Le hip-hop arabe connaît un très grand succès au BeatRoots de Riyad

BeatRoots est un événement musical développé par le fondateur de Museland, Ali al-Saeed. (Photo fournie)
BeatRoots est un événement musical développé par le fondateur de Museland, Ali al-Saeed. (Photo fournie)
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Publié le Mercredi 06 juillet 2022

Le hip-hop arabe connaît un très grand succès au BeatRoots de Riyad

  • «Nous avions déjà une culture hip-hop au Royaume, mais nous n’avions pas assez de lieux pour nous produire»
  • L’objectif des événements culturels comme BeatRoots est d’ouvrir la porte aux discussions, aux échanges culturels et artistiques et à la promotion d’entreprises créatrices dans la région arabe

RIYAD: La musique hip-hop saoudienne était à l’honneur ce week-end. Des talents locaux sont montés sur scène lors du BeatRoots, un événement musical qui a eu lieu vendredi à Al-Mashtal Creative Space à Riyad, en collaboration avec la maison de disques bahreïnie Museland.

L’événement, inspiré des fêtes de quartier à la new-yorkaise, a proposé des performances en direct de six artistes saoudiens et bahreïnis. Il y avait aussi des graffeurs, des adeptes de breakdance et un marché qui vend des baskets, de la mode de rue et des disques vinyle.

Al-Mashtal, un incubateur créatif, accueille régulièrement des collaborations avec des créateurs de toutes sortes, dont des musiciens, des artistes visuels et des designers de mode. Son objectif est de fournir une plate-forme pour aider les talents à développer leur artisanat et à présenter leur travail.

«Nous aimons vraiment mettre l’accent sur ces talents locaux, ces artistes émergents qui ont besoin d’un espace pour s’exprimer. Ils désirent avoir leur propre public, et surtout de se mettre en valeur devant un public concerné. C’est le type de public qu’il faut à l’endroit adéquat», déclare Elham Ghanimah, conservatrice des laboratoires créatifs d’Al-Mashtal, dans un entretien accordé à Arab News.

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BeatRoots est un événement musical développé par le fondateur de Museland, Ali al-Saeed. (Photo fournie)

La soirée a commencé par une douce performance du musicien et graffeur bahreïni Du$t. Sa musique s’inspire de divers éléments comme le breakdance, le graffiti et l’art surréaliste. Il explique qu’il est important, dans son métier, de sortir des sentiers battus en créant sa musique et il déclare qu’il est ravi de constater que son style de musique a des fans en Arabie saoudite.

«C’est incroyable de voir le public se développer ici aussi», déclare-t-il à Arab News. «Au royaume de Bahreïn, nous avons présenté le même événement. Le reproduire ici et voir que tout le monde y prend plaisir procure une sensation très agréable.»

BeatRoots est un événement musical développé par le fondateur de Museland, Ali al-Saeed. C’est un événement qui se tient régulièrement ici à Bahreïn. Désormais, le label organise des événements dans d’autres parties de la région.

«Tout le monde est content, l’énergie est vraiment bonne, tout semble se dérouler à merveille et la foule en profite vraiment», déclare Mme Ghanimah. «C’est finalement tout ce qui compte!»

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BeatRoots est un événement musical développé par le fondateur de Museland, Ali al-Saeed. (Photo fournie)

De nombreuses personnes présument que le hip-hop est relativement nouveau en Arabie saoudite, mais ses origines remontent au moins au début des années 2000. L’intérêt pour ce genre de musique a certes été renforcé par l’expansion d’Internet.

«En général, tout le monde se concentre sur le hip-hop en anglais… c’est bien de s’inspirer de l’Occident, mais c’est tout aussi bien de voir les talents que vous avez ici, de vous connecter avec votre propre culture, avec vos racines», ajoute-t-elle.

L’artiste hip-hop et rappeur Dattune déclare à Arab News: «Nous avions déjà une culture hip-hop au Royaume, mais nous n’avions pas assez de lieux pour nous produire ou nous rencontrer. C’est ce que j’aime dans ce genre d’événements. J’ai discuté avec énormément de gens que je n’aurais pas rencontrés si nous n’avions pas eu ces espaces. Le talent est déjà là; tout ce dont nous avons besoin, c’est d’avoir la chance de nous produire sur scène.»

En plus de Dattune et de Du$t, la programmation BeatRoots comprenait: Fizzy, Septemba, Str8tup Rkls et l’artiste hip-hop, rappeur et chouchou du public, Albakri, qui a livré une performance vibrante avec deux chansons inédites.

M. Albakri déclare que son inspiration vient de l’intérieur, affirmant que sa culture et son identité personnelle ont une énorme influence sur son travail.

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BeatRoots est un événement musical développé par le fondateur de Museland, Ali al-Saeed. (Photo fournie)

«Je suis un homme à l’identité mixte: jordanienne, palestinienne et saoudienne. Je suis tout cela. Il s’agit donc simplement de savoir comment je peux me connecter avec ces trois cultures », confie-t-il à Arab News.

En ce qui concerne le son unique qu’il propose, il souligne que ses principales inspirations viennent de Riyad, en particulier ses producteurs Léo, Mufasa et Dice, ainsi que des DJ. et des amis comme Bucky Grooves, Vinylmode et Baloo. Le rappeur espère créer un jour sa propre maison de disques.

«Je suis très heureux que quelqu’un de Bahreïn se soit intéressé à Riyad en y cherchant des artistes. Voir des gens s’ouvrir au genre, être témoin de collaborations entre le hip-hop et la dance/house/musique minimaliste, avoir un espace, être un collectif… tout cela compte pour le genre et la musique en général», soutient-il.

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BeatRoots est un événement musical développé par le fondateur de Museland, Ali al-Saeed. (Photo fournie)

L’objectif déclaré d’Al-Mashtal à travers des événements culturels tels que BeatRoots est d’ouvrir la porte aux discussions, aux échanges culturels et artistiques et à la promotion d’entreprises créatrices dans la région arabe.

«Nous voulons favoriser plus de collaborations afin de tout mettre en avant de manière positive», précise Elham Ghanimah.

«Tout le monde n’a pas la chance de faire ses preuves et quand les gens ont cette chance, ils n’arrivent pas tous à saisir l’occasion ou à recevoir le soutien adéquat. Vous n’allez donc pas vous retrouver dans n’importe quel espace, mais dans un incubateur créatif où l’objectif est de nourrir ces talents et de les aider à atteindre leurs objectifs.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


HRW: Les autorités iraniennes usent de la violence et tirent sur les manifestants

Une vidéo filmée par un utilisateur de Twitter et publiée le 6 octobre 2022 montre un monument en flammes sur la place Imam Khomeini, dans la ville iranienne de Nourabad. (CGU, AFP)
Une vidéo filmée par un utilisateur de Twitter et publiée le 6 octobre 2022 montre un monument en flammes sur la place Imam Khomeini, dans la ville iranienne de Nourabad. (CGU, AFP)
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  • Au moins quatre vidéos visionnées par le HRW montrent les forces de sécurité utilisant des fusils de chasse contre des foules de manifestants
  • Le HRW exige une pression internationale pour mettre fin à la violence exercée par le régime

LONDRES: De nouvelles preuves suggèrent que les forces de sécurité iraniennes continuent d’avoir recours à une force meurtrière contre des manifestants pacifiques à travers le pays, a averti l’Observatoire des droits de l’homme (HRW).

Grâce à des vidéos filmées par des manifestants et des reporters, ainsi qu’à des entretiens avec des témoins et des responsables de la sécurité, le HRW a découvert des preuves de l’utilisation d’une force excessive et meurtrière dans plus d’une douzaine de villes en Iran.

Des armes, dont des fusils de chasse et d’autres d’assaut, ont été déployées contre les manifestants lors de la réponse sécuritaire aux manifestations qui ont débuté le mois dernier à la suite de la mort de Mahsa Amini, 22 ans, tuée après avoir été arrêtée par la police des mœurs pour avoir porté le voile «de façon indécente», au lendemain du renforcement par le président Ebrahim Raïssi des lois relatives au hijab.

Selon Tara Sepehri Far, chercheuse sur l’Iran au HRW, «la réponse brutale des autorités iraniennes aux manifestations dans de nombreuses villes témoigne d’une action concertée du gouvernement pour écraser la dissidence avec un mépris cruel de la vie. Les tirs des forces de sécurité sur les manifestants ne font qu’alimenter la colère contre un gouvernement corrompu et autocratique.»

«Les Iraniens protestent parce qu’ils ne considèrent pas la mort de Mahsa Amini et la répression des autorités comme un événement isolé, mais plutôt comme le dernier exemple de la répression systématique du gouvernement contre son propre peuple.» 

«Nous nous étions rassemblés pour scander des slogans lorsque les forces de sécurité se sont approchées de nous, sur leurs motos», raconte au HRW une femme de 35 ans, originaire de la ville de Sanandaj.

«Nous avons couru en direction d’une ruelle, et les forces de sécurité nous suivaient. Elles se sont mises à lancer des gaz lacrymogènes et à tirer des balles. Un homme derrière nous a été touché à la jambe et est tombé. Les gens l’ont emmené dans une autre ruelle, puis à l’intérieur d’une maison. Il saignait sans cesse et sa blessure était très profonde.»

Au moins quatre vidéos visionnées par le HRW montrent les forces de sécurité utilisant des fusils de chasse contre des foules de manifestants.

«Les forces de sécurité se sont ruées sur un garçon de 13 ans qui se tenait au milieu de la foule», raconte un autre témoin.

«Il était si fragile et si petit qu’il n’a même pas résisté. Il était sur l’herbe, se protégeant la tête pendant qu’ils le battaient. J’ai crié «Laissez-le tranquille !» et j’ai marché dans leur direction. Elles ont ensuite tiré en l’air alors qu’elles traînaient le garçon dans la rue, et les gens se sont enfuis.»

«Pendant que je courais, je n’arrêtais pas de crier «C’est mon frère !», pensant que cela finirait par susciter leur pitié. J’ai vu un officier se retourner, s’asseoir, et pointer son arme sur moi. J’ai vu le feu de son arme. J’ai eu peur et je me suis enfui. En courant, j’éprouvais comme une sensation de brûlure. Quand je suis arrivé chez moi, je me suis rendu compte que j’avais été touché à la poitrine.»

Le HRW a dressé une liste de 47 personnes décédées lors des violences en raison du recours à la force meurtrière. Beaucoup d’entre elles ont été abattues.

Cependant, l’Observatoire a précisé que le nombre réel de morts était probablement beaucoup plus élevé que celui communiqué par les médias d’État iraniens. Fin septembre, la télévision d’État a indiqué que le nombre de morts s’élevait à environ 60.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Iran: la mère d'une adolescente accuse les autorités de l'avoir tuée lors d'une manifestation

Une femme regarde la photo de profil de l'adolescente iranienne Nika Shakrami, qui aurait été tuée récemment lors des manifestations en Iran suite à la mort en garde à vue de Mahsa Amini, 22 ans, jeudi. (AFP).
Une femme regarde la photo de profil de l'adolescente iranienne Nika Shakrami, qui aurait été tuée récemment lors des manifestations en Iran suite à la mort en garde à vue de Mahsa Amini, 22 ans, jeudi. (AFP).
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  • Nasrin Shahkarami a également accusé les autorités de l'avoir menacée via ses proches pour l'obliger à faire de faux aveux sur la mort de Nika, 16 ans, disparue le 20 septembre après s'être rendue à une manifestation à Téhéran
  • La répression des manifestations a causé la mort de dizaines de personnes, selon des groupes de défense des droits humains

PARIS : La mère d'une adolescente iranienne décédée après avoir participé aux manifestations contre la mort de Mahsa Amini a accusé les autorités de l'avoir tuée, dans une vidéo diffusée jeudi par des médias en persan basés à l'étranger.

Nasrin Shahkarami a également accusé les autorités de l'avoir menacée via ses proches pour l'obliger à faire de faux aveux sur la mort de Nika, 16 ans, disparue le 20 septembre après s'être rendue à une manifestation à Téhéran.

L'Iran est le théâtre de manifestations depuis la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une jeune Kurde iranienne de 22 ans, après son arrestation à Téhéran par la police des mœurs qui lui reprochait d'avoir enfreint le strict code vestimentaire en vigueur.

La répression des manifestations a causé la mort de dizaines de personnes, selon des groupes de défense des droits humains.

Après avoir récupéré son corps, la famille de Nika avait prévu de l'enterrer dans sa ville de Korramabad (ouest) lundi au lendemain de son 17e anniversaire, a indiqué sa tante Atash Shahkarami sur les réseaux sociaux.

Mais selon des médias en langue persane basés à l'étranger, la famille n'a pas été autorisée à l'enterrer dans sa ville, et son oncle et sa tante ont été arrêtés.

Aveux forcés

Plus tard, dans une apparition télévisée, Atash Shahkarami a déclaré que sa nièce avait été "jetée" du haut d'un bâtiment de plusieurs étages.

Néanmoins, selon la mère de Nika qui s'est exprimée jeudi dans une vidéo publiée par Radio Farda, média en persan financé par les Etats-Unis et basé à Prague, "ils l'ont forcée à faire ces aveux et les ont diffusés".

"Nous nous attendions à ce qu'ils disent n'importe quoi pour se dédouaner... et ils se sont en fait incriminés", a déclaré Nasrin Shahkarami.

"Je n'ai pas besoin de me donner du mal pour prouver qu'ils mentent... ma fille a été tuée dans les manifestations le jour où elle a disparu."

"Le rapport de médecine légale indique la même chose, elle a été tuée ce jour-là, à cause d'un traumatisme crânien dû à des impacts contondants répétés", a encore dit la mère de Nika.

"J'ai vu le corps de ma fille moi-même... L'arrière de sa tête montrait qu'elle avait subi un coup très violent, son crâne était enfoncé. C'est comme ça qu'elle a été tuée."

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, a tenu pour responsables les autorités iraniennes, appelant à une enquête indépendante sous l'égide des Nations unies.

"Les éléments convergent vers l'implication du gouvernement dans la mort de Nika Shahkarami, à moins que le contraire ne soit prouvé par une mission d'enquête indépendante", a affirmé le directeur de l'ONG Mahmood Amiry-Moghaddam.


Washington sanctionne sept hauts responsables iraniens après la répression des manifestations

Des ressortissants iraniens vivant en Équateur protestent contre la mort de Mahsa Amini, une jeune femme de 22 ans décédée en Iran alors qu'elle était détenue par la police, devant le bâtiment du ministère des Affaires étrangères à Quito, en Équateur, mercredi 5 octobre 2022. (AP)
Des ressortissants iraniens vivant en Équateur protestent contre la mort de Mahsa Amini, une jeune femme de 22 ans décédée en Iran alors qu'elle était détenue par la police, devant le bâtiment du ministère des Affaires étrangères à Quito, en Équateur, mercredi 5 octobre 2022. (AP)
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  • De hauts reponsables des services de sécurité sont visés par ces sanctions qui gèlent leurs avoirs aux Etats-Unis et compliquent leur accès au système financier international
  • Washington avait déjà annoncé le 22 septembre une salve de sanctions visant la police des mœurs iranienne et plusieurs responsables de la sécurité

WASHINGTON : Les Etats-Unis ont annoncé jeudi des sanctions économiques contre sept hauts responsables iraniens pour leur rôle dans la répression meurtrière des manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini.

Le ministre de l'Intérieur Ahmad Vahidi, "instrument clé du régime dans la répression", et celui des Communications Issa Zarépour, "responsable de la tentative honteuse de bloquer l'internet" figurent parmi les personnes sanctionnées, selon un communiqué du département du Trésor.

De hauts reponsables des services de sécurité sont également visés par ces sanctions qui gèlent leurs avoirs aux Etats-Unis et compliquent leur accès au système financier international.

"Les Etats-Unis condamnent le blocage d'internet par le gouvernement iranien et sa répression violente des manifestations pacifiques et n'hésiteront pas à cibler ceux qui dirigent et soutiennent ces actions", a commenté le sous-secrétaire au Trésor, Brian Nelson, cité dans le communiqué.

Washington avait déjà annoncé le 22 septembre une salve de sanctions visant la police des mœurs iranienne et plusieurs responsables de la sécurité.

Lundi, le président américain Joe Biden avait fait savoir que de nouvelles sanctions seraient prises dans la semaine. Téhéran avait fustigé son "hypocrisie".

Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, est décédée le 16 septembre trois jours après son arrestation pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique qui oblige notamment les femmes à porter le voile.

Sa mort a déclenché une vague de manifestations en Iran et des rassemblements de solidarité à travers le monde.

Au moins 92 personnes ont été tuées en Iran depuis le début des manifestations, selon l'ONG Iran Human Rights, basée à Oslo, tandis que les autorités avancent un bilan d'environ 60 morts parmi lesquels 12 membres des forces de sécurité.

Plus d'un millier de personnes ont été arrêtées et plus de 620 relâchées dans la seule province de Téhéran, selon les autorités.