Ukraine: «Nous sommes en vie, c'est une bonne journée»

Des employés des services communaux travaillent autour d'un cratère après une frappe de missiles russes dans la ville de Konstantinovka, dans la région de Donetsk, le 16 juillet 2022 (Photo, AFP).
Des employés des services communaux travaillent autour d'un cratère après une frappe de missiles russes dans la ville de Konstantinovka, dans la région de Donetsk, le 16 juillet 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 16 juillet 2022

Ukraine: «Nous sommes en vie, c'est une bonne journée»

  • Des ouvriers s'affairent à pomper l'eau qui remplit le cratère, d'une dizaine de mètres de diamètre, causé par la roquette qui s'est abattue vers 05h00 du matin samedi
  • Une canalisation d'eau a été touchée

KONSTANTINOVKA: 11 rue des Partisans, dans le quartier "Rouge" de Konstantinovka, une bourgade de la ligne de front dans l'est de l'Ukraine. Une maison à moitié détruite, un profond cratère, le spectacle de désolation habituel. C'est la troisième fois que le quartier est frappé en quatre jours.

Des ouvriers s'affairent à pomper l'eau qui remplit le cratère, d'une dizaine de mètres de diamètre, causé par la roquette qui s'est abattue vers 05h00 du matin samedi. Une canalisation d'eau a été touchée.

Des dizaines d'habitants du quartier contemplent le spectacle, les yeux las. Routine lugubre de la guerre. Une femme s'approche, met sa main devant sa bouche devant le triste spectacle, et s'éloigne sans mot dire.

Mais Olga Dekanenko, elle, sourit presque. "Nous sommes en vie, c'est une bonne journée", dit cette femme de 67 ans, en déambulant, s'appuyant sur sa canne, dans les ruines de sa maison. "La maison où sont nés mes deux enfants", explique-t-elle fièrement en ramassant dans les gravats des photos de famille.

Dans le jardin sens dessus dessous, son chien, encore sous le choc, ferme obstinément les yeux et respire à peine.

Olga n'a même pas souvenir de ce qui s'est passé à l'aube. Sa petite chambre ravagée donne sur le jardin où est tombée la roquette, elle s'est retrouvée au pied de son lit, sous des couvertures, des oreillers, des pierres.

Nostalgie 

D'un calme impressionnant, cette ancienne ouvrière d'une des usines métallurgiques qui ont fait la gloire de Konstantinovka sous la période soviétique, déroule ses souvenirs. Le travail dans l'usine de nickel, un bon salaire, la retraite à 50 ans en raison de l'exposition au métal.

"Je ne peux pas dire que je regrette cette période, mais bien sûr, nous, les vieux, nous avons une nostalgie de l'époque soviétique" dit Olga avec son doux sourire. Mais elle a conscience que "ce n'est pas la même chose pour les jeunes".

A ses côtés, sa soeur Nina Tchouprino, un peu plus jeune, rappelle que jusque dans les années 60, l'oblast (région) de Donetsk, dans laquelle se trouve Konstantinovka, portait le nom de Staline.

A partir de 1991, les usines de cette bourgade de 70 000 habitants ont commencé à fermer les unes après les autres, nombre d'habitants sont partis, le tram, dont les rails traversent le quartier, a cessé de fonctionner.

Dans cette région industrielle, nombre d'habitants ont le sentiment d'avoir été abandonnés par Kiev et cultivent des sentiments prorusses.

"Moi, j'ai peur de tous, des Russes comme des Ukrainiens", soupire Nina Tchouprino, qui travaillait dans une usine fabriquant des piles.

Lassitude

Pourquoi ce quartier modeste et emblématique de l'histoire soviétique a-t-il été frappé trois fois en quatre jours ?

"Il y a peut-être des soldats ukrainiens dans l'école" nichée au milieu des habitations, marmonne un sexagénaire en short et torse nu, qui refuse de donner son nom.

Une explication reprise par plusieurs habitants, sans véritable animosité, juste une constatation. La fatigue, la lassitude, sont palpables dans le quartier Chervone (Rouge). Si les soldats ukrainiens vont se cacher là-bas, dit un voisin en montrant un grand bâtiment désaffecté, "la prochaine fois ce sera un carnage".

Moscou accuse régulièrement les forces ukrainiennes de se cacher dans les écoles, les hôpitaux, au milieu des civils.

Devant la maison détruite d'Olga, Margarita, une adolescente rousse de 15 ans, n'arrive pas à retenir ses larmes. "J'ai peur qu'il ne reste plus rien de notre ville bientôt. Je pense que oui, les Russes vont finir par arriver... j'espère que l'armée pourra nous défendre", dit-elle d'une voix tremblante.

Les forces russes, qui ont conquis quasiment toute la région de Lougansk, poussent depuis plusieurs semaines pour s'emparer de celle de Donetsk, et contrôler ainsi tout le Donbass, un de leurs objectifs prioritaires de guerre.

"Nous sommes juste des ouvriers, des paysans. Peu importe qui vient, si on nous donne du travail, une vie normale, c'est OK", soupire un homme avant de tourner les talons.


Les Etats-Unis frappent l'Iran pour la troisième nuit de suite et vont rétablir le blocus des ports

Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
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  • Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna
  • Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible".

Pendant une mission de cinq heures, "les forces américaines ont frappé des cibles militaires" dans plusieurs villes portuaires du sud de l'Iran, comme Bouchehr et Bandar Abbas, a détaillé le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans la matinée.

Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna.

Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom.

"Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain", avait déclaré lundi Donald Trump dans une interview radio. Pour le président américain, les dirigeants iraniens "ne peuvent absolument rien faire contre" ces frappes.

Comme la veille, les Gardiens de la Révolution iraniens ont, eux, revendiqué une opération à Bahreïn - entre autres contre un bâtiment hébergeant les troupes américaines sur la base de Juffair.

L'armée idéologique iranienne a aussi annoncé avoir ciblé en Jordanie "des installations clé et les forces américaines sur une base aérienne jordanienne", dans un communiqué cité par l'agence Tasnim. L'armée jordanienne a annoncé pour sa part l'interception de quatre missiles iraniens.

Deux tankers attaqués 

Dans le détroit d'Ormuz, les Emirats arabes unis ont déploré des attaques de missiles iraniens contre deux de leurs tankers, tuant un membre d'équipage indien.

Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump a tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible".

Avant cela, il avait annoncé sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz et que le blocus des ports iraniens serait rétabli.

Il entrera en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, le président américain a dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Le pétrole remonte 

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dont le pays a pris le contrôle du détroit au début de la guerre, a rétorqué sur X: "l'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours".

Donald Trump "a tout à fait raison. Quiconque assure le passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz devrait être rémunéré", a-t-il ironisé, ajoutant: "20%, c'est évidemment trop. Nous serons équitables".

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont accusé les Etats-Unis de mettre en péril l'approvisionnement mondial en pétrole.

Au lendemain d'une envolée spectaculaire de plus de 9%, les cours du pétrole continuaient leur ascension dans ce contexte. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, gagnait 1,19% à 84,29 dollars vers 02H00 GMT.

Après quasiment 40 jours de bombardements dans le conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord.

Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".

La semaine dernière, le président américain a d'ailleurs envoyé une notice officielle au Congrès indiquant que le conflit avec l'Iran avait repris, a confirmé la Maison Blanche à l'AFP.

Et au total, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi, selon un décompte de l'AFP à partir des médias iraniens et sources officielles.

 Protocole d'accord "en crise" 

Pour le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, "il ne fait aucun doute" que le protocole d'accord "est en crise".

"Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a-t-il tancé lors d'une conférence de presse lundi à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.

Les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman se poursuivent afin de "prévenir une escalade", a-t-il toutefois assuré.

Le protocole d'accord prévoyait la réouverture du détroit, Téhéran n'autorisant toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", avait averti dimanche le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï.


L'armée américaine dit avoir conclu une série de frappes en Iran contre «des dizaines de cibles»

  • L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran
  • Elle a "visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations"

WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran, pour la deuxième journée consécutive, se disant prête à "garantir que la liberté de navigation reste assurée" dans le détroit d'Ormuz.

Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

 


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.