En Chine, avoir eu un jour le Covid peut faire de vous un paria

Cette photo d'archive prise le 31 juillet 2022 montre des résidents faisant la queue pour subir des tests d'acide nucléique pour le coronavirus Covid-19 sur un site de collecte d'écouvillons à Guangzhou, dans la province méridionale du Guangdong en Chine. (AFP)
Cette photo d'archive prise le 31 juillet 2022 montre des résidents faisant la queue pour subir des tests d'acide nucléique pour le coronavirus Covid-19 sur un site de collecte d'écouvillons à Guangzhou, dans la province méridionale du Guangdong en Chine. (AFP)
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Publié le Dimanche 14 août 2022

En Chine, avoir eu un jour le Covid peut faire de vous un paria

  • Difficile de cacher la vérité lors d'un entretien d'embauche: «Les recruteurs vérifient l'historique des tests Covid remontant à plusieurs mois lors d'un entretien»
  • La Chine est la dernière grande économie de la planète à poursuivre une stricte politique zéro Covid, avec des tests réguliers à grande échelle et des confinements de quartiers voire de villes entières

PEKIN: Attraper le Covid, s'en remettre et, des mois plus tard, être toujours considéré comme un paria: c'est ce qui est arrivé à Mme Zou, une femme de ménage qui peine à retrouver un travail, une discrimination de plus en plus courante en Chine.

Quand elle a été testée positive, alors qu'elle travaillait dans l'équipe de nettoyage d'un centre de quarantaine de Shanghai, cette femme, qui ne donne que son nom de famille, pensait que ce serait juste un mauvais moment à passer.

Quatre mois plus tard, elle se bat pour pouvoir retravailler.

"Les gens ont peur d'attraper le virus à notre contact, donc ils nous évitent", soupire-t-elle.

Difficile de cacher la vérité lors d'un entretien d'embauche: "Les recruteurs vérifient l'historique des tests Covid remontant à plusieurs mois lors d'un entretien".

Comme elle, d'autres anciens malades subissent cette discrimination alors qu'ils sont parfaitement rétablis, s'inquiètent des défenseurs du droit du travail, soulignant que les premières victimes sont les migrants venus des campagnes et les jeunes.

La Chine est la dernière grande économie de la planète à poursuivre une stricte politique zéro Covid, avec des tests réguliers à grande échelle et des confinements de quartiers voire de villes entières.

Ceux testés positifs et leurs contacts sont systématiquement envoyés en centres de quarantaine.

De quoi alimenter la paranoïa: certains anciens malades du Covid  - mais aussi leurs familles, voisins et amis - sont frappés d'un stigmate, raconte Jin Dongyan, professeur à l'école de sciences biomédicales de l'université de Hong Kong. Même le personnel soignant en première ligne est vu d'un mauvais oeil.

"L'ignorance fait que certains craignent que les personnes ayant été infectées soient plus susceptibles d'être réinfectées, mais en réalité c'est le contraire", indique-t-il.

«Comme un virus»

Mme Zou, elle, s'est lancée dans une bataille judiciaire contre son employeur, qui refuse de lui verser son salaire depuis qu'elle est tombée malade et de lui rendre son emploi.

Contacté, ce dernier n'a pas voulu commenter.

He Yuxiu a connu la même mésaventure: cette influenceuse sur les réseaux sociaux, qui s'exprime sous pseudonyme, était en Ukraine quand la guerre a éclaté. Elle est rentrée en Chine où elle a commencé à travailler comme professeure de russe dans la province du Hebei (nord).

Quand l'école a appris qu'elle avait eu le Covid en Ukraine, elle a été renvoyée.

"Je n'aurais jamais cru perdre mon premier emploi à cause de ça", a-t-elle raconté dans une vidéo postée sur Weibo, le Twitter chinois. Mais "pourquoi devrait-on être traité comme un virus, quand justement nous l'avons vaincu?".

Ailleurs dans le pays, d'autres cas de discrimination ont été signalés: le mois dernier, des annonces d'emploi d'usines de Shanghai spécifiaient clairement que toute personne ayant déjà eu le Covid ne serait pas recrutée.

Toujours à Shanghai, l'histoire d'une jeune femme ayant vécu plusieurs semaines dans les toilettes de la gare de Hongqiao est devenue virale: récemment rétablie du Covid, elle ne pouvait plus ni trouver un travail ni retourner vivre dans son village.

A Foshan (sud), un théâtre a dû s'excuser après le scandale provoqué par une affiche interdisant l'entrée à ceux ayant attrapé un jour le virus.

«Petits moutons»

En juillet, les autorités chinoises ont publié une circulaire interdisant toute discrimination envers les patients rétablis du Covid, le Premier ministre Li Keqiang appelant à des sanctions sévères en cas d'infraction.

Mais à Shanghai, même après l'annonce par la ville de règles strictes anti-discrimination, des usines n'ont pas changé leurs pratiques, dénonce Wang Tao, un agent qui met en relation les usines avec les travailleurs migrants venus des campagnes.

"Certaines donnent différentes excuses (pour ne pas embaucher) alors qu'elles manquent de travailleurs, mais tous ceux dont la candidature est rejetée ont été positifs par le passé".

L'AFP a contacté huit entreprises citées par les médias d'Etat pour leurs pratiques discriminatoires - dont le fabricant d'iPhone Foxconn. Aucune n'a souhaité s'exprimer.

"C'est très dur pour les travailleurs de protéger leurs droits car (...) il est difficile de prouver que (les employeurs) violent la loi du travail", souligne Aidan Chau, chercheur au groupe de défense des droits China Labour Bulletin.

"C'est important que les syndicats montent au créneau. Mais beaucoup de petites et moyennes entreprises n'en ont pas".

Ceux testés positifs sont surnommés "les petits moutons" sur les réseaux sociaux chinois, car en mandarin, les mots "positif" et "mouton" sont prononcés pareil.

Mme Zou, elle, aimerait juste tourner la page: "C'est vraiment compliqué pour les patients rétablis de revenir à une vie normale. Où qu'on aille, notre historique d'infection nous suivra comme un nuage noir".


L'UE appelle Israël à cesser son « escalade militaire» au Liban

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  • Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays
  • "Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne"

BRUXELLES: Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays, où les autorités israéliennes envisagent d'établir dans le sud une zone sous contrôle militaire, a affirmé lundi un porte-parole de l'Union européenne.

"Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne", a affirmé ce porte-parole, Anouar El Anouni.

 

 


Trump a renvoyé une proposition d'accord plus stricte à l'Iran 

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  • D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran
  • Selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a renvoyé une nouvelle proposition d'accord plus stricte à l'Iran pour mettre fin à la guerre, alors qu'une entente semblait se rapprocher ces derniers jours, affirment samedi des médias américain.

D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran.

Le média américain n'est pas en mesure de préciser les changements apportés par le républicain. Mais selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens.

M. Trump a maintes fois répété qu'il était exclu que Téhéran se dote de l'arme atomique, et exige que son stock d'uranium hautement enrichi soit détruit.

La question du nucléaire est l'un des principaux points de friction dans les négociations pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre la République islamique.

Parmi les autres priorités du président figurent la réouverture et le déminage du détroit d'Ormuz par l'Iran, qui en bloquant cette voie d'eau perturbe gravement les approvisionnements en carburant et l'économie mondiale en général.

Les modifications apportées par Donald Trump pourraient encore prolonger les négociations. Des sources américaines ont indiqué à l'AFP que le président n'avait pas décidé de signer la proposition sur son bureau vendredi, après une réunion de crise à la Maison Blanche.

Dans la soirée, un responsable de la présidence avait affirmé que Donald Trump ne signerait un accord "que s'il est bon pour l'Amérique et que ses lignes rouges sont satisfaites".


Les Etats-Unis et l'Iran s'attaquent mutuellement malgré le cessez-le-feu

Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi une série d'attaques réciproques, portant un nouveau coup au cessez-le-feu au moment où leurs négociations pour mettre fin à la guerre patinent. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi une série d'attaques réciproques, portant un nouveau coup au cessez-le-feu au moment où leurs négociations pour mettre fin à la guerre patinent. (AFP)
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  • Les informations de médias américains pendant le week-end faisant état de nouvelles exigences américaines envers Téhéran ont refroidi les espoirs d'accord imminent, alimentés par Donald Trump lui-même
  • Et tandis que sur le front libanais Israël a intensifié son offensive, l'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi une série d'attaques réciproques, portant un nouveau coup au cessez-le-feu au moment où leurs négociations pour mettre fin à la guerre patinent.

Les informations de médias américains pendant le week-end faisant état de nouvelles exigences américaines envers Téhéran ont refroidi les espoirs d'accord imminent, alimentés par Donald Trump lui-même.

Et tandis que sur le front libanais Israël a intensifié son offensive, l'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine.

Ces bombardements ont visé des systèmes de radar et de contrôle de drones dans la ville de Goruk et l'île de Qeshm dans le détroit d'Ormuz, a précisé le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dimanche soir sur X.

Ces opérations ont été menées "en réponse à des actions agressives de l'Iran, dont la destruction d'un drone américain MQ-1 qui opérait au-dessus des eaux internationales", a ajouté la même source.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, peu après, ont affirmé avoir attaqué une base utilisée par l'armée américaine pour des frappes contre son territoire.

La localisation de cette base n'a pas été précisée dans le communiqué des Gardiens diffusé par les médias d'Etat.

L'armée du Koweït a annoncé de son côté faire face à une attaque de drones et missiles.

Washington et Téhéran s'étaient déjà accusés mutuellement jeudi de violer le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, après des frappes américaines sur le sud de l'Iran suivies d'une attaque contre le Koweït.

Plus de fermeté 

La guerre a été déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine, alors que Téhéran et Washington avaient repris des négociations sur le nucléaire. Le conflit, qui a fait des milliers de morts, ébranle l'économie mondiale en faisant grimper les prix du pétrole.

Alors que les deux pays semblaient ces derniers jours se rapprocher d'un accord, le New York Times a rapporté samedi, sans plus de détails, que le président américain avait durci sa proposition et envoyé une nouvelle version d'un possible protocole d'accord à Téhéran.

Selon le site américain Axios, M. Trump, dont la priorité déclarée est de mettre fin au programme nucléaire iranien et de rétablir le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, souhaite plus de fermeté des négociateurs de Washington.

La chaîne CBS a rapporté dimanche soir que la nouvelle proposition américaine prévoit une prolongation du cessez-le-feu de 60 jours avec des clauses prévoyant la réouverture d'Ormuz et un cadre pour une reprise des négociations sur le nucléaire.

"Nous n'approuverons aucun accord tant que nous n'aurons pas la certitude que les droits du peuple iranien ont été pleinement garantis", a averti dimanche le principal négociateur iranien, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'Iran, qui revendique son droit à mener un programme nucléaire civil, a toujours démenti vouloir se doter de l'arme atomique, malgré les soupçons en ce sens des Etats-Unis et de nombreux pays.

Il souhaite aborder ce dossier dans un second temps en cas d'accord avec Washington et exige une levée immédiate des sanctions le frappant.

Site stratégique 

Donald Trump a insisté dimanche sur Truth Social que le projet d'accord "stipule très clairement que l'Iran n'aura pas d'arme nucléaire", et ce "en des termes très fermes".

Téhéran insiste aussi pour que tout accord inclue la fin des hostilités au Liban, où Israël veut "éliminer" le Hezbollah pro-iranien.

Mais sur ce front, l'armée israélienne continue à avancer dans le sud du pays où elle a mené de nouvelles frappes, et le Hezbollah poursuit ses attaques notamment dans le nord israélien, malgré la trêve en vigueur depuis le 17 avril, mais non respectée.

L'armée israélienne s'est emparée dimanche de la forteresse médiévale de Beaufort, un site stratégique où elle avait établi une base pendant les deux décennies de l'occupation israélienne, achevée en 2000.

Pour les Etats-Unis, c'est au Hezbollah de cesser les tirs en premier, en contrepartie de quoi Israël "s'abstiendrait de toute escalade à Beyrouth", selon un plan rapporté par un responsable américain à la suite d'entretiens menés dimanche par le chef de la diplomatie Marco Rubio avec le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

La France a demandé une réunion d'urgence au Conseil de sécurité, qui se tiendra lundi, selon des sources diplomatiques à l'AFP.