Hyperinflation affolante au Zimbabwe, les pauvres trinquent

Une femme passe devant une rangée de maisons dans le canton de Kuwadzana à Harare le 23 mars 2022. Les produits d'épicerie achetés par des proches en Afrique du Sud sont livrés à des foyers assez chanceux pour avoir de la famille dans la diaspora. (AFP)
Une femme passe devant une rangée de maisons dans le canton de Kuwadzana à Harare le 23 mars 2022. Les produits d'épicerie achetés par des proches en Afrique du Sud sont livrés à des foyers assez chanceux pour avoir de la famille dans la diaspora. (AFP)
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Publié le Dimanche 10 juillet 2022

Hyperinflation affolante au Zimbabwe, les pauvres trinquent

  • L'actuel président Emmerson Mnangagwa a succédé à Mugabe lors d'un coup d'État en 2017, s'engageant à redresser l'économie moribonde
  • Le pays d'Afrique australe a le taux d'inflation le plus élevé au monde

HARARE, Zimbabwe : L'hyperinflation attaque les revenus au Zimbabwe. Emina Chishangwe ne sait plus quand elle a mangé de la viande pour la dernière fois. «C'est devenu un luxe», dit cette femme de 57 ans qui tient un petit étal de légumes près de Harare.

Le pays d'Afrique australe a le taux d'inflation le plus élevé au monde. Et pour Steve Hanke, professeur d'économie à l'université américaine Johns Hopkins, cela ne pourra être corrigé que par l'adoption totale du dollar américain.

La situation s'est aggravée cette année. L'invasion de l'Ukraine par la Russie, conjuguée au marché noir des devises, a fait chuter la valeur du dollar zimbabwéen.

«Le marché parallèle est en grande partie responsable de l'inflation galopante», explique Joseph Mverecha, économiste en chef d'AgriBank.

L'économie du pays est plombée depuis une vingtaine d'années, marquée par des pénuries d'argent et de nourriture. Méfiants, les gens ont troqué leur argent liquide contre des dollars américains, faisant chuter encore la monnaie locale.

L'inflation a atteint 191,6% en juin, contre 60% au début de l'année.

Cinq kilos de pilons de poulet valent désormais 65,22 dollars (64 euros), soit l'équivalent du salaire mensuel moyen d'un fonctionnaire.

Mme Chishangwe et ses deux fils adultes, qui vivent à Chitungwiza, cité dortoir pauvre au sud de la capitale, font deux repas quotidiens au lieu de trois, à base d'épaisse bouillie de maïs et de chou frisé ou de minuscules sardines séchées.

- L'angoisse -

Le prix du carburant a obligé Edwin Matsvai à passer d'un 4x4 à un modèle plus économique. Ses amis se sont moqués, «mais maintenant, certains envisagent de faire pareil», raconte ce vendeur chez un concessionnaire.

Le litre d'essence est passé de 1,41 dollar en janvier à 1,77 dollar ce mois-ci.

Les Zimbabwéens ont survécu aux pires difficultés en 2008 lorsque, face à l'inflation, la banque centrale a dû émettre un billet de mille milliards de dollars locaux.

Pour la psychiatre Isabel Chinoperekwei, qui a un cabinet privé à Harare, l'écart croissant entre revenus et coût de la vie a des répercussions : «Je vois beaucoup de personnes que ce contexte accable, entre dépression, troubles anxieux et abus d'alcool».

Beaucoup accusent le gouvernement. «Les vieux nous ont laissé tomber», dit Edwin Matsvai. «S'ils ne font pas quelque chose rapidement pour l'économie, ça va leur coûter cher» aux élections prévues l'an prochain.

Déjà, lors de législatives partielles en mars, le parti Zanu-PF au pouvoir a perdu du terrain face à la Coalition des citoyens pour le changement (CCC), parti d'opposition formé trois mois plus tôt.

- Confiance perdue -

Selon plusieurs experts, le paysage actuel ressemble furieusement à la crise ayant précédé les élections de 2008, au cours desquelles l'ex-dirigeant Robert Mugabe faillit perdre le pouvoir.

«Les gens qui gagnent des salaires de misère, les chômeurs et tous ceux qui ressentent les effets de la hausse du coût de la vie ont perdu confiance dans le Zanu-PF», résume Takavafira Zhou, politologue à l'université de Masvingo. Ils espèrent «un nouveau gouvernement qui leur permettrait de souffler».

La Zanu-PF est au pouvoir depuis 1980, quand le régime colonial britannique a pris fin. L'actuel président Emmerson Mnangagwa a succédé à Mugabe lors d'un coup d'État en 2017, s'engageant à redresser l'économie moribonde.

Le risque électoral pousse désormais le Zanu-PF à des «mesures frénétiques» pour freiner la hausse des prix qui paupérise encore davantage des millions de gens, affirme l'économiste Prosper Chitambara.

«Il n'y a pas un parti au pouvoir dans le monde qui s'en sort dans un environnement d'inflation chronique élevée», relève le chercheur.

Le mois dernier, le ministre des Finances Mthuli Ncube a annoncé des mesures monétaires, notamment le maintien du double usage du dollar américain, adopté après l'hyperinflation de 2008, et du dollar zimbabwéen, réintroduit en 2019.

Les taux d'intérêt minimaux ont plus que doublé pour atteindre 200% la semaine dernière. Le pays introduit aussi des pièces d'or «comme réserve de valeur» à partir du 25 juillet.

Mais ces mesures concernent les riches, non «les citoyens ordinaires, ceux qui luttent et vivent au jour le jour», note l'économiste.


Rubio met en garde contre le «chaos total» en cas de péage à Ormuz

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
  • L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés
  • C'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient

MANAMA: Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, en tournée dans le Golfe, a mis en garde jeudi contre le "chaos total" que pourrait engendrer la mise en place par l'Iran de frais dont devraient s'acquitter les navires dans le détroit d'Ormuz.

Plus tôt jeudi, Téhéran avait menacé de "mesures appropriées" contre tout bateau s'aventurant à franchir le détroit sans leur autorisation, semblant répondre à l'aonnonce par Oman de l'ouverture d'un "corridor maritime temporaire" présenté comme une intiative concertée avec l'ONU.

Ormuz est une étroite voie navigable d'une trentaine de kilomètres de large qui sépare l'Iran et Oman, mais le seul passage autorisé par l'Iran se fait dans un couloir qui longe ses côtes.

L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés - c'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn).

Le chef de la diplomatie américaine, venu rassurer ses alliés du Golfe largement ciblés par Téhéran pendant la guerre en représailles des frappes israélo-américaines sur l'Iran, a ajouté que les Etats-Unis souhaitaient un accord de paix, mais pas "à n'importe quel prix".

"Nous voulons un accord qui soit bon, nous voulons un accord qui soit réel, nous voulons un accord qui soit vérifiable, et nous voulons un accord qui soit respecté", a poursuivi M. Rubio.

Le responsable, qui s'est rendu aux Emirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn, a également donné l'assurance que les intérêts des pays du Golfe seraient pris en compte.

"Nous voulons nous assurer qu'aucune partie de cet accord ne porte atteinte, de quelque manière que ce soit, à la sécurité, à la stabilité ou à la prospérité de l'un de nos partenaires de la région du Golfe", a-t-il souligné.

Son homologue de Bahreïn, Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, a lui mis en avant les "incertitudes" affectant ces pays.

Les monarchies du Golfe ont payé un lourd tribut à l'offensive américano-israélienne lancée le 28 février contre l'Iran. Elles accueillent des bases militaires américaines et ont été visées par des missiles et drones iraniens en représailles.


Double séisme au Venezuela: au moins 32 morts et plus de 700 blessés

Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués. (AFP)
Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués. (AFP)
  • Au pied d'un bâtiment de 22 étages entièrement détruit dans le quartier d'Altamira, une journaliste de l'AFP a vu des gens crier les noms de leurs proches enfouis sous les décombres
  • Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis ont annoncé l'envoi immédiat de secouristes et d'aide humanitaire au Venezuela

CARACAS: Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués.

Dans la capitale de ce pays d'Amérique latine de près de 30 millions d'habitants régulièrement frappé par des séismes, des photographes de l'AFP ont vu des secouristes et des habitants fouiller des immeubles réduits à des gravats. Des personnes étaient extirpées des décombres puis emmenées sur des brancards.

Au pied d'un bâtiment de 22 étages entièrement détruit dans le quartier d'Altamira, une journaliste de l'AFP a vu des gens crier les noms de leurs proches enfouis sous les décombres. "Nous avons besoin de lampes torches !", lance l'un d'eux dans la nuit noire.

"A l'heure actuelle, nous avons reçu des informations faisant état de 32 morts" et "de plus de 700 blessés", a déclaré la présidente par intérim Delcy Rodriguez dans un message à la nation, après avoir déclaré l'état d'urgence.

Elle a précisé ne pas encore disposer de données concernant l'Etat de La Guaira, situé à proximité de la capitale et qui est selon elle la région la plus touchée. L'aéroport de Caracas, gravement endommagé selon elle, a été fermé.

Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis ont annoncé l'envoi immédiat de secouristes et d'aide humanitaire au Venezuela. "Nous serons aux côtés de nos nouveaux et formidables amis", a assuré le président américain Donald Trump, tandis que Mme Rodriguez a indiqué s'être entretenue au téléphone avec le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

Cette initiative américaine, un acte diplomatique fort après des années de tensions, s'inscrit dans le cadre du rétablissement des relations entre les deux pays depuis que les forces américaines ont capturé le président déchu Nicolas Maduro, aujourd'hui incarcéré aux Etats-Unis.

La Chine et l'Inde ont elles aussi proposé leur aide, et plusieurs pays d'Amérique latine ont fait de même et exprimé leur solidarité, parfois au-delà de leurs divergences politiques. 


L'Iran accuse l'Otan de «complicité» dans la guerre menée contre lui

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël. (AFP)
Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël. (AFP)
  • M. Baghaï a réagi à des propos sur Fox News du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, selon qui "500 avions américains ont décollé de bases américaines en Italie" pour soutenir l'opération militaire israélo-américaine "Epic Fury"
  • "Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale menée contre un Etat membre souverain de l'ONU", a écrit M. Baghaï sur X

TEHERAN: Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël.

M. Baghaï a réagi à des propos sur Fox News du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, selon qui "500 avions américains ont décollé de bases américaines en Italie" pour soutenir l'opération militaire israélo-américaine "Epic Fury" lancée contre l'Iran le 28 février.

M. Rutte a également affirmé que l'aéroport de Bucarest avait réduit ses vols commerciaux pour laisser la place aux avions de ravitaillement utilisés dans le cadre de cette opération, et qu'entre 4.000 et 5.000 sorties d'avions américains avaient été effectuées depuis des bases européennes pendant le conflit.

"Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale menée contre un Etat membre souverain de l'ONU", a écrit M. Baghaï sur X.

"Le secrétaire général de l'Otan a explicitement désigné l'Italie et la Roumanie comme ayant participé à l'agression contre l'Iran", a souligné le porte-parole du ministère iranien.

"Ces pays, ainsi que tous les autres pays européens ayant apporté leur soutien à l'agression américano-israélienne contre l'Iran, doivent expliquer à leur propre population et au monde entier pourquoi ils ont choisi de se rendre complices de cet acte d'agression flagrant et de la perpétration d'atrocités de masse contre les populations iraniennes", a-t-il ajouté.

En Italie, le ministère de la Défense a condamné mercredi les propos de M. Rutte, estimant qu'ils avaient envoyé "un message complètement trompeur", Rome n'ayant permis aux Etats-Unis d'utiliser ses bases que pour des vols techniques et logistiques, et non des missions de combat.