Après le retrait du Mali, la France veut poursuivre la lutte antidjihadiste en Afrique

Un soldat malien et un soldat français se tiennent de part et d'autre du mât du camp Barkhane (Photo, AFP).
Un soldat malien et un soldat français se tiennent de part et d'autre du mât du camp Barkhane (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 16 août 2022

Après le retrait du Mali, la France veut poursuivre la lutte antidjihadiste en Afrique

  • «La France continuera de bâtir son action dans la région au service d'états souverains légitimes»
  • L'enjeu est fondamental : Paris entend éviter le déclassement stratégique face à ses adversaires

PARIS: Aider l'Afrique de l'Ouest à "réussir la bataille contre le terrorisme", tout en adoptant un profil plus bas : après le départ de ses derniers soldats du Mali, c'est l'objectif poursuivi par la France, dans un contexte de compétition stratégique exacerbée entre puissances, Russie en tête.

"La France continuera de bâtir son action dans la région au service d'états souverains légitimes", avait affirmé fin juillet le chef de l'État français Emmanuel Macron, alors en visite en Guinée-Bissau. "Car nous considérons que notre rôle est d'aider la région à réussir cette bataille contre le terrorisme."

Deux jours plus tôt, au Cameroun, Emmanuel Macron avait appelé la France à être "meilleure, plus efficace" en Afrique, où l'ancienne puissance coloniale est en nette perte de vitesse face à ses concurrents : Turquie, Israël, États-Unis, mais surtout Russie, qui cherche à damer tout particulièrement le pion aux Français dans leur zone d'influence.

"Nous ne sommes plus qu'un parmi d'autres" en matière d'offre militaire, résume un officier français stationné en Afrique de l'Ouest.

Poussée hors du Mali par la junte au pouvoir depuis 2020, qui travaille désormais - même si elle s'en défend - avec le sulfureux groupe paramilitaire russe Wagner, l'armée française a définitivement quitté le pays lundi, après neuf ans de lutte antidjihadiste.

"La France reste engagée au Sahel", a toutefois affirmé lundi la présidence française, ainsi que "dans le Golfe de Guinée et (dans) la région du lac Tchad" dans le cadre de "la lutte contre le terrorisme".

«Dispositifs moins exposés»

Malgré un dispositif divisé par deux, à moins de 2.500 militaires contre 5.500 au plus fort de Barkhane, Paris ne veut pas renoncer à lutter contre les djihadistes affiliés à Al-Qaïda et au groupe État Islamique qui, longtemps contenus au Sahel, grignotent du terrain plus au sud.

Mais ses interventions militaires vont muter vers des "dispositifs moins posés et moins exposés", selon les termes d'Emmanuel Macron, afin notamment d'éviter de prêter le flanc à un sentiment anti-français très inflammable.

L'enjeu est fondamental : Paris entend éviter le déclassement stratégique face à ses adversaires ou compétiteurs sur ce continent qui comptera 2,5 milliards d'habitants en 2050.

"Les Russes ont une vraie priorité opérationnelle de s'opposer aux Français dans le champ informationnel en Afrique. Ils exercent une forte pression pour essayer de nous chasser (via) les réseaux sociaux, par le biais de Wagner", résume un général français.

Les mercenaires de Wagner sont déjà implantés en Centrafrique et au Mali, avec une offre de service claire : sécurité anti-coup d'État et assistance juridique pour maintenir le régime au pouvoir, en échange de l'exploitation des ressources minières, soulignent à l'AFP des sources concordantes.

Un groupe djihadiste affirme avoir tué quatre paramilitaires de Wagner

Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) affilié à Al-Qaïda a affirmé avoir tué quatre paramilitaires du groupe de sécurité privé russe Wagner dans une embuscade dans le centre du Mali, selon un communiqué authentifié lundi par l'ONG américaine SITE spécialisée dans le suivi des groupes radicaux.

L'information a été confirmée à l'AFP par deux élus locaux et une source hospitalière, tandis qu'un haut responsable de l'armée malienne dans le centre se refusait de confirmer ou d'infirmer.

Samedi, "un groupe de mercenaires de Wagner est sorti en motos dans la région de Bandiagara, partant du village de Djallo et se dirigeant vers les montagnes", dit le communiqué.

"Les soldats d'Allah les guettaient (...) et ont pu tuer quatre d'entre eux et le reste s'est enfui", poursuit l'organe de propagande du groupe djihadiste.

La "galaxie Prigojine", du nom du fondateur russe de Wagner réputé proche du Kremlin, est également très active sur les réseaux sociaux. Fin avril, au Mali, un drone français a surpris des mercenaires mettant en scène un faux charnier à proximité d'une base française, pour faire accuser Paris de crimes de guerre via de faux comptes Twitter.

Discrétion

Mais au-delà même du défi russe, la lutte contre les violences djihadistes, qui menacent ses partenaires africains et nourrissent les migrations vers l'Europe, reste un impératif de la France. Qui doit agir discrètement, tant "s'afficher avec les Français joue négativement", admet un haut gradé français.

"Nous allons vers davantage d'opérations de coopération, conditionnées de façon plus stricte aux demandes des pays africains, qui viendront en soutien de et non pas à la place de", expliquait récemment à l'AFP le commandant de l'opération Barkhane, le général Laurent Michon.

Les discussions vont bon train pour évaluer les demandes des partenaires, à qui la France veut offrir plus de places d'officiers dans ses écoles militaires.

Au Sahel, le Niger a accepté le maintien d'une base aérienne française à Niamey et l'appui de 250 soldats pour ses opérations militaires à la frontière malienne. Le Tchad continuera à héberger une emprise française à N'Djamena et les Français espèrent conserver un contingent de forces spéciales à Ouagadougou, au Burkina Faso.

Dans le Golfe de Guinée, les Forces françaises en Côte d'Ivoire, qui coopèrent déjà avec l'armée locale, pourraient offrir des moyens de surveillance dans le nord du pays à la demande d'Abidjan.

Quant au Bénin et au Togo, "il y a une demande d'appui français en matière de soutien aérien, de renseignement et d'équipement", selon l'Élysée. La Guinée, elle, étudie encore ses besoins pour sécuriser sa frontière avec le Mali.


Le chef de la diplomatie israélienne au Soudan, une première

Le chef de l'armée soudanaise Abdel Fattah al-Burhan a accueilli jeudi le ministre israélien des Affaires étrangères Eli Cohen à Khartoum, lors de la première visite officielle d'un haut diplomate israélien. (Photo, AFP)
Le chef de l'armée soudanaise Abdel Fattah al-Burhan a accueilli jeudi le ministre israélien des Affaires étrangères Eli Cohen à Khartoum, lors de la première visite officielle d'un haut diplomate israélien. (Photo, AFP)
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  • Le ministère israélien des Affaires étrangères a évoqué un «voyage politique historique» et annoncé que M. Cohen tiendrait en Israël une conférence de presse à 19H30 locales
  • En janvier 2021, alors que civils et militaires se partageaient le pouvoir au Soudan, Khartoum avait annoncé son adhésion aux accords d'Abraham

KHARTOUM: Le général Abdel Fattah al-Burhane, chef de facto du Soudan depuis son putsch en 2021, a reçu jeudi à Khartoum Eli Cohen pour la première visite officielle d'un chef de la diplomatie israélienne dans le pays.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a évoqué un "voyage politique historique" et annoncé que M. Cohen tiendrait en Israël une conférence de presse à 19H30 locales (17H30 GMT) à ce sujet.

Selon le Conseil souverain soudanais, que le général Burhane préside, les deux hommes ont discuté des "moyens d'établir des relations fructueuses" et des "projets possibles de coopération" dans des domaines aussi variés que la sécurité, l'agriculture, l'énergie, la santé, l'eau et l'éducation.

En janvier 2021, alors que civils et militaires se partageaient le pouvoir au Soudan, Khartoum avait annoncé son adhésion aux accords d'Abraham --par lesquels trois autres Etat arabes ont reconnu Israël.

Le pays rompait ainsi avec la position inflexible du dictateur Omar el-Béchir, déchu en 2019, grand ennemi de l'Etat hébreu et longtemps proche du mouvement palestinien Hamas.

Mais en signant les Accords d'Abraham, le Soudan, au ban de la communauté internationale durant un long embargo sous Béchir, avait obtenu une aide financière des Etats-Unis, quelques semaines après son retrait de la liste américaine des Etats accusés de financer le terrorisme.

Depuis, la communauté internationale a interrompu au lendemain du coup d'Etat son aide --deux milliards de dollars annuels--. Une manne précieuse pour le pays, l'un des plus pauvres au monde.

Normalisation, «trahison»

Régulièrement, la presse israélienne se fait l'écho de visites "secrètes" de responsables israéliens au Soudan, sans que les deux Etats n'infirment ou ne confirment ces rencontres.

Lors de son putsch du 25 octobre 2021, le général Burhane a limogé les civils et suspendu la transition vers la démocratie. Mais dès son tout premier discours, quelques heures après son coup d'Etat, il a assuré que son pays resterait lié par les accords internationaux qu'il avait signés.

En novembre, le général Burhane a envoyé un message de félicitations au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui venait de remporter les législatives israéliennes avec ses alliés d'extrême droite et ultra-orthodoxes.

Les Emirats arabes unis, Bahreïn, et le Maroc ont normalisé leurs relations avec l'Etat hébreu sous l'égide de Washington dans le cadre des accords d'Abraham.

Ces accords de normalisation, qui ont brisé le consensus arabe selon lequel aucune entente n'est possible avec l'Etat hébreu sans résolution du conflit israélo-palestinien, ont été dénoncés comme une "trahison" par les Palestiniens.

Contrairement aux Emirats arabes unis, à Bahreïn et au Maroc, le Soudan n'a pas fait suivre l'accord de mesures concrètes pour approfondir les liens. Et la ratification formelle par des institutions élues n'a toujours pas eu lieu, le pays nageant en plein marasme politique avant même le putsch.

Autre pays africain, le Tchad a inauguré jeudi une ambassade en Israël, quatre ans après la reprise des relations diplomatiques entre les deux Etats.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a participé à l'inauguration de l'ambassade à Ramat Gan près de Tel-Aviv, avec le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno, a salué "un moment historique", d'après son bureau.


Au Soudan, il faut faire rendre des comptes et réformer la sécurité

Le nouvel expert des droits de l'homme de l'ONU, Radhouane Nouicer, tient une conférence de presse lors de sa visite au Soudan, à Khartoum, le 2 février 2023. (Photo, AFP)
Le nouvel expert des droits de l'homme de l'ONU, Radhouane Nouicer, tient une conférence de presse lors de sa visite au Soudan, à Khartoum, le 2 février 2023. (Photo, AFP)
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  • Le diplomate tunisien a remplacé en décembre le Sénégalais Adama Dieng, démissionnaire après avoir plaidé lui aussi pour des procès et la fin de la répression
  • Lors d'une conférence de presse jeudi, le diplomate a dit leur avoir «recommandé» d'amener devant la justice «au plus vite» les membres des forces de sécurité responsables de la mort de manifestants

KHARTOUM: Le nouvel expert de l'ONU pour les droits humains Radhouane Nouicer a plaidé jeudi à Khartoum pour la levée de l'immunité des responsables de violences au Soudan, pays dans l'impasse politique plus d'un an après un putsch qui a interrompu la transition démocratique.

Le diplomate tunisien a remplacé en décembre le Sénégalais Adama Dieng, démissionnaire après avoir plaidé lui aussi pour des procès et la fin de la répression qui a tué plus de 120 militants opposés au coup d'Etat mené le 25 octobre 2021 par le général Abdel Fattah al-Burhane.

Depuis samedi, M. Nouicer a rencontré des représentants civils et militaires au Soudan, dont Abdel Fattah al-Burhane --devenu de facto le dirigeant du pays depuis son putsch-- et son adjoint le général Mohammed Hamdan Daglo, patron des très redoutés paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

Lors d'une conférence de presse jeudi, le diplomate a dit leur avoir "recommandé" d'amener devant la justice "au plus vite" les membres des forces de sécurité responsables de la mort de manifestants.

Il a aussi plaidé pour que soit levée "l'immunité des forces de sécurité impliquées dans des violations des droits humains".

Et cela, a-t-il dit, passera "par une feuille de route claire pour la réforme du secteur de la sécurité", la principale pomme de discorde entre civils et militaires au Soudan.

Les représentants de la société civile, a-t-il ajouté, se sont plaints de "restrictions de plus en plus strictes" et, note-t-il, "le manque de confiance grandit".

En janvier, le dialogue politique au Soudan est entré dans sa deuxième phase sans qu'aucun calendrier ni ordre du jour formel ne soit donné pour la mise en oeuvre de l'accord qui l'encadre.


​​Le président tchèque élu appelle à une aide «sans limite» à l'Ukraine

Selon le président élu tchèque Petr Pavel, l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN n'est qu'«une question de volonté politique» une fois la guerre terminée. (Photo, AFP)
Selon le président élu tchèque Petr Pavel, l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN n'est qu'«une question de volonté politique» une fois la guerre terminée. (Photo, AFP)
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  • M. Pavel, qui a dirigé le comité militaire de l'OTAN de 2015 à 2018, a remporté l'élection présidentielle samedi et prêtera serment le 9 mars
  • Il a déclaré que l'Occident devrait fournir à l'Ukraine, qui lutte contre une invasion russe, tous les types d'armes, à l'exception du nucléaire

PRAGUE: Le président élu tchèque Petr Pavel, un ancien général de l'OTAN, a déclaré jeudi à l'AFP qu'il ne devrait y avoir "aucune limite" à l'aide militaire de l'Occident à l'Ukraine ravagée par la guerre, exhortant les alliés à faire preuve de plus de courage.

M. Pavel, qui a dirigé le comité militaire de l'OTAN de 2015 à 2018, a remporté l'élection présidentielle samedi et prêtera serment le 9 mars.

Dans un entretien accordé à l'AFP, M. Pavel, 61 ans, a déclaré que l'Occident devrait fournir à l'Ukraine, qui lutte contre une invasion russe, tous les types d'armes, à l'exception du nucléaire.

"En ce qui concerne les armes conventionnelles, je ne vois vraiment aucune raison de fixer des limites", a-t-il déclaré.

"L'Ukraine ne peut pas combattre un adversaire aussi dur sans des blindés, des drones, une artillerie et des missiles à plus longue portée, ni sans, peut-être, des avions supersoniques", a-t-il ajouté.

Les alliés occidentaux, dont la République tchèque, ont fourni à l'Ukraine une aide militaire substantielle depuis le début de l'invasion le 24 février 2022.

Selon M. Pavel il fallait faire preuve de plus de courage car "certains pays ont une position un peu réservée" sur les livraison d'armes modernes.

"Si nous voulons adopter une position unique, qui nous donne les meilleures chances de succès, nous devrions agir de manière unie sur ces questions", a-t-il déclaré à l'AFP, faisant écho à la proposition de la Pologne d'envoyer des avions de combat F-16 en Ukraine, si cette initiative était soutenue par l'ensemble de l'OTAN.

Tous les moyens

"Nous devrions fournir à l'Ukraine tous les moyens pour l'aider à repousser l'armée russe hors de son territoire par ses propres moyens", a dit M. Pavel.

Au lendemain du scrutin, le président élu s'est entretenu au téléphone avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky pour l'assurer du soutien de son pays.

Il a également déclaré qu'il prévoyait de se rendre en Ukraine avec son homologue slovaque Zuzana Caputova au printemps.

"Il est important de montrer un soutien continu à l'Ukraine, de souligner toutes les bonnes choses et la volonté de poursuivre notre initiative vis-à-vis de l'Ukraine. Je pense que c'est ce que l'Ukraine a besoin d'entendre", a déclaré M. Pavel.

La République tchèque, membre de l'UE et de l'OTAN de 10,5 millions d'habitants, a jusqu'à présent fourni à l'Ukraine une aide militaire d'une valeur de 217 millions de dollars, a indiqué jeudi à l'AFP le ministère de la Défense.

M. Pavel a également soutenu la candidature de l'Ukraine à l'UE et à l'OTAN une fois la guerre terminée.

"Si nous percevons l'OTAN et l'UE comme une zone de stabilité, de coopération, de bonnes relations, alors nous devrions permettre à un autre grand pays européen de nous rejoindre", a déclaré M. Pavel.

"Et ce n'est pas seulement qu'elle mérite d'y adhérer, mais nous en profiterons également, tout comme la Russie lorsqu'elle sera en mesure de rétablir à nouveau des relations normales avec l'Occident."

Volonté politique

Selon lui, l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN n'est qu'"une question de volonté politique" une fois la guerre terminée.

"En termes d'accord sur les valeurs, d'intérêts stratégiques à long terme, d'interopérabilité technologique entre l'OTAN et l'armée ukrainienne, je pense que l'Ukraine a déjà rempli les conditions."

En outre, "en ce qui concerne le conflit qui s'éternise et la dernière phase de cette guerre vraiment chaude, l'Ukraine et son armée seront l'armée la plus expérimentée, la mieux préparée en Europe", a ajouté M. Pavel.

Selon lui, la guerre doit prendre fin avec le retrait de la Russie, des pourparlers de paix, la reconstruction de l'Ukraine et des enquêtes sur les crimes de guerre.

"Nous devrons amener la Russie à cela, non seulement en poursuivant le soutien à l'Ukraine, mais aussi en étant très strict dans la mise en oeuvre des sanctions contre la Russie", a-t-il indiqué.

"C'est le seul moyen de faire comprendre à la Russie qu'elle a agi à l'encontre des normes, et que dans le monde civilisé du 21e siècle, même un grand pays comme la Russie ne peut ignorer les normes de la communauté mondiale."