L’accord nucléaire iranien est-il bel et bien mort?

Le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian (à droite) accueille le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi dans la capitale Téhéran le 5 mars 2022. (ATTA KENARE / AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian (à droite) accueille le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi dans la capitale Téhéran le 5 mars 2022. (ATTA KENARE / AFP)
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Publié le Lundi 19 septembre 2022

L’accord nucléaire iranien est-il bel et bien mort?

L’accord nucléaire iranien est-il bel et bien mort?
  • Les Américains ne sont plus disposés à faire des concessions qui puissent nuire aux chances du camp démocrate aux élections du Congrès
  • Les Occidentaux pensent toujours qu’un mauvais accord vaut mieux qu’un non-accord; néanmoins, il s’avère que Téhéran ne concédera même pas un mauvais accord

Rien ne va plus. Tout le monde s’accorde à dire que les négociations de Vienne sur le nucléaire iranien sont dans une impasse, voire au bord de l’effondrement total. C’est le sentiment du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, qui affirme dans une déclaration publiée par l’AFP mercredi dernier qu’à «l’approche des élections de mi-mandat (midterms) au Congrès américain, les négociations resteront au point mort».

Il ajoute: «Les propositions étaient constructives et convergentes, mais à l’approche de l’été, le ton s’est durci.» Il précise que les dernières réponses côté iranien à la feuille de route proposée par lui-même en tant que représentant du E3 (qui comprend la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne) n’ont pas été constructives, sinon «nous aurions pu sceller un accord. Les dernières demandes iraniennes sont arrivées à un moment peu propice politiquement.»

Le pessimisme du haut représentant de l’Union européenne (UE) pour les affaires étrangères et la politique de sécurité est grand. Il estime que l’accord sur le nucléaire aurait pu être conclu, mais à présent, il considère qu’il n’a rien de nouveau à proposer. Autrement dit, M. Borrell se résout à attendre la fin des midterms aux États-Unis.

En effet, les alliés des États-Unis au Moyen-Orient sont intimement persuadés que Téhéran poursuivra coûte que coûte son programme nucléaire dans son volet militaire secret.

Il serait vain de forcer les choses en attendant cette échéance. Les Iraniens sont toujours dans une logique de marchandage afin d’obtenir encore davantage. Les Américains ne sont plus disposés à faire des concessions qui puissent nuire aux chances du camp démocrate aux élections du Congrès, sans oublier la frustration des alliés de Washington dans la région, à commencer par Israël, mais aussi des alliés du camp arabe modéré qui en ont assez de voir l’administration du président, Joe Biden, se plier en quatre devant Téhéran afin de sauver un accord déjà jugé trop faible et qui ne garantit pas que l’Iran ne finira pas par se doter de l’arme nucléaire.
 
En effet, les alliés des États-Unis au Moyen-Orient sont intimement persuadés que Téhéran poursuivra coûte que coûte son programme nucléaire dans son volet militaire secret. Ils considèrent que le but ultime du régime iranien est de rejoindre le club des puissances nucléaires. Pour les durs du régime, il en va de la survie de la République islamique à long terme.

Il faut rappeler que les négociations mises à mal par les dernières exigences émises par Téhéran vis-à-vis de la feuille de route européenne avaient repris en août dernier après une interruption de cinq mois. Le plan présenté par Josep Borrell avait été qualifié par ce dernier de «dernière proposition» sur la table. Les Européens avaient même déclaré que cette feuille de route n’était pas négociable. En d’autres termes, le temps des manœuvres à la table de négociations était révolu, et l’Iran ainsi que les États-Unis devaient répondre par un «oui» ou par un «non»! Mais les Iraniens ont répondu par un «oui mais»!

Résultat, nul ne sait exactement quel niveau d’enrichissement de l’uranium a atteint Téhéran et le nombre de centrifugeuses de nouvelle génération que Téhéran continue à installer.
 

Ce «mais» devait être le mot de trop qui pourrait faire capoter l’accord de Vienne. Le «mais» iranien qui s’était traduit par des contre-propositions, auxquelles avait répondu Washington par une autre contre-proposition, suivie d’autres contre-propositions iraniennes. Le tout s’est terminé en queue de poisson. Et nous voici renvoyés aux calendes grecques. Les parties prenantes autour de la table à Vienne n’ont pour le moment pas de visibilité quant à un possible dénouement. Nous en sommes au point mort.

Cependant, Téhéran ne s’économise pas et poursuit presque ouvertement sa marche inexorable vers une militarisation de son programme nucléaire. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est privée sur le terrain de toute information. L’AIEA n’a plus le contrôle des caméras placées préalablement dans les différents sites nucléaires en Iran.
Les autorités de Téhéran ont délibérément démonté les caméras au début de l’année.

Résultat, nul ne sait exactement quel niveau d’enrichissement de l’uranium a atteint Téhéran et le nombre de centrifugeuses de nouvelle génération que Téhéran continue à installer. Mais il devient clair que l’Iran qui ne semble pas pressé de conclure un accord avec le groupe P5+1 (composé des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des nations unies + l’Allemagne) à Vienne, poursuit sa course effrénée avec l’objectif d’acquérir l’arme nucléaire.

Les Occidentaux pensent toujours qu’un mauvais accord vaut mieux qu’un non-accord. Néanmoins, il s’avère que Téhéran ne concédera même pas un mauvais accord. La course infernale se poursuit malgré les déclarations des officiels iraniens qui assurent ne pas vouloir quitter la table des négociations. Mais les faits sont là: Téhéran est lancé sur la voie de la militarisation de son programme nucléaire. Que faudrait-il de plus pour convaincre les Européens si naïfs?

Ali Hamade est journaliste éditorialiste au journal Annahar, au Liban. 

Twitter: @AliNahar

NDLR: Les opinions exprimées dans cette rubrique par leurs auteurs sont personnelles, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.