Pape au Canada: les autochtones veulent faire entendre leur histoire

A la tête de la nation crie d'Enoch, une communauté autochtone d'environ 2 700 membres près d'Edmonton (Alberta), le chef Billy Morin se dit «plein d'espoir» quant à cette visite (Photo, AFP).
A la tête de la nation crie d'Enoch, une communauté autochtone d'environ 2 700 membres près d'Edmonton (Alberta), le chef Billy Morin se dit «plein d'espoir» quant à cette visite (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 21 juillet 2022

Pape au Canada: les autochtones veulent faire entendre leur histoire

  • Les autochtones canadiens, toujours victimes de discriminations, veulent profiter de la venue du pape fin juillet pour faire connaître au monde entier leur histoire
  • Cette visite du pape doit être un «moment pour mettre en lumière les gens qui ont souffert... Ce sont eux qui comptent»

MONTREAL: Les autochtones canadiens, toujours victimes de discriminations, veulent profiter de la venue du pape fin juillet pour faire connaître au monde entier leur histoire et les traumatismes liés à des décennies d'assimilation forcée.

Trois personnalités autochtones ont raconté à l'AFP leur espoirs et leurs doutes sur cette visite historique.

«Sentiment mélangé», Elisapie, chanteuse inuite

Artiste originaire de Salluit, le plus septentrional des 14 villages du Nunavik, l'extrême nord du Québec, Elisapie est devenue l'une des voix autochtones.

"J'ai des sentiments mélangés par rapport à la venue du pape", glisse la chanteuse de 45 ans, connue pour avoir dénoncé le "racisme systémique" au Québec et interpellé directement le Premier ministre de la province sur les réseaux sociaux à ce sujet.

"Je me dis que ça doit faire du bien pour les survivants de sentir qu'il y a un acte, de savoir que le pape vient. Mais je ne peux m'empêcher de penser que c'est aussi trop facile", ajoute-t-elle.

"On souffre encore beaucoup des traumatismes, qui passent de génération en génération", rappelle l'artiste qui vit aujourd'hui à Montréal et se réjouit de voir que les gens sont aujourd'hui curieux de comprendre l'histoire des autochtones.

Cette visite du pape doit être un "moment pour mettre en lumière les gens qui ont souffert... Ce sont eux qui comptent".

Regard intense et taches de rousseur en pagaille, la chanteuse estime qu'il est temps maintenant que les gouvernements fassent leur part car sinon "c'est très difficile d'avancer en tant que société et de cohabiter".

"Il y a eu un éveil et les gens sont à l'écoute. Ils ont envie de nous tendre la main et ça, c'est une bouffée d'air incroyable. Ça nous guérit presque. Maintenant, aux institutions d'agir!"

«Un long cheminement», Wilton Littlechild, survivant des pensionnats

C'était un anniversaire particulier. Le 1er avril, jour de ses 78 ans, Wilton Littlechild était au Vatican quand le pape a présenté des excuses historiques pour la responsabilité de l'Eglise dans la gestion des pensionnats pour autochtones.

"Je n'aurais pas pu recevoir de meilleur cadeau d'anniversaire", confie ce survivant "très ému parce que ça a été un long cheminement".

L'aboutissement d'une vie. Depuis une dizaine d'années, cet avocat en droit des autochtones a effectué plusieurs voyages au Vatican, rencontrant Benoit XVI puis François.

"Pour que l'on puisse guérir autant que possible, nous avons besoin de ces excuses", explique ce grand-père, qui a passé 14 ans de sa vie dans trois pensionnats différents.

Chapeau de cowboy sur ses courts cheveux noirs, et chemise à motifs de loups, cet ancien chef qui a aussi travaillé pendant des décennies à l'ONU sur les droits autochtones, explique avoir survécu grâce aux études et au sport qu'il a pratiqué à un haut niveau.

"Le sport et le hockey ont sauvé ma vie", affirme Wilton Littlechild, derrière de fines lunettes rectangulaires, se souvenant des larmes qui ruisselaient sur son visage lorsqu'il courait chaque soir pour oublier les abus du pensionnat.

"J'ai pardonné", explique celui qui se décrit comme catholique.

«Plein d'espoir», Billy Morin, chef cri

A la tête de la nation crie d'Enoch, une communauté autochtone d'environ 2 700 membres près d'Edmonton (Alberta), le chef Billy Morin se dit "plein d'espoir" quant à cette visite, qui pourra aider à panser les plaies de nombreuses victimes.

"Tout le monde ne veut pas que le pape s'excuse, certains s'en fichent", indique-t-il.

"Mais pour de nombreux aînés, cela pourrait leur permettre de tourner la page... Un moment de guérison, de célébration, de réflexion."

Il s'estime "chanceux" de ne pas avoir été forcé d'étudier en pensionnat comme ses grands-parents. Mais le traumatisme de cette période continue d'affecter sa famille, explique-t-il, causant notamment alcoolisme et distance émotionnelle.

"Nos grands-parents, mes parents, ont dû réapprendre à être de bons parents", explique ce père de quatre enfants, qui renoue désormais avec la langue crie dont il a été privé en grandissant.

L'homme de 35 ans, costume gris, lunettes rectangulaires et longue tresse noire, estime que si le pape "ne s'excusait pas, cette question de la reconnaissance resterait toujours en suspens".

C'est une "étape importante" mais "il faudra encore des décennies pour surmonter les pensionnats et la souffrance qui en a découlé".

Pape au Canada: «Des excuses, ici, auront une forte portée symbolique», selon chercheuse

Cela fait des années que les autochtones canadiens attendent et espèrent les excuses du pape pour la responsabilité de l'Eglise dans les pensionnats où quelque 150.000 enfants autochtones ont été enrôlés de force de la fin du XIXe siècle aux années 1990.

Cette visite prévue fin juillet devrait être un moment fort pour le pays tout entier, qui est confronté aux aspects les plus sombres de son histoire, explique Marie-Pierre Bousquet, professeure d'anthropologie et directrice d'un programme en études autochtones à l'université de Montréal.

Question: Le pape s'est déjà excusé pour les pensionnats, quelle est l'importance de son voyage au Canada?

Réponse: "Pour les autochtones et même pour tous les Canadiens, il est fondamental que les excuses soient prononcées ici, en terre canadienne. Cela leur donne une toute autre force, une autre portée. De plus, dans les cultures autochtones, la terre des ancêtres revêt une importance particulière.

Et puis, il est important que de nombreux survivants y assistent. C'est une demande très ancienne, des années qu'ils attendent.

Mais les générations vont vivre cela de façon différente. On sent que les jeunes autochtones sont intéressés mais ils ne semblent pas vraiment savoir quoi en attendre. Pour les plus anciens, ils espèrent mais il y a eu tellement de déceptions, de fausses promesses déjà..."

Q: Qu'espèrent-ils précisément de ce voyage?

R: "Pour certains les attentes sont immenses, ils espèrent de grands changements par la suite, des avancées en termes de réconciliation, des financements pour sortir de leurs conditions souvent très difficiles...

Et même ceux qui estiment que +c'est trop peu et trop tard+ sont tout de même très attentifs à ce qui se passe.

Mais au final cela devrait être principalement de l'ordre du symbolique, de l'émotion. Et c'est déjà important car beaucoup de choses ont besoin de sortir. Ce sont des émotions qui ne se sont pas exprimées pendant des années. Les autochtones ont besoin de parler et d'être entendus.

Même si ce qui sort est de l'ordre du négatif, il est crucial que tous les Canadiens entendent la colère, la tristesse... Il faut qu'elles soient visibles.

Cette visite n'est pas une célébration. L'heure sera à la commémoration et au respect, il faut que les survivants des pensionnats soient au cœur du processus pour que cela ait un sens."

Q: Cela peut-il être une nouvelle étape pour la société canadienne qui semble avoir vraiment pris conscience de son histoire récemment?

R: "La société a profondément évolué ces derniers mois et années sur ces questions. Le pays est face à son histoire. Aujourd'hui, les Canadiens réalisent que le passé qui a permis au Canada d'être le grand pays qu'il est aujourd'hui n'est pas celui qu'ils pensaient.

Du côté des autochtones, il y a un désir très fort de décolonisation, que la société canadienne regarde aujourd'hui en face les conséquences du système d'assimilation mis en place pendant des décennies. Ce sera une énorme déception si cette prise de conscience ne se fait pas."


Washington offre une récompense de 10 millions de dollars pour des informations sur les dirigeants iraniens

Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
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  • Les États-Unis offrent une récompense de 10 millions de dollars pour toute information sur plusieurs dirigeants iraniens, dont Mojtaba Khamenei et Ali Larijani
  • Washington affirme que ces responsables dirigent des éléments du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, accusé de planifier et de mener des actes terroristes à travers le monde

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont annoncé vendredi offrir une récompense de 10 millions de dollars en vue d'informations sur le sort des dirigeants iraniens, y compris le nouveau guide suprême, mais visant en particulier les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran.

L'appel vise aussi bien Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême, que le chef de la sécurité Ali Larijani, selon un avis diffusé par le département d'Etat américain.

Le ministre iranien de l'Intérieur, Eskandar Momeni, et le ministre du Renseignement et de la Sécurité, Esmaïl Khatib, figurent également parmi les dix personnes inscrites sur la liste du département d'Etat.

"Ces personnes commandent et dirigent divers éléments du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, qui planifie, organise et mène des actes terroristes à travers le monde", a déclaré le département d'Etat.

Il exhorte les informateurs éventuels à envoyer des informations via Signal notamment: "Vos informations pourraient vous permettre de bénéficier d'une réinstallation et d'une récompense".

Le dirigeant iranien Ali Khamenei, qui dirigeait l'Iran depuis 1989, a été tué dans une frappe le 28 février au début de la guerre.

Il a été remplacé par son fils Mojtaba mais les spéculations sur son état de santé perdurent, après les annonces par la télévision d'Etat et certains responsables qu'il avait été blessé dans les frappes.

Il a fait diffuser un message jeudi sans contenu vidéo ni audio.

Les Etats-Unis et Israël ont indiqué avoir tué nombre de responsables des Gardiens de la Révolution depuis le début des opérations militaires le 28 février.


Mojtaba Khamenei appelle à maintenir Ormuz fermé, le pétrole flambe

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  • Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale
  • Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE)

TEHERAN: Le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a appelé jeudi à maintenir fermé le détroit d'Ormuz, passage hautement stratégique du commerce de pétrole mondial, accélérant la flambée des cours.

Désigné dimanche à la place de son père Ali Khamenei, tué au début des attaques israélo-américaines sur l'Iran, il a également promis de "venger" le "sang versé par les victimes de ces bombardements.

Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale. Il y a également appelé les pays de la région à fermer les bases américaines qu'ils abritent sur leurs sols.

Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en bombardant les intérêts occidentaux dans le Golfe et ailleurs, quitte à "détruire" l'économie mondiale.

L'armée américaine a annoncé jeudi avoir frappé environ 6.000 cibles depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des bombardements américains et israéliens contre la République islamique.

Le conflit pénalise l'approvisionnement en or noir de l'économie mondiale, affaiblit les sites de production de la région et menace ses services financiers.

Le géant français TotalEnergies a ainsi annoncé suspendre ou être sur le point de suspendre l'équivalent de 15% de sa production mondiale de pétrole et de gaz dans plusieurs Etats du Golfe.

La navigation est pratiquement bloquée dans le détroit d'Ormuz, de facto contrôlé par l'Iran et par où transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

"En réponse à l'ordre" de leur "commandant en chef" Khamenei, les Gardiens de la Révolution iraniens ont promis de garder le détroit fermé et de porter "les coups les plus sévères à l'agresseur", a indiqué le commandant des forces navales Alireza Tangsiri.

Pétroliers attaqués 

Mais le gouvernement iranien a laissé entendre dans le même temps qu'il pourrait autoriser certains navires, de pays jugés non hostiles, à emprunter le détroit.

Interrogé par l'AFP, le vice-ministre des Affaires étrangères, Majid Takht-Ravanchi, a assuré que Téhéran a "coopéré" avec plusieurs "pays" qui ont demandé à l'emprunter. Il n'a pas nommé ces pays mais souligné que ceux qui se sont joints aux Etats-Unis et Israël "ne devraient pas bénéficier d'un passage sûr dans le détroit d'Ormuz".

Le ministre a démenti jeudi auprès de l'AFP que l'Iran posait des mines dans le détroit d'Ormuz, comme Washington l'en accuse.

Plusieurs explosions ont secoué le Golfe jeudi. Sur un réservoir d'hydrocarbures à Bahreïn, un immense champ pétrolier en Arabie saoudite, un aéroport au Koweit, un port à Oman.

Au moins trois navires ont été attaqués, soit un total de six depuis mercredi et 16 depuis le début du conflit, selon l'agence maritime britannique (UKMTO).

Une vidéo diffusée par le média d'Etat iranien IRIB montre une de ces attaques iraniennes, menée mercredi soir contre un pétrolier à environ 50 km des côtes irakiennes.

On y voit, dans la nuit noire, l'avant d'un pétrolier exploser, puis s'envelopper d'une énorme boule de feu, frappé de plein fouet par un projectile tiré depuis ce qui semble être un hors-bord de la marine iranienne. "Dieu est grand. Contre l'impérialisme américain dans le nord du golfe Persique, au nom de l'imam Khamenei, au nom de la République islamique d'Iran, ces eaux appartiennent aux défenseurs de l'islam", se réjouit l'un des Iraniens à bord.

L'attaque, visant deux pétroliers, a fait un mort, selon les autorités irakiennes, qui précisent avoir secouru plus de 50 membres d'équipage.

Côté américain, entre la poursuite de la guerre et les cours du pétrole, le président Donald Trump dit avoir fait son choix: la nécessité de "stopper" l'Iran passe avant les prix du pétrole car il faut "empêcher un empire du mal, l'Iran, de se doter d'armes nucléaires et de détruire le Moyen-Orient, voire le monde entier".

En Iran, au 13e jour de la guerre, la vie quotidienne des habitants de la région s'organise entre privations, angoisses et espoir d'un lendemain meilleur.

"On peut toujours faire ses courses. L'exception, c'était le jour où ils ont frappé les dépôts de pétrole: avec la pluie noire, ça faisait apocalyptique", explique à l'AFP une habitante de 39 ans, contactée depuis Paris.

Les frappes, certes, sont difficiles à vivre. Mais "je ne comprends pas les gens qui disent +non à la guerre+", explique-t-elle. Après la violente répression des manifestations de janvier en Iran, "il n'y a aucune autre solution que l'intervention étrangère" pour changer le pouvoir politique.

Quelque 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur de l'Iran depuis le début de la guerre, selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Téhéran "n'a plus rien à perdre" 

Entre blocage d'Ormuz et discours guerriers, les cours du pétrole, qui ont pour certains grimpé de plus de 40% depuis le début de la guerre, continuent de flamber, malgré la décision la veille des pays de l'AIE d'utiliser leurs réserves stratégiques pour soutenir l'offre.

Jamais l'approvisionnement mondial en pétrole n'a été aussi perturbé, estime l'AIE. Selon elle, le blocage d'Ormuz a contraint les pays du Golfe à réduire drastiquement leur production pétrolière, grevant l'offre mondiale de 7,5%.

Donald Trump a ces derniers jours promis qu'une "grande sécurité" régnerait bientôt dans le détroit d'Ormuz. Son ministre de l'Energie a toutefois précisé que l'armée n'était "pas prête" pour le moment à escorter des pétroliers dans le détroit.

"Le régime iranien, qui n'a plus rien à perdre, entretiendra une guerre d'usure contre les Etats-Unis et Israël pour les punir de leur agression", a estimé auprès de l'AFP Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques.

Economiquement, l'opération est un gouffre pour les Etats-Unis. La première semaine de guerre leur a coûté plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times, en s'appuyant sur des sources parlementaires.

 

 


Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution pour l'arrêt des frappes iraniennes sur les États du Golfe et la Jordanie

Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
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  • La résolution déclare que les attaques violent le droit international et constituent une "grave menace pour la paix et la sécurité internationales"
  • Les actions iraniennes visant à fermer la navigation internationale à travers le détroit d'Ormuz sont également condamnées

NEW YORK : Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté mercredi une résolution condamnant les attaques de missiles et de drones iraniens contre les États du Golfe et la Jordanie. Treize membres du Conseil ont voté en faveur de cette résolution, tandis que la Russie et la Chine se sont abstenues.

La résolution 2817, présentée par Bahreïn au nom du Conseil de coopération du Golfe, a été coparrainée par 135 pays, ce qui représente l'une des plus importantes manifestations de soutien à une résolution du Conseil de sécurité de ces dernières années.

Elle "condamne sans équivoque, dans les termes les plus forts", les frappes de missiles et de drones iraniens visant les territoires des pays du Golfe et de la Jordanie, décrivant ces attaques comme une violation du droit international et une grave menace pour la paix et la sécurité internationales.

Elle exige que Téhéran mette fin "immédiatement et sans condition" à ses attaques et provocations contre les États voisins, y compris par l'intermédiaire de forces mandataires, et demande l'arrêt immédiat de toutes les frappes. Elle exprime son soutien résolu à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États du Golfe et de la Jordanie, et réaffirme leur droit à l'autodéfense en vertu de l'article 51 de la Charte des Nations unies.

La résolution déplore ce qu'elle décrit comme le ciblage délibéré par l'Iran de civils et d'infrastructures civiles, notamment des aéroports, des installations énergétiques, des installations de production et de distribution de denrées alimentaires et d'autres infrastructures essentielles.

Elle fait également référence à la résolution 552 du Conseil de sécurité (adoptée en 1984 et condamnant les attaques iraniennes contre la navigation dans le Golfe), réaffirmant ainsi l'importance de la liberté de navigation dans les eaux internationales et les voies maritimes, alors que les menaces pesant sur le trafic maritime dans la région suscitent des inquiétudes.

Elle met en garde contre toute menace pesant sur la navigation maritime, en particulier sur les voies navigables d'importance stratégique que sont le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab Al-Mandab, et souligne l'importance de la région pour l'approvisionnement énergétique mondial et les flux commerciaux internationaux.

S'exprimant après le vote, l'ambassadeur du Bahreïn auprès des Nations unies, Jamal Alrowaiei, a déclaré que le large soutien apporté à la résolution reflétait l'inquiétude mondiale face aux récentes attaques contre des États de la région.

"Le fait que 135 pays aient coparrainé cette résolution témoigne d'une prise de conscience collective de la dangerosité des attaques iraniennes contre le CCG et la Jordanie", a-t-il déclaré.

Les frappes iraniennes ont visé des infrastructures civiles, des zones résidentielles et des installations essentielles dans toute la région, faisant des victimes parmi les civils, a-t-il ajouté.

"Notre région est un pilier essentiel de la stabilité régionale et mondiale, de la sécurité énergétique et de la sécurité des échanges commerciaux", a-t-il poursuivi.

"La protection de notre région n'est pas seulement une question régionale, c'est une responsabilité internationale commune étroitement liée à la stabilité de l'économie mondiale et des chaînes d'approvisionnement internationales.

Jérôme Bonnafont, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, a déclaré que la résolution envoyait un signal clair en condamnant les "frappes aveugles menées par l'Iran contre ses voisins régionaux".

Il a ajouté : "Depuis une douzaine de jours, le Moyen-Orient est à nouveau plongé dans la guerre. Cette guerre fait peser de graves risques sur la sécurité régionale et doit cesser maintenant."

L'Iran porte une responsabilité majeure dans cette escalade, a déclaré M. Bonnafont, citant le programme de missiles du pays, son soutien aux milices régionales et les menaces liées à ses activités nucléaires.

James Kariuki, chargé d'affaires à la mission du Royaume-Uni auprès des Nations unies, a déclaré que le Conseil avait raison de condamner des attaques qui "constituent une menace sérieuse pour nos partenaires du Golfe et pour la Jordanie, et risquent de provoquer une nouvelle conflagration régionale et mondiale".

Le Royaume-Uni participe à des opérations défensives régionales coordonnées et continuera à soutenir les États du Golfe et la Jordanie, a-t-il ajouté.

L'ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, a déclaré que Téhéran attaquait les États de la région par désespoir, car la patience de la communauté internationale à l'égard de ses actions s'épuisait.

"Le régime de Téhéran tente d'exporter la terreur et la destruction, mais même le Conseil de sécurité est à bout de patience face à l'agression iranienne", a-t-il ajouté.

L'ambassadeur des États-Unis, Mike Waltz, a déclaré : "La stratégie de l'Iran consistant à semer le chaos, à prendre ses voisins en otage et à ébranler la détermination de la région s'est clairement retournée contre lui, comme l'a montré le vote d'aujourd'hui.

L'ambassadeur de Chine aux Nations unies, Fu Cong, a déclaré que Pékin condamnait les attaques contre les civils et les cibles non militaires et soutenait les préoccupations des États du Golfe en matière de sécurité, mais qu'il s'était abstenu lors du vote parce qu'il estimait que la résolution ne reflétait pas correctement les causes plus larges du conflit.

"Le principal moyen d'empêcher une nouvelle détérioration de la situation est que les États-Unis et Israël cessent leurs opérations militaires", a-t-il déclaré.

Bien que la Chine ne soutienne pas les attaques iraniennes contre les États arabes du Golfe, elle estime que la résolution manque d'équilibre et ne tient pas suffisamment compte du contexte général du conflit, a-t-il ajouté.

M. Fu a appelé toutes les parties à mettre fin à leurs opérations militaires et à reprendre le dialogue et les négociations.

L'ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vassily Nebenzia, a déclaré que Moscou s'était abstenu lors du vote parce qu'il considérait lui aussi que la résolution était "extrêmement déséquilibrée".

Il a déclaré au Conseil : "Il est impossible et injuste de parler d'attaques contre des pays de la région sans tenir compte des causes profondes de l'escalade actuelle, à savoir l'agression des États-Unis et d'Israël contre la République islamique d'Iran.

La résolution "confond la cause et l'effet" et ne mentionne pas les attaques contre l'Iran lui-même, a déclaré M. Nebenzia, estimant que le texte pourrait donner l'impression que Téhéran a mené des frappes non provoquées contre des États arabes.

Mais il a ajouté : "Les frappes contre les civils et les infrastructures civiles ne sont acceptables en aucune circonstance - ni en Iran, ni à Bahreïn, ni en Jordanie, ni au Qatar, ni au Koweït, ni à Oman, ni en Arabie saoudite, ni aux Émirats arabes unis, ni en Israël".

De nombreux diplomates ont déclaré que l'importance du soutien international à la résolution soulignait un sentiment croissant d'inquiétude face aux effets des attentats sur la stabilité régionale, les marchés mondiaux de l'énergie et les routes commerciales internationales.

L'ambassadeur du Pakistan auprès des Nations unies, Asim Iftikhar Ahmad, a déclaré qu'Islamabad avait voté en faveur de la résolution pour montrer sa solidarité avec les États du Golfe et la Jordanie, tout en appelant à une solution diplomatique plus large au conflit.

Il a condamné les attaques visant les civils et les infrastructures civiles et a réaffirmé le soutien de son pays à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États touchés.

Il a appelé à une cessation immédiate des hostilités et à un retour à la table des négociations, avertissant que le conflit avait déjà eu de graves conséquences régionales, notamment des pertes civiles et des perturbations économiques.

Le Pakistan est également préoccupé par l'instabilité en Iran, a déclaré M. Ahmad, et il a réitéré le soutien d'Islamabad à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Iran.

Des millions de ressortissants pakistanais vivant dans les pays du Golfe ont été exposés aux retombées du conflit, a-t-il ajouté, tandis que les perturbations de l'approvisionnement en énergie et des transports aériens affectaient déjà l'économie pakistanaise.

M. Ahmad a appelé toutes les parties à faire preuve d'une "retenue maximale" et à reprendre rapidement la voie de la diplomatie afin de parvenir à une résolution négociée et durable de la crise.