À l’approche des élections, les populistes turcs attisent les tensions autour des réfugiés syriens

Umit Ozdag, chef du parti Zafer. (Photo/AP)
Umit Ozdag, chef du parti Zafer. (Photo/AP)
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Publié le Jeudi 30 juin 2022

À l’approche des élections, les populistes turcs attisent les tensions autour des réfugiés syriens

  • L’accès à la ville méridionale de Hatay a récemment été interdit à Umit Ozdag, le chef du parti nationaliste Zafer
  • Le 31 mai, un immigré a harcelé sexuellement un garçon turc de 10 ans dans le quartier Esenyurt d’Istanbul, qui accueille une population importante de réfugiés

ANKARA: Un discours antiréfugiés toxique et dangereux connaît un certain essor en Turquie. L’accès à la ville méridionale de Hatay a récemment été interdit à Umit Ozdag, le chef du parti nationaliste Zafer (mot qui signifie «victoire» en turc) après qu’il a promis de placer une mine «symbolique» à la frontière avec la Syrie pour empêcher toute traversée illégale.

La police turque, la gendarmerie et des responsables du gouvernorat de Hatay ont empêché M. Ozdag d’entrer dans la ville dans la mesure où sa décision pourrait provoquer la haine et l’incitation au sein de la population réfugiée dans la ville, qui abrite quelque 400 000 Syriens.

Les experts mettent en garde contre les politiciens d’extrême droite qui se servent des réfugiés syriens comme un argument politique avant les élections générales et présidentielles qui devraient se tenir l’année prochaine.

Le parti de M. Ozdag se fonde essentiellement sur une idéologie antisyrienne et mène une campagne contre la présence en Turquie de réfugiés qu’il accuse d’être à l’origine des graves problèmes économiques et financiers dont souffre le pays.

Le parti Zafer, qui détient une part insignifiante des voix selon les sondages, critique également le taux de natalité élevé parmi les réfugiés, qu’il qualifie d’«invasion silencieuse» de la Turquie.

M. Ozdag a publié sur Twitter des vidéos controversées dans lesquelles il affirme qu’il expulsera tous les réfugiés de la Turquie une fois qu’il sera au pouvoir.

Il a également déclaré que son parti se retirerait de la Convention internationale sur l’interdiction des mines antipersonnel et qu’il les replacerait aux frontières afin de stopper les réfugiés.

M. Ozdag ajoute que tout citoyen turc qui souhaite que les réfugiés syriens restent en Turquie est un «traître».

Selon Friedrich Puttmann, chercheur à l’Istanbul Policy Center, les dernières déclarations de M. Ozdag semblent s’inspirer des nationalistes d’extrême droite de l’Union européenne, comme le parti allemand Alternative für Deutschland («Alternative pour l’Allemagne»). Ce dernier a suggéré lui aussi, lors d’un débat qui portait sur les réfugiés en Allemagne, en 2016, que les frontières soient fermées par des moyens militaires aux demandeurs d’asile.

«M. Ozdag peut être considéré comme un entrepreneur politique qui tente d’arriver au pouvoir en mobilisant tous les efforts de son parti pour lutter contre un unique nouveau problème de la politique turque. Par ailleurs, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour rendre ce sujet aussi important que possible afin de générer des votes», déclare Friedrich Puttmann à Arab News.

Le chercheur affirme que, en déployant cette stratégie, M. Ozdag cherche à exploiter non seulement les revendications des Turcs au sujet de l’accueil des réfugiés syriens, mais également leur fort sentiment nationaliste.

«Pour contrer cela, ses détracteurs ne devraient pas tomber dans son piège en défendant les réfugiés eux-mêmes, mais plutôt ce que c’est d’être turc», poursuit-il.

Il a été interdit aux réfugiés syriens en Turquie de rendre visite à leurs familles restées au pays pendant l’Aïd al-Adha, tandis que de nouveaux quotas ont été appliqués aux permis de séjour. À compter du 1er juillet, la Turquie limitera les permis pour les étrangers à un plafond de 20% de la population de certains quartiers.

M. Puttmann note qu’une grande partie du débat turc sur les réfugiés syriens est une extension du débat sur la signification de l’identité turque.

«Si les détracteurs de M. Ozdag peuvent présenter une vision de l’identité turque qui ne divise pas, mais présente des valeurs partagées par différentes catégories de la société turque, ils peuvent également convaincre le public que le fait de planter des mines à la frontière turco-syrienne constituerait la solution la plus antiturque», souligne-t-il.

La Turquie accueille actuellement environ 3,7 millions de réfugiés syriens à l’intérieur de ses frontières, sans compter plus de deux cent mille Syriens qui ont obtenu la nationalité turque au cours de la dernière décennie. Le pays fournit également une assistance sécuritaire et humanitaire à plus de trois millions de Syriens dans les régions syriennes contrôlées par la Turquie.

Selon les derniers sondages, le sentiment antiréfugiés connaît un essor important en Turquie.

Une enquête récente sur la recherche économique à Istanbul menée par l’organisation Istanbul Ekonomi Arastirma montre que 61% des personnes interrogées sont favorables à une position plus dure à l’égard des réfugiés. Le rapatriement des Syriens est considéré comme l’un des principaux sujets des engagements électoraux imminents des partis d’opposition.

Le professeur Murat Erdogan, directeur du Centre de recherche sur la migration de l’université d’Ankara et chercheur associé au Centre for Applied Turkey Studies (CATS-SWP), à Berlin, déclare à Arab News que le discours antiréfugiés ne pourra être résolu en empêchant quelqu’un d'entrer dans une ville où les réfugiés constituent plus de 20% de la population locale.

«M. Ozdag et son parti évoquent des inquiétudes et une colère qui sont profondément enracinées dans la société turque en raison du flux considérable de réfugiés auquel le pays a été confronté en peu de temps», précise-t-il.

Selon l’universitaire, qui prédit le développement de nouvelles formations politiques, la très grande attention accordée aux perspectives antiréfugiés associe la question syrienne aux discussions sur la sécurité nationale de la Turquie.

«La nature indéfinie du processus d’immigration crée un sentiment d’insécurité et nourrit les craintes de la société quant à l’incapacité de protéger les frontières intérieures et de gérer la vague d’immigration», insiste-t-il.

 «Alors que le gouvernement présente les réfugiés comme le produit d’une solidarité religieuse ou culturelle dans le cadre de sa politique étrangère humanitaire, l’opposition critique cette politique en faisant de cette question un sujet sécuritaire. C’est une réalité qui a été utilisée par les politiciens populistes au cours de ces dernières années», ajoute le professeur Erdogan.

«Il est très important de renforcer la résilience de la société turque dans la période à venir et de mettre en œuvre des politiques de cohésion pour les Syriens au niveau local afin de mettre en garde contre de nouveaux conflits», soutient-il.

Deux jeunes Syriens – Sultan Abdel Baset Jabneh et Cherif Khaled al-Ahmed – ont été tués à Istanbul au cours de ce mois, tandis qu’une Syrienne de 70 ans a été frappée au visage le mois dernier dans la province de Gaziantep, au Sud-Est, ce qui a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux.

Le 31 mai, un immigré a harcelé sexuellement un garçon turc de 10 ans dans le quartier Esenyurt d’Istanbul, qui accueille une population importante de réfugiés. Il a été arrêté, mais la colère locale s’est rapidement propagée dans les rues.

Dans le cadre d’un nouveau projet, le gouvernement turc s’est récemment engagé à relocaliser un million de Syriens dans le nord de la Syrie en établissant les infrastructures nécessaires.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: neuf blessés dans une frappes israélienne sur un hôpital

Jeudi, les frappes quotidiennes se sont poursuivies, a rapporté l'Agence nationale d'information libanaise (Ani). Un photographe de l’AFP a vu de la fumée s’élever après un raid sur la localité de Hanniyeh.  Dans le même temps, le Hezbollah a revendiqué des attaques simultanées contre des forces israéliennes qui occupent plusieurs localités du sud du Liban. (AFP)
Jeudi, les frappes quotidiennes se sont poursuivies, a rapporté l'Agence nationale d'information libanaise (Ani). Un photographe de l’AFP a vu de la fumée s’élever après un raid sur la localité de Hanniyeh. Dans le même temps, le Hezbollah a revendiqué des attaques simultanées contre des forces israéliennes qui occupent plusieurs localités du sud du Liban. (AFP)
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  • Le ministère a précisé que les différentes sections de l'hôpital, dont les urgences et l'unité de soins intensifs, ont été endommagées ainsi que des ambulances stationnées dans la cour de l'établissement
  • Il a mis en ligne une vidéo qui montre des éclats de verre dispersés dans l’un des couloirs de l’hôpital, des fenêtres et des portes soufflées, ainsi qu’un plafond effondré dans l’un des bureaux, tandis qu’un membre du personnel se trouve sur les lieux

BEYROUTH: Neuf personnes ont été blessées jeudi dans une frappe israélienne qui a endommagé un hôpital du sud du Liban, selon le ministère de la Santé, l'armée israélienne poursuivant ses raids malgré une trêve fragile avec le Hezbollah pro-iranien.

Dans un communiqué, le ministère a "vivement dénoncé" la frappe qui a "infligé de graves dégâts à l'hôpital gouvernemental de Tebnine".

Il a précisé que la frappe a fait "neuf blessés, parmi lesquels sept membres du personnel de l'hôpital dont cinq femmes".

Le ministère a précisé que les différentes sections de l'hôpital, dont les urgences et l'unité de soins intensifs, ont été endommagées ainsi que des ambulances stationnées dans la cour de l'établissement.

Il a mis en ligne une vidéo qui montre des éclats de verre dispersés dans l’un des couloirs de l’hôpital, des fenêtres et des portes soufflées, ainsi qu’un plafond effondré dans l’un des bureaux, tandis qu’un membre du personnel se trouve sur les lieux.

Le ministère avait indiqué mercredi que trois hôpitaux dans le sud avaient été fermés et 16 autres endommagés depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien le 2 mars.

Les frappes israéliennes ont coûté la vie à 3.089 personnes au Liban, dont 116 secouristes et personnels de la santé, depuis le début des hostilités, selon le ministère de la Santé libanais.

Par ailleurs, ce même ministère a révisé jeudi à la hausse un bilan concernant une frappe sur la localité de Deir Qanun al-Nahr mardi qui a fait 14 morts, dont trois femmes et quatre enfants, contre 10 indiqué précédemment.

Jeudi, les frappes quotidiennes se sont poursuivies, a rapporté l'Agence nationale d'information libanaise (Ani). Un photographe de l’AFP a vu de la fumée s’élever après un raid sur la localité de Hanniyeh.

Dans le même temps, le Hezbollah a revendiqué des attaques simultanées contre des forces israéliennes qui occupent plusieurs localités du sud du Liban.

Il a dit avoir mené "une vaste attaque contre différentes positions" israéliennes dans trois localités au moyen de "drones d'attaques et de roquettes en salves répétées", selon un communiqué.

Un cessez-le-feu qui devait expirer le 17 mai a été prolongé de 45 jours à l'issue de négociations entre le Liban et Israël, inédites depuis des décennies, sous médiation américaine.

Le Liban a été plongé dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars, lorsque le Hezbollah a lancé une attaque sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei.

 


Washington annonce des sanctions visant des personnes considérées proches du Hezbollah

Washington a annoncé jeudi placer sur sa liste de personnes et entités sous sanctions neuf individus, accusés d'être proches ou membres de la direction du Hezbollah et d'"entraver la paix et le désarmement" du groupe libanais pro-iranien. (AFP)
Washington a annoncé jeudi placer sur sa liste de personnes et entités sous sanctions neuf individus, accusés d'être proches ou membres de la direction du Hezbollah et d'"entraver la paix et le désarmement" du groupe libanais pro-iranien. (AFP)
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  • Le gouvernement libanais a refusé mi-mars les lettres de créance de l'ambassadeur iranien et ordonné son départ du pays, mais M. Sheibani a refusé de quitter Beyrouth
  • La décision du gouvernement avait été vivement critiquée par le Hezbollah

WASHINGTON: Washington a annoncé jeudi placer sur sa liste de personnes et entités sous sanctions neuf individus, accusés d'être proches ou membres de la direction du Hezbollah et d'"entraver la paix et le désarmement" du groupe libanais pro-iranien.

Parmi les cibles des sanctions du département américain du Trésor se trouvent l'ambassadeur désigné de l'Iran au Liban, Mohammad Reza Raouf Sheibani, des responsables des services de renseignement libanais, des alliés politiques du Hezbollah et quatre responsables du groupe.

L'un d'entre eux, Hassan Fadlallah, est un député du Hezbollah qui a également dirigé la radio (Al-Nour) et la télévision (Al-Manar) du mouvement.

Le gouvernement libanais a refusé mi-mars les lettres de créance de l'ambassadeur iranien et ordonné son départ du pays, mais M. Sheibani a refusé de quitter Beyrouth.

La décision du gouvernement avait été vivement critiquée par le Hezbollah.

"Le Hezbollah est une organisation terroriste qui doit être totalement désarmée. Le département du Trésor continuera de s'en prendre aux responsables ayant infiltré le gouvernement libanais et permettant au Hezbollah de mener sa campagne de violence sans but contre le peuple libanais et d'entraver la paix", a déclaré le secrétaire du Trésor, Scott Bessent, cité dans le communiqué.

En réaction, le Hezbollah a dénoncé dans un communiqué "une tentative d'intimidation américaine contre le peuple libanais (...) en soutien à l'agression" israélienne contre le Liban.

"Ces sanctions (...) nous confortent dans nos choix (...) et n'auront aucun impact concret sur nos choix (...) ni sur l'action entreprise pour défendre la souveraineté" du peuple libanais, a ajouté le mouvement.

Les sanctions impliquent le gel de l'ensemble des avoirs détenus directement et indirectement par les personnes ciblées ainsi que l'interdiction pour les citoyens et entreprises américains de mener des échanges avec elles.

Cette interdiction s'applique également aux entreprises étrangères si elles disposent d'une filière aux Etats-Unis ou réalisent une partie de leurs échanges en dollars.

Les sanctions visent aussi deux responsables du mouvement chiite Amal, allié du Hezbollah, qui a dénoncé une mesure "inacceptable et injustifiée", visant "en premier lieu le mouvement Amal et son rôle politique, attaché aux causes nationales ainsi qu'à la protection de l'Etat et de ses institutions".

Le Hezbollah estime par ailleurs que "le fait de cibler les officiers libanais à la veille des rencontres au Pentagone est une tentative évidente d'intimider nos institutions sécuritaires officielles et de soumettre l'Etat aux conditions de la tutelle américaine".

Des négociations, inédites depuis des décennies, sont en cours entre le Liban et Israël sous médiation américaine. Le Hezbollah s'y oppose. Le Pentagone doit accueillir une session de discussions le 29 mai en présence d'une délégation de l'armée libanaise.

Le Liban a été plongé début mars dans la guerre lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, lorsque le Hezbollah a lancé une attaque sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei. Des troupes israéliennes sont ensuite entrées dans le sud du Liban.

Bien qu'une trêve soit actuellement en cours, Israël et le Hezbollah poursuivent leurs affrontements.


Maroc: au moins quatre morts dans l'effondrement d'un immeuble à Fès

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  • Dans certains quartiers périphériques de Fès, de nombreux bâtiments sont érigés sans respecter les normes de construction en vigueur
  • Les opérations de recherches se poursuivent pour tenter de secourir "d'autres personnes susceptibles d'être piégées sous les décombres", ont précisé les autorités locales

RABAT: Au moins quatre personnes sont décédées jeudi dans l'effondrement d'un immeuble à Fès, dans le nord du Maroc, selon un bilan provisoire des autorités locales qui poursuivent leurs opérations à la recherche d'éventuelles autres victimes coincées sous les décombres.

Six autres personnes ont été blessées à des degrés divers dans l'effondrement de cet immeuble résidentiel de quatre étages, situé dans un quartier périphérique de cette ville, selon les mêmes sources, citées par l'agence officielle MAP.

Dans certains quartiers périphériques de Fès, de nombreux bâtiments sont érigés sans respecter les normes de construction en vigueur.

Les opérations de recherches se poursuivent pour tenter de secourir "d'autres personnes susceptibles d'être piégées sous les décombres", ont précisé les autorités locales.

Le périmètre de l'accident a été sécurisé et les habitants des immeubles mitoyens ont été évacués à titre préventif.

Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances et les causes du sinistre.

Début décembre, 22 personnes avaient été tuées dans l'effondrement de deux immeubles mitoyens déjà à Fès, le pire accident de ce type ces dernières années dans le pays.

Toujours à Fès, neuf personnes avaient péri en mai 2025 dans l'effondrement d'un immeuble d'habitation. En février 2024, cinq personnes étaient aussi mortes dans l'effondrement d'une maison dans la vieille ville.