches et ont la capacité de subvenir aux besoins».

Coups de fouets et mensonge -

A Diobu, les autorités locales ont affirmé aux résidents qu'ils avaient sept jours pour faire leur sac.

«Quand ils sont arrivés, ils ont commencé à fouetter les gens», souffle Omobotare Abona, pêcheur de Diobu. «Quand les gens disaient: +Attendez, laissez-nous rassembler nos affaires parce que c'est soudain+, ils répondaient: +Sortez+»

Les démolitions ont commencé trois semaines après l'annonce du gouverneur Wike dans son discours du Nouvel An. Il y fustigeait ces habitats informels qui «servent de repaires et de planques aux criminels», notamment -selon lui - aux voleurs qui siphonnent les pipelines de pétrole.

«C'est un mensonge», lance M. Abona. Comme partout, il y a des «mauvaises personnes» mais il ne faut pas généraliser, assure-t-il.

Face au mécontentement des populations locales, le commissaire régional à l'Information Paulinus Nsirim a adopté un ton plus sévère, insistant sur le besoin «d'assainir les fronts de mer».

Beaucoup d'anciens résidents de Diobu ont emménagé ailleurs chez des proches. Certains sont restés près du littoral, faute d'alternative, leurs meubles et vêtements empilés sur les trottoirs.

Les communautés alimentent une économie informelle vitale pour la ville, qui représente jusqu'à 65% de l'activité économique réelle.

Pourtant, elles vivent dans une extrême pauvreté, sans service public et sans représentation politique.

M. Abona a envoyé sa femme et son fils de 6 mois chez un parent mais ne s'imagine pas vivre ailleurs. «J'ai grandi ici, je m'y sens en sécurité» insiste-t-il. Ce pêcheur revient souvent sur le site où sa maison a été démolie. Il dit attendre le bon moment pour reconstruire.


Israël: les militants d'une nouvelle flottille en détention après leur interception en mer

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  • Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël
  • Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus

ASHDOD: Les autorités israéliennes ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention à Ashdod, dans le sud d'Israël, de centaines de militants propalestiniens arrêtés à bord d'une flottille à destination de Gaza, selon une ONG.

Les forces israéliennes avaient intercepté lundi au large de Chypre des bateaux participant à une nouvelle "flottille pour Gaza".

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales et conduits en territoire israélien entièrement contre leur volonté" a déclaré Adalah.

Une cinquante de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif une nouvelle tentative de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

Un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré dans la nuit de mardi à mercredi que les 430 militants pourraient rencontrer leurs représentants consulaires.

"Cette flottille s'est une fois de plus révélée n'être rien de plus qu'un coup de communication au service du Hamas", a ajouté le porte-parole, en référence au mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait dénoncé plus tôt "un plan malveillant destiné à briser le blocus (...) imposé aux terroristes du Hamas".

Neuf ressortissants indonésiens, membres de la flottille, "ont été signalés comme ayant été arrêtés par Israël", a déclaré une porte-parole du ministère indonésien des Affaires étrangères, citant des informations datées de mercredi.

L'Indonésie a appelé Israël à libérer immédiatement tous les navires et membres d'équipage. Le journal indonésien Republika avait indiqué plus tôt que deux de ses journalistes figuraient parmi les personnes interpellées.

La Turquie et l'Espagne ont condamné l'interception. Les organisateurs ont indiqué que la flottille comptait également 15 citoyens irlandais, dont Margaret Connolly, la sœur de la présidente Catherine Connolly.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe. Deux d'entre eux ont été amenés en Israël, détenus pendant plusieurs jours puis expulsés.

 


Négociations Etats-Unis-Iran: nouvelle visite d'un ministre pakistanais à Téhéran

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  • Le ministre de l'Intérieur du Pakistan, pays médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran, s'est rendu à Téhéran pour la deuxième fois en moins d'une semaine
  • "Mohsen Naqvi est venu à Téhéran pour rencontrer des responsables de la République islamique d'Iran"

TEHERAN: Le ministre de l'Intérieur du Pakistan, pays médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran, s'est rendu à Téhéran pour la deuxième fois en moins d'une semaine, a rapporté mercredi l'agence officielle Irna, en pleine impasse dans les négociations de paix.

"Mohsen Naqvi est venu à Téhéran pour rencontrer des responsables de la République islamique d'Iran", a précisé l'agence, citant "des sources diplomatiques à Islamabad".

 

 


L'armée iranienne prévient qu'elle «ouvrira de nouveaux fronts» en cas de nouvelle attaque américaine

Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
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  • Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens
  • La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale, faisant flamber les cours du pétrole

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi dans un communiqué qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre l'Iran, interrompues depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a déclaré le porte-parole de l'armée Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Lundi, le président américain Donald Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant ce lundi et un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une nouvelle offensive à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord mais les positions des deux parties restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique et à mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations avec Téhéran, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé" avec Téhéran.

Le chef du commandement des forces armées iraniennes, Ali Abdollahi, avait répondu en mettant en garde "les Etats-Unis et leurs alliés" contre toute nouvelle "erreur stratégique et de calcul".

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a écrit Donald Trump sur son réseau.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" imposées par les Etats-Unis dans leur dernière offre.

Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Washington a également refusé de débloquer "ne serait-ce que 25%" des avoirs ou de verser des compensations pour les dommages subis par l'Iran pendant la guerre, selon la même source.