Cinq ans après l'exode au Bangladesh, les écoliers rohingyas doivent chanter l'hymne birman

Des enfants réfugiés rohingyas assistent à un cours dans une école du camp de réfugiés de Kutupalong à Ukhia, le 10 août 2022. (Photo, AFP)
Des enfants réfugiés rohingyas assistent à un cours dans une école du camp de réfugiés de Kutupalong à Ukhia, le 10 août 2022. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 23 août 2022

Cinq ans après l'exode au Bangladesh, les écoliers rohingyas doivent chanter l'hymne birman

Des enfants réfugiés rohingyas assistent à un cours dans une école du camp de réfugiés de Kutupalong à Ukhia, le 10 août 2022. (Photo, AFP)
  • Des centaines de milliers d'enfants présents dans les camps du sud-est du Bangladesh, ont peu ou pas été scolarisés
  • Les Rohingyas, pour la plupart musulmans, survivent entassés dans des camps insalubres à l'abri de baraques de fortune

KUTUPALONG: Cinq ans après avoir échappé aux massacres des Rohingyas perpétrés par l'armée birmane, Mohammad Yusuf et ses camarades de classe, réfugiés apatrides au Bangladesh, doivent chanter chaque matin l'hymne national de Birmanie, leur pays d'origine qui leur refuse la citoyenneté. 

Environ 750 000 Rohingyas ont fui une brutale offensive, lancée par l'armée en Birmanie, il y a exactement cinq ans jeudi, et ont trouvé asile au Bangladesh voisin, où se trouvaient déjà plus de 100 000 réfugiés, victimes de précédentes violences. 

Des centaines de milliers d'enfants présents dans les camps du sud-est du Bangladesh, ont peu ou pas été scolarisés. 

Le mois dernier, les autorités bangladaises ont accepté que l'Unicef intensifie son programme d'éducation qui doit devenir progressivement accessible à tous les enfants. 

Mohammad Yusuf, un adolescent de 15 ans, est l'un des quelque 130 000 jeunes à en bénéficier. 

Les Rohingyas, pour la plupart musulmans, survivent entassés dans des camps insalubres à l'abri de baraques de fortune. Ils refusent de retourner en Birmanie, à majorité bouddhiste, tant qu'ils n'auront pas obtenu des droits de citoyenneté dont ils sont privés. 

La Birmanie, « ma patrie » 

L'espoir de les voir rentrer chez eux s'est plus que jamais amenuisé avec le coup d'État militaire en Birmanie l'an dernier. 

La semaine dernière, en visite à Dacca, la Haute-commissaire de l'Onu aux droits humains, Michelle Bachelet, a insisté sur le fait qu'il n'était toujours pas sûr pour les réfugiés rohingyas de retourner en Birmanie. 

Le Bangladesh craint d'encourager l'afflux de Rohingyas en provenance de la Birmanie voisine et de pérenniser la présence des centaines de milliers d'autres. 

Le gouvernement bangladais redoute "qu'avec l'éducation des Rohingyas, la Birmanie en conclut que le Bangladesh finira par intégrer la minorité musulmane", explique Mahfuzur Rahman, un ancien général bangladais, en fonction au plus fort de l'exode. 

Et les autorités bangladaises s'accrochent à la perspective de leur rapatriement. 

Le programme scolaire, calqué sur celui de leur pays d'origine et dispensé en birman, "leur rappelle qu'ils sont de Birmanie où ils retourneront un jour", souligne Shamsud Douza, commissaire adjoint aux réfugiés. 

Pour la même raison, explique M. Douza, les enfants doivent chanter tous les matins à l'école l'hymne national birman alors même qu'ils sont apatrides et que la Birmanie est poursuivie pour génocide par la plus haute juridiction de l'Onu. 

Mais Mohammad Yusuf et ses camarades de classe tournent cette obligation en revendication de citoyenneté adressée à la Birmanie. 

"La Birmanie est ma patrie. Le pays ne nous a fait aucun mal. Ce sont des gens puissants qui l'ont fait. Ma jeune sœur est morte là-bas. Notre peuple a été massacré", affirme Mohammad Yusuf, "c'est quand même mon pays et je l'aimerai jusqu'au bout". 

Alors il chante. 

Aujourd'hui, Dacca "a réalisé" qu'il faut un plan de long terme, estime M. Rahman, notamment pour éviter qu'une génération de jeunes hommes, sans éducation, traîne dans les camps. Environ 50% des réfugiés en présence ont moins de 18 ans. 

Rohingyas de Birmanie: cinq ans de crise

Quelque 740 000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh pour fuir les exactions en 2017 de l'armée birmane et de milices bouddhistes, qui valent à la Birmanie une plainte pour génocide auprès de la Cour internationale de justice. 

Voici un rappel des principaux événements: 

Attaques rebelles et représailles 

Le 25 août 2017, les insurgés de l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (ARSA) lancent une trentaine d'attaques contre des postes de police dans l'Etat Rakhine (ouest). Au moins douze policiers sont tués. 

L'armée riposte par des raids sur des villages rohingyas, présentés comme des opérations antiterroristes. 

L'ONU évoque au moins 1 000 morts les deux premières semaines, des civils pour la plupart selon les opposants au régime. 

Des témoignages font état de meurtres, de viols et d'incendies criminels. 

Des dizaines de milliers de Rohingyas fuient au Bangladesh voisin où ils s'installent dans des camps de fortune déjà surpeuplés. 

Aung San Suu Kyi sort du silence 

Le 19 septembre, dans un discours en anglais destiné à l'étranger, la dirigeante de facto de la Birmanie Aung San Suu Kyi se dit ouverte à un retour des Rohingyas. 

La communauté internationale dénonce son ambiguïté à l'égard de la minorité musulmane, des apatrides considérés par la société birmane comme des étrangers menaçant l'identité nationale. 

Le 23 novembre, la Birmanie et le Bangladesh signent un accord sur le retour "dans les deux mois" des réfugiés. Le texte reste lettre morte. 

Suspicion de génocide 

Le 27 août 2018, des enquêteurs de l'ONU demandent que la justice internationale poursuive le chef de l'armée birmane Min Aung Hlaing et cinq autres officiers de haut rang pour "génocide", "crimes contre l'humanité" et "crimes de guerre". 

Le 20 décembre, l'armée birmane réalise de nouvelles "opérations de nettoyage" dans l'Etat Rakhine après des attaques, dont l'une imputée à des Rohingyas. 

Sanctions américaines 

Le 16 juillet 2019, Washington annonce des sanctions contre le chef de l'armée et trois autres responsables militaires. 

A partir du 22 août, quelque 3 500 Rohingyas sont autorisés à rentrer en Birmanie s'ils le souhaitent. Aucun ne se présente à la frontière, faute de garanties de sécurité. 

Poursuites judiciaires 

Le 11 novembre 2019, la Gambie, mandatée par les 57 Etats membres de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), entame une action contre la Birmanie pour "actes de génocide" devant la CIJ, la plus haute juridiction de l'ONU. 

De son côté, la Cour pénale internationale (CPI), dont le siège est également à La Haye, donne son feu vert à une enquête. 

Parallèlement, une plainte a été déposée en Argentine, en invoquant le principe de justice universelle. 

Suu Kyi devant la CIJ 

Le 11 décembre 2019, Aung San Suu Kyi se présente personnellement devant la CIJ pour défendre son pays. Elle admet que l'armée a peut-être eu un recours excessif à la force, mais réfute les accusations de génocide. 

Le 23 janvier 2020, la CIJ ordonne à la Birmanie de "prendre toutes les mesures en son pouvoir" afin de prévenir tout crime de génocide. 

Coup d'Etat 

Le 1er février 2021, l'armée birmane renverse le gouvernement élu d'Aung San Suu Kyi. Avec Min Aung Hlaing à sa tête, la junte entame une répression sanglante, marquée fin juillet 2022 par quatre exécutions, les premières dans le pays depuis plus de trente ans. 

Aung San Suu Kyi, inculpée d'une multitude d'infractions, a déjà été condamnée à 17 ans de détention et risque au total des décennies de prison. La prix Nobel de la paix, âgée de 77 ans, se trouve actuellement en détention. 

La CIJ compétente 

Le 21 mars 2022, les Etats-Unis reconnaissent officiellement que les Rohingyas ont été victimes d'un "génocide" perpétré par l'armée birmane, affirmant qu'il existe des preuves évidentes d'une tentative de "destruction" de cette minorité musulmane. 

Le 22 juillet, la CIJ, rejetant les objections du pouvoir birman, se déclare compétente pour juger l'accusation de génocide portée par la Gambie. 

Dans la nuit du 9 au 10 août, deux dirigeants rohingyas sont abattus dans un camp de réfugiés au Bangladesh, dernières victimes d'une série de meurtres attribués, selon des sources rohingyas, à l'ARSA. 

« Des monstres » en devenir ?   

La sécurité dans les camps est devenue une préoccupation majeure avec une forte hausse de la criminalité. Au cours des cinq dernières années, plus de 100 meurtres ont été commis et la contrebande d'amphétamines organisée par des gangs est florissante. 

Des insurgés rohingyas se livrent aussi à des vendettas dans les camps où des dizaines de chefs communautaires ont été abattus. 

Les jeunes, sans perspectives d'avenir, n'ayant pas le droit de sortir des camps ni de travailler, sont livrés à l'ennui. Ce sont des recrues faciles pour toutes sortes de trafics et d'activités criminelles aux conséquences dramatiques. 

Toute cette jeunesse à l'abandon constitue "des bombes à retardement", estime M. Rahman. "Grandir dans un camp sans éducation, sans espoir et sans rêves, allez savoir quels monstres ils peuvent devenir!". 

Mojib Ullah, un dirigeant de la diaspora rohingya, actuellement en Australie, juge si maigres les chances que les Rohingyas retournent dans leur pays, que l'effort d'une éducation birmane lui paraît bien inutile. 

"Si nous ne retournons pas chez nous, à quoi bon étudier en birman ? C'est une pure perte de temps, une sorte de suicide collectif", dit-il,"nous avons déjà perdu cinq ans. Nous avons besoin de programmes d'études internationaux en anglais". 

Mais cela n'empêche pas le jeune Mohammad, à l'abri de sa pauvre baraque, de se livrer à la lecture fascinée d'un ouvrage sur les frères Orville et Wilbur Wright, pionniers américains de l'aviation, ni d'espérer "voler un jour autour du globe". 

"C'est mon seul rêve", dit-il. 


Trump affirme qu'Iran et Israël veulent «conclure un cessez-le-feu immédiat»

Un colon israélien se tient à côté d'un fragment de missile qui dépasse du sol, à la suite des frappes iraniennes, dans le centre de la Cisjordanie occupée par Israël, le 8 juin 2026. (Reuters)
Un colon israélien se tient à côté d'un fragment de missile qui dépasse du sol, à la suite des frappes iraniennes, dans le centre de la Cisjordanie occupée par Israël, le 8 juin 2026. (Reuters)
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  • "Le blocus restera en place, avec toute sa force et son effet, jusqu'à ce qu'un +accord final+ soit conclu. Les choses devraient aller vite"
  • Quelques minutes auparavant, dans un autre message, le milliardaire républicain avait estimé qu'"Israël et l'Iran (devaient) immédiatement cesser de tirer".

WASHINGTON: Donald Trump a affirmé lundi que l'Iran et Israël "(cherchaient) à conclure un cessez-le-feu immédiat", alors que les deux pays ont repris leurs attaques directes pour la première fois depuis la trêve conclue il y a deux mois.

"Les négociations finales sur la +paix+ se poursuivent, sous réserve que l'ignorance ou la stupidité ne viennent pas s'y opposer", a ajouté sur son réseau Truth Social le président américain, qui ne cache pas ses désaccords avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Le blocus restera en place, avec toute sa force et son effet, jusqu'à ce qu'un +accord final+ soit conclu. Les choses devraient aller vite".

Quelques minutes auparavant, dans un autre message, le milliardaire républicain avait estimé qu'"Israël et l'Iran (devaient) immédiatement cesser de +tirer+".

Donald Trump cherche une issue au conflit, très impopulaire aux Etats-Unis, à l'approche des élections législatives de mi-mandat en novembre prochain.

Si des escarmouches ont eu lieu ces derniers jours autour du détroit d'Ormuz entre Etats-Unis et Iran, c'est la première fois que Téhéran cible le territoire israélien depuis le cessez-le-feu du 8 avril et qu'Israël bombarde le sol iranien.

 


Des chasseurs français de l'Otan abattent un drone en Lettonie

Des chasseurs français de l'Otan stationnés dans les pays baltes ont abattu un drone en Lettonie, a déclaré lundi la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze. (AFP)
Des chasseurs français de l'Otan stationnés dans les pays baltes ont abattu un drone en Lettonie, a déclaré lundi la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze. (AFP)
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  • L'armée lettone a indiqué dans un communiqué qu'"un aéronef sans pilote étranger avait pénétré dans l'espace aérien letton à la suite de la guerre électronique russe", sans révéler l'origine du drone
  • Les deux avions français "ont décollé de la base aérienne de Siauliai", dans le nord de la Lituanie, avant d'abattre le drone vers 10H00 locales (07H00 GMT)

VILNIUS: Des chasseurs français de l'Otan stationnés dans les pays baltes ont abattu un drone en Lettonie, a déclaré lundi la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze.

"Merci à nos alliés français d'avoir abattu le drone qui a pénétré dans l'espace aérien letton!", a‑t‑elle écrit sur X.

L'armée lettone a indiqué dans un communiqué qu'"un aéronef sans pilote étranger avait pénétré dans l'espace aérien letton à la suite de la guerre électronique russe", sans révéler l'origine du drone.

Les deux avions français "ont décollé de la base aérienne de Siauliai", dans le nord de la Lituanie, avant d'abattre le drone vers 10H00 locales (07H00 GMT), a indiqué  pour sa part Gintautas Ciunis, porte-parole de l'armée lituanienne.

Le 19 mai, un chasseur de l'Otan avait abattu dans l'espace aérien de l'Estonie un drone ukrainien, première interception d'un drone étranger dans le ciel d'un Etat balte par la police de l'air de l'Otan depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022.

Les Etats baltes, ex-républiques soviétiques partageant une longue frontière avec la Russie, enregistrent depuis plusieurs semaines un nombre croissant d'intrusions et de chutes de drones sur leurs territoires.

Selon les Européens, la Russie fait dévier délibérément de leur trajectoire des drones ukrainiens destinés à frapper des installations industrielles et des terminaux pétroliers dans la région de Saint-Pétersbourg, située sur le golfe de Finlande.

Ces incidents ont mis au jour les carences des défenses aériennes des pays baltes, impuissantes à neutraliser un drone errant avant sa chute sur leur territoire.


Trump dit qu'il va appeler Netanyahu pour lui demander de ne pas répliquer aux missiles iraniens 

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  • "Je vais appeler Bibi (le surnom de Netanyahu, ndlr) tout de suite pour lui dire de ne pas riposter. Israël a eu sa frappe et l'Iran a eu sa frappe. On n'a pas besoin d'une autre (frappe)"
  • "Nous sommes sur le point de conclure un accord définitif avec l'Iran. Ce sera un bon accord. Je ne veux pas qu'il tombe à l'eau à cause de ce qui se passe actuellement"

WASHINGTON: Le président américain Donald Trump dit qu'il va appeler le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour lui demander de ne pas répliquer aux missiles tirés dimanche par l'Iran vers Israël, rapporte dimanche le média Axios.

"Je vais appeler Bibi (le surnom de Netanyahu, ndlr) tout de suite pour lui dire de ne pas riposter. Israël a eu sa frappe et l'Iran a eu sa frappe. On n'a pas besoin d'une autre (frappe)", a déclaré le président américain selon le journaliste d'Axios Barak Ravid, qui dit l'avoir eu au téléphone.

"Nous sommes sur le point de conclure un accord définitif avec l'Iran. Ce sera un bon accord. Je ne veux pas qu'il tombe à l'eau à cause de ce qui se passe actuellement", a-t-il ajouté selon la même source qui a publié le message sur son compte X.

Dans une autre interview accordée à un journaliste de Fox News, Donald Trump affirme que les frappes iraniennes "ne vont pas aider les négociations".

"On est très proches. Je dirais qu'un accord peut être signé lundi, mardi ou mercredi de cette semaine. Et voilà qu'il se passe ceci", a-t-il dit selon le journaliste Trey Yingst, qui dit également l'avoir eu au téléphone.

Selon elle, M. Trump lui a dit être "pas très content" de la frappe israélienne ayant visé Beyrouth dimanche.

"Revenez à la table des négociations et concluez un accord", a-t-il lancé à l'adresse de l'Iran, selon Fox News.