L'avenir du télétravail au Moyen-Orient après la pandémie

Alors que le travail à distance a initialement été mis en place pour limiter la propagation du virus, la pandémie de Covid-19 a prouvé que de nombreux emplois de bureau pouvaient être exercés à domicile (Photo, AFP).
Alors que le travail à distance a initialement été mis en place pour limiter la propagation du virus, la pandémie de Covid-19 a prouvé que de nombreux emplois de bureau pouvaient être exercés à domicile (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 29 août 2022

L'avenir du télétravail au Moyen-Orient après la pandémie

  • Depuis l'assouplissement des restrictions liées à la pandémie, les entreprises et les services gouvernementaux s'empressent de ramener le personnel dans les bureaux
  • De nombreux dirigeants d'entreprises dans le monde entier craignent que le travail à distance ne réduise la productivité

DUBAÏ: Il fut un temps où le fait de passer de longues heures au bureau était considéré par les chefs d'entreprise comme un signe de dévouement de la part des employés, alors que le télétravail était réservé aux casaniers et aux fainéants.

C'était cependant avant que la pandémie survenue en 2020 ne transforme le monde du travail, révélant presque du jour au lendemain que de nombreux emplois traditionnels de bureau pouvaient être exécutés, avec la même efficacité, à domicile.

L'émergence et l'acceptation généralisée du travail à distance ont entraîné une véritable révolution dans l'utilisation des technologies de communication avancées, notamment les applications de visioconférence comme Zoom, Microsoft Teams et Face Time, qui ont remplacé les réunions en personne, ralentissant ainsi la propagation du virus particulièrement contagieux. 

«Tout au long de la pandémie, les individus, les organisations, les communautés et les nations ont rencontré d'énormes obstacles, et les communications vidéo ont contribué à maintenir un semblant de normalité et de continuité dans les tâches essentielles de la vie quotidienne», confie Sam Tayan, responsable de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de Zoom, à Arab News.

Plus de deux ans plus tard, la transition des interactions en personne à temps plein vers des interactions à distance partielles semble se poursuivre. Les lieux de travail, les établissements d'enseignement, les professionnels de la santé, les partenaires commerciaux, les familles et les individus comptent tous, à différents degrés, sur les applications de communication.

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L'émergence et l'acceptation généralisée du travail à distance ont entraîné une véritable révolution dans l'utilisation des technologies de communication avancées, notamment les applications de visioconférence comme Zoom (Photo, Shutterstock).

Melissa Whitehead, une résidente de Dubaï qui travaille dans le domaine des relations publiques, estime que le travail à distance a changé la donne, puisqu'il lui permet d'économiser sur les frais de carburant et de gagner du temps. 

«Le fait de ne pas avoir à subir les embouteillages deux fois par jour pendant plus d'une heure a, dans l'ensemble, amélioré le bien-être moral des gens et a même contribué à la création d'un environnement plus vert grâce à la réduction des gaz d'échappement des voitures», explique-t-elle à Arab News.

Toutefois, cet argument que les employés comme Whitehead jugent incontournable est perçu par de nombreux employeurs comme une recette pour des bureaux vides, moins d'interactions en face à face et des risques de productivité.

Depuis l'assouplissement des restrictions liées à la pandémie, les entreprises et les services gouvernementaux s'empressent de ramener le personnel dans les bureaux. En effet, de nouvelles études montrent que la demande d'espaces de bureaux dans certains pays, comme l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, est en hausse.

Se pourrait-il que le Moyen-Orient voie la fin de l'ère du télétravail ?

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De nombreuses entreprises commencent à considérer les espaces de travail partagés comme une transition entre des espaces de travail géographiquement spécifiques et des espaces plus axés sur les personnes (Photo, Getty Images).

Les résultats de 6Wresearch, une société internationale d'études de marché et de conseil, montrent que près de 32 millions de pieds carrés d'espaces de bureaux sont en cours de construction dans la capitale de l'Arabie saoudite, Riyad, pour accueillir les nombreuses multinationales qui s'installent actuellement dans le Royaume.

Ces chiffres reflètent le succès de la campagne «Programme HQ» du Royaume, qui vise à encourager au moins 500 sociétés étrangères à transférer leur siège régional à Riyad d'ici 2030, dans le cadre de la diversification de l'économie saoudienne. 

«L'industrie des espaces de bureaux flexibles est sans doute destinée à se développer à travers le Royaume dans les années à venir, puisqu'un nombre croissant de nouvelles entreprises et de sociétés bien établies choisissent d'employer des espaces de travail aménagés», dit Ali Rao, PDG de la société Elixir Establishments, basée à Dubaï, à Arab News.

Rao estime que le marché des espaces de bureaux flexibles en Arabie saoudite connaîtra un taux de croissance annuel cumulé de plus de 6% au cours des cinq prochaines années.

La demande d'espaces de bureaux post-Covid est également en plein essor dans les EAU:  elle a atteint son plus haut niveau depuis cinq ans, en raison de l'afflux d'entreprises étrangères qui cherchent à se développer ou à se relocaliser à Dubaï, pôle commercial du Golfe. Au cours du premier trimestre de 2022, des unités de bureaux d'une superficie totale de 480 000 pieds carrés ont été livrées, portant l'offre de la ville à 107 millions de pieds carrés, selon 6Wresearch.

Rao explique l'amélioration de l'environnement commercial et le climat optimiste par l'immense succès de l'Expo 2020 de Dubaï (octobre 2021-mars 2022) et par la série de réformes apportées par les EAU aux règles relatives aux entreprises, à l'emploi et aux visas.

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Des millions de pieds carrés de nouveaux espaces de bureaux sont actuellement en cours de construction dans la région du Golfe (Photo, AFP). 

«Ce qui contribue à attirer de nouveaux investisseurs et de nouvelles entreprises, c'est la série de nouvelles mesures introduites par les EAU ces derniers mois, allant de la dépénalisation des chèques sans provision à l'octroi de visas à long terme (cinq à dix ans), ce qui rend la tâche beaucoup plus facile pour les nouveaux investisseurs qui souhaitent s'installer dans la région», poursuit-il.

Tayan, responsable de la division MENA de Zoom, reconnaît que les changements législatifs ont contribué à créer un environnement beaucoup plus propice aux investissements. 

«Les réformes économiques mises en œuvre par les EAU et l'Arabie saoudite, comme la propriété étrangère à 100%, les nouvelles initiatives de visas pour le travail à distance et la volonté du gouvernement d'accroître les investissements, stimulent la demande d'espaces de bureaux commerciaux», indique-t-il.

Selon Tayan, la forte demande d'espaces de bureaux ne signifie pas nécessairement que le travail à distance relève désormais du passé. En réalité, de nombreuses entreprises adoptent aujourd'hui le modèle de travail hybride, ce qui permet aux employés de mieux concilier vie professionnelle et vie privée. 

«Le travail à domicile et le travail hybride sont devenus monnaie courante. 58% des entreprises aux EAU ont recours à ces moyens et, dans la plupart des cas, c'est devenu une nécessité», précise-t-il.

La situation n'est pas la même partout, même au-delà du Moyen-Orient. Selon une étude de la société de services immobiliers Savills, environ 80% des travailleurs à Dubaï et 90% de ceux en Chine sont de retour au bureau.

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Ali Rao, PDG d'Elixir Establishments (Photo, Fournie).

Parallèlement, dans la ville de Londres, moins de 40% des travailleurs sont retournés au bureau. En Amérique du Nord, le chiffre est inférieur à 50%.

Selon Savills, les différences entre les pays et les régions dépendent de facteurs comme la durée des périodes de fermeture locales, les temps de trajet, la facilité de mobilité et l'âge moyen de la population active.

Les jeunes travailleurs ont tendance à rechercher l'interaction et le tutorat dans un environnement de bureau. Par exemple, à Mumbai, où 50% de la population en âge de travailler a moins de 35 ans, le passage au travail hybride a été nettement plus lent.

Parmi les autres facteurs figurent le coût de location des bureaux, la culture locale du lieu de travail et la dimension du domicile des employés, les grandes propriétés étant plus aptes à disposer d'un espace dédié au travail à domicile.

De nombreux dirigeants d'entreprises dans le monde entier craignent que le travail à distance ne réduise la productivité. Or, selon Tayan, il se peut bien que ce soit le contraire.

Une étude commandée par Zoom et menée par Forrester Consulting a révélé que le modèle composite d'organisation utilisant Zoom pouvait ajouter jusqu'à 53 minutes de productivité par employé et par semaine, tout en réduisant la nécessité de déplacements professionnels, ce qui permettrait aux entreprises d'économiser des millions.

Par ailleurs, une autre étude de l'université de Stanford a conclu que le travail à domicile augmentait la productivité de 13%. Cette amélioration des performances du personnel a d'ailleurs été associée à un environnement de travail plus calme et plus pratique, qui permet à l'employé de travailler plus longtemps, avec moins de pauses et de congés maladie.

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Se pourrait-il que le Moyen-Orient voie la fin de l'ère du télétravail ? (Photo, Fournie).

«Il est difficile de déterminer avec précision les raisons pour lesquelles les données indiquent une augmentation de la productivité dans un environnement de travail à domicile, mais il s'agit probablement d'une combinaison de divers facteurs comme l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, l'absence de distractions et la satisfaction des employés», affirme Tayan.

Cela a également été observé dans une enquête réalisée par ConnectSolutions, qui a montré que les employés suivant le modèle hybride avaient une productivité accrue, 30% d'entre eux faisant plus de travail en moins de temps et 24% faisant plus de travail dans le même laps de temps.

Le monde des affaires semble s'en rendre compte, mais il demeure peu enclin à adopter un modèle de travail entièrement à distance.

Priyabrata Rath, directeur des investissements commerciaux au sein de Powerhouse Real Estates, pense que la tendance aux formes de travail à distance et hybride survivra à la pandémie, mais ne fera pas entièrement disparaître le travail de bureau. 

«Durant la pandémie, [le télétravail] nous a tous aidés à faire face aux changements», raconte-t-il à Arab News. «Mais il est peu probable qu'il remplace définitivement les bureaux traditionnels.»

Que ce soit au Moyen-Orient ou dans le monde entier, il semble que la pandémie a eu un impact durable sur les attitudes à l'égard du travail hybride ou à distance, ouvrant ainsi la voie à une ère d'expansion continue de l'espace de bureau et à l'acceptation généralisée d'une plus grande flexibilité du lieu de travail. 

«C'est certainement le début d'une nouvelle ère qui va voir apparaître des modalités de travail hybrides», déclare Rao, interrogé par Arab News

«De nombreuses entreprises commencent à considérer les espaces de travail partagés comme une transition entre des espaces de travail géographiquement spécifiques et des espaces plus axés sur les personnes.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


A la frontière libanaise, l'armée syrienne se renforce et découvre des tunnels attribués au Hezbollah

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  • Dans la province de Qousseir, où le Hezbollah était autrefois implanté, des soldats montrent à un correspondant de l'AFP plusieurs tunnels, récemment découverts par l'armée
  • La Syrie oeuvre à se maintenir à l'écart du conflit régional aspirant depuis un mois le Liban, où le Hezbollah pro-iranien et Israël se livrent à une nouvelle guerre

AL-QUSAYR: A la frontière avec le Liban, l'armée syrienne a renforcé son déploiement, en pleine guerre au Moyen-Orient: des blindés sont positionnés derrière des barricades de sable et ses soldats ratissent des tunnels qu'ils disent avoir été utilisés par le Hezbollah.

La Syrie oeuvre à se maintenir à l'écart du conflit régional aspirant depuis un mois le Liban, où le Hezbollah pro-iranien et Israël se livrent à une nouvelle guerre.

Dans la province de Qousseir, où le Hezbollah était autrefois implanté, des soldats montrent à un correspondant de l'AFP plusieurs tunnels, récemment découverts par l'armée.

"En ratissant les zones frontalières", elle a découvert "un réseau de tunnels reliant les deux pays et servant au trafic d'armes et de drogues", déclare à l'AFP le responsable des postes entre la Syrie et le Liban, Mohammad Hammoud.

Selon un commandant syrien, ces tunnels ont servi au Hezbollah.

Le ministère de la Défense a autorisé mercredi un journaliste de l'AFP à documenter le déploiement des renforts militaires, pour la première fois depuis qu'ils ont été dépêchés il y a un mois dans ces zones, où des bulldozers jaunes érigent des barricades de sable.

Le correspondant a observé au moins cinq tunnels. L'un d'eux s'ouvre dans le sous-sol d'une maison, avec des marches en béton menant à des passages étroits et sombres.

D'autres, dans des zones montagneuses et escarpées, disposent du courant électrique et de systèmes de ventilation sur tout le tronçon.

Dans l'une des maisons, subsistent encore sur le mur une vieille photo de l'ancien chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et une autre du commandant militaire iranien Qassem Soleimani.

L'est du Liban, de l'autre côté, est un bastion du Hezbollah.

Le mouvement chiite, qui était intervenu aux côtés des forces gouvernementales syriennes contre les rebelles lors de la guerre civile (2011-2024), s'était emparé en 2013 de la ville clé de Qousseir.

Il a évacué cette région à la hâte lors de la chute du président Bachar al-Assad, renversé fin 2024 par une coalition islamiste hostile à l'organisation libanaise.

Depuis, ses routes d'approvisionnement à partir de la Syrie ont été coupées et les autorités libanaises et syriennes tentent de combattre la contrebande à travers la frontière poreuse.

 

- Pas d'engagement militaire -

 

Israël a par le passé bombardé des points de passage, dans le but de couper les voies d'approvisionnement du Hezbollah.

Le correspondant de l'AFP a vu des sites endommagés par d'anciennes frappes, dont des bâtiments détruits à proximité de l'un des tunnels.

Des soldats syriens patrouillent à pied la zone et un autre surveille de loin un poste de l'armée libanaise.

Damas avait annoncé le 4 mars, peu après le début de la guerre dans la région, que l'armée avait renforcé son déploiement le long des frontières avec le Liban et l'Irak.

La mission des forces déployées est de "contrôler la sécurité aux frontières", indique Mohammad Hammoud.

Selon une source diplomatique, "le gouvernement syrien a subi des pressions pour intervenir au Liban afin de neutraliser la menace du Hezbollah dans la région", ce qu'il refuse jusqu'à nouvel ordre de faire.

"L'armée syrienne n'a aucune intention d'agir militairement, sa mission se limitant actuellement à la surveillance des frontières", a affirmé mercredi à l'AFP une source militaire syrienne.

Les renforts incluent des canons, des blindés, des automitrailleuses et des soldats d'infanterie, a-t-elle précisé.

Bien que se tenant à l'écart des hostilités, la Syrie n'a pas été à l'abri de tensions.

Elle a dénoncé le 10 mars des tirs d'artillerie du Hezbollah vers son territoire, tirés à partir du Liban.

Les présidents libanais et syrien, Joseph Aoun et Ahmad al-Chareh, avaient alors décidé de mieux "contrôler" leur frontière.

"Tant que la Syrie n'est pas directement visée par une partie, elle restera à l'écart du conflit", a répété mardi le président syrien, en visite à Londres. "Quatorze ans de guerre, cela suffit".

 


L'armée israélienne signale quatre attaques iraniennes en six heures

Des camions transportant des chars de l'armée circulent sur une route près de la frontière avec le Liban, en Haute-Galilée, dans le nord d'Israël, le 20 mars 2026. Les États-Unis et Israël ont déclenché la guerre le 28 février 2026 en attaquant l'Iran et en tuant son guide suprême. (AFP)
Des camions transportant des chars de l'armée circulent sur une route près de la frontière avec le Liban, en Haute-Galilée, dans le nord d'Israël, le 20 mars 2026. Les États-Unis et Israël ont déclenché la guerre le 28 février 2026 en attaquant l'Iran et en tuant son guide suprême. (AFP)
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  • Après la première attaque, dans la nuit, la police a déclaré avoir été appelée sur "plusieurs" sites touchés dans le centre d'Israël, les médias avançant le chiffre de neuf sites
  • Quatre personnes ont été légèrement blessées, selon les médias, qui citent des secouristes

JERUSALEM: L'armée israélienne a indiqué jeudi contrer quatre salves de tirs de missiles venus d'Iran, dont deux survenues après un discours du président américain Donald Trump qui a promis de frapper durement l'Iran pendant encore "deux à trois" semaines.

Après la première attaque, dans la nuit, la police a déclaré avoir été appelée sur "plusieurs" sites touchés dans le centre d'Israël, les médias avançant le chiffre de neuf sites.

Quatre personnes ont été légèrement blessées, selon les médias, qui citent des secouristes.

Selon les médias israéliens, les dégâts observés sur une zone particulièrement étendue résultent de l'utilisation de munitions à fragmentation, qui explosent en vol, dispersant des sous-munitions.

Iran et Israël s'accusent mutuellement d'utiliser des bombes à fragmentation.

Près de six heures seulement après avoir signalé la première attaque, l'armée israélienne a de nouveau - et pour la quatrième fois - indiqué avoir "identifié des missiles lancés depuis l'Iran en direction du territoire de l'Etat d'Israël". "Les systèmes de défense sont en action pour intercepter la menace", a-t-elle écrit sur Telegram.

Dans un court message publié peu après, les autorités israéliennes ont autorisé les habitants à "quitter les abris dans l'ensemble du pays", a indiqué l'armée sur Telegram.

Aucun bilan immédiat n'a été publié concernant d'éventuelles victimes ou dégâts suite aux dernières attaques.

Dans le nord d'Israël, des sirènes d'alerte ont également retenti tôt jeudi matin pour avertir d'attaques en provenance du Liban.

Dans différents communiqués, le mouvement pro-iranien Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient début mars, a affirmé avoir visé avec des roquettes des positions israéliennes dans les zones frontalières et avoir attaqué avec des drones un village israélien.

Aucune victime ni dégât n'a été rapporté par les autorités israéliennes.

 


Liban: sept morts dans de nouvelles frappes d'Israël, qui veut occuper le sud après la guerre

Des civils et des secouristes se rassemblent sur le site d’une série de frappes israéliennes ayant visé la zone d’al Jnah, à la périphérie de la banlieue sud de Beyrouth, le 1er avril 2026. (AFP)
Des civils et des secouristes se rassemblent sur le site d’une série de frappes israéliennes ayant visé la zone d’al Jnah, à la périphérie de la banlieue sud de Beyrouth, le 1er avril 2026. (AFP)
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  • Les frappes israéliennes sur Beyrouth et ses environs ont fait au moins 7 morts supplémentaires, portant le bilan total à plus de 1 200 morts au Liban depuis le début du conflit avec le Hezbollah
  • Israël affirme vouloir occuper une partie du sud du Liban après la guerre, suscitant de fortes inquiétudes côté libanais et à l’ONU quant à une nouvelle occupation

BEYROUTH: Les autorités libanaises ont annoncé tôt mercredi que de nouvelles attaques israéliennes avaient fait sept morts dans Beyrouth et sa région, au moment où Israël dit vouloir occuper une partie du Sud-Liban une fois la guerre terminée.

Les frappes israéliennes ne cessent pas dans ce pays embarqué dans la guerre depuis le 2 mars par une attaque du mouvement pro-iranien Hezbollah contre Israël. Elles ont causé au total plus de 1.200 morts, selon le ministère de la Santé libanais.

"Le raid mené par l'ennemi israélien sur le quartier de Jnah à Beyrouth a, selon un premier bilan, fait cinq morts et 21 blessés" dans ce quartier situé près de la banlieue sud de la capitale, a écrit le ministère de la Santé dans un communiqué.

D'après une source sécuritaire à l'AFP, les frappes israéliennes sur Jnah ont visé quatre voitures garées dans une rue.

Tôt mercredi, des journalistes de l'AFP ont entendu trois explosions dans la capitale. Elles résultent de bombardements effectués par des navires de guerre israéliens sur le quartier de Jnah, selon l'Agence nationale d'information (Ani) officielle du Liban.

Le ministère de la Santé a également indiqué qu'une frappe israélienne "visant un véhicule dans la région de Khaldeh, au sud de Beyrouth, a fait deux morts et trois blessés parmi la population civile".

Peu de temps avant ce communiqué, l'Ani avait rapporté que plusieurs missiles tirés par un drone israélien avaient visé une voiture sur une grande route au sud de Beyrouth mardi, soulignant que des ambulances et des pompiers s'étaient rendus sur place, mais sans donner alors de bilan.

Du côté israélien, l'armée a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi avoir frappé un "haut commandant" du Hezbollah ainsi qu'un "terroriste de haut rang" dans deux assauts distincts conduits "dans la région de Beyrouth" - sans préciser si cette seconde cible faisait également partie du mouvement islamiste libanais, ni communiquer sur le lieu précis des attaques.

- Craintes d'occupation -

Mardi, déjà, le ministère de la Santé avait dénombré huit morts lors de plusieurs frappes israéliennes dans le sud du Liban, dans les régions de Tyr, de Sidon et de Bint Jbeil. Parmi les personnes décédées se trouvait un secouriste, de même source.

Le Hezbollah a indiqué être engagé dans de "violents affrontements" avec Israël dans la nuit de mardi à mercredi dans deux localités du sud du pays.

L'ONU s'est inquiétée mardi, par la voix de son chef des opérations humanitaires Tom Fletcher, de la perspective que soit créé un nouveau "territoire occupé" au Moyen-Orient.

Plus tôt, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait répété l'intention de son pays "d'occuper" une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée. Avec pour l'objectif d'y établir, selon lui, une "zone de sécurité".

Le ministre libanais de la Défense, Michel Menassa, a affirmé que les propos de son homologue israélien n'étaient "plus de simples menaces" mais traduisaient "une intention claire d'imposer une nouvelle occupation du territoire libanais, de déplacer de force des centaines de milliers de citoyens et de détruire systématiquement des villages et des villes dans le sud".

C'est dans cette zone qu'ont été tués trois Casques bleus indonésiens ces derniers jours.

La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) avait affirmé lundi que l'origine des projectiles ayant visé tué dimanche un soldat indonésien puis deux lundi étaient "inconnue".

Mais mardi, une source sécuritaire de l'ONU ayant souhaité rester anonyme a indiqué à l'AFP que des "investigations ultérieures" ont révélé que le tir de dimanche provenait d'un "char" israélien.

Et que l'explosion qui a tué lundi deux autres Casques bleus indonésiens pourrait être due à une mine, selon cette source.

L'armée israélienne a lancé une enquête concernant la mort de ces deux Casques bleus. Selon elle, "aucun engin explosif n'a été placé dans la zone par des soldats israéliens" et aucune de ses troupes "n'était présente sur place".

Mardi encore, Israël a notamment visé un immeuble sur la route de l'aéroport de Beyrouth et frappé sans avertissement un appartement de la banlieue nord de la capitale, selon l'Ani.

L'aviation israélienne a également visé mardi matin, après avertissement, la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, désertée par une grande partie de ses habitants.