Mexique: pour la première fois, une femme aux portes de la présidence

La maire de Mexico, Claudia Sheinbaum, prend la parole lors d'une conférence de presse avec John et Gabriel Shipton (non représentés), père et frère du fondateur de WikiLeaks Julian Assange, accusé d'espionnage par les États-Unis, à Mexico le 14 septembre 2022. (AFP)
La maire de Mexico, Claudia Sheinbaum, prend la parole lors d'une conférence de presse avec John et Gabriel Shipton (non représentés), père et frère du fondateur de WikiLeaks Julian Assange, accusé d'espionnage par les États-Unis, à Mexico le 14 septembre 2022. (AFP)
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Publié le Samedi 17 septembre 2022

Mexique: pour la première fois, une femme aux portes de la présidence

  • La maire de Mexico, Claudia Sheinbaum, 60 ans, tient la corde face au ministre des AE, Marcelo Ebrard, 62 ans, dans la course à la succession du président Andres Manuel Lopez Obrador, très populaire
  • Cette scientifique de formation prépare les esprits face à son rival et deux autres outsiders au sein du Mouvement pour la régénération nationale (Morena), et dans l'opinion publique

MEXICO: Et si c'était elle? Pour la première fois, le Mexique, réputé machiste, peut porter une femme à la tête de l'Etat en 2024, selon les rapports de force actuels au sein du parti au pouvoir qui réunit son congrès annuel ce week-end.

La maire de Mexico, Claudia Sheinbaum, 60 ans, tient la corde face au ministre des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard, 62 ans, dans la course à la succession du président Andres Manuel Lopez Obrador, très populaire.

Cette scientifique de formation prépare les esprits face à son rival et deux autres outsiders au sein du Mouvement pour la régénération nationale (Morena), et dans l'opinion publique.

"Une femme peut être astronaute, avocate, policière, députée gouverneure et présidente de la République", lance-t-elle lors de ses déplacements loin de son fief à l'invitation des gouverneurs du mouvement Morena.

"Présidente! présidente!" ont scandé des militants à Tijuana ou Sonora (nord-ouest et nord).

Le Mexique, qui a officiellement enregistré 1.004 féminicides en 2021, est prêt pour élire une femme présidente, à part peut-être dans quelques bastions conservateurs, avance son entourage.

Les sondages le confirment. A 82%, les Mexicains se déclarent prêts à voter pour une femme, selon une enquête de l'institut Enkoll réalisée auprès de 1 211 personnes en âge de voter.

La maire de Mexico devance le ministre Ebrard dans la bataille pour l'investiture de Morena, selon cette étude publiée le 29 août: 35% voteraient Sheinbaum pour représenter le parti au pouvoir, contre 26% Ebrard.

L'écart en sa faveur est plus serré dans une autre enquête de Poligrama publiée le 6 septembre (32,9% contre 30,3%).

Le candidat ou la candidate de Morena aura de bonnes chances de l'emporter en 2024, porté(e) par la popularité du président Lopez Obrador auprès des classes populaires, face à une opposition affaiblie et divisée.

Entre 42 et 55% des électeurs se déclarent prêts à voter pour Morena, contre 16 à 22% pour le PAN (droite), selon l'enquête d'Enkoll, qui reconnaît que les élections sont encore loin.

Mme Sheinbaum est une proche du président, qui la décrit comme une femme "incorruptible" et "avec des convictions".

Son ministre des Affaires étrangères n'a pas le droit à ce genre de compliments. M. Ebrard, d'origine française, "ne fait pas partie des intimes de Lopez Obrador", d'après l'analyste politique Pablo Majluf.

D'ascendance lituanienne et bulgare, Mme Sheinbaum "se sent très motivée pour continuer" la politique sociale de M. Lopez Obrador "et pour être la première femme présidente dans l'histoire" du Mexique, selon son entourage.

Ce n'est qu'en 2023 que Morena désignera son champion -ou sa championne- pour l'élection de juillet 2024.

Yo-yo contre K-Pop

Légalement, la pré-campagne n'a pas commencé. Et pourtant, la bataille d'influence des deux sexagénaires a redoublé depuis août, en direction des plus jeunes électeurs.

Pour casser son image de physicienne un peu stricte, Claudia Sheinbaum raconte en riant sur TikTok qu'elle était une élève très dissipée à l'école.

Sur le même réseau social, Marcelo Ebrard s'est déclaré fan du groupe de K-pop BTS. Et sur Twitter, il a posté un numéro WhatsApp -qu'il affirme être le sien- pour répondre à n'importe quelle demande citoyenne.

Lui-même ancien maire de Mexico, il avait perdu la primaire face à M. Lopez Obrador en 2018.

Ce dernier, âgé de 68 ans et artisan d'un virage à gauche inédit dans l'histoire récente du Mexique, affirme qu'il se retirera en 2024 à l'issue de son mandat unique de six ans prévu par la Constitution.

Mais il pourrait maintenir son influence par personne interposée, d'après certains analystes. Il pourra garder du pouvoir dans l'ombre si après lui "vient une présidente ou un président faible qui a besoin de son appui", estime l'analyste Carlos Bravo Regidor.

Bien des choses peuvent changer d'ici 2023-2024. Mais le prochain président ou la prochaine présidente pourrait encore être un ancien maire de Mexico, comme l'a été aussi M. Lopez Obrador.


Guerre au Moyen-Orient: Trump subit un camouflet au Congrès, Khamenei doit s'exprimer jeudi

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  • Sans attendre un éventuel accord, la résolution votée par la Chambre des représentants ordonne un retrait des troupes américaines engagées depuis fin février contre la République islamique
  • Elle n'a qu'une portée symbolique en raison du droit du veto du président américain

KOWEIT: Donald Trump a jugé mercredi possible que les discussions avec l'Iran aboutissent ce week-end, malgré la reprise des attaques dans le Golfe et le camouflet infligé par les députés américains qui ont voté en faveur de la fin de guerre.

Une déclaration du guide suprême iranien Mojtaba Khamenei est attendue jeudi, au moment où les négociations entre Washington et Téhéran patinent en dépit de la confiance affichée par le président américain.

"On me dit que les négociations se passent très bien (...) Qui sait (...), cela (la fin des discussions) pourrait être ce week-end", a-t-il encore assuré mercredi dans le Bureau ovale, sans exclure qu'elles échouent.

Sans attendre un éventuel accord, la résolution votée par la Chambre des représentants ordonne un retrait des troupes américaines engagées depuis fin février contre la République islamique. Elle n'a qu'une portée symbolique en raison du droit du veto du président américain.

Mais son adoption, avec quatre voix d'élus républicains, confirme le mécontentement suscité aux Etats-Unis par un conflit qui a fait grimper les prix de l'énergie.

Pressé de trouver une porte de sortie, Donald Trump a déjà laissé entrevoir plusieurs fois ces derniers jours un accord proche, sans résultat tangible, tandis que sur le terrain de nouveaux affrontements entre l'Iran et les Etats-Unis dans le Golfe fragilisent le cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril.

Téhéran a en outre averti du risque de "reprise à grande échelle de la guerre" dans la région en cas d'attaque contre Beyrouth, menace brandie par Israël dans le cadre de son offensive au Liban contre le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah.

"Des messages ont été échangés concernant la nécessité de mettre fin à l'agression contre Beyrouth mais aucun progrès tangible n'a été réalisé dans le processus de négociation", a dit le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi dans une interview à la chaîne de télévision libanaise Al Mayadeen rapportée par l'agence iranienne Tasnim.

Attaques contre le Koweït 

Alors que des frappes israéliennes ont fait au moins 10 morts mercredi dans le pays, le Liban et Israël se sont mis d'accord dans la soirée sur "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, jusqu'ici tenue à l'écart.

Mais cette trêve est conditionnée à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah, qui rejette ces pourparlers et a encore revendiqué des attaques contre des positions israéliennes dans le sud du Liban dans la nuit de mercredi à jeudi.

Donald Trump a déclaré vouloir "séparer" les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet.

Autre point d'achopement: le sort de l'uranium enrichi par l'Iran, que les Etats-Unis et Israël accusent de vouloir se doter de l'arme atomique, ce que Téhéran réfute.

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a assuré devant une commission parlementaire que la question de l'uranium enrichi était "clairement abordée" avec l'Iran, concédant toutefois que Téhéran n'avait pas donné son feu vert.

Missiles et drones 

Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, dont une déclaration écrite attendue jeudi, 37e anniversaire de la mort du fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini.

Cette commémoration, qui donne lieu à une grande cérémonie, coïncide cette année avec l'une des principales fêtes chiites célébrée en masse dans les rues.

Elle intervient alors que les hostilités ont repris ces derniers jours, en particulier autour du détroit d'Ormuz, stratégique voie maritime pour les hydrocarbures verrouillée par Téhéran. Ces nouvelles attaques ont fait remonter les cours du pétrole à près de 100 dollars, après une détente la semaine dernière.

Le Koweït a accusé mercredi l'Iran d'une attaque meurtrière (un mort et 63 blessés) contre son aéroport, une première depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ont démenti avoir attaqué l'aéroport. Ils ont affirmé avoir ciblé une base aérienne au Koweït, et le siège de la Cinquième flotte navale américaine à Bahreïn en riposte à une attaque américaine sur l'île Qeshm, et à celle d'un pétrolier iranien.

Le Koweït a dit avoir été visé au total mercredi par 13 missiles balistiques et 17 drones iraniens.

"Les explosions se succédaient et étaient très proches des zones résidentielles. Pour la première fois, les enfants ont ressenti la gravité de la situation", a raconté à l'AFP Hassan Sheikh, un Pakistanais de 40 ans habitant non loin de l'aéroport.


Trump dit qu'il «aimerait rencontrer» le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei

 Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement "impliqué" dans les décisions de Téhéran. (AFP)
Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement "impliqué" dans les décisions de Téhéran. (AFP)
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  • "J'aimerais le rencontrer. J'adorerais rencontrer tout le monde et nous allons probablement nous rencontrer, selon ce qui va se passer", a-t-il ajouté alors que les Etats-Unis et l'Iran s'accusent mutuellement de violer un cessez-le-feu fragile
  • Les Iraniens "ont beaucoup de respect pour lui", a ajouté le président.

WASHINGTON: Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement "impliqué" dans les décisions de Téhéran.

"J'aimerais le rencontrer. J'adorerais rencontrer tout le monde et nous allons probablement nous rencontrer, selon ce qui va se passer", a-t-il ajouté alors que les Etats-Unis et l'Iran s'accusent mutuellement de violer un cessez-le-feu toujours plus fragile.

Les Iraniens "ont beaucoup de respect pour lui", a ajouté le président. Le nouveau guide n'est toujours pas apparu publiquement en Iran depuis sa nomination consécutive à la mort de son père, dans des bombardements américano-israéliens fin février.

Mardi, le chef de la diplomatie américaine avait déclaré que les Etats-Unis considéraient Mojtaba Khamenei comme "vivant" et "de plus en plus impliqué" dans la direction de la République islamique.

"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", avait affirmé Marco Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien.

Dans son interview Donald Trump a aussi confirmé avoir évoqué avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu les attaques israéliennes sur le Liban, qui mettent en danger le cessez-le-feu en cours au Proche-Orient.

"J'étais un peu perturbé par le fait qu'il se batte sans arrêt avec le Liban. A un moment, j'ai dit : "Bibi, il faut qu'on arrête ça", a-t-il expliqué.

 


Washington pense que Khamenei est «de plus en plus impliqué», dit Rubio

"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", a affirmé M. Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien. (AFP)
"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", a affirmé M. Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien. (AFP)
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  • "Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers"
  • Mojtaba Khamenei a succédé à son père Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne au début de la guerre, mais il n'est pas apparu en public depuis: blessé dans une frappe, il s'exprime uniquement via des messages écrits

WASHINGTON: Les Etats-Unis pensent que le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, est "vivant" et "de plus en plus impliqué" dans la direction du pays, a déclaré mardi le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, exprimant l'espoir que les négociations pour mettre fin à la guerre puissent aboutir.

"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", a affirmé M. Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien.

Mojtaba Khamenei a succédé à son père Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne au début de la guerre, mais il n'est pas apparu en public depuis: blessé dans une frappe, il s'exprime uniquement via des messages écrits.

L'audition mardi de M. Rubio au Sénat est sa première intervention parlementaire depuis le début de la guerre le 28 février, au grand dam des élus démocrates qui réclament à cors et à cri des explications.

"Cette guerre et la décision du gouvernement américain d'imposer un blocus ont désormais pris en otage l'économie mondiale tout entière", a ainsi dénoncé le sénateur démocrate Chris Murphy.

Interrogé sur l'état des négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, qui sont au point mort, le secrétaire d'Etat américain a dit toujours "espérer" un accord pour mettre fin à la guerre sans toutefois s'avancer sur un calendrier.

"Il y a une perspective qui se profile devant nous, et qui pourrait se concrétiser aujourd'hui, demain ou la semaine prochaine", a-t-il déclaré.

"Ils ont accepté de négocier certains aspects de leur programme nucléaire dont, il y a à peine un mois, voire un an, ils refusaient ne serait-ce que de parler", a fait valoir le secrétaire d'Etat, pressé de questions pour savoir comment le président Donald Trump comptait amener l'Iran à conclure un accord.

Il a cependant laissé entendre que cela "ne garantissait pas que cela aboutirait finalement à un accord acceptable".

"S'ils rouvrent le détroit d'Ormuz, nous lèverons notre blocus" des ports iraniens, a encore dit Marco Rubio soulignant que cela n'était pas lié à un allègement des sanctions qui dépend, lui, d'un accord sur le nucléaire.

Il a insisté à plusieurs reprises sur le fait que Washington n'allègerait pas les sanctions contre Téhéran en échange de la réouverture de ce passage stratégique, effectivement bloqué par l'Iran.

"L'opération +Epic Fury+ a largement atteint ses objectifs militaires, à savoir réduire considérablement la base industrielle de défense de l'Iran et affaiblir son bouclier conventionnel", a relevé M. Rubio assurant même en réponse à un sénateur que la guerre était "terminée".

Mais il a convenu que l'Iran "disposait encore de beaucoup de drones".

Les négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque conjointe israélo-américaine, patinent depuis des semaines.

L'Iran a accusé lundi les Etats-Unis de violer à nouveau le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril, après des frappes américaines ce week-end suivies de représailles militaires iraniennes.