Inflation: dans l'alimentaire, la descente en gamme des consommateurs

Les commerçants expliquent soustraire "tout ce à quoi les clients sont prêts à renoncer", sauf la qualité, affirme la directrice des Marques de Carrefour Martine Loyer. (AFP)
Les commerçants expliquent soustraire "tout ce à quoi les clients sont prêts à renoncer", sauf la qualité, affirme la directrice des Marques de Carrefour Martine Loyer. (AFP)
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Publié le Mercredi 13 juillet 2022

Inflation: dans l'alimentaire, la descente en gamme des consommateurs

  • L'inflation pousse les consommateurs à revoir la composition de leur panier et à «glisser» vers les gammes de prix inférieures
  • L'inflation s'élevait à 5,8% sur un an en juin selon l'Insee, et à 5,7% dans l'alimentaire, forçant de nombreux ménages à «descendre en gamme» de prix pour rester dans les limites de leur budget

PARIS: Acheter la même quantité mais moins cher: l'inflation pousse les consommateurs à revoir la composition de leur panier et à "glisser" vers les gammes de prix inférieures, une situation qui profite aux enseignes identifiées comme les moins chères, ainsi qu'aux marques de distributeurs bon marché.

"Depuis le début de l'épisode d'inflation, on voit que ces produits-là montent très fort", dans un contexte où les consommateurs veulent "continuer à acheter à peu près la même quantité" en payant moins cher, relève l'experte en produits de grande consommation chez IRI, Emily Mayer.

L'inflation s'élevait à 5,8% sur un an en juin selon l'Insee, et à 5,7% dans l'alimentaire, forçant de nombreux ménages à "descendre en gamme" de prix pour rester dans les limites de leur budget.

Les spécialistes notent que la clientèle des marques nationales (MN) et du bio, plus onéreux, se tourne de plus en plus vers les marques de distributeur (MDD) telles que "Marque Repère" (E.Leclerc), "Bouton d'or" (Intermarché), "Reflets de France" (Carrefour). Ces références créées, détenues et vendues par les enseignes sont en moyenne 20 à 30% moins chères que les produits équivalents de grandes marques.

Selon une étude de l'Observatoire Société & Consommation, parmi les 39% de Français qui disent "restreindre" leurs dépenses alimentaires en 2022, 78% "renoncent aux grandes marques pour les MDD".

Parmi ces dernières, l'offre premier prix connaît la progression la plus rapide. "Top Budget" (Intermarché), "Éco+" (E.Leclerc) ou encore "Simple" (Carrefour) peuvent être "40 à 50% moins chères" que les marques nationales.

Les marques de distributeur, atout des enseignes face à l'inflation

Qu’est-ce qui distingue une tablette de chocolat Nestlé, une autre de marque Monoprix, ou "Marque Repère" ? A priori, peu de chose, mais la première est une marque nationale, les secondes des marques de distributeur, ou "MDD", et la différence est loin d’être neutre.

Les MDD, des lignes de produits créées, détenues et dont les caractéristiques sont définies par les enseignes qui en assurent la commercialisation pesaient en 2021 plus de 30% des produits de grande consommation (PGC) vendus en France, selon NielsenIQ.

Ce sont les "Marque Repère" (E.Leclerc), "Reflets de France" (Carrefour), "Labell" (Intermarché)... La plupart des distributeurs en possèdent une ou plusieurs.

Certaines couvrent les recettes régionales, d'autres les articles de base premier prix, les produits bio, le bricolage... Et différentes gammes de prix.

Dans les enseignes comme Netto ou Lidl, elles représentent même la majorité des références mises en rayon, voire l'intégralité pour Aldi.

En raison de la forte inflation, elles sont particulièrement mises en avant par les enseignes: les marques de distributeur du coeur de marché sont en général 20 à 30% moins chères que leur équivalent en marque nationale.

"Le principe des marques de distributeur est d'offrir une alternative aux marques nationales avec un niveau de qualité équivalent pour un prix inférieur", résume le président des marques de distributeurs alimentaires d'E.Leclerc, Fabrice Hersent.

Elles peuvent même être 50% moins chères pour les marques de distributeur dites "économiques" comme "Top Budget" (Intermarché), "Tous les jours" (Casino) ou "Éco+" (E.Leclerc), explique l'experte en produits de grande consommation d'IRI, Emily Mayer.

Les commerçants expliquent soustraire "tout ce à quoi les clients sont prêts à renoncer", sauf la qualité, affirme la directrice des Marques de Carrefour Martine Loyer.

Les marques de distributeur les moins chères "ne bénéficient pas toujours des dernières innovations packaging comme des ouvertures faciles", relève Fabrice Hersent. Ni des mêmes campagnes promotionnelles que les grandes marques.

«Notre cahier des charges»

Il existe une autre différence de taille: alors que les produits de marques nationales font l'objet de négociations annuelles entre commerçants et industriels, les marques de distributeur fonctionnent par appels d'offre à durée variable, ou négociation de gré à gré.

"Vous mettez votre cahier des charges en termes de qualité (...) et vous l'envoyez aux différents fabricants, fournisseurs, qui peuvent faire ce produit-là", détaille le président d'Intermarché-Netto, Vincent Bronsard.

Les contrats restent assez flexibles, grâce à la relation "en direct" qui unit les distributeurs et leurs fournisseurs. "En termes de négociations, ça se fait tous les jours", "il y a ce partenariat permanent" surtout en période de forte variation des prix, indique la directrice des Marques de Carrefour, Martine Loyer.

"Vous n'avez pas cet échange là sur une marque nationale, parce que c'est un produit acheté sur catalogue", développe-t-elle. "Là, c'est notre produit, avec notre cahier des charges et donc on peut faire des arbitrages ensemble" sur les coûts, voire "simplifier un produit".

Nouveaux clients 

Carrefour et E.Leclerc ont ainsi enregistré en juin une nette hausse des ventes de leurs marques "économiques" (+15% et +16%), par rapport à la même période en 2021, ont-ils indiqué.

"Les plus touchés (par l'inflation) sont en train de se réfugier dans les premiers prix", commente la directrice des Marques de Carrefour, Martine Loyer.

Le rebond est "d'autant plus net que ces produits-là étaient en recul" ces dernières années, observe Emily Mayer, d'IRI. Les consommateurs ressentaient moins le besoin d'acheter à bas prix car "on avait un pouvoir d'achat qui progressait", renchérit le président d'Intermarché-Netto, Vincent Bronsard.

"Dans le contexte inflationniste" actuel, les magasins identifiés comme les moins chers et qui commercialisent en majorité leurs propres marques conquièrent de nouvelles clientèles, selon le panéliste Kantar.

Lidl, ex-discounter, est le plus dynamique. Il a recruté 784 000 nouveaux foyers entre le 16 mai et le 12 juin, contre 430 000 nouveaux clients pour son principal concurrent Aldi.

Pour Netto, sur ce même créneau, la fréquentation a aussi bondi, indique Vincent Bronsard. L'enseigne a attiré en six mois "1,4 million" de nouveaux clients.

L'inflation, alliée inattendue des courses anti-gaspi

Dates courtes, produits "moches", particulier à particulier... le secteur de l'anti-gaspi surfe sur la hausse des prix pour s'imposer comme une nouvelle "routine de consommation", entre perspectives d'économies et quête du manger mieux.

Depuis le 7 juillet, l'hypermarché Carrefour de Montesson (Yvelines) est devenu un refuge pour produits "moches". Concombre tordu, poivron rouge taché de vert ou camembert un peu trop léger pour en revendiquer l'appellation, ces articles jusque-là sans débouchés ont trouvé une place en rayon.

Circonspects dans un premier temps, les curieux font les yeux ronds devant leur prix: "20 à 25% moins cher" que leur équivalent coeur de marché, affirme le magasin.

L'initiative anti-gaspi tombe à point nommé alors que l'inflation s'élevait à 5,8% sur un an en juin selon l'Insee, et à 5,7% dans l'alimentaire.

"C'est une opportunité d'achat" pour des clients qui se seraient autrement privés de viande ou de fruits à cause de la hausse des prix, a expliqué lors d'une visite le directeur RSE (responsabilité sociétale et environnementale) de Carrefour, Bertrand Swiderski.

L'objectif est d'avoir une "offre moins standardisée", a poursuivi le cofondateur de "Nous anti-gaspi" Charles Lottmann, partenaire du projet et créateur de la gamme. "Souplesse" sur l'aspect des produits, "dates courtes" ou "poids variable", celle-ci a été victime de son succès et les étals dévalisés, a assuré M. Swiderski.

Nouvelle routine 

Les achats anti-gaspi étaient d'abord perçus comme un "engagement écologique", estime Jean Moreau, cofondateur de l'application spécialisée dans les invendus, Phenix. Mais ils "sont en train de devenir une routine de consommation" en réponse "à la problématique du pouvoir d'achat", ajoute-t-il.

"On a en moyenne 12% d'inscriptions en plus" par mois depuis le début de l'année par rapport à l'année précédente, poursuit M. Moreau. L'application a dépassé les 4 millions d'utilisateurs en séduisant de nouveaux profils comme les personnes âgées et en renforçant sa base d'étudiants, attirés par les ristournes de "50% au minimum".

La tendance est encore plus forte chez le leader du secteur, TooGoodToGo. "Rien qu'au mois de juin, les téléchargements ont bondi de 42% par rapport à juin 2021" et la fréquence d'achat augmente, a indiqué à l'AFP sa directrice France, Sarah Chouraqui.

Déjà familier de ces plateformes, Fabien Da Silva, alternant en informatique de 24 ans, multiplie les commandes pour réduire les effets de la hausse des prix sur sa consommation. "Je prends régulièrement un panier contenant 3 à 4 articles de viande, j'évite de les acheter en supermarché car je ne peux pas me le permettre", développe-t-il.

"Je commande quasiment tous les jours", témoigne de son côté Thomas, cadre de 47 ans qui souhaite garder son anonymat pour des raisons professionnelles. "Le chômage partiel a réduit mon train de vie", développe-t-il, les paniers anti-gaspi lui permettent ainsi de "manger pour 5 à 8 euros par jour", contre "15 à 20 euros" auparavant, de quoi réduire les effets de l'inflation.

Particulier à particulier 

La dynamique s'est propagée à des réseaux locaux plus confidentiels, qui prônent des échanges directs entre petits producteurs et clients, voire de particulier à particulier.

Il s'agit de "remettre au goût du jour cette pratique qu'on avait, de donner (ou vendre à prix cassé) les légumes qu'on avait en trop dans son jardin, quand on ne pouvait pas les consommer", explique Inès Bazillier de Fruit and Food.

Née il y a un an et implantée surtout dans le sud-est, la start-up a recruté un quart de ses 8.000 membres ces dernières semaines, boostée par une envie constante des Français de manger "sain et local" malgré la hausse des prix.

Certains "payent pour un kilo d'abricots mais repartent avec une caisse de cinq kilos" grâce à la générosité du jardinier, d'autres viennent chez l'habitant "cueillir directement sur l'arbre, et gratuitement", s'amuse Mme Bazillier, qui dénombre autant d'habitués des circuits courts que d'utilisateurs "en recherche de bons plans".

Qualité «quasiment similaire»

Les marques de distributeur dites "classiques" (par opposition aux premiers prix) ont retrouvé leur vitalité depuis le début de la crise inflationniste, attirant toutes sortes de publics, y compris des ménages au pouvoir d’achat plus élevé.

Ces produits sont longtemps restés impopulaires: les consommateurs rechignaient à les mettre dans leur panier, redoutant une qualité moins bonne que celle proposée par les grandes marques, ou butaient sur le manque de choix.

La valeur nutritionnelle est pourtant "quasiment similaire", rassure la nutritionniste Anne-Laure Laratte, en particulier sur les aliments de base (riz, pâtes, thon en boite...). "La différence se fait surtout sur le marketing" et sur la composition des "produits transformés".

Avec l'inflation, les distributeurs étendent leur offre et remettent leurs propres marques en évidence, avec la promesse de payer moins cher sans perdre en qualité.

"Ce n'est pas triste" d'acheter des marques de distributeur, conclut Vincent Bronsard. "Si la crise s'arrête, nous allons retrouver les tendances comme le bio, le +mieux manger+". Mais pour l'heure, des habitudes d'économies sont prises. "Et elles vont rester", prédit-il.


Commerce: la Chine envoie samedi son vice-Premier ministre en France pour des discussions avec Washington

Un cargo transportant du minerai de fer importé est dirigé vers un poste d’amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 11 mars 2026. (AFP)
Un cargo transportant du minerai de fer importé est dirigé vers un poste d’amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 11 mars 2026. (AFP)
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  • Le vice-Premier ministre chinois He Lifeng se rendra en France du 14 au 17 mars pour des consultations commerciales avec les États-Unis, avec des discussions prévues à Paris avec le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent
  • Ces négociations interviennent sur fond de tensions commerciales persistantes entre Washington et Pékin, avant une possible visite du président américain Donald Trump en Chine fin mars

PEKIN: La Chine a confirmé vendredi que son vice-Premier ministre He Lifeng, chargé des questions économiques, effectuera à partir de samedi une visite en France, pour mener des discussions avec les Etats-Unis sur le commerce.

Ces négociations de haut niveau se dérouleront quelques semaines avant une possible visite à Pékin du président américain Donald Trump, lors de laquelle il rencontrerait son homologue Xi Jinping.

Le Trésor américain avait déjà indiqué jeudi que ces discussions commerciales bilatérales auraient lieu dimanche et lundi à Paris, entre He Lifeng et le ministre américain des Finances, Scott Bessent.

Le dirigeant chinois "conduira une délégation en France du 14 au 17 mars pour des consultations commerciales avec la partie américaine" sur des questions "d'intérêt mutuel", a indiqué vendredi le ministère chinois du Commerce.

Scott Bessent sera accompagné à Paris par le représentant de la Maison Blanche pour le Commerce (USTR), Jamieson Greer.

Le président américain prévoit de se rendre à Pékin du 31 mars au 2 avril, a indiqué la Maison Blanche. Les autorités chinoises n'ont pas confirmé cette visite ni ce calendrier, ce qui est habituel de leur part.

Les Etats-Unis et la Chine se sont livré l'an passé une âpre bataille aux retombées mondiales, à coups de droits de douane et de restrictions diverses. Une trêve précaire a ensuite été conclue, sous l'égide, déjà, de Scott Bessent et He Lifeng.

Des points de friction subsistent toutefois.

La Maison Blanche a annoncé mercredi lancer une série d'enquêtes destinées à documenter des préjudices économiques subis par les Etats-Unis. Elles visent une quinzaine de pays ou bloc (l'Union européenne), dont la Chine. Elles sont une première étape vers de potentiels nouveaux droits de douanes.

Cette initiative est un "exemple typique d'unilatéralisme" qui "porte gravement atteinte à l'ordre économique et commercial international", a dénoncé vendredi le ministère chinois du Commerce dans un communiqué séparé.

"La Chine exhorte les Etats-Unis à revenir sur leurs pratiques contestables et à privilégier le dialogue et la consultation pour résoudre les différends", a-t-il souligné.


L'Iran vise les infrastructures pétrolières du Golfe et fait à nouveau flamber les cours

L'Iran a lancé jeudi une nouvelle vague d'attaques contre les infrastructures pétrolières des pays du Golfe, après avoir frappé deux tankers, suscitant une nouvelle flambée des cours du pétrole malgré la mobilisation des réserves stratégiques. (AFP)
L'Iran a lancé jeudi une nouvelle vague d'attaques contre les infrastructures pétrolières des pays du Golfe, après avoir frappé deux tankers, suscitant une nouvelle flambée des cours du pétrole malgré la mobilisation des réserves stratégiques. (AFP)
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  • Le baril de pétrole a repassé jeudi matin la barre des 100 dollars, malgré une intervention sans précédent des grandes puissances sur le marché
  • Les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) - dont les Etats-Unis - ont décidé mercredi d'un déblocage record de 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques pour apaiser les inquiétudes sur l'approvisionnement

TEHERAN: L'Iran a lancé jeudi une nouvelle vague d'attaques contre les infrastructures pétrolières des pays du Golfe, après avoir frappé deux tankers, suscitant une nouvelle flambée des cours du pétrole malgré la mobilisation des réserves stratégiques.

Ce conflit qui a débuté le 28 février avec des attaques américano-israéliennes contre l'Iran a pris une échelle régionale et menace l'approvisionnement en pétrole de l'économie mondiale, le trafic étant paralysé dans le détroit d'Ormuz, un point de passage stratégique.

Le baril de pétrole a repassé jeudi matin la barre des 100 dollars, malgré une intervention sans précédent des grandes puissances sur le marché.

Les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) - dont les Etats-Unis - ont décidé mercredi d'un déblocage record de 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques pour apaiser les inquiétudes sur l'approvisionnement.

Le ministre américain de l'Energie, Chris Wright, a précisé que 172 millions de barils allaient être libérés "à partir de la semaine prochaine".

Mais au treizième jour du conflit, les dégâts dans les infrastructures pétrolières s'étendent. Bahreïn a dénoncé une attaque iranienne contre des réservoirs d'hydrocarbures, appelant les habitants à rester chez eux en raison des fumées provoquées par l'installation en feu.

A Oman, des réservoirs de carburant du port de Salalah étaient aussi en feu la veille après une attaque de drone, selon une vidéo publiée par l'AFP, tandis que l'Arabie saoudite a rapporté une nouvelle attaque de drone contre le champ pétrolier de Shaybah, dans l'est du pays, déjà visé à plusieurs reprises ces derniers jours

Boules de feu 

Une attaque jeudi contre deux pétroliers dans le Golfe au large de l'Irak, dont l'origine est encore inconnue, a fait au moins un mort, tandis les sauveteurs recherchent plusieurs disparus, selon l'autorité portuaire.

La télévision étatique irakienne a diffusé des images d'un navire en mer d'où s'élèvent d'impressionnantes boules de feu et des volutes de fumée.

Un porte-conteneurs a été à nouveau touché jeudi par un "projectile inconnu" au large des Emirats arabes unis, provoquant un "petit incendie" à bord, selon l'agence maritime britannique (UKMTO), après au moins trois bateaux touchés la veille.

Donald Trump a promis qu'une "grande sécurité" régnerait bientôt dans ce goulot d'étranglement qui voit d'ordinaire passer un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).

Il a aussi assuré que "28 navires poseurs de mines" avaient été frappés, une crainte majeure de la communauté internationale étant de voir le détroit miné.

Signaux contradictoires 

"L'Iran est "proche de la défaite", a estimé le président américain mercredi soir, à la fin d'une journée de signaux contradictoires sur ses intentions.

Il a d'abord répété que la guerre allait se terminer "bientôt", jugé qu'il ne restait "pratiquement rien à frapper" en Iran et que l'"excursion" militaire américaine était "très en avance" sur le calendrier prévu.

La première semaine de guerre a coûté aux Etats-Unis plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times en s'appuyant sur des sources parlementaires.

L'allié israélien de Washington, qui ne s'est fixé "aucune limite dans le temps", assure disposer encore d'un "vaste réservoir de cibles".

En face, les Gardiens de la Révolution iraniens se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en pilonnant les intérêts occidentaux.

Ali Fadavi, un représentant de cette armée idéologique, a brandi la menace d'une "guerre d'usure" à même de "détruire l'économie américaine entière" et "l'économie mondiale".

L'armée iranienne a dit mercredi vouloir désormais frapper "les centres économiques et les banques" dans le Golfe, tandis que l'agence iranienne Tasnim a cité les géants américains de la tech comme de "futures cibles" de Téhéran, parmi lesquels Amazon, Google, Microsoft, IBM Oracle ou encore Nvidia.

Le géant bancaire américain Citi et les cabinets de conseil britanniques Deloitte et PwC ont évacué ou fermé mercredi leurs bureaux à Dubaï après des menaces.

Les ports pourraient devenir une cible dans le conflit: l'armée américaine a appelé mercredi les civils iraniens à s'éloigner de ceux dans la région du détroit d'Ormuz, car s'ils sont "utilisés à des fins militaires, (ils) perdent leur statut protégé".

L'armée iranienne a répliqué qu'en cas d'attaque, "tous les ports et quais de la région deviendraient des cibles légitimes".

Frappes conjointes 

Israël poursuit ses attaques au Liban visant le Hezbollah pro-iranien. De lourdes frappes ont touché mercredi soir le sud de Beyrouth, selon des journalistes de l'AFP.

Les autorités libanaises, qui ont recensé plus de 800.000 déplacés, ont fait état jeudi matin d'au moins sept morts supplémentaires dans la capitale.

L'armée israélienne a également lancé une nouvelle vague de frappes "à grande échelle" sur Téhéran après que l'Iran a indiqué avoir mené une opération "conjointe" avec le Hezbollah contre une cinquantaine de cibles sur son territoire, décrite comme "un feu continu pendant cinq heures" de missiles et de drones.

Le Hezbollah dit avoir tiré des missiles vers une base des renseignements militaires israéliens.

Le président français Emmanuel Macron a appelé sur X Israël à "renoncer à une offensive terrestre" au Liban.

A Téhéran, la vie s'organise malgré les bombardements.

"Nous avons mis notre foi en Dieu. Pour l'instant, il y a de la nourriture dans les magasins", a confié Mahvash, un habitant de 70 ans.

Le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, désigné dimanche pour succéder à son père tué au premier jour de la guerre, n'est toujours pas apparu publiquement.

 

 


Flambée historique du pétrole, la guerre au Moyen-Orient fait s'envoler les cours de 30%

Le baril de pétrole a flambé lundi de 30% en quelques heures et tutoyé brièvement 120 dollars. (Reuters)
Le baril de pétrole a flambé lundi de 30% en quelques heures et tutoyé brièvement 120 dollars. (Reuters)
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  • Vers 06H30 GMT, le baril de West Texas Intermediate (WTI, référence du marché américain), s'envolait de 15,51%, à 104,96 dollars
  • Plus tôt dans les échanges asiatiques, il avait flambé de plus de 30% à 119,48 dollars

NEW YORK: Le baril de pétrole a flambé lundi de 30% en quelques heures et tutoyé brièvement 120 dollars, envolée historique dans un marché paniqué par la prolongation du conflit au Moyen-Orient, le blocage du détroit d'Ormuz et les dommages aux infrastructures énergétiques.

Envolée du brut, "petit prix à payer" selon Trump

Vers 06H30 GMT, le baril de West Texas Intermediate (WTI, référence du marché américain), s'envolait de 15,51%, à 104,96 dollars. Plus tôt dans les échanges asiatiques, il avait flambé de plus de 30% à 119,48 dollars.

Le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, gonflait de 17,42% à 108,82 dollars, après avoir dépassé dépassé 119 dollars.

Depuis le début de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, le WTI s'est apprécié de quelque 60%, du jamais vu sur une période aussi courte.

Même l'invasion de l'Ukraine par la Russie, qui avait vu le baril grimper jusqu'à 130,50 dollars début mars 2022, n'avait pas provoqué de mouvements aussi violents.

Au dixième jour du conflit, les marchés de l'énergie restent suspendus aux développements au Moyen-Orient, où le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20% de l'offre mondiale de pétrole et gaz naturel liquéfié (GNL), reste quasi-paralysé.

Alors que la flambée sans précédent des cours pénalise déjà les consommateurs américains, Donald Trump a rapidement réagi sur son réseau Truth Social, déclarant que ce coup de chaud était un "tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des Etats-Unis et du monde".

Ormuz bloqué, production en berne

Certes, vendredi, l'Agence américaine de développement DFC a annoncé la mise en place d'un mécanisme de réassurance pour faciliter la couverture des risques liés au passage du détroit d'Ormuz, jusqu'à 20 milliards de dollars.

Les Etats-Unis collaborent actuellement avec des armateurs qui souhaitent faire sortir leurs tankers du Golfe persique, a insisté dimanche le ministre américain de l'Energie Chris Wright.

"Dans les premiers temps, ces navires seront probablement sous protection militaire américaine", a-t-il ajouté, prévoyant un retour du trafic à la normale "dans un avenir relativement proche".

Mais ces signaux n'ont pas suffi à rassurer: par peur d'attaques, la circulation reste quasi-paralysée dans le détroit --des informations de presse mentionnant seulement le passage de quelques navires s'identifiant comme chinois.

"Les perturbations de l'approvisionnement s'intensifient, les données de suivi des navires confirmant l'arrêt du trafic maritime", observe Lloyd Chan, de la banque MUFG, parlant de "choc pétrolier".

Surtout, l'extension du conflit exacerbe les inquiétudes sur la production d'hydrocarbures.

L'Arabie saoudite a notamment encore intercepté lundi plusieurs drones qui se dirigeaient vers le gisement de pétrole de Shaybah, dans le sud-est du pays, déjà attaqué la veille.

"Les Émirats arabes unis, le Koweït et l'Irak ont réduit leur production de pétrole, l'Irak annonçant une baisse d'environ 3 millions de barils/jour" et "les frappes israéliennes ciblant des installations de stockage de carburant clés en Iran renforcent les risques", souligne M. Chan.

Crainte d'un choc économique

En Asie, très dépendante des hydrocarbures du Moyen-Orient, la flambée du pétrole a fait dévisser lundi les places boursières, de Tokyo à Taipei en passant par Séoul.

Particulièrement exposée, la Corée du Sud est le quatrième plus gros importateur de brut, et son économie repose sur une industrie tech très énergivore. le Japon est le cinquième plus gros pays importateur.

"Le Japon et la Corée sont des moteurs industriels géants qui fonctionnent au pétrole importé. Lorsque le prix du brut flambe, il se répercute directement sur les entreprises: les coûts des intrants explosent, les anticipations d'inflation grimpent", note Stephen Innes, de SPI Asset Management.

Des signes de tensions apparaissent: la Chine a demandé la semaine dernière à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d'essence, selon Bloomberg. Et la presse nippone indique que Tokyo réfléchit à ouvrir ses réserves pétrolières stratégiques.

Les Etats-Unis pourraient également élargir la levée temporaire des sanctions sur le pétrole russe pour soulager le marché, après avoir accordé une première autorisation à l'Inde, jeudi.

Les ministres des Finances du G7 doivent par ailleurs se réunir en visioconférence lundi, et selon le Financial Times, ils pourraient discuter d'un possible recours coordonnée à leurs réserves pétrolières stratégiques respectives.

L'information contribuait à la modération de l'envolée du brut en fin d'échanges asiatiques.