Des créanciers du Sri Lanka pourraient retarder un éventuel renflouement du FMI

Les fonctionnaires impliqués dans le processus disent qu'il est crucial de conclure un accord avec Pékin (Photo, AFP).
Les fonctionnaires impliqués dans le processus disent qu'il est crucial de conclure un accord avec Pékin (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 05 août 2022

Des créanciers du Sri Lanka pourraient retarder un éventuel renflouement du FMI

  • Le Sri Lanka a fait défaut sur sa dette extérieure de 51 milliards de dollars à la mi-avril et négocie avec le FMI un éventuel renflouement
  • La restructuration de cette dette est une condition préalable à l'approbation par le FMI d'un plan de sauvetage

COLOMBO: Un éventuel renflouement du Sri Lanka, en faillite, par le Fonds monétaire international pourrait être retardé si les créanciers du pays, dont la Chine, refusent de faire des concessions en vue d'une restructuration, a averti vendredi le président Ranil Wickremesinghe.

Le Sri Lanka a fait défaut sur sa dette extérieure de 51 milliards de dollars à la mi-avril et négocie avec le FMI un éventuel renflouement.

La restructuration de cette dette est une condition préalable à l'approbation par le FMI d'un plan de sauvetage.

"Tant qu'un accord n'a pas été conclu entre les créanciers officiels, il n'est pas possible d'aller au Club de Londres", a déclaré Ranil Wickremesinghe lors d'un forum, en référence aux créanciers privés qui traitent les dettes publiques.

M. Wickremesinghe n'a cité aucun pays nommément, mais les analystes estiment qu'il faisait référence à la Chine, premier créancier bilatéral détenant plus de 10% de la dette extérieure du Sri Lanka.

Les fonctionnaires impliqués dans le processus disent qu'il est crucial de conclure un accord avec Pékin, seulement la Chine n'a pas publiquement donné sa position depuis son offre de prêts supplémentaires, pour éviter une décote de ses créances.

Cette démarche n'est pas acceptable pour les autres créanciers aspirant à être tous traités équitablement.

Le FMI est susceptible d'insister sur des réformes structurelles douloureuses dans le cadre de tout renflouement

"C'est peut-être amer mais tout remède pour la reprise est amer", a prévenu M. Wickremesinghe.

Selon l'analyste Victor Ivan, les négociations sur la dette pourraient être mises à profit par Pékin pour obtenir des concessions dans l'île d'Asie du Sud, dont la situation géographique stratégique est l'objet d'enjeux géopolitiques internationaux.

"La Chine l'a fait dans le passé, mais le faire si ouvertement maintenant pourrait se retourner contre elle compte tenu des circonstances au Sri Lanka", a ajouté l'expert.

En 2017, Colombo s'était retrouvé dans l'incapacité d'assurer le service de sa dette de 1,4 milliard de dollars contractée auprès de Pékin pour la construction du port en eau profonde de Hambantota et avait dû le céder pour 99 ans à une entreprise chinoise.

"Renégocier la dette chinoise pourrait être un point de friction", a déclaré à l'AFP W. A. Wijewardena, ancien gouverneur adjoint de la Banque centrale du Sri Lanka, "il faudra négocier durement avec eux".

Jeudi, les États-Unis ont semblé encourager les créanciers de l'île à œuvrer en faveur d'un accord.

En marge d'une réunion de l'ASEAN, le secrétaire d'État américain Anthony Blinken a déclaré qu'un renflouement par le FMI "exigeait une restructuration appropriée de la dette, qui doit être effectuée sur une base équitable, tous les créanciers faisant le nécessaire".

Colombo a emprunté massivement à l'Inde voisine cette année pour s'approvisionner en carburant. New Delhi n'a pas encore fait connaître sa position sur la restructuration.


Camaieu placé en liquidation judiciaire, 2 600 emplois supprimés

Sur cette photo d'archive prise le 27 mai 2020, des personnes passent devant une succursale de la marque Camaieu à Lille, dans le nord de la France. Une deuxième audience a lieu le 28 septembre 2022 au tribunal de commerce de Lille concernant le redressement judiciaire de Camaieu. (AFP)
Sur cette photo d'archive prise le 27 mai 2020, des personnes passent devant une succursale de la marque Camaieu à Lille, dans le nord de la France. Une deuxième audience a lieu le 28 septembre 2022 au tribunal de commerce de Lille concernant le redressement judiciaire de Camaieu. (AFP)
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  • L'annonce a déclenché des larmes parmi les salariés présents au tribunal
  • En reprenant 511 des 634 magasins de la marque en France et quelque 2.600 salariés sur plus de 3.100, l'actionnaire s'était donné en 2020 deux ans pour remettre à l'équilibre l'enseigne

TOURCOING, FRANCE: Fin de partie pour Camaieu et ses 2.600 salariés: deux ans après sa reprise, moins de deux mois après son placement en redressement judiciaire, l'enseigne de prêt-à porter nordiste a été mise mercredi en liquidation, une issue qu'a regrettée le gouvernement, mettant en cause l'actionnaire.

"Le tribunal convertit le redressement en liquidation judiciaire", a déclaré son président à l'issue d'une audience d'environ trois heures et d'un délibéré express, précisant que l'activité serait maintenue "jusqu'à samedi 23H00". Ensuite, les 511 magasins seront fermés et les 2.600 emplois supprimés.

"C'est une grande déception", a réagi auprès de l'AFP le ministre délégué à l'Industrie Roland Lescure. "Le plan de reprise était très peu instruit avec un plan d'affaires qui tient sur une page. Je ne suis pas capable (dans ces conditions) d'engager les deniers publics. Je regrette qu'on en soit arrivé là", a-t-il déclaré.

La direction de Hermione People and Brands (HPB), actionnaire de Camaieu et filiale de La Financière immobilière bordelaise (FIB), n'a pas réagi dans l'immédiat.

L'annonce a déclenché des larmes parmi les salariés présents au tribunal, dont certains s'en sont pris verbalement à l'homme d'affaires Michel Ohayon, propriétaire de la FIB. "On s’est battu pour cette entreprise", s'est-il défendu, s'affirmant "aussi atterré" qu'eux.

 "Terrible gâchis" 

"Nous travaillons avec beaucoup de prestataires, donc on dépasse les 5.000 salariés", a réagi Chérif Legba, délégué FO, qui évoque "un drame" pour toutes ces familles.

Le président LR de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a déploré "une terrible nouvelle sur le plan humain et un terrible gâchis économique pour cette enseigne historique", promettant d'"aider chaque salarié licencié à retrouver une activité".

"C'est un très sale coup pour notre région et notre métropole", a fait écho la maire PS de Lille Martine Aubry, qui souhaite que l'Etat se montre "très présent auprès des salariés".

Le plan présenté au tribunal par l'actionnaire HPB prévoyait de limiter la casse sociale, avec 500 emplois supprimés.

HPB s'était dit prêt dans la matinée, tout comme la région Hauts-de-France, à injecter plus d'argent pour éviter la liquidation, à condition que l'État apporte lui aussi son soutien financier pour sauver l'enseigne, chahutée par la crise sanitaire et une coûteuse cyberattaque.

HBP avait auparavant chiffré l'"avance remboursable" demandée à 48 millions d'euros, mais Bercy avait jugé lundi que cette demande n'était pas "réaliste".

"Offre déséquilibrée" 

Le projet de reprise communiqué dimanche "consistait pour l'Etat a abandonner 20 millions de passif, avec en plus 48 millions de prêt direct (...) tout cela avec un apport en liquidité de 5 millions de la part de l'actionnaire", a affirmé M. Lescure, fustigeant "une offre extrêmement déséquilibrée".

Selon HPB, qui estimait qu'un total de 79,2 millions d'euros était nécessaire sur les huit prochains mois pour redresser l'enseigne, le plan prévoyait une mise de fonds de 14 millions d'euros de la FIB pour racheter le siège et l'entrepôt de Camaieu. Ils auraient ensuite été "valorisés" et revendus pour un montant estimé entre 55 et 60 millions.

"Tristesse et colère: 2600 salariés et leur famille sont sur le carreau", a déploré dans un tweet David Guiraud, député Nupes de la 8e circonscription du Nord, où le siège de Camaieu emploie quelque 500 personnes.

Selon HPB, l'enseigne a basculé après un arrêt de la Cour de cassation imposant fin juin aux commerçants de régler les loyers impayés lors de la période Covid. Leur montant s'élève à 70 millions d'euros sur un total de 240 millions de dettes, selon HPB.

En reprenant 511 des 634 magasins de la marque en France et quelque 2.600 salariés sur plus de 3.100, l'actionnaire s'était donné en 2020 deux ans pour remettre à l'équilibre l'enseigne.


Liban: nouveau taux de change officiel pour la livre libanaise

La monnaie nationale, fixée officiellement depuis 1997 au taux de 1 507 livres pour un dollar, a perdu depuis 2019 environ 95% de sa valeur. (Photo, AFP)
La monnaie nationale, fixée officiellement depuis 1997 au taux de 1 507 livres pour un dollar, a perdu depuis 2019 environ 95% de sa valeur. (Photo, AFP)
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  • «Le ministère des Finances et la Banque centrale se sont entendus sur l'adoption du taux de 15 000 livres libanaises pour un dollar», a annoncé le ministère dans un communiqué
  • Le dollar s'échangeait toutefois jeudi aux alentours de 38 400 livres sur le marché noir

BEYROUTH: Le Liban adoptera un nouveau taux de change officiel de 15 000 livres pour un dollar américain début novembre, a annoncé jeudi le ministère des Finances dans un contexte de profonde crise économique qui sévit depuis trois ans. 

La monnaie nationale, fixée officiellement depuis 1997 au taux de 1 507 livres pour un dollar, a perdu depuis 2019 environ 95% de sa valeur. 

"Le ministère des Finances et la Banque centrale se sont entendus sur l'adoption du taux de 15 000 livres libanaises pour un dollar", a annoncé le ministère dans un communiqué. 

Une information confirmée par une source au sein de la Banque centrale. 

"Cette mesure entrera en vigueur à partir du 1er novembre 2022" et constituera "un premier pas" vers l'unification des multiples taux de change en vigueur au Liban, selon le ministère. 

Le dollar s'échangeait toutefois jeudi aux alentours de 38 400 livres sur le marché noir. 

Le 19 septembre, la livre libanaise avait enregistré un nouveau plus bas face au dollar américain, s'échangeant à 38 500 pour un billet vert. 

Le Liban connaît l'une des pires crises économiques au monde depuis 1850 selon la Banque mondiale, marquée par une flambée vertigineuse des prix, une dégringolade historique de la devise nationale, une paupérisation inédite de la population et de graves pénuries. 

Le nouveau taux de change "reste bien en deçà de celui du marché noir", a souligné l'économiste Nasser Saïdi à l'AFP. "Nous ajoutons un taux de plus à ceux qui existent déjà (...) Ce qui implique une augmentation de l'inflation et des prix". 

La modification du taux de change officiel intervient après la visite la semaine dernière d'une délégation du Fonds monétaire international (FMI) qui exige la mise en place de réformes nécessaires pour débloquer une aide de trois milliards de dollars. 

Parmi ces réformes, l'unification du taux de change, la réforme de la loi sur le secret bancaire, la restructuration du secteur bancaire et une loi sur le contrôle des capitaux. 

Le budget 2022, également exigé par le FMI, a été adopté cette semaine. 

Ces réformes doivent être promulguées "avant la présidentielle", avait indiqué le ministre libanais de l'Economie par intérim, Amine Salam. 

Celle-ci est prévue en novembre, après l'expiration le 31 octobre du mandat de six ans de l'ex-général Michel Aoun, 87 ans, mais plusieurs experts prédisent un report du scrutin en raison de fortes divergences politiques. 

Quatre Libanais sur cinq vivent désormais en dessous du seuil de pauvreté selon l'ONU, une paupérisation accélérée par une inflation à trois chiffres. 


Musk veut publier ses tweets sur Tesla sans les faire pré-approuver

«La disposition a pour effet de contraindre et de miner le discours autorisé par la loi de M. Musk», assènent les avocats, qui dénoncent le caractère «anticonstitutionnel» de la clause. (Photo, AP)
«La disposition a pour effet de contraindre et de miner le discours autorisé par la loi de M. Musk», assènent les avocats, qui dénoncent le caractère «anticonstitutionnel» de la clause. (Photo, AP)
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  • Dans un document transmis mardi soir à une cour d'appel fédérale de Manhattan, les avocats de M. Musk décrivent cette clause comme une «muselière imposée par le gouvernement»
  • Musk s'était fait réprimander par la SEC après avoir publié un message sur Twitter en 2018, dans lequel il assurait disposer des financements appropriés pour retirer le fabricant de véhicules électriques de la Bourse, sans en apporter la preuve

NEW YORK: Elon Musk a demandé à un tribunal new-yorkais d'annuler une disposition d'un accord passé avec le gendarme boursier américain (SEC) l'obligeant à faire valider par un avocat ses tweets liés à l'activité de son groupe Tesla. 

Dans un document transmis mardi soir à une cour d'appel fédérale de Manhattan, les avocats de M. Musk décrivent cette clause comme une "muselière imposée par le gouvernement". 

"La disposition a pour effet de contraindre et de miner le discours autorisé par la loi de M. Musk", assènent les avocats, qui dénoncent le caractère "anticonstitutionnel" de la clause. 

Le patron de Tesla s'était fait réprimander par la SEC après avoir publié un message sur Twitter en 2018, dans lequel il assurait disposer des financements appropriés pour retirer le fabricant de véhicules électriques de la Bourse, sans en apporter la preuve. 

Le régulateur boursier lui avait alors imposé de lâcher la présidence du conseil d'administration de Tesla, de payer une amende de 20 millions de dollars et, après un nouveau tweet malencontreux début 2019, de faire approuver ses tweets directement liés à l'activité de l'entreprise par un juriste compétent avant leur diffusion. 

Une tentative précédente de M. Musk de mettre fin à l'accord noué avec la SEC avait été rejetée fin avril par le juge Lewis Liman, qui avait notamment estimé que l'entrepreneur ne pouvait se rétracter au motif que "son entreprise est devenue, à ses yeux, invincible". 

M. Musk, dont la fortune est estimée par Forbes à près de 260 milliards de dollars, est par ailleurs engagé dans une bataille judiciaire contre Twitter qu'il avait souhaité acquérir pour 44 milliards de dollars en avril avant de renoncer à son projet quelques mois plus tard. 

Le réseau social a lancé des poursuites début juillet pour forcer le milliardaire à honorer son contrat. De son côté, M. Musk justifie l'abandon du rachat en affirmant que le nombre de faux comptes sur Twitter est nettement plus élevé que les estimations communiquées par l'entreprise. 

Le procès doit avoir lieu du 17 au 21 octobre dans un tribunal spécialisé de l'Etat du Delaware (côte est des Etats-Unis).