Conseil des ministres mercredi à l'Elysée, prélude aux défis de la rentrée

Le Conseil des ministres, réuni mercredi à l'Élysée, inaugure la rentrée politique de l'exécutif (Photo, AFP).
Le Conseil des ministres, réuni mercredi à l'Élysée, inaugure la rentrée politique de l'exécutif (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 24 août 2022

Conseil des ministres mercredi à l'Elysée, prélude aux défis de la rentrée

  • Après trois semaines au Fort de Brégançon, Emmanuel Macron réunit son gouvernement mercredi à l'Élysée
  • L'agenda présidentiel reste largement occupé par les dossiers internationaux

PARIS: Le Conseil des ministres, réuni mercredi à l'Élysée, inaugure la rentrée politique de l'exécutif dans un climat rempli d'incertitudes liées à la guerre en Ukraine, au dérèglement climatique et à l'inflation, en attendant les hostilités parlementaires qui ne reprendront qu'en octobre.

Après trois semaines au Fort de Brégançon, Emmanuel Macron réunit son gouvernement mercredi à l'Élysée. Des retrouvailles précédées mardi soir d'un dîner de travail avec la Première ministre Élisabeth Borne pour aborder les grandes priorités de la rentrée.

L'agenda présidentiel reste largement occupé par les dossiers internationaux. Ces derniers jours, M. Macron s'est entretenu avec les présidents ukrainien et russe Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine, mais aussi avec les dirigeants américain, britannique et allemand au sujet de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia. Et jeudi, dès le lendemain du Conseil des ministres, il sera en Algérie pour une visite de trois jours.

Mais depuis Bormes-les-Mimosas (Var), lors d'un discours de commémoration, M. Macron a également semblé donner le ton d'une rentrée potentiellement compliquée dans l'Hexagone.

Après avoir dénoncé "l'attaque brutale" russe en Ukraine, il a appelé les Français à "regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes" et "accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs."

Des propos "extraordinairement inquiétants, anxiogènes", a jugé le député Les Républicains Éric Ciotti.

Un discours "de préparation de l'opinion", selon Benjamin Morel, maître de conférence en droit public (Paris II Panthéon-Assas), alors que de lourdes décisions attendent l'exécutif sur le budget, la politique énergétique et que l'inflation est dans tous les esprits.

La période estivale a au demeurant été marquée par une succession de drames climatiques, de la sécheresse aux incendies jusqu'aux orages meurtriers en Corse.

"Cet été a tout cumulé (...) On a tous touché du doigt ce que le mot +dérèglement climatique+ signifie et provoque dans notre quotidien", a résumé le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran.

Continuer la «concertation»

L'heure est donc à "la mobilisation générale" avec un mot d'ordre, "la sobriété énergétique", selon l'entourage du président.

La "souveraineté", la "bataille pour le climat" et "l'égalité des chances" forment les priorités de cette rentrée que l'exécutif aborde "avec sérénité, dès lors qu'il y a un cap clair, de la cohérence et de la constance dans l'action menée", selon la même source.

La transition énergétique figurera en bonne place dans le discours du gouvernement, qui présentera à l'automne un projet de loi d'accélération des énergies renouvelables. Un séminaire gouvernemental notamment consacré à l'écologie se tiendra la semaine prochaine, et la Première ministre doit également y consacrer un discours lors de l'université de rentrée du Medef.

"Il y a la volonté de montrer qu'ils sont à l'offensive" sur ce thème. "Est-ce-que sera suffisant ? Ce n'est pas évident, mais cela permet de mettre les choses en récit", selon Benjamin Morel.

D'autres chantiers compliqués attendent le gouvernement, quelques semaines après une première session parlementaire consacrée à l'adoption de mesures sur le pouvoir d'achat, dans le contexte inédit d'une absence de majorité absolue à l'Assemblée nationale.

En l'absence de session extraordinaire en septembre, les débats à l'Assemblée et au Sénat ne reprendront qu'en octobre. "On va continuer sur cette voie de la concertation, c'est ce qui fonctionne le plus" et "c'est le message que nous ont envoyé les Français à l'occasion des élections législatives", a expliqué M. Véran.

Les discussions s'annoncent d'autant plus houleuses que "l'agenda de rentrée sera aussi marqué par le travail", a rappelé M. Macron, avec l'objectif revendiqué du "plein emploi" lors de ce second quinquennat.

Premier volet attendu dans ce domaine: un texte sur l'assurance-chômage qui doit prolonger le durcissement d'accès aux indemnités et qui suscite l'hostilité de la gauche et de syndicats. Le patron de la CFDT Laurent Berger est d'ailleurs attendu dès mercredi après-midi à Matignon.

Se profile aussi à l'horizon un autre test majeur: le budget. Une épreuve pour laquelle le camp présidentiel n'exclut pas d'actionner le 49-3, qui permet l'adoption sans vote en engageant la responsabilité du gouvernement.


Conflit au Proche-Orient: Paris tente de rassurer et de protéger

Une photo prise le 1er mars 2026 à la base de la Royal Air Force (RAF) à Akrotiri, à Chypre, et publiée par le ministère britannique de la Défense (MOD) le 3 mars 2026, montre un avion Typhoon de la Royal Air Force (RAF) britannique décollant pour des opérations au Moyen-Orient. (AFP)
Une photo prise le 1er mars 2026 à la base de la Royal Air Force (RAF) à Akrotiri, à Chypre, et publiée par le ministère britannique de la Défense (MOD) le 3 mars 2026, montre un avion Typhoon de la Royal Air Force (RAF) britannique décollant pour des opérations au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Derrière cette prise de parole, cartes à l’appui, se dessine une doctrine qui consiste à ne pas entrer dans la guerre et à tenter de ne pas laisser la guerre s’étendre
  • L’annonce la plus structurante concerne la constitution d’une coalition destinée à assurer la liberté de navigation dans le détroit d’Hormuz

PARIS: Quatre jours après l’embrasement régional consécutif aux frappes visant l’Iran, la France a choisi de clarifier sa stratégie.

Dans une brève allocution aux Français, le président Emmanuel Macron a défini les trois piliers de l’action française : protéger les ressortissants dans la région, soutenir les pays amis et alliés et défendre les intérêts nationaux.

« Cette guerre contre l’Iran n’est pas la nôtre », a indiqué le président, mais la France ne peut se permettre l’indifférence.

En effet, cette crise s’ajoute à la guerre en Ukraine, accentuant l’instabilité stratégique autour de l’Europe, alors que les partenaires méditerranéens et du Golfe sont directement exposés, tout comme les intérêts économiques, énergétiques et commerciaux français.

Derrière cette prise de parole, cartes à l’appui, se dessine une doctrine qui consiste à ne pas entrer dans la guerre et à tenter de ne pas laisser la guerre s’étendre.

L’annonce la plus structurante concerne la constitution d’une coalition destinée à assurer la liberté de navigation dans le détroit d’Hormuz.

Ce passage stratégique, par lequel transite près d’un tiers du pétrole mondial transporté par mer, s’est de facto vidé de ses navires commerciaux, les compagnies refusant de courir le risque d’attaques.

Du point de vue français, l’objectif semble clair : il s’agit de rassurer afin de rétablir les flux.

Paris dispose déjà de moyens navals dans la zone et participe à l’opération européenne EUNAVFOR Aspides, consacrée à la protection de la navigation.

L’escorte de navires, la dissuasion d’attaques, voire la neutralisation de menaces immédiates font partie des options opérationnelles, alors que deux frégates françaises pourraient renforcer le dispositif.

La France exclut toutefois toute intégration dans une opération américaine. Les précédents existent : lors de tensions antérieures dans le Golfe, Européens et Américains avaient conduit des opérations parallèles, coordonnées mais distinctes. Il en sera de même aujourd’hui, affirme Paris.

Cette autonomie stratégique n’est pas une posture, mais vise à préserver la crédibilité française auprès des pays du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar — en agissant dans le cadre du droit international et des engagements de défense existants, sans s’associer à des opérations jugées contraires à ce cadre.

Au-delà d’Hormuz, Paris rappelle l’existence de trois « goulets d’étranglement » essentiels à la sécurité énergétique européenne : Hormuz, Bab el-Mandeb et Suez. Une flambée durable des cours du pétrole ou du gaz se répercuterait en effet en quelques jours à la pompe.

De ce point de vue, la sécurisation maritime n’est pas seulement un enjeu stratégique : elle est aussi sociale et économique.

La déclaration conjointe des pays du format E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni), évoquant la possibilité d’actions « défensives, y compris à la source », a suscité des interrogations, mais Paris insiste : il n’existe aucun scénario d’action planifiée contre l’Iran.

En revanche, dans un contexte militaire, la défense active ne peut exclure par principe la neutralisation d’une menace immédiate visant des forces françaises ou celles d’un partenaire lié par un accord de défense.

Vue de Paris, la nuance est d’importance : il ne s’agit pas d’une initiative offensive, mais d’autoprotection.

Par ailleurs, si le Golfe concentre l’attention maritime, le Levant demeure le principal point de fragilité terrestre, d’où la mise en garde du président français contre toute extension de l’offensive israélienne dans le sud du Liban.

Les provocations du Hezbollah exposent l’ensemble de la population libanaise, souligne Paris, mais Israël ne saurait espérer « le moindre soutien » s’il s’engageait dans une nouvelle occupation.

La France se trouve ici dans une position singulière : présente au sud du Liban dans le cadre de la FINUL, elle dispose d’un levier diplomatique et militaire.

En même temps, elle soutient les annonces du Premier ministre libanais Nawaf Salam sur le déploiement de l’armée libanaise et la reprise du contrôle effectif du territoire, y compris dans les zones d’influence du Hezbollah.

La conférence internationale destinée à renforcer l’équipement des forces armées libanaises a été reportée, mais pour Paris l’engagement demeure. L’objectif est clair : permettre aux autorités légitimes d’exercer leur souveraineté, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité de 2006, qui prévoit le désarmement des milices et le déploiement exclusif de l’armée régulière au sud du pays.

Paris adopte ici une position d’équilibre, consistant à exiger des autorités libanaises qu’elles assument leurs responsabilités, tout en reconnaissant la complexité interne et les interférences régionales.

L’expérience historique pèse lourdement dans les calculs israéliens comme dans ceux de la communauté internationale, ce qui incite Paris à mettre en garde : une nouvelle invasion du Liban serait coûteuse et potentiellement déstabilisatrice pour l’ensemble de la région.

La France entend mobiliser tous ses canaux diplomatiques, y compris un échange direct avec le Premier ministre israélien, pour éviter ce scénario.

En réalité, c’est une architecture régionale que Paris cherche à préserver, en tâchant de rassurer Chypre en Méditerranée orientale, de soutenir la Jordanie et les partenaires du Golfe dans la protection de leur espace aérien, de maintenir ouverts les corridors maritimes, tout en préservant le Liban, maillon le plus faible de la région.


Guerre au Moyen-Orient: la gauche française appelle Macron à rester dans une logique défensive

Mathilde Panot (2e à droite), présidente du groupe LFI–NFP, s’exprime après le premier vote sur les motions de censure contre le budget 2026, adopté via le 49.3, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
Mathilde Panot (2e à droite), présidente du groupe LFI–NFP, s’exprime après le premier vote sur les motions de censure contre le budget 2026, adopté via le 49.3, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
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  • La gauche française appelle à la prudence, demandant au président Emmanuel Macron de rester dans une posture défensive et de ne pas soutenir une guerre jugée « illégale » menée par Donald Trump et Benjamin Netanyahou sans mandat international
  • Malgré le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle et d’autres moyens militaires, plusieurs responsables de gauche (LFI, PS, PCF) réclament un cessez-le-feu immédiat, le respect du droit international et refusent toute escalade régionale

PARIS: La gauche française a appelé mercredi le président Emmanuel Macron à rester dans une logique défensive et à ne pas soutenir "une guerre illégale" après l'annonce du déploiement de moyens militaires pour protéger les intérêts de la France et de ses alliés frappés par la riposte iranienne aux attaques israélo-américaines.

"La France a raison d'honorer ses engagements mais nous ferons très attention à ce que la France ne mette pas un doigt dans une guerre illégale qui a été décidée uniquement par Trump et Netanyahou", a prévenu la cheffe des députés insoumis (LFI, gauche radicale) Mathilde Panot sur France inter.

"La France doit se situer du côté du cessez-le-feu immédiat, du droit international. Je suis très inquiète quand j'entends un ancien Premier ministre, Gabriel Attal, expliquer qu'il faudrait envoyer valser l'ONU qu'il compare à une ONG climatique", a-t-elle plaidé.

Lors de son allocution solennelle mardi soir, Emmanuel Macron a annoncé le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle, d'avions Rafale, d'une frégate et de moyens de défense anti-aérienne au Moyen-Orient.

Le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a reconnu sur X que "la protection de nos compatriotes, de nos alliés, le respect de nos engagements vis à vis de Chypre, l’intégrité territoriale du Liban ami, doivent être soutenus".

Mais cela ne doit pas "conduire à un soutien implicite à la guerre conduite sans mandat par Trump et Netanyahu", a-t-il ajouté en demandant "le retour du droit international" et "le refus d'une escalade régionale dont personne ne maîtrise l'ampleur".

Le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel a lui jugé que l'envoi du porte-avions Charles de Gaulle "constitue un nouveau palier dans l'escalade militaire".


Moyen-Orient: Macron annonce des renforts militaires dont le Charles de Gaulle

Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
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  • "J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée"
  • Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran

PARIS: Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée.

"J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée", a affirmé le président dans une allocution télévisée. Il a aussi annoncé l'envoi dans la région d'avions Rafale, de systèmes de défense anti-aérienne et de radar aéroporté, qui ont été déployés "ces dernières heures", ainsi que l'envoi à Chypre de la frégate Languedoc et de moyens anti-aériens.

Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran, et que deux bases françaises avaient subi dans ce conflit des "frappes limitées, ayant causé des dégâts matériels".